Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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samedi 28 décembre 2013

Le Loup de Wall Street - The Wolf of Wall Street, Martin Scorsese (2013)


L’argent. Le pouvoir. Les femmes. La drogue. Les tentations étaient là, à portée de main, et les autorités n’avaient aucune prise. Aux yeux de Jordan et de sa meute, la modestie était devenue complètement inutile. Trop n’était jamais assez... 

 Une des scènes les plus mémorables des Affranchis (1990) dépeignait du point de vue intoxiqué de son héros Henry Hill (Ray Liotta) une journée typique de ce mafieux entre deal, vie de famille et visite à sa maîtresse. Le montage syncopé et la mise en scène anarchique de Scorsese illustrait à merveille le degré d’inconscience, d’impunité et de dépravation de son héros tellement perché qu’il ne se rendait pas compte que ses faits et gestes étaient enregistrés par la police le surveillant. Le Loup de Wall Street est tout simplement une extension sur trois heures de cette séquence du film de 1990 avec cependant une grande différence.

Mean Streets (1973), Les Affranchis et Casino (1995) avaient démystifié la mafia de l’aura aristocratique que la saga du Parrain avait pu lui conférer. Les malfrats y étaient des beaufs incultes, machos et violents bien loin de la dimension shakespearienne de Don Corléone. Sans négliger leurs tares bien réelles donc, Scorsese entourait ces ordures d’une aura nostalgique et presque attachante puisqu’ils étaient liés à son propre passé où, gamin de Little Italy, il les observait de sa chambre rouler des mécaniques.

Dans Le Loup de Wall Street, ce type de filtre est totalement absent. Comme le soulignera un dialogue, le héros carnassier Jordan Belfort (Leonardo Di Caprio) n’a pas pour justifier ses dérapages l’excuse d’un environnement ou d’une lignée propice à mal tourner. C’est un monstre qui s’est fait tout seul et, si ce n’est une hilarante introduction où Matthew McConaughey l’initie aux arcanes du métier, Scorsese se soustrait à toute forme de narration classique pouvant nous attacher à Belfort. Il est immédiatement cupide, dépravé et junkie, qualité essentielles pour soutenir le train d’enfer qu’exige la réussite à Wall Street. Seuls les impitoyables ne regardant jamais en arrière et indifférents aux mal qu’ils font seront bénis des dieux de la finance.

Scorsese capture cela dans un éreintant maelstrom de cocaïne, orgies et dérapages en tout genre où Belfort, en Méphisto des temps modernes, écœure et fascine par sa désinvolture et son égoïsme. Plans séquences virtuoses, nudité et scatologie en pagaille, Le Loup de Wall Street est un spectacle excessif osant un burlesque monstrueux et hilarant tel cette longue scène où un Di Caprio totalement stone rampe de longue minutes au sol jusqu’à sa voiture.

En adaptant le roman éponyme du vrai Jordan Belfort, Scorsese adopte le point de vue si éloigné des réalités de ses requins sans conscience et nous emmène dans un monde parallèle monstrueux où les filles sont aussi belles que légères, où chaque décor déborde d’un clinquant nauséeux sur la longueur.

Le réalisateur ne se laisse jamais déborder par cette outrance et nous mitraille d’informations cruciales – la réussite étonnante de Belfort se faisant par la vente de titres dépréciés et sans valeur au quidam moyen plutôt que dans les hautes sphères – ou futiles, comme cette revue de détail des différentes type de prostituées. Le traitement pourrait presque faire penser à une transposition parfaite de Bret Easton Ellis, mais Scorsese est pratiquement l’inventeur de ce type de narration virevoltante dans ses films mafieux.

Avec un Leonardo Di Caprio en état de grâce, il trouve l’acteur idéal pour incarner à lui seul l’excès et la folie d’un monde et d’une époque. Monté sur ressort de la première à la dernière seconde, Di Caprio délivre une performance de haute volée avec en sommet ce discours furieux de ving minutes pour galvaniser ses troupes lors de la mise en bourse de nouveaux titres. Après avoir passé les années 2000 à fuir sa photogénie dans des rôles torturés et sombres, la star l’assume aujourd’hui en dissimulant ses démons sous une prestance et un glamour impeccable en cette année 2013 où Django Unchained, Gatsby le Magnifique et enfin ce Loup de Wall Street révèlent un bouillonnement malsain derrière le dandy playboy.

L’Oscar qu’il mérite depuis longtemps serait une juste récompense et Scorsese l’entoure parfaitement d’une jeune garde comique US portée par Jonah Hill - le réalisateur, dans ses dérapages vulgaires, s’appropriant parfaitement le ton de cette nouvelle génération. Ce ton si particulier évite le décalque avec Les Affranchis/Casino, même si on ressent la filiation évidente, notamment lors du final. Scorsese fait preuve d’une vitalité proprement stupéfiante après une si longue carrière et l’on n’est pas près d’oublier cette odyssée chez les nouveaux monstres.

En salle en ce moment

mardi 30 octobre 2012

21 Jump Street - Phil Lord et Chris Miller (2012)


Les nouvelles aventures de la brigade de 21 Jump Street, un groupe de jeunes policiers pouvant aisément se faire passer pour des adolescents et ainsi infiltrer les réseaux des trafiquants de drogue qui sévissent dans les milieux universitaires californiens. 

 C’est un programme des années 80 qu’on réactive, en ce moment on ressuscite les vieilles merdes. C’est sur une réplique de ce type que le boss bourru incarné par Ice Cube décrit à nos héros leur future mission alors qu’il s’apprête à les enrôler : une manière de rappeler la parenté du film tout en la balayant d’un revers de la main. Pour les plus jeunes, 21 Jump Street est une série culte de la fin des années 80 dont l’argument plutôt original consistait à infiltrer de jeunes policiers dans des lycées pour démanteler certains réseaux criminels. On en retient surtout aujourd’hui le fait qu’elle révéla Johnny Depp (qui fait une savoureuse et inattendue apparition dans le film) mais elle marqua les adolescents de l’époque par les thèmes plutôt sombres abordés (drogues, alcoolisme, mal-être adolescent…).

Ayant forcément vieilli, la série souffre aujourd’hui du même malentendu que Miami Vice ou Starsky et Hutch, synonymes dans la mémoire des téléspectateurs du kitsch 80’s et 70’s, quand bien même ces dernières était plus intéressantes que leur esthétique marquée (surtout Miami Vice, chef d’œuvre télévisuel et laboratoire de Michael Mann producteur pour ses films à venir). Le traitement de cette transposition de 21 Jump Street se situe justement entre les approches des adaptations de Michael Mann et Todd Philips. Starsky et Hutch n’avait gardé de son modèle que l’ambiance seventies et la complicité de son duo pour un traitement très potache. Les fans hurlèrent mais le film était réellement drôle et réussi. Miami Vice évacuait, lui, tout le fatras visuel de la série pour une approche plus moderne mais où le script mêlait différentes intrigues d’épisodes et en respectait le ton sombre et désespéré.

21 Jump Street le film ne garde que le motif de la série (des flics de retour au lycée) pour en faire une comédie policière sans tomber dans la parodie. Les adaptations de série en roue libre ont pu donner des résultats jouissifs (les survoltés Charlie’s Angels qui surclasse la série) comme catastrophique (Wild Wild West, de sinistre mémoire) ; il est donc inutile de faire un procès d’intention sur l’approche choisie. On a ici un pur teen movie dont le ton rappelle le méconnu College Attitude (1999), où une Drew Barrymore adulte et journaliste retournait au lycée pour un reportage et revivait une adolescence bien plus positive que celle, difficile, qu’elle avait connue à l’époque. Il en va de même pour Richard Jenko (Channing Tatum), sportif écervelé au lycée et Morton Schmidt (Jonah Hill), ex souffre-douleur qui retournent sur les lieux de leurs anciennes peines pour démanteler un réseau de dealer.

Le script a l’idée brillante de les forcer à s’infiltrer dans des communautés différentes de leurs vraies années lycée. L’ancien « intello » Jonah Hill intègre ainsi les groupes les plus populaires tandis que l’ex « cool » Channing Tatum rejoint les nerds scientifiques amateurs de chimie pour une résolution progressive de leurs handicaps originels. Le connaisseur de teen movie savourera la manière dont les forces en présence du lycée se trouvent redistribuées, les exclus d’antan (geek, hippie, gay…) sont désormais les modèles à suivre tandis que les footballeurs et autres pom pom girls sont invisibles ou moqués. Les anciens clichés si brillamment dessinés dans le classique Breakfast Club ou le plus récent et excellent Lolita Malgré moi n’ont plus cours, et la réflexion aurait même pu être poussée plus loin en détaillant ces communautés (comme les hipsters) ou les nouveaux codes de cette génération élevée à Facebook, Twitter et Youtube.

 L’intrigue policière est bien menée mais secondaire : c’est donc bien cette facette qui captive grâce au complémentaire duo. Jonah Hill (qui jouait les vrais ados il n’y a pas si longtemps encore dans Supergrave) est formidable de naturel dans le jeu émerveillé de cette seconde chance, et Channing Tatum, faux gros bêta, dévoile une fragilité étonnante. La série originelle ressurgit par quelques clins d’œil (Channing Tatum porte le nom d’un attachant personnage secondaire de la série, une télé diffuse la série lors du gunfight final et hormis Johnny Depp, Holly Robinson fait un caméo en Judy Hoffs) mais n’est finalement qu’un prétexte pour un formidable teen movie.

Une réussite qui ne doit rien au hasard puisque le duo de réalisateurs Phil Lord et Chris Miller est l’auteur d’un des films d’animations les plus fous vus ces dernières années,Tempête de boulettes géantes, dont on retrouve de nombreux thèmes ici comme l’affirmation de soi et l’héroïsme avec le même humour ravageur.

Sorti en dvd zone 2 chez Sony