Un groupe de conscrits est mobilisé dans l'infanterie durant la Seconde
Guerre mondiale. Pour commencer, ils apparaissent comme une bande
d'incapables, mais leur sergent et leur lieutenant ont confiance en eux
et en font une équipe efficace. Une fois dans le feu de l'action en
Afrique du Nord, ils prennent conscience des réalités de la guerre…
L’Héroïque Parade est un film de guerre qui s’inscrit
dans la politique de propagande du cinéma britannique initiée par
Churchill et partagée entre œuvres va t en guerre patriotiques et
divertissements plus légers.
L’Héroïque Parade
appartient bien sûr à la première catégorie mais comme nombres de
productions anglaises de l’époque aux mêmes objectifs – le plus illustre
étant le
Colonel Blimp (1943) de Michael Powell et
Emeric Pressburger - parvient à dépasser ce statut initial pour trouver
une vraie identité. L’idée du film naît de trois personnalités
artistiques à l’époque mobilisée par l’armée. Carol Reed est ainsi
incorporé depuis 1942 et affecté au département psychiatrie où il
s’occupe des soldats rongés par la peur du front. Il décidera donc de
mettre à profit ses compétences pour produire un court-métrage destiné à
rassurer ces traumatisés et présenter l’armée sous un jour plus
bienveillant. Ce sera
The New Lot (1943) où il
s’associe à l’écrivain Eric Gambler et à un Peter Ustinov
acteur/dramaturge encore débutant. Le film accompagne cinq recrues
issues de milieux différents et capture leurs impressions durant leur
période de formation. L’œuvre aura un tel impact qu’il sera décidé de
l’étirer en long-métrage avec la même équipe, Carol Reed à la mise en
scène, Eric Gambler et Peter Ustinov à l’écriture mais aussi certains
acteurs du court qu’on retrouve comme John Laurie et Raymond Huntley.
Le principe sera le même, accompagner un groupe de personnages de
milieu, âges et caractères différents faisant leurs classes et qui au
bout du chemin ne formera plus qu’un corps uni et solidaire sous
l’uniforme.

Le récit s’ouvre en 1939, avant l’engagement anglais dans le conflit
mais où cette atmosphère de guerre plane dans l’air et crée un sentiment
d’attente angoissée au sein de la population. Reed nous introduit ainsi
les futurs mobilisés dans leurs milieux et métiers respectifs : garçon
de ferme, agent dans une station-service, chauffagiste du Parlement,
vendeur en magasin. A leur échelle, chacun est déjà touché par ces
bouleversements en germes qui aboutiront tout naturellement à leur
mobilisation dans une ellipse nous menant en 1941. La caractérisation
des protagonistes se fera constamment dans l’action et le mouvement pour
témoigner de leurs évolution, que ce soit leur rencontre dans le train
en route pour la caserne, le labeur des exercices et manœuvres
militaires, les voyages à travers le monde et enfin l’expérience du
front dans la toute dernière partie.
Ce n’est pas ce dernier élément qui
intéresse Reed et ses scénaristes
. L’Héroïque Parade
se focalise en effet sur le parcours spirituel et collectif de cette
unité d’infanterie légère (et imaginaire) du Duc de Glendon. Le scénario
évoque bien sûr d’autres films de formation militaire mais dans la
plupart la finalité est le champ de bataille quand Reed ne cesse de
retarder ce moment et détourne avec tendresse des structures façons
Les Quatre Plumes Blanches
(1939) avec ce groupe de vieillards vétérans de l’unité raillants ces
jeunes soldats loin de leur bravoure d’antan. Au lieu de les contredire
en nous plongeant dans le pur film de guerre, Reed le fait en nous
montrant comment le vrai courage naîtra du fait de se fondre dans un
ensemble fiable, qu'on aime et prêt à tous les sacrifices pour ses
frères d’armes.
Arrachés à leurs foyers pour une guerre dont les enjeux les dépassent,
nos recrues passeront par divers états dont la rébellion et la méfiance
avant d’être réellement unis. Le casting contribue énormément à
l’empathie ressentie pour cette unité. Stanley Holloway plutôt associé à
la comédie – dont quelques joyaux Ealing comme
Champagne Charlie (1944),
Passeport pour Pimlico (1949) ou
Tortillard pour Titfield
(1953) – et au music-hall apporte tout son charme bougon à l’attachant
et soupe au lait chauffagiste Brewer.
On trouve aussi un jeune coq en
quête de figure d’autorité avec Jimmy Hanley et les rapports sociaux
s’estompent entre les anciens subalternes et employeurs joués par Hugh
Burden et Raymond Huntley. Ces archétypes entretiennent une proximité
chaleureuse, à la fois universelle et unique tant leurs diversités
reflètent la population anglaise qui se reconnaît à travers eux et leur
quotidien bouleversé. Cette bienveillance se manifeste également envers
les figures d’autorités avec l’intransigeant mais dissimulant un grand
cœur Sergent Fletcher (William Hartnell) et un David Niven transpirant
l’humanité en Lieutenant Perry.
Si le film semble bien éloigné des thrillers
d’espionnage qui ont fait le succès littéraire d’Eric Ambler – de
nombreuses fois adaptés d’ailleurs comme
Le Masque de Dimitrios (1944) de Jean Negulesco
, Voyage au pays de la peur (1943) de Norman Foster ou encore
Intrigues en Orient (1943) de Raoul Walsh – l’auteur se spécialisera au cinéma dans le film de guerre avec de grandes réussites comme
La Mer Cruelle (1953) ou
La Flamme Pourpre (1954).
La construction rigoureuse de la narration et sa montée en puissance
lui doivent beaucoup. Peter Ustinov évite lui à l’ensemble de sombrer
dans le tract de propagande froid et sans âme et on reconnaît sa verve
truculente dans les bons qui scellent la camaraderie au sein de l’unité.
Les deux se retrouveront d’ailleurs bien plus tard pour un immense
succès avec l’adaptation du roman d’Ambler
Topkapi qui vaudra un Oscar su second rôle masculin à Ustinov.
La dernière partie consistera à mettre en application ces préceptes à
l’épreuve du feu durant la campagne d’Afrique du Nord. Là encore, le
film déjoue les structures classiques puisque le terrain sera surtout
l’occasion d’éprouver cette camaraderie nouvelle dans l’attente. Si
riposter dans le feu de l’action relève d’un instinct de survie plus
naturel, savoir patienter, guetter et attendre un danger et ennemi
hypothétique sans perdre ses moyens demande d'autres qualités. Mais ces
hommes ont appris à se connaître et se respecter et chaque instant de
vide sera l’occasion de mettre à profit ces liens pour ne pas cogiter et
s’impatienter.

On ne cèdera au spectaculaire que le temps d’un
impressionnant naufrage de destroyer et d’un intense face à face au
portes du désert où l’ennemi est une figure abstraite (autant par les
torpilles coulant le destroyer que les soldats allemands à la silhouette
fantomatique). C’est pourtant bien les moments de vie anodins partagés
dans ce village, la complicité avec les autochtones (dont un Peter
Ustinov dans un petit rôle de tenancier de bar), les parties de
fléchettes et les chansons que l’on retiendra. La facette patriotique ne
transparait finalement que par l’absence de vrai drame puisque tout le
monde survivra à sa brève expérience du combat. Le générique de fin où
les ombres de soldats défilent dans la brume est donc idéalement
représentative de
L’Héroïque Parade, la vie commune et l’épreuve du feu nous l’a prouvé, ces hommes ne font plus qu’un dans un ensemble vaillant et solidaire.
Sorti en dvd zone 2 français chez Elephant Films
Extrait