Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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jeudi 6 février 2025

Bons Baisers d'Athènes - Escape to Athena, George Pan Cosmatos (1979)

 Pendant la Seconde Guerre mondiale, sur une île en Grèce, un camp de prisonniers de guerre alliés est dirigé par le major Otto Hecht, un Autrichien anti-nazi auparavant marchand d'art. Le travail des prisonniers consiste à déterrer des trésors archéologiques, normalement destinés à l'Allemagne, mais dont les plus belles pièces sont en fait revendues au marché noir par le Major. Les prisonniers sont bien traités mais s'allient néanmoins avec la résistance grecque pour prendre le camp et attaquer un monastère transformé en base secrète de lancement de missiles.

Bons baisers d’Athènes est une superproduction agréable et opportuniste dans sa manière de naviguer entre les genres et les époques dans ses différentes composantes. C’est un projet résultant du succès de L'aigle s'est envolé de John Sturges (1976) solide film de guerre financé par la compagnie ITC Entertainment de Lew Grade et produite par David Niven Jr (fils de l’acteur David Niven) et Jack Wiener. La même équipe décide donc de remettre le couvert avec une nouvelle superproduction sur fond de Deuxième Guerre Mondiale, avec cette fois à la mise en scène le nouveau venu George Pan Cosmatos ayant montré ses aptitudes à la fois dans un récit dramatique à contexte historique (SS Représailles (1973)) et surtout dans un récit spectaculaire avec le film catastrophe Le Pont de Cassandra (1976).

Le casting hétéroclite témoigne du grand brassage plus ou moins réussi que tente le film. On y trouve David Niven (ravi de contribuer à une production de son fils) en caution du vieil Hollywood, à l’inverse Elliott Gould ramenant clairement sa persona rigolarde de MASH (1970), Roger Moore soit James Bond himself en faux antihéros retrouvant bien vite ses vertus héroïques, Richard Roundtree en caution Blackploitation, Telly Savalas et Claudia Cardinale, Sonny Bono dans un rôle farfelu qui aurait pu être tenu par Topol. Le film surfe sur une sorte de revival du film de commando à la fin des années 70 avec des productions comme L’Ouragan vient de Navarone de Guy Hamilton (1978) – suite de Les Canons de Navarone de Jack Lee Thomson dans lequel jouait David Niven qui revient dans cette même région grecque pour Bons baisers d’Athènes-, Les Oies sauvages d’Andrew McLaglen ou justement L’Aigle s’est envolé – et reprend les codes du genre dans l’introduction en situation et stylisée de chacun des protagonistes. 

Il s’inscrit aussi durant sa première partie dans la tradition du film de camp de prisonnier, osant par notamment quelques clins d’œil audacieux avec ce caméo de William Holden (en visite sur le tournage pour voir sa petite amie Stéphanie Powers) reprenant son rôle de prisonnier du Stalag 17 de Billy Wilder (1950). Les quelques moments de quotidien capturés lorgnent ainsi sur cet aspect (on pensera forcément aussi à La Grande évasion (1963)), sur fond de pillage d’œuvre d’art par les nazis, mais le ton un poil trop décontracté se rapproche dangereusement d’une série comme Papa Schultz.

L’ancrage humaniste et dramatique repose ainsi davantage sur le peuple grecque avec nombres d’exécutions arbitraires effectuées par les troupes allemandes en pleine ville. L’interprétation pleine de conviction de Telly Savalas (davantage que celle de Claudia Cardinale tenancière de maison close soutirant des informations aux clients allemands) suffit à instaurer une vraie implication. La plus-value du film repose vraiment sur sa facture spectaculaire, exploitant superbement son décor de Rhodes dans le contemplatif (les nombreux et majestueux plans aériens filmés en hélicoptère) et l’action dont une impressionnante course-poursuite à moto dans la ville. 

Les ruptures de ton et les changements de genre ne fonctionnent pas toujours, notamment la chasse au trésor puis la super base nazie et le compte à rebours à la James Bond mais l’ensemble constitue un très solide divertissement durant lequel on ne s’ennuie pas. Il ne manquait pas grand-chose pour une profondeur plus marquée et une certaine subtilité (le parallèle entre la rédemption de l’officier allemand joué par Roger Moore et le cynisme intéressé d’Elliott Gould) mais là n’était pas l’objectif.

 

dimanche 24 octobre 2021

Magnificent Doll - Frank Borzage (1946)


 Biographie romancée de Dolly Madison, la femme de James Madison, quatrième président des États-Unis.

Magnificent Doll est un des rôles les plus ambitieux de Ginger Rogers après son Oscar obtenu en 1940 pour Kitty Foyle. Elle parvient à y garder cette identité de fille du peuple à laquelle on peut s'identifier, exploité à la fois dans la série de comédies musicales avec Fred Astaire ou Busby Berkeley (42e rue (1933), Chercheuses d'or de 1933 (1933), ou les œuvres sociales tournés pour Gregory La Cava (Pension d'artistes (1937), Primrose Path (1940), La Fille de la Cinquième avenue (1939)), tout en endossant la grandeur d'une figure historique. Le film est en effet le biopic romancé de Dolly Madison, l'épouse du quatrième président des États-Unis James Madison. Elle fut connue pour avoir littéralement créé le rôle de Première dame des États-Unis sous l'administration Jefferson (qui était veuf tandis que James Madison était le secrétaire d'état) mais aussi du fait d'arme qui la vit sauver un portrait de George Washington durant la seconde Guerre d'Indépendance alors que les troupes anglaises approchaient de la Maison Blanche.

Le scénario est écrit par Irving Stone, écrivain célèbre à l'époque pour ses biographies de grandes figures historiques. C'est d'un de ses livres qu'est notamment adapté La Vie passionnée de Vincent van Gogh de Vincente Minnelli (1956) ou L'Extase et l'Agonie de Carol Reed (1965) sur la vie de Michel-Ange. Les portrait de couples politiques américains font également parti de son champ d'intérêt avec notamment des ouvrages sur Andrew et Rachel Jackson, Abraham et Mary Lincoln. A l'origine Magnificent Doll est donc destiné à être le sujet d'un nouveau livre qui demandera quatre ans de documentation à Irving Stone. Il sera cependant convaincu durant un dîner par le producteur Jack H. Skirball d'en faire le script d'un film pour le cinéma. Le film est plutôt fidèle aux évènements et à la période historique qu'il dépeint, mais subit plusieurs modifications dont les vertus romanesques servent avant tout à approfondir et magnifier la personnalité de Dolly Madison (Ginger Rogers). 

La première partie la montre ainsi à la fois comme une femme contrainte quand elle subira un mariage forcé par son père Quaker, mais également exposée par ce même père à un esprit nourrit de démocratie quand celui-ci abandonnera sa plantation et libèrera ses esclaves. Elle ne peut cependant se résoudre s'épanouir au sein d'un mariage qu'elle n'a pas choisie malgré l'affection de son époux (Stephen McNally). Ginger Rogers est très touchante lorsqu'elle expose à son mari les raisons pour lesquels elle ne pourra jamais l'aimer vraiment, par cette absence d'amour libre et spontané sur lequel repose leur mariage. Toutes les graines de ses engagements futurs s'incarnent dans cette autorité initiale injuste qu'elle aura subit et dont elle ne sera douloureusement libérée que par la mort tragique de son mari.

Le scénario brode autour de la réalité historique qui vit la rencontre entre Dolly et James Madison (Burgess Meredith) se faire par l'entremise du controversé sénateur Aaron Durr (David Niven). Il va alors se nouer un triangle amoureux dont l'issue reposera sur un conflit politique et idéologique dont la pension que tient Dolly sera le théâtre. Beau, fougueux et séduisant, Durr représente tout cet élan romantique qui a tant manqué à Dolly et Frank Borzage filme leurs entrevues dans l'imagerie la plus flamboyante qui soit, capture avec sensualité l'ardeur de leurs baisers - tout en laissant entrevoir l'attrait pour le chaos de Durr lors de la scène de la taverne. Madison est plus discret et gauche, tentant d'éveiller l'intérêt et susciter le rapprochement avec Dolly par les idées. Cela semble inopérant face au charme de Durr mais va au contraire le montrer sous un autre jour à Dolly. Ce dernier a des ambitions de régime autoritaire dans sa volonté de devenir président, ce dont l'éveil intellectuel de Dolly lui rend soudainement limpide sous ses beaux atours. Les échanges avec Madison stimulé par autre chose que l'apparat prennent alors un tour plus profond et authentique que Frank Brozage illustre avec superbement lors de la scène où Madison explique sa vision de la liberté à Dolly. Ginger Rogers est stupéfiante par la vraie étincelle d'amour et de conviction qu'elle fait naître dans son regard. On suit alors le paisible mariage de Madison et Dolly tandis qu'en parallèle les manœuvres douteuses de Durr mettent à mal la démocratie fragile des Etats-Unis.

Tous les évènements sont fidèlement relatés (Durr tentant de forcer la présidence, plus tard cherchant à provoquer une situation de guerre civile, son jugement...) à l'aune de cette dimension à la fois historique et intime. L'intérêt du récit est de montrer le rôle de plus en plus actif de Dolly dont Madison par ses préventions a fait la meilleure défenseuse de ses idées progressistes. Dolly se placera plusieurs fois sur le chemin de Durr, d'abord discrètement en souvenir de leur ancienne affection, puis publiquement lors d'une mémorable scène finale. Durr (David Niven vraiment excellent en illuminé mégalomane), ses inspirations et les bas-instincts qu'il éveille chez ses concitoyens se voient exposés et fustigés par une puissante tirade de Dolly où le charisme de Ginger Rogers fait merveille. Elle convainc par la force de ses mots une foule hostile de la petitesse de Durr et de l'inutilité d'un lynchage public. L'emphase qu'apporte Borzage et la prestation de Ginger Rogers donnent toute leur force à ce portrait captivant et formellement soigné à travers un reconstitution somptueuse.

Sorti en bluray anglais sous-titré anglais chez Arrow

samedi 31 juillet 2021

L'Orchidée blanche - The Other Love, André de Toth (1947)


 Epuisée au terme d'une longue tournée mondiale, la célèbre concertiste Karen Duncan se voit admise dans un sanatorium suisse. Bien qu'atteinte de la tuberculose et sachant que la précédente patiente de la chambre 17 qu'elle occupe en est morte, elle ne continue pas moins à profiter des plaisirs de l'existence. Une attitude dangereuse que désapprouve le Dr Stanton.

L'Orchidée blanche est une curiosité dans la filmographie d'un André de Toth qu'on connaît plus dans un registre musclé que ce soit dans le film noir, le western ou le film de guerre. Il donne ici dans le mélo et plus précisément dans le Women Pictures à la Bette Davis ou Joan Crawford où il va diriger Barbara Stanwyck. Le postulat (adapté d'un roman de Erich Maria Remarque) est d'ailleurs voisin d'un des grands rôles de Bette Davis avec Victoire sur la nuit de Edmund Goulding (1939). Barbara Stanwyck incarne une jeune pianiste admise en sanatorium après une tournée harassante. Son médecin (David Niven) prévenant mais ferme la préserve du moindre effort et émotion forte, lui dissimulant le mal mortel dont elle souffre. 

L'intérêt du film est de, fort des appétences habituelles de de Toth, imprégner le récit d'une atmosphère plus inquiétante se rapprochant du thriller ou du film noir. Le but est d'adopter le point de vue de Karen (Barbara Stanwick) rongée par l'angoisse quant à son mal. Le sanatorium devient ainsi parfois un décor mystérieux et inquiétant, teinté de bruit étranges la nuit venue. Sous le confort apparent, la blancheur immaculée des espaces dissimule une aura de mort constante. On le ressent par les dialogues implicites éludant la mort d'anciens pensionnaires (les bruits nocturnes correspondant justement à l'évacuation des disparus), par la souffrance des malades que l'on éloigne du regard de Karen (les quintes de toux douloureuses réduites à des bruits hors-champs) et bien sûr le ton protecteur, étouffant et secret du Docteur Stanton (David Niven) cherchant à préserver le moral de sa patiente pour sa guérison. 

Tout cela crée un climat anxiogène où de Toth use d'une mise en scène oppressante pour traduire la fébrilité palpable de Karen. Cela amène même une forme d'ambiguïté dans sa relation avec Stanton où l'on ressent une issue amoureuse alors qu'il fait montre de la même fermeté et attention avec toute les patientes. Incertaine dans son rapport à cet environnement et ceux qu'elle y côtoie, Karen choisit l'échappatoire séduisant qu'est Paul Clermont (Richard Conte) dans un tourbillon de fête et d'alcool. Le film tient entièrement sur les épaules d'une formidable Barbara Stanwyck qui fait magnifiquement ressentir le désespoir sous les élans joyeux, le suicide en germe sous l'ivresse. C'est par elle que passe toute cette nuance d'émotions contradictoires dans un film intéressant mais manquant d'un certain lyrisme pour fonctionner complètement. 

André de Toth ne choisit pas vraiment entre une approche feutrée ou plus flamboyante l'ensemble parait un peu étriqué tant en termes de décor que d'ambiances. Le film fut en effet limité dans ses intentions à cause des problèmes financiers que rencontrait la compagnie Enterprise Productions. Le tournage dispendieux de Arc de Triomphe de Lewis Milestone (1948) obligea de Toth à tourner en studio plutôt que dans les Alpes suisse de l'histoire. Entre autres ennuis le tournage commença avec Robert Stack qui malade dû être remplacé par Richard Conte au bout de 15 jours, et un incendie brûla une partie de la bobine, éliminant ainsi des éléments qui auraient peut-être rendu l'ensemble plus fluide. Malgré ce côté bancal, le film reste un mélodrame plaisant notamment grâce à l'implication de son casting (David Niven très bon également). 

Sorti en dvd zone 2 français chez Sidonis

vendredi 3 février 2017

L'Œil du Malin - Eye of the Devil, Jack Lee Thompson (1966)

En Dordogne, la famille de lignée aristocratique des Montfaucon est propriétaire d'une grande exploitation viticole. Mais, depuis des générations, ses descendants mâles semblent être poursuivis par une terrible malédiction. Ils meurent tous de mort violente, pour le bien du village. Catherine de Montfaucon tente de dissuader Philippe, son époux, de perpétuer cette destinée…

L'Œil du Malin est une vraie curiosité méconnue du cinéma fantastique, à la croisée des chemins des mutations du genre. L'épouvante gothique s'orne d'un trouble psychologique au féminin et de l'enfance pervertie des Innocents (1961) de Jack Clayton, et les ambiances païennes et sataniques annoncent autant l'extravagance Hammer des Vierges de Satan de Terence Fisher (1968) que la touche feutrée et inquiétante de Rosemary's Baby de Roman Polanski (1968). Le film adapte le roman Day of the Arrow de Philip Loraine paru en 1964 et connaîtra une production mouvementée. Sidney J. Furie est initialement engagé par le producteur Martin Ransohoff avant d'être évincé pour Michael Anderson qui, malade laissera sa place au touche à tout Jack Lee Thompson. Même jeu de chaise musicale au niveau du casting avec Kim Novak initialement engagée mais contrainte de renoncer à cause d'une chute de cheval, ou selon la rumeur suite à une violente dispute avec Martin Ransohoff supposément trop entichée de la nouvelle venue Sharon Tate qu'il a découverte et lance sur ce premier film. David Niven propose alors sa partenaire de Tables séparées (1958) et Bonjour tristesse (1958), Deborah Kerr avec laquelle l'alchimie fonctionnera à nouveau.

L'Œil du Malin n'égale les films précédemment évoqués à cause d'une narration parfois poussive et surtout de l'absence de vertige et d'incertitudes qu'ils provoquaient. Jack Lee Thompson dévoile ici ses cartes trop vite, sans laisser le malaise plus insidieusement s'installer. Par contre il excelle à instaurer une ambiance inquiétante. La forme parvient à mélanger cette veine gothique et psychologique à une esthétique psyché typique de ce milieu des années 60. Dès l'ouverture un montage syncopé distille des bribes des moments les plus inquiétants à venir, et si ces images nous semblent nébuleuses elles contribuent à poser un climat malsain. Ainsi la réception mondaine de Philippe (David Niven) et Catherine (Deborah Kerr) tout en exposant leur tendresse réciproque et bonheur, semble déjà comme en sursis par ses petites touches furtives.

Le départ de Philippe pour son domaine d'exploitation viticole semble marqué du sceau de la malédiction tant par le jeu fébrile de David Niven que par les ténèbres qu'associe Thompson à cette perspective par une imagerie pesante qui écrase le personnage d'une responsabilité plus profonde. Le rapport dominant/dominé inversé entre le châtelain et les villageois se ressent par l'entité inquisitrice qu'ils semblent constamment incarner face au seul Philippe durant plusieurs séquences (l'arrivée au village en voiture ou la rencontre avec les ouvriers agricoles). Ce sentiment est encore plus fort face au figure d'autorité civile et/ou morale notamment le très inquiétant pasteur incarné par Donald Pleasence, mais aussi les symboles de charme juvénile et malfaisant de la fratrie jouée par David Hemmings et Sharon Tate. Leurs traits pâles et blond sont exacerbés par la photo diaphane d’Erwin Hillier mais également contrebalancé par leurs tenues sombres qui les font ainsi osciller entre anges et démons. Tous deux véhiculent d'ailleurs la dimension sexuelle vénéneuse du récit, Sharon Tate s'offrant une étonnante scène de délectation SM et Hemmings entretenant une complicité suspecte avec David Niven (l'interprétation la plus tordue se prêtant bien à la "pénétration" et soumission finale, gros plan sur la pointe de la flèche inclus).

Avec l'arrivée de Deborah Kerr ce malaise se ressent d'autant plus visuellement. La modernité et le classicisme gothique s'entrecroise de façon originale, notamment dans les extérieurs français qui change un peu de l'imagerie anglo-saxonne du genre (tournage dans le château de Hautefort en Dordogne). Les cadrages alambiqués, les contre-plongées déroutantes et le montage psyché (entre flash-forward et association d'idée) posent donc cette approche moderne où l'on pense justement au Sydney J. Furie de Ipcress, danger immédiat (1965) dans une veine plus fantastique. Les intérieurs (tournés en Angleterre aux studios d'Elstree) perpétuent ce décorum médiéval gothique, Thompson se plaisant à perdre Deborah Kerr dans l'immensité de décors stylisés où se plait à l'oppresser dans des environnements exigus où la raison vacillante aidant, les ténèbres dessinent des silhouettes indicibles et malveillantes.

Le réalisateur distille un malaise certains dans plusieurs morceaux de bravoure flamboyant que ce soit une messe noire nocturne, une séquence d'hypnose "vertigineuse" ou une scène de cauchemar opiacée fort inquiétante. Ce qui empêche le film de complètement décoller réside dans le scénario poussif qui ne sait quoi faire de Deborah Kerr. La féminité et/ou maternité viciée, l'ambiguïté entre réalité et folie qui faisaient la force des Innocents sont absents ici où Deborah Kerr se contente d'être l'épouse apeurée, la victime fuyante et impuissante. Reste donc une belle réussite plastique et atmosphérique qui maintient sa tension jusqu'à une belle conclusion qui poursuit la malédiction.


Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

samedi 7 février 2015

Vous qui avez vingt ans - Enchantment, Irving Reis (1948)

À Londres, durant la Seconde Guerre mondiale, une jeune femme qui s'est enrôlée dans l'armée, Grizel Dane, rend visite à son oncle, le vieux général Sir Roland « Rollo » Dane, dans l'espoir qu'il accepte de l'héberger chez lui. Par ailleurs, elle fait la connaissance de Pax Masterson, un jeune officier-aviateur. Là-dessus se greffent trois flashbacks où le général se remémore son passé. Dans le premier, lui et ses frères et sœur, Pelham et Selina, rencontrent enfants Lark Ingoldsby, une petite orpheline ramenée à la maison par leur père qui a décidé de l'adopter. Dans le deuxième flashback, les enfants sont devenus adultes et Selina traite Lark comme une servante, l'ayant toujours considérée comme une intruse. Aussi, dans le dernier flashback, elle fait tout pour mettre un terme à l'amour naissant entre Rollo et Lark...

Un magnifique mélo à la tonalité désenchantée et au traitement étonnant, entre classicisme et modernité. Le film s'ouvre sur la découverte d'une grande et vieille maison londonienne d'où nous parviennent les échos d'un passé où elle fut peuplée et agitée par les passions. C'est désormais la demeure d'un vieux général bougon à la retraite, qui se refuse à la quitter malgré la pression de promoteur car rattaché à des obscurs souvenirs. L'arrivée de sa nièce américaine et son histoire d'amour contrariée va rappeler au soldat un dilemme auquel il fut lui-même confronté et dont il regrette encore l'issue.

 C'est la maison et ses murs qui font office de véritable narrateur, faisant le lien entre passé et présent. Plutôt que de jouer du flashback du point de vue d'un seul personnage, les transitions se font selon la pièce où se sont déroulés les évènements clés d'une époque à l'autre, un léger mouvement de caméra faisant office de machine à remonter le temps alors que le décor reste identique. C’est là qu'on découvre l'amour éternel de Rollo en la personne de sa sœur adoptive Lark. Tout d'abord au détour d'une magnifique séquence enfantine dont la candeur tutoie les sommets de l'ouverture de Peter Ibbetson.

Les conflits à venir se dévoilent également avec le personnage de Selina, grande sœur cruelle et jalouse voyant en la nouvelle venue une intruse et qui n'aura de cesse de la séparer de son frère. Le personnage est joué à l'âge adulte par Jayne Meadows, à la prestation impressionnante, tout en retenue et maîtrise, détestable et pathétique à la fois. L'histoire d'amour se déroulant dans le présent est moins palpitante mais constitue un remarquable équilibre par ses questionnements différents (là ce sont les individus qui se créent leur propre barrières par pragmatisme) avec le ton magnifiquement romanesque des moments dans le passé.

David Niven en jeune coq insouciant soudainement happé par l'amour de sa sœur adoptive trouve là un de ses plus beaux rôles (et surprend dans ce regitre de jeune premier romantique) et Teresa Wright est poignante en amoureuses soumises aux évènements. Visuellement splendide, tant dans la reconstitution que dans les idées d'Irving Weis faisant de la maison un personnage à part entière où les proportions et éclairages se modifie selon l'état d'esprit de ses personnages. Pour une fois, on peut trouver le titre français plus approprié dans la manière dont il exprime le regret et la bienveillance des personnages et figures du passé pour la jeune génération destinée à ne pas commettre les mêmes erreurs. La jolie conclusion qui voit définitivement une vie s'arrêter tandis que la romance s'affirme est à ce titre des plus significatives. 

Sorti en dvd zone 1 français chez MGM et doté de sous-titres français

Extrait 

vendredi 29 août 2014

L'Héroïque Parade - The Way Ahead, Carol Reed (1944)


Un groupe de conscrits est mobilisé dans l'infanterie durant la Seconde Guerre mondiale. Pour commencer, ils apparaissent comme une bande d'incapables, mais leur sergent et leur lieutenant ont confiance en eux et en font une équipe efficace. Une fois dans le feu de l'action en Afrique du Nord, ils prennent conscience des réalités de la guerre…

 L’Héroïque Parade est un film de guerre qui s’inscrit dans la politique de propagande du cinéma britannique initiée par Churchill et partagée entre œuvres va t en guerre patriotiques et divertissements plus légers. L’Héroïque Parade appartient bien sûr à la première catégorie mais comme nombres de productions anglaises de l’époque aux mêmes objectifs – le plus illustre étant le Colonel Blimp (1943) de Michael Powell et Emeric Pressburger -  parvient à dépasser ce statut initial pour trouver une vraie identité. L’idée du film naît de trois personnalités artistiques à l’époque mobilisée par l’armée. Carol Reed est ainsi incorporé depuis 1942 et affecté au département psychiatrie où il s’occupe des soldats rongés par la peur du front. Il décidera donc de mettre à profit ses compétences pour produire un court-métrage destiné à rassurer ces traumatisés et présenter l’armée sous un jour plus bienveillant. Ce sera The New Lot (1943) où il s’associe à l’écrivain Eric Gambler et à un Peter Ustinov acteur/dramaturge encore débutant. Le film accompagne cinq recrues issues de milieux différents et capture leurs impressions durant leur période de formation. L’œuvre aura un tel impact qu’il sera décidé de l’étirer en long-métrage avec la même équipe, Carol Reed à la mise en scène, Eric Gambler et Peter Ustinov à l’écriture mais aussi certains acteurs du court qu’on retrouve comme  John Laurie et Raymond Huntley. Le principe sera le même, accompagner un groupe de personnages de milieu, âges et caractères différents faisant leurs classes et qui au bout du chemin ne formera plus qu’un corps uni et solidaire sous l’uniforme.

Le récit s’ouvre en 1939, avant l’engagement anglais dans le conflit mais où cette atmosphère de guerre plane dans l’air et crée un sentiment d’attente angoissée au sein de la population. Reed nous introduit ainsi les futurs mobilisés dans leurs milieux et métiers respectifs : garçon de ferme, agent dans une station-service, chauffagiste du Parlement, vendeur en magasin. A leur échelle, chacun est déjà touché par ces bouleversements en germes qui aboutiront tout naturellement à leur mobilisation dans une ellipse nous menant en 1941. La caractérisation des protagonistes se fera constamment dans l’action et le mouvement pour témoigner de leurs évolution, que ce soit leur rencontre dans le train en route pour la caserne, le labeur des exercices et manœuvres militaires, les voyages à travers le monde et enfin l’expérience du front dans la toute dernière partie.

Ce n’est pas ce dernier élément qui intéresse Reed et ses scénaristes. L’Héroïque Parade se focalise en effet sur le parcours spirituel et collectif de cette unité d’infanterie légère (et imaginaire) du Duc de Glendon. Le scénario évoque bien sûr d’autres films de formation militaire mais dans la plupart la finalité est le champ de bataille quand Reed ne cesse de retarder ce moment et détourne avec tendresse des structures façons Les Quatre Plumes Blanches (1939) avec ce groupe de vieillards vétérans de l’unité raillants ces jeunes soldats loin de leur bravoure d’antan. Au lieu de les contredire en nous plongeant dans le pur film de guerre, Reed le fait en nous montrant comment le vrai courage naîtra du fait de se fondre dans un ensemble fiable, qu'on aime et prêt à tous les sacrifices pour ses frères d’armes.

 Arrachés à leurs foyers pour une guerre dont les enjeux les dépassent, nos recrues passeront par divers états dont la rébellion et la méfiance avant d’être réellement unis. Le casting contribue énormément à l’empathie ressentie pour cette unité. Stanley Holloway plutôt associé à la comédie – dont quelques joyaux Ealing comme Champagne Charlie (1944), Passeport pour Pimlico (1949) ou Tortillard pour Titfield (1953) – et au music-hall apporte tout son charme bougon à l’attachant et soupe au lait chauffagiste Brewer.

On trouve aussi un jeune coq en quête de figure d’autorité avec Jimmy Hanley et les rapports sociaux s’estompent entre les anciens subalternes et employeurs joués par Hugh Burden et Raymond Huntley. Ces archétypes entretiennent une proximité chaleureuse, à la fois universelle et unique tant leurs diversités reflètent la population anglaise qui se reconnaît à travers eux et leur quotidien bouleversé. Cette bienveillance se manifeste également envers les figures d’autorités avec l’intransigeant mais dissimulant un grand cœur Sergent Fletcher (William Hartnell) et un David Niven transpirant l’humanité en Lieutenant Perry.

Si le film semble bien éloigné des thrillers d’espionnage qui ont fait le succès littéraire d’Eric Ambler – de nombreuses fois adaptés d’ailleurs comme Le Masque de Dimitrios (1944) de Jean Negulesco, Voyage au pays de la peur (1943) de Norman Foster ou encore Intrigues en Orient (1943) de Raoul Walsh – l’auteur se spécialisera au cinéma dans le film de guerre avec de grandes réussites comme La Mer Cruelle (1953) ou La Flamme Pourpre (1954). La construction rigoureuse de la narration et sa montée en puissance lui doivent beaucoup. Peter Ustinov évite lui à l’ensemble de sombrer dans le tract de propagande froid et sans âme et on reconnaît sa verve truculente dans les bons qui scellent la camaraderie au sein de l’unité. Les deux se retrouveront d’ailleurs bien plus tard pour un immense succès avec l’adaptation du roman d’Ambler Topkapi qui vaudra un Oscar su second rôle masculin à Ustinov.

La dernière partie consistera à mettre en application ces préceptes à l’épreuve du feu durant la campagne d’Afrique du Nord. Là encore, le film déjoue les structures classiques puisque le terrain sera surtout l’occasion d’éprouver cette camaraderie nouvelle dans l’attente. Si riposter dans le feu de l’action relève d’un instinct de survie plus naturel, savoir patienter, guetter et attendre un danger et ennemi hypothétique sans perdre ses moyens demande d'autres qualités. Mais ces hommes ont appris à se connaître et se respecter et chaque instant de vide sera l’occasion de mettre à profit ces liens pour ne pas cogiter et s’impatienter.

On ne cèdera au spectaculaire que le temps d’un impressionnant naufrage de destroyer et d’un intense face à face au portes du désert où l’ennemi est une figure abstraite (autant par les torpilles coulant le destroyer que les soldats allemands à la silhouette fantomatique). C’est pourtant bien les moments de vie anodins partagés dans ce village, la complicité avec les autochtones (dont un Peter Ustinov dans un petit rôle de tenancier de bar), les parties de fléchettes et les chansons que l’on retiendra. La facette patriotique ne transparait finalement que par l’absence de vrai drame puisque tout le monde survivra à sa brève expérience du combat. Le générique de fin où les ombres de soldats défilent dans la brume est donc idéalement représentative de L’Héroïque Parade, la vie commune et l’épreuve du feu nous l’a prouvé, ces hommes ne font plus qu’un dans un ensemble vaillant et solidaire.


Sorti en dvd zone 2 français chez Elephant Films

Extrait

lundi 31 mars 2014

Les 55 Jours de Pékin - 55 Days at Peking, Nicholas Ray (1963)


Pékin, 1900. La révolte des Boxers prend de l'ampleur et les autorités chinoises sont divisées : le général Jung-Lu presse l'impératrice Tzu-Hsi d'arrêter les fanatiques, tandis que le prince Tuan lui conseille de les aider à chasser les étrangers. Face à la menace de conflit, les délégations étrangères regroupées au sein du Quartier des légations, organisent leur défense. Le major Matt Lewis arrive à Pékin à la tête d'un détachement chargé de protéger l'ambassade américaine. Il y rencontre la baronne Natacha Ivanoff et l'ambassadeur britannique, Sir Arthur Robertson. Le 20 juin, le siège du quartier des ambassades commence. Il durera 55 jours…

Les 55 Jours de Pékin est une superbe fresque historique qui constituera le chant du cygne de Nicholas Ray au cinéma. Un adieu qui aurait d'ailleurs pu intervenir quelques années plus tôt tant tous les précédents films seront sources de conflit pour Ray (exclu du montage du Brigand bien-aimé (1957), viré avant la fin du tournage de La Forêt interdite (1958), interdit de tourner les séquences musicales de Traquenard (1958)) bientôt blacklisté à Hollywood. Exilé en Europe et envisageant de se reconvertir dans l'enseignement du cinéma, Ray trouvera le salut avec la rencontre du producteur Samuel Bronston qui se lance à l'époque dans une série de superproductions historiques (Le Cid (1961), La Chute de l'Empire Romain (1964)). Bronston se spécialise ainsi dans les tournages monumentaux délocalisé en Espagne où il se propose de sortir un film chaque été jusqu'à sa faillite et ultime production avec Le Plus Grand Cirque du monde (1964). La première de ses tentatives sera un échec avec John Paul Jones (1959) réalisé par John Farrow et la seconde Le Roi des Rois (1961), inégale évocation de la vie du Christ mais fantastique livre d'image signé Nicholas Ray.

Le projet suivant est supposé être La Chute de l'Empire Romain à nouveau confié à Nicholas Ray, des décors commencent même à être construit alors que le sujet n'intéresse pas le réalisateur ni la star envisagée Charlton Heston ne voulant plus entendre parler de péplum après le sommet de Ben-Hur (1959). Ray en profitera pour lui soumettre le sujet des 55 Jours de Pékin (initialement soumis par son scénariste Philip Yordan et son collaborateur Bernard Gordon) et couper l'herbe sous le pied de son producteur. Pour garder sa star Bronston se voit donc contraint de finalement produire Les 55 Jours de Pékin, transformer les décors antiques déjà construit de La Chute de l'Empire Romain (finalement tourné l'année suivante par Anthony Mann) et avoir un scénario tenant la route bien qu'écrit en catastrophe.

Le film dépeint l'une des crises majeures du début du XXe siècle avec la révolte des Boxeurs qui vit la délégation internationale subir le siège des révolutionnaires chinois ainsi que des troupes impériales. Le début du film nous montre ainsi la mainmise des occidentaux sur les institutions chinoises avec la caméra de Ray traversant Quartier des légations de Pékin où se crée une cacophonie des hymnes nationaux des pays en place (Japon, France, Angleterre, Russie, Allemagne et anticipant ironiquement la confusion qui conduira à la Première Guerre Mondiale) tandis qu'une voix-off nous explique que treize des principales provinces locales sont dirigées et exploitées par les étrangers. 

Ray dépeint de manière limpide l'aspect de poudrière des lieux où le pouvoir impérial faussement inféodé aux Occidentaux guette l'avancée des Boxeurs pour reprendre le pouvoir grâce à eux. De l'autre côté les occidentaux sont divisés entre répondre par une présence militaire accrue pour endiguer la menace ou faire jouer la diplomatie pour ne pas s'attirer les foudres des locaux. 

Chacun de ces questionnements s'incarne à travers un des personnages principaux, la diplomatie avec l'ambassadeur britannique Arthur Robertson (David Niven), la force militaire pour le major Matt Lewis (Charlton Heston), l'ambiguïté du pouvoir chinois avec L'impératrice douairière Tzu-Hsi (Flora Robson dont le port et la prestance font oublier la curiosité d'avoir engagé une actrice anglaise pour jouer une chinoise) et enfin l'individualiste baronne Nathalie Ivanoff (Ava Gardner) voguant d'un camp à un autre au gré de ses passions et intérêts. Chacun sera confrontés aux limites de sa posture initiale lorsque le conflit se déclenchera. 

Le plus intéressant sera avec David Niven captivant en politicien à la vue plus lointaine justifiée mais confronté a dommages collatéraux de ses choix y compris dans sa vie personnelle. Niven incarne à la perfection ce flegme anglais rassurant et charismatique tout en amenant cette humanité qui déleste de toute rigidité politique ce personnage passionnant. Heston est très attachant également à travers ce personnage incapable de se départir de son détachement et sa froideur militaire, autant dans son histoire d'amour avec Ava Gardner que dans ses attitudes empruntées lorsqu'il devra s'occuper de la fille métisse d'un camarade disparu. 

Si l'histoire d'amour est assez convenue, Ray dépeint avec subtilité ce rapport de filiation naissant, ne forçant jamais le mélodrame (superbe scène tout en retenue où Heston annonce la mort de son père à la fillette) et faisant de cette facette une sorte de fil rouge tout au long du film où la silhouette ou le regard de la petite fille apparaît comme pour implorer un amour qu'Heston n'est pas encore capable de donner ou d'exprimer. 

Ava Gardner incarne un personnage typique du cinéma de Ray avec cette Baronne déchue et à l'attitude répréhensible en quête de rachat. Cela se ressent malheureusement plus dans la prestation de l'actrice (magnifique scène de mort si typique d'Ava Gardner avec cette réplique superbe et sobre "Don't you want to live ?" à laquelle elle répond "I lived" dans un dernier souffle) que dans l'écriture du personnage un peu cliché dans sa rédemption pas assez fouillée. 

Il faut dire qu'à l'époque l'actrice complètement détachée du monde Hollywoodien n'acceptait plus les rôles que pour les gros cachets et mena la vie dure à Nicholas Ray en arrivant fin saoule sur le plateau qu'elle honorait au minimum de sa présence. La disparition prématurée (et du coup l'écriture rudimentaire) de son personnage résulte de cette attitude et aura des conséquences plus grave en entraînant l'éviction de Nicholas Ray avant la fin du tournage complétée par la seconde équipe (deux réalisateurs différents suivant malgré tout les indications de scènes mise en place par Ray) .

Visuellement le film est une splendeur reconstituant de manière impressionnante ce Pékin du début du siècle, autant dans l'aspect contemplatif (le fameux plan-séquence survolant les concessions étrangères) que dans les scènes de batailles. C’est dans ces dernières que l'on relève quelques incohérences sacrifiant au spectaculaire (la tour échappée d'un péplum et envoyant des projectiles explosif) mais offrant leur lot de moments palpitants comme cette scène où Heston et ses hommes abrités derrière un charriot font reculer une horde d'assaillants, la fuite des civils alors que le chaos se déchaîne et le danger se rapproche dans la deuxième partie. 

Le point de vue adopté est bien sûr occidental, mais il n'est jamais manichéen (et loin des précédentes versions caricaturales et racistes traitant des faits, du côté asiatique un des volets de la saga Il était une fois en Chine aura ces évènement en arrière-plan et Chang Cheh y aura consacré un film également) la folie guerrière chinoise étant contrebalancée par les informations sur l'exploitation étrangère abusive. 

Un vrai Fort Alamo asiatique qui culmine dans sa dernière partie où les occidentaux démunis doivent faire appel à leur courage et ingéniosité en infériorité numérique. Bien que changeant les noms pour plus de liberté dramatique (le personnage d'Heston ayant été rapidement blessé et immobilisé ne participa pas à la bataille jusqu'au bout) le film respecte bien le déroulement des évènements (la fuite déguisée en fermière de l'impératrice) tout en les magnifiant par une approche romanesque passionnante. Une belle réussite, la dernière de Ray qui subira un accueil critique tiède mais un certain succès public, sans jamais être (injustement) placé parmi les grands films du cinéaste.

Sorti en dvd zone 2 français et dans un magnifique bluray chez Filmedia