Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 3 juin 2014

Le Voyage fantastique - Fantastic Voyage, Richard Fleischer (1966)


Pendant la Guerre froide, les Etats-Unis et l'Union soviétique s'affrontent sur le plan scientifique. Le chercheur Jan Benes découvre une méthode permettant de miniaturiser les objets pour un temps indéfini mais ce dernier est victime d'un attentat en voulant passer à l'ouest du rideau de fer. Afin de le sauver du coma dans lequel il est plongé, un groupe de scientifiques américains miniaturise un sous-marin et pénètre dans le corps de Benes pour le soigner de l'intérieur.

Richard Fleischer démontre une fois de plus son brio dans ce film de science-fiction qui fit sensation à l'époque, puisque plus gros budget alloué par la Fox avec une enveloppe de 6,5 millions de dollars. Il fallait bien cela pour relever le défi du pitch audacieux nous voyant explorer les entrailles du corps humain. La grande force du film est la rigueur narrative avec laquelle Fleischer traite de son postulat farfelu. Le scénario nous place ainsi dans un contexte de Guerre Froide (sans qu'aucun des deux blocs ne soit clairement nommé) où la maîtrise d'une trouvaille révolutionnaire repose sur un scientifique qui est victime d'un attentat avant d'avoir pu livrer ses secrets.

Sa vie étant suspendue à un caillot de sang inopérable dans son cerveau, le gouvernement va utiliser une méthode permettant de miniaturiser un groupe de scientifique afin de résoudre le problème et la sortir du coma. Si les décors à la James Bond de la base militaire et l'esthétique très pop de certains éléments (le corridor de stérilisation violet) amènent une dimension de bd grandeur nature à l'ensemble contrebalancé par une tonalité très austère et quasi hard-science. Aussi délirant l'argument soit-il, Fleischer prend ainsi le temps de dérouler et expliquer le processus qui conduira nos héros dans ce corps humain. Le postulat est invraisemblable, le traitement ne l'est pas et parvient ainsi à nous impliquer, la présentation des personnages restant dans cette ambiance militaro-scientifique.

La fantaisie, Fleischer la laissera s'exprimer une fois le périple commencé avec une sorte d'émerveillement permanent face à cette vision au plus près du miracle de la mécanique humaine. Les coupes au montage font que la traversée en elle-même est totalement impossible, passant du cœur en poumon puis au cerveau dans des ramifications peu crédibles (pour plus de rigueur il faudra se tourner vers la novélisation signée Isaac Asimov parue d'ailleurs avant le film dont la production avait pris du retard) mais qui servent la progression dramatique.

Fleischer emprunte du coup les codes du film de sous-marin et du space opera (saupoudré d'un zeste de film d'espionnage avec le supposé traitre à bord) où le ton austère qui a précédé aura crédibilisé le contexte, les actions et compétences de l'équipage tandis que le corps humain est un mélange de cauchemar et de rêve éveillé plus soucieux du dépaysement que de la véracité anatomique. On aura ainsi des décors impressionnants d'ampleurs et d'invention, truffés de teintes bariolées et psychédéliques faisant montre d'une inventivité constante (la traversée du cœur).

La musique absente de la première partie peut ainsi laisser libre cours aussi aux élans assez expérimentaux de Leonard Rosenman. Tout le cycle naturel du corps est synonyme de danger avec ces anticorps prenant d'assaut cette présence étrangère, une simple expiration pouvant vous projeter dans les limbes. Il y a bien quelques transparences un peu grossières ici et là mais Fleischer parvient vraiment à nous donner le sentiment que nous nous trouvons sur une autre planète, jouant presque de la gravité (les sorties de sous-marin et la progression à la vitesse altérée de l'équipage), faisant de chaque cellule une sorte de faune exotique inconnue.

Le casting est plutôt complémentaire avec un Stephen Boyd moins coincé qu'à l'ordinaire en quota muscle décontracté, Donald Pleasence toujours aussi bon d'angoisse et d'ambiguïté et bien sûr une Raquel Welch délicieuse dans son premier rôle important et carrément survendue en quota sexy lors de la promotion du film. Un bon moment qui aura une descendance tout aussi plaisante avec le remake officieux de Joe Dante, L'Aventure Intérieure (1987).

Sorti en dvd zone 2 français chez Fox

vendredi 7 décembre 2012

Le Jour des Apaches - Day of the evil gun, Jerry Thorpe (1968)


Deux fermiers, Forbes le mari, Warfield, l'amant, partent à la recherche de la même femme et sa fille, enlevées par des indiens. Ils embauchent Jimmy Noble, un scout excentrique. Tous les trois vont rencontrer les attaques et la torture. Ces épreuves vont révéler la véritable nature des protagonistes.

Voilà un agréable petit western méconnu typique de l’influence du western spaghetti sur son pendant américain sur la pente descendante (même si les 70’s amèneront un dernier grand souffle au genre). Le pitch façon Prisonnière du Désert réserve ainsi pas mal de surprise et loin de John Ford se réserve quelques écarts typique du western transalpin. Le film repose ainsi grandement sur l'antagonisme entre Glenn Ford, mari longtemps éloigné de sa famille et Arthur Kennedy ayant pris sa place entre temps, les deux étant obligés de s'associer pour retrouver les disparues.

On assiste donc à une odyssée assez picaresque où les deux héros ne cessent de se trahir et de tenter d'abandonner l'autre en reprenant des pans entier de situations vues dans Le Bon, La Brute et Le Truand comme la séquence dans le désert ou encore la dernière partie les mettant face à une garnison nordistes pour le moins louche. Malheureusement Jerry Thorpe dont c'est le premier film tue dans l'œuf pas mal de moments à fort potentiel comme le sauvetage final trop bref bien que parfaitement amené alors qu'il y avait possibilité de livrer un sacré morceau de bravoure.

Certains thèmes sont captivants telle l'inversion s’opérant entre Glenn Ford ancien tueur qui abandonne progressivement les armes pour retrouver sa famille et Arthur Kennedy brave type prenant goût au meurtre au fil de la traque et conduisant à un inévitable face à face final hélas là aussi un peu bâclé. Autre piste intéressante mais sans développement, l'idée de l'arme supposée maudite de Glenn Ford (d'où le titre original Day of the evil gun). On a constamment l’impression qu’entre de meilleures mains il y avait matière à un bien meilleur film au vu de ces différents éléments plutôt originaux inexploités. 

Cela se suit malgré tout avec intérêt une nouvelle fois par un Jerry Thorpe  lorgnant une fois de lus du côté de l’Italie avec nombre de cadrages, zoom et élans de brutalité assez. Belle dimension quasi fantastique conférée aux Apaches également, aux apparitions sporadiques et où on ne distingue jamais un visage.  Pour les amateurs les seconds rôles de série western tv on aperçoit ici un visage familier avec la jolie Barbara Babcock en femme de Ford et beaucoup plus tard une des héroïnes de Docteur Quinn. Un produit de série pas inoubliable mais sympathique donc.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

Extrait

vendredi 6 avril 2012

L'Ange des maudits - Rancho Notorious, Fritz Lang (1952)


Pour venger le viol et le meurtre de sa fiancée, un cow-boy, Vern Haskell, traverse les États-Unis à la recherche de son assassin. Par diverses informations, il apprend que celui-ci se trouve dans un ranch tenu par une aventurière, Altar Keane. Ce ranch appelé " Chuck-a-Luck" ("Coup de Chance ") accueille et héberge les bandits en fuite.

Rancho Notorious constitue la troisième et dernière incursion de Fritz Lang dans le western durant sa période américaine après le très bon Retour de Frank James et Les Pionniers de la Western Union réalisés douze ans plus tôt pour la Fox de Darryl Zanuck. C'est clairement sa meilleure tentative dans le genre, celle où il le soumet entièrement à sa vision plutôt que de s'y adapter.

Lang retrouve ici son thème récurrent de la vengeance et ses conséquences. Un des grands atouts ici est le scénario assez atypique de Daniel Taradash (adapté du roman Gunsight Whitman de Sylvia Richards) qui emprunte des directions narratives inattendues. Le point de départ est donc bien la vengeance avec le cow boy Vern Askell (Burt Kennedy) dont la fiancée est violée et tuée lors d'une scène aussi sobre que glaçante. Notre héros fou de douleur se lance donc à la recherche de l'assassin mais à la place de la course poursuite haletante attendue, l'intrigue prend plutôt une tournure de film noir dans l'Ouest.

Askell découvre que le meurtrier se dissimule dans un lieu appelé " Chuck-a-Luck" ("Coup de Chance ") dont le seul lien est une chanteuse de saloon disparue nommé Altar Keane (Marlène Dietrich). La quête du coupable s'estompe alors un temps pour une sorte de Laura/Citizen Kane western où se dessine le portrait d'Altar Kane à travers l'enquête d'Askell qui remonte la piste et de nombreux flashback rendant le personnage fascinant avant son intervention concrète dans le récit. On découvre ainsi la déchéance de cette femme flamboyante et adulée par les hommes qui se perdra en se liant au hors la loi Frenchy Fairmont (Mel Ferrer).

Ce parti pris se poursuit durant la toute aussi surprenante seconde partie. Altar enfin révélée se trouve à la tête d'un ranch refuge pour criminels en cavale qui lui verse un pourcentage de leur butin en échange d'une planque de quelques semaines. On a alors une forme de thriller whodunit (d'autant plus retors que le spectateur connaît lui le coupable) où Askell devra trouver parmi les bandits hébergés lequel est celui qu'il cherche. L'intrigue est donc fort astucieuse et prenante mais c'est vraiment ce que Lang va exprimer à partir de cela importe.

C'est une tragédie funeste qui s'annonce pour tous les personnages, tous destinés à être brisés par les choix qu'ils auront effectués. Frenchy Fairmont aura le cœur brisé par la seule humanise encore le tueur impitoyable qu'il est, Askell assoiffé de vengeance finit par ressembler de plus en plus à ce qu'il poursuit au contact de ces criminels et Lang joue sur le mimétisme progressif d'attitude avec Frenchy tel la virtuosité au tir. Le parcours le plus passionnant est bien sûr celui d'Altar, femme dure qui s'est élevé par sa seule détermination mais qui en tombant amoureuse d'Askell comprend peu à peu la barrière qu'elle a franchi.

Si Mel Ferrer est d'une élégance effacée mais néanmoins menaçante, Arthur Kennedy est lui impressionnant d'intensité avec un regard fou où se lit constamment la douleur de la perte qu'il a subie. Marlène Dietrich est quant à elle superbe entre dureté et mélancolie et on comprend l'astuce du scénario qui montre ses tourments sans surlignage inutile. La femme désirable, joyeuse mais dépendante des flashbacks trouve ainsi son pendant opposé au présent avec une Dietrich imposante mais à l'allure lasse, rongée par le désir. Les scènes de chant ne font absolument éléments rapportés et s'intègrent parfaitement à la progression de l'intrigue.

Lang instaure ici un lyrisme et une tonalité funèbre envoutante par ses choix esthétique. Les extérieurs sont rares et on devine constamment le studio dans leur extrême stylisation notamment les scènes nocturnes révélatrices. Les envolées de la ballade chantée The Legend of Chuck-a-Luck (premier titre du film avant qu'Howard Hughes exige son changement malgré la chanson) décrivant les évènements et les sentiments des personnages accentue cette emphase de tragédie inéluctable. S'il cède bien volontiers aux morceaux de bravoures attendus (une bagarre nerveuse chez un barbier qui annonce les empoignades musclés de certains Bond de Connery, le gunfight final) c'est bien durant les moments intimistes que Lang déploie son brio formel.

On pense aux entrevues chargées de séduction et d'érotisme entre Arthur Kennedy et Marlène Dietrich mais que Lang brise toujours avant l'explosion, ce chemin étant désormais refusé aux personnages qui se sont perdus. Plus de rédemption ni d'autres lendemain possible dans un final où la mort, la solitude et la tristesse seront les seules issues. Narration brillante, ambiance originale et interprétation habitée, un remarquable et surprenant western.

Sorti en dvd zone 2 chez Film Sans frontières et pour les anglophones dans une bien meilleure copie en Warner Archives mais sans sous-titres.