Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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dimanche 16 juillet 2023

Héros du tiers monde - Bayaning 3rd World, Mike de Leon (1999)


 Deux réalisateurs tentent de relever le défi de réaliser un film sur le héros national philippin José Rizal, exécuté par le gouvernement colonial espagnol pour crime de rébellion après le déclenchement de la révolution philippine en 1896. Les deux hommes échouent sur la question de savoir s’il a ou non renoncé à son opposition à l’Église catholique. Ils interrogent les personnes clés de la vie de Rizal, mais les réponses qu’ils obtiennent sont obscures…

Héros du tiers-monde marque le retour à la réalisation de Mike de Leon après un long hiatus, son précédent long-métrage pour la télévision datant de 1986. Au premier abord le réalisateur semble avoir changé de registre avec ce portrait de José Rizal, héros national philippin, loin des codes du cinéma de genre ou coloré sous lequel il glissait ses messages politiques. Néanmoins la forme ludique et inventive va vite nous rappeler au bon souvenir du Mike de Leon entre facétie et profondeur thématique des années 70/80. Ni biopic, ni documentaire, Héros du tiers-monde est en fait une mise en abyme fictionnalisée qui voit deux cinéastes réfléchir à un film sur José Rizal et de ce fait s’interroger sur l’orientation à prendre sur ce projet hypothétique. 

Les questions que se posent les deux cinéastes sur la figure de José Rizal sondent le passé philippin à travers le grand homme, mais aussi son présent. Le dispositif très ludique consiste en des entretiens où les héros confrontent en chair et en os aux grands personnages historiques ayant côtoyé Rizal, après une introduction succincte et « wikipédiesque » ayant présenté le José Rizal idéalisé tel qu’il est désormais présenté aux yeux du grand public. Ce n’est pas toujours simple à suivre pour un spectateur non philippin et pas familier de l’histoire du pays, mais Mike de Leon parvient dans un chapitrage autour de grandes questions intimes ou plus officielles à tisser une vision contrastée et bien moins parfaite qu’attendue de José Rizal. 

Sa fin tragique par une exécution ordonnée par le colon espagnol en a fait un martyr vénéré, et c’est notamment sur ce statut de saint que portera une des controverses du film. Son éducation moderne (sa riche famille lui a permit d’effectuer des études universitaires en Europe, à Madrid, Paris et Berlin) l’amène à avoir une distance sur le pouvoir religieux aux Philippines qu’il critiquera à plusieurs occasions. Pourtant des documents à l’authenticité discutée témoignent d’une conversion tardive alors que sa fin était imminente, fait qui permettre la récupération de José Rizal par le pouvoir religieux et cette image de saint qui perdure aujourd’hui.

Mike de Leon en évoquant cette ambiguïté fustige évidemment l’Etat contemporain pour lequel la religion demeure toujours un levier de manipulation des masses. Les deux cinéastes participent eux même à ce doute en interprétant chacun à leur manière les informations auxquelles ils sont confrontés et représentent ainsi la confusion qui peut exister chez les Philippins sur certains pans de la vie de José Rizal. C’est notamment vrai concernant son épouse irlandaise Joséphine Bracken, dont le rôle voire la réalité officielle du mariage semblent discutés. Mike de Leon retrouve l’inventivité qui lui est coutumière dans la mise en place de son dispositif, la reconstitution soignée se disputant à l’anachronisme et même la farce. 

La silhouette de Rizal comparée et substituée à celle de Charlie Chaplin durant son exécution, une fausse pub pour déodorant le mettant en scène avec pour slogan « cacher l’indigène qui est en vous », sous le côté potache tout fait sens et exprime une veine irrévérencieuse bienvenue, le tout filmé dans un beau noir et blanc par le directeur photo Ding Achacoso. Une œuvre où Mike de Leon reste fidèle à lui-même malgré le monument auquel il s’attaque, mais par forcément facile d’accès pour le spectateur peu au fait de l’histoire Philippine – un biopic plus classique nommé tout simplement José Rizal réalisé par Marilou Diaz-Abaya sortira d’ailleurs cette même année 1998 à l'occasion du centenaire de la révolte des Philippines. 

Sorti en bluray chez Carlotta Films

lundi 26 juin 2023

Le Paradis ne se partage pas - Hindi nahahati ang langit, Mike de Leon (1985)


 Noel a du mal à accepter le remariage de son père avec Agnes et l’arrivée de sa demi-sœur par alliance, Melody. Les deux grandissent en se vouant une haine féroce. À la mort de leurs parents, Noel devient le tuteur légal de Melody, au grand désespoir de cette dernière. Plus tard, chacun désormais marié de son côté, les deux se retrouvent en tant que partenaires commerciaux et vont finir par se rapprocher…

Après les deux œuvres sombres et à la charge politisée virulentes que sont Kisapmata (1981) et Batch’81 (1982), Mike de Leon renoue dans Le Paradis ne se partage pas avec un cinéma populaire plus accessible – le film sera son plus gros succès commercial. On renoue ici avec l’approche de C’était un rêve (1977), le côté roman-photo juvénile de ce dernier laissant place au soap opera chargé en rebondissements. C’était un rêve assumait cependant une candeur suranné transcendée par sa beauté formelle et un sous-texte intéressant dans un équilibre que n’atteint pas Le Paradis ne se partage pas. Une fois posé l’antagonisme masquant l’amour que se portent Noel (Christopher de Leon) et Melody (Lorna Talentino), tout le récit n’est qu’une suite répétitive de malentendus et d’incompréhensions qui les empêchera de se rapprocher. Seuls l’ampleur, les enjeux et les conséquences changent en passant des chamailleries d’enfants à la rébellion adolescente puis enfin les problèmes de couples et les conflits financiers de la dernière partie.

Le meilleur du cinéma hollywoodien l’a prouvé, l’excès et la démesure ne sont pas incompatibles avec le mélodrame flamboyant (Le Secret Magnifique  ou Ecrit sur du vent de Douglas Sirk en tête pour citer ses mélos le plus too much) mais il faut que cette démarche s’inscrive dans l’ensemble du projet formel du film. C’était le cas dans C’était un rêve, tout naïf et simpliste qu’il était, mais ici on est plus proche du feuilleton télévisé des années 80 ou de la télénovela que du grand mélo. Plusieurs dialogues à la fin du film affirment que le destin pousse irrésistiblement Noel et Melody l’un vers l’autre malgré leurs disputes, mais cet aspect n’est jamais posé par une hauteur qui dépasserai l’articulation trop terre à terre des évènements. Le schéma est simpliste, Noel ou Melody ont chacun leur tour le mot ou l’attitude néfaste de trop, ne sont jamais synchrone dans leur volonté de faire un pas vers l’autre et finissent pas en faire payer le prix à leur entourage, parents puis compagnons. Cela ne passe que pas le dialogue, des montages alternés laborieux et des rebondissements poussifs sans que la forme vienne les magnifier et emmener ailleurs que les enjeux initiaux.

Lorsque la bascule se fait enfin et que les personnages daignent s’avouer leurs sentiments, c’est davantage dû au stade avancé de l’histoire (qu’il faut bien conclure) que d’une vraie évolution observée chez eux. Il y a cependant des éléments intéressants dans le traitement des rapports hommes/femmes aux Philippines. Noel enfant est perdu par son immaturité et le modèle familial imposé par son père qui devient le protecteur de Melody et sa mère, simples intruses profiteuses pour lui. L’incapacité à avouer des sentiments que l’on a compris chez lui passe par la violence physique et verbale, un autoritarisme plutôt qu’une simple timidité maladroite. C’est un modèle qui se prolonge et se grippe dans les autres couples du film au sein d’une société des années 80 où la femme semble plus émancipée. Melody est étouffée par Ronald (Edu Manzano), fiancé insistant puis mari tyrannique qui ira jusqu’au viol conjugal. Elle est pourtant d’un tempérament plus vindicatif que Cynthia (Dina Bonnevie), petite amie puis épouse délaissée de Noel qui recherche au contraire l’amour d’un homme dans la soumission. L’évolution de ces deux héroïnes qui assument leur amour par un paradoxal éloignement de l’objet de leur affection représente donc un élément sociétal plutôt bien vu même si amené par des péripéties poussives. 

L’équilibre entre message et genre a été bien mieux tenu dans des œuvres précédentes de Mike de Leon, dans le registre fantastique, romanesque, angoissant ou parodique, mais ici l’intérêt est assez difficile à maintenir dans cette fresque trop proprette – le casting juvénile très photogénique en tête. 

Sorti en bluray chez Carlotta

dimanche 18 juin 2023

Batch 81 - Ako, Mike de Leon (1982)


 Pour intégrer la fraternité étudiante philippine Alpha Kappa Omega, huit jeunes hommes doivent surmonter un rituel initiatique particulièrement violent qui s’étend sur plusieurs mois : humiliations en tous genres, actes de torture et bizutage quotidien…

 Batch 81 est pour Mike de Leon le revers de la même pièce avec le glaçant Kisapmata sorti à quelques mois d'écart. D’ailleurs si Kisapmata eut le premier l’honneur de trouver le chemin des salles de cinéma, il fut en fait tourné après Batch 81 et, du propre aveu de Mike de Leon, l’âpreté de ce dernier à débordé sur Kispmata au thème voisin. Kisapmata proposait une allégorie de la dictature philippine dans un cercle familial où la tyrannie d’un patriarche imposait une atmosphère de cauchemar glaçante. Le film partait de la sphère intime pour dépeindre des mécanismes d’autoritarisme et de soumission, Batch 81 a la même réflexion mais cette fois à travers la sphère sociale et collective. 

Le cadre d’une université et le microcosme d’une fraternité étudiante va servir la démonstration d’un processus d’aliénation. Huit jeunes hommes intègrent la fraternité « Alpha Kappa Omega » où le bizutage ne sera pas un éphémère et potache rite de passage, mais un long chemin de croix qui vise à les briser en tant qu’individu. On devine en creux les raisons qui poussent certains d’entre eux à accepter ce traitement. Les plus solitaires et timorés y voient enfin la possibilité d’intégrer un collectif, d’autres conscients des ramifications de la fraternité y devinent un tremplin relationnel pour la suite, les plus nantis y ressentent une exaltation dans la souffrance qui les sort de leur zone de confort. Mike de Leon lorsqu’il filme les sévices endurés par le groupe alterne constamment le point de vue collectif et individuel, notamment dans la scène où ils sont forcés à se déshabiller. En s’attardant sur un visage ou un détail trivial (le slip troué de l’un d’entre eux), le réalisateur les distingue en tant qu’individu tout en les effaçant lors des plans d’ensemble où ils sont alignés. 

Le travail méticuleux des tortionnaires est par les tourments physiques et psychologiques de contraindre les victimes à un esprit de corps, d’abord entre eux, puis au service de la fraternité et certainement en définitive en allégeance du gouvernement totalitaire. Les racines bourgeoises, militaires et politiques de la fratrie se révèlent insidieusement par le dialogue quand on apprend que certains étudiant ont été poussés par leurs parents à l’intégrer, et la tournure de certaines épreuves laissent peu la part au doute – la question sur la loi martiale lors de l’interrogatoire « à haute tension ». L’objectif est d’instaurer un climat d’assujettissement presque sadomasochiste, les réfractaires qui se dérobent n’étant pas ramenés dans le groupe par les chefs de la fratrie, mais bien par d’autres bizuts. 

Mike de Leon nous fait d’ailleurs adopter le point de vue de Sid (Mark Gil), le plus déterminé d’entre eux et le plus enclin à reproduire ce schéma dominant/dominés parmi les aspirants. Ce protagoniste par son milieu aisé et ses attitudes est le plus enclin à teinter le film d’ambiguïté. Lors d’une des rares fois où le groupe fait front pour libérer un camarade d’une nouvelle torture (qui s’avérera simulée), il est le seul en retrait et celui qui aurait laissé son ami périr. Les graines d’un virilisme n’existant que par l’écrasement de l’autre s’incarne par Sid, qui n’accepte les brimades que dans la perspective exaltante de parvenir à tourmenteur à son tour – ce que soulignera la conclusion. Même les manifestations d’excentricité au premier abord plus libertaires relèvent d’un attrait pour les régimes autoritaire, avec ce spectacle de fin d’années reprenant une imagerie nazie festive.

Toute la dimension de simulacre et de jeu des maux subis par le groupe n’est qu’une préparation à ce que l’on attend deux quand les vrais actes d’appartenance à la fraternité seront réclamés. Mike de Leon jongle sur ces deux aspects avec le décalage de la rixe finale sanglante où la bande-originale synthétique de Lorrie Ilustre prends des airs guillerets et enfantins. Batch 81 est une variation selon des ressorts différents de Kisapmata de l’idée d’instauration des mécanismes du fascisme. Si l’on peut préférer le crescendo et la veine dramatique de Kispmata à la démonstration clinique de Batch 81, ce dernier n’en demeure pas moins une réussite éclatante.

Sorti en bluray chez Carlotta

dimanche 9 avril 2023

Kisapmata - Mike de Leon (1981)

Dadong, policier à la retraite, apprend que sa fille unique, Mila, est enceinte et va se marier. Face à l’insistance du jeune couple, le père autoritaire accepte le mariage, à condition que son futur gendre paie une dot ridiculement chère. Commence alors une série de demandes de la part de Dadong, qui entend exercer sa domination de patriarche à tout prix…

La masculinité toxique et la force d’une certaine tyrannie patriarcale sont des éléments que l’on retrouve souvent dans le cinéma philippin. C’est une métaphore aisée pour s’attaquer au pouvoir du président Marcos mais semble néanmoins être un élément réellement imprégné dans la société philippine. Lino Brocka l’aborde sous l’angle du virilisme propre à générer des conflits sanglants et à briser les figures féminines dans Insiang (1976), Manille (1975) ou encore Caïn et Abel (1982). Mike de Leon quand il explore ce thème en fait quelque chose de plus insidieux et opaque, un mal que l’on doit arracher des souvenirs et de l’au-delà dans l’excellent Itim (1976). Kisapmata creuse le même sillon mais se déleste de l’élément fantastique, même si le travail sur le décor et notamment les vues extérieures de la maison familiale, apporte par la mise en scène une dimension maléfique surnaturelle aux drames qui se joue dans ce lieu.

Comme évoqué plus haut, ce mimétisme de la tyrannie du père de famille Dadong (Vic Silayan) avec la dictature du pays est évident mais Mike de Leon l’emmène vers quelque chose de plus cruel et insaisissable. Dès les premières scènes, cet autoritarisme de ce père a quelque chose de dérangeant, ne relevant pas d’un sentiment de protection envers sa fille Mila (Charo Santos-Concio) mais plutôt de propriété. Si sa réaction face à l’annonce de grossesse et des projets de mariage de Mila paraissent relativement « normales » dans ce type de société patriarcale, Mike de Leon dissémine des éléments plus troubles. Le fait qu’il pénètre sans frapper ni prévenir dans la chambre de sa fille adulte de 25 ans, le langage corporel de crainte, dégout et soumission de cette dernière laisse planer le spectre de l’inceste.

Le film s’inspire d’un fait-divers tragique survenu dans le pays et qui fut relaté par Nick Joaquim, ami journaliste et écrivain de Mike de Leon, sous le titre The House on Zapote Street. Dans cette idée, la narration progresse au fil d’écrans noirs datés partant du mariage de Mila et Noel (Jay Ilagan) jusqu’à un terrible dénouement. Ce choix exprime un sentiment d’inéluctable où le passif sordide (l’inceste donc) se devine aisément avant d’être explicitement évoqué puis montré, tout comme l’évidence que tout cela ne pourra que se conclure dans le drame. Ce n’est donc pas la progression dramatique mais plutôt les espace de tension et de malaises que privilégie Mike de Leon. Dadong offre un savant mélange d’intrusivité supposé bienveillante dans la vie du couple et use de ruse mâtinée de chantage affectif pour empêcher une idée qui lui semble impensable : que Mila quitte le foyer. Ce n’est pas une crainte (qui serait disproportionnée et malsaine certes, mais partirai d’un bon fond) du sort de sa progéniture dans le monde extérieur qui l’anime, mais le simple fait qu’elle ne soit pas sous son joug. 

Mike de Leon nous le fait ressentir de manière latente durant les séquences de préparatifs du mariage où Dadong est non seulement omniprésent, mais s’immisce littéralement entre les fiancés dans les cadrages, compositions de plan et agencement des protagonistes. La bascule intervient lors de la scène de la première danse lors du mariage, la ronde des partenaires semblant inévitablement ramener Mila dans les bras de son père, signe avant-coureur de la suite. Le mariage n’est donc pas comme dans d’autres sociétés patriarcales un moyen de quitter le foyer familial, mais seulement son illusion. L’obsession de Dadong est plus forte que les codes traditionnels qui l’entourent et tous les moyens seront bon pour restaurer son royaume domestique et soumettre ses sujets.

Une fois Mila de nouveau prise au piège malgré elle, la mise en scène fait de la maison un véritable personnage secondaire articulant les jeux de pouvoirs qui s’y jouent. Hormis deux envolées oniriques, le réalisateur délaisse les atmosphères gothiques qui donnaient également une importance majeure à la demeure de Itim, pour travail des motifs purement géométriques et de lignes de fuites. En journée les pièces du premier étage (les chambres et la salle de bain) sont des échappatoires à l’autorité du père régnant sur le rez-de-chaussée où il est le seul à recevoir des visites, où il est au centre de l’attention et le seul à avoir la parole – les compositions de plan lors des scènes de repas. La nuit venue, l’ombre s’étend et l’aura maléfique de Dadong avec. Il peut s’immiscer dans la chambre de Mila pour abuser d’elle, et garder tel un cerbère la porte d’entrée et l’accès au téléphone, seules ouvertures pour l’extérieur. Mike de Leon nous fait ressentir tout cela par son les nuances de la photographie de Rody Lacap, ainsi que par un jonglage habile entre plongée et contre-plongée pour exprimer ces sentiments de dominants/dominés – Noel ivre de colère qui se désagrège totalement lorsque Dadong l’écrasera de son regard. 

Si durant les scènes d’intérieur et le point de vue biaisé des membres de la famille conditionnés par la peur (de la servante à la mère de famille apeurée et complice jouée par Charito Solis) de Leon travaille un certain réalisme, de l’extérieur les spectateurs de ces évènements oscillent entre perplexité et crainte. La séquence voyant l’ultime retour du couple devant la demeure (et les autres scènes de ce type) évoquerait presque des séquences de La Maison du diable ou de L’Exorciste (d’ailleurs avant leur funeste sort Noel et Mila n’arbore qu’un crucifix pour se protéger de Dadong) avec de frêles silhouettes écrasées par une bâtisse abritant le mal absolu. Ce brio formel mêlé à la bande-original anxiogène (lorgnant sur les compositions d’un Pino Donaggio chez Brian de Palma) de Lorrie Ilustre instaure un mélange de tension psychologique, de réalisme et de surnaturel par la seule imagerie. Tout cela sert parfaitement une conclusion d’une saisissante noirceur, à la violence aussi injuste qu’attendue. L’analogie à la dictature est judicieuse avec cette politique de la terre brûlée lorsque la domination du tyran s’estompe. 


 Sorti en bluray chez Carlotta