Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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jeudi 16 janvier 2025

Le Bateau qui mourut de honte - The Ship That Died of Shame, Basil Dearden (1955)

 Après s'être illustré par sa bravoure pendant la Seconde Guerre mondiale, l'équipage du canonnier 1087 de la Royal Navy décide de remettre le navire à flots pour se lancer dans la contrebande. Alors que les cargaisons deviennent de plus en plus suspicieuses, le bateau semble refuser son nouvel et humiliant emploi.

The Ship that Died of Shame est une œuvre mêlant habilement les questionnements sociétaux de l’Angleterre d’après-guerre et les thématiques propres à Basil Dearden. Le film adapte la nouvelle éponyme de Nicholas Monsarrat (publiée en 1952), écrivain spécialiste du récit maritime et déjà mis en image au sein du studio Ealing avec The Cruel Sea de Charles Frend (1953). Dearden s’attèle ici au scénario avec son fidèle partenaire Michael Relph, et l’on peut distinguer certains éléments déjà observé précédemment au sein de sa filmographie. Dans le cadre des films de propagande produits en Angleterre durant la Deuxième Guerre Mondiale, Basil Dearden était déjà passé par le cinéma fantastique pour exprimer son propos, humaniste et mystique dans la fable They Came to a City (1944) - sorte de pendant anglais à Horizons perdus de Frank Capra (1937) – et film de fantômes rédempteur incitant à l’effort de guerre dans The Halfway House (1944). On retrouve de cela ici avec les vertus protectrices et la caution morale que revêt pour les personnages le canonnier 1087, que ce soit par sa vélocité à les éloigner du danger durant les joutes guerrières initiales, ou les confronter à leurs actions répréhensibles par des avaries « volontaires » tombant toujours au mauvais moment.

Le film explore aussi la période d’incertitude morale agitant l’Angleterre d’après-guerre. Si la réalité et les films de propagandes nous montrent que l’individualité fut souvent sacrifiée au service de l’union sacrée et l’effort collectif durant le conflit, les privations d’alors développèrent toute une nouvelle forme de criminalité avec le marché noir et la contrebande. Un certain pan du film noir anglais, le "spiv movie" aborde la question comme Je suis un fugitif d’Alberto Cavalcanti (1947), et c’est aussi l’occasion d’observer la dérive d’une « génération perdue » avec une jeunesse corrompue ayant grandie dans ce contexte. C’est un thème au cœur de London Belong toMe de Sidney Gilliat (1948) et Brighton Rock de John Boulting (1947), le voyou en devenir voire gangster poupin étant incarné dans les deux films par Richard Attenborough, de nouveau en mauvais génie corruptible dans The Ship tha Died of Shame

Si l’acteur et son personnage George ramène cette question de la boussole morale incertaine dans une époque qui l’est tout autant, Bill (George Baker) expose lui un questionnement et désenchantement plus existentiel. L’introduction du film illustre une forme d’adrénaline, de profonde camaraderie voire de fraternité parmi l’équipage, affrontant le danger avec une hardiesse rigolarde lors de joutes maritimes spectaculaires. Ce repère collectif rejoignait ainsi cette idée d’union sacrée nationale durant le conflit, tandis que le repère intime pour Bill tient aux retrouvailles avec sa jeune épouse Helen (Virginia McKenna) entre deux campagnes. Lorsque celle-ci disparait tragiquement dans un bombardement, le déséquilibre se crée en raccrochant Bill au seul repère collectif du canonnier, lui aussi voué à disparaître à la fin de la guerre et le plongeant dans un moment où il ne saura quelle direction donner à sa vie.

 

Les prémices de la veulerie de George se dessinaient déjà lorsqu’il cherchait à tricher lors du calcul très trivial du nombre de cibles abattues et gravées sur le 1087. C’est néanmoins lui qui propose de reconstituer l’équipe d’antan sur leur navire remis à neuf, et l’on ressent de manière différente mais bien présente le vide de la vie civile incitant les personnages (auquel s’ajoute le marin et mécanicien Birdie (Bill Owen) à reprendre la mer, cette fois pour l’activité toujours dangereuse mais moins noble de la contrebande. Un beau travail d’ellipse montre les équilibres de pouvoir basculer, Bill capitaine du bateau et véritable maître à bord durant la guerre, devient un exécutant des transports aux cargaisons de plus en plus douteuses commanditée par George.

La noble cause d’antan cède au profit et à l’absence de scrupule, et le supplément d’âme chanceux du bateau se retourne progressivement contre eux en entravant de façon mystique leurs action. Le 1087, qualifié au féminin par l’équipage, avait constitué au fil des missions et de la constitution de cette famille de substitution une sorte de mère protectrice ramenant toujours ses « enfants » à bon port. Comme le souligne Mélanie Boissonneau dans le livret accompagnant le film, le 1087 bénéfice de plus d’égard que l’authentique personnage féminin du film joué par Virginia Mckenna avec plusieurs idées formelles plaçant l’appareil au centre de l’état d’esprit de l’équipage.

Fier et véloce face au danger en évitant les bombardements ennemis durant la première partie, le 1087 a encore fière allure durant les retrouvailles et la propagande bon enfant des débuts. Peu à peu, les séquences maritimes se font nocturnes ou plongées dans la brume comme pour illustrer le flou moral des actions de l’équipage. La mer tranquille fendue par le 1087 se trouve dès lors déchaînée par les éléments, permettant au bateau de se débattre pour expulser la marchandise douteuse de son bord. Cette approche culminera durant la dernière partie où une ligne fatale est franchie, forçant une purification plus radicale et exigeant un sacrifice plus profond. 

On avait vanté le savoir-faire technique de Ealing sur les effets spéciaux aériens de The Night My Number Came up (1955) et Out of the Clouds (1955), et le résultat est tout aussi impressionnant sur l’eau dans The Ship that died of shame. Le soutien de la Royal Navy sur quelques authentiques scènes maritimes amples et épiques (entrecoupées de stock-shots de tirs ennemis durant les scènes de guerre), alternant avec un impressionnant travail sur les maquettes. Celles-ci sont désormais plus visibles, mais le résultat reste néanmoins très solide et les séquences maritimes les intégrant les masquent habilement par un usage dans des passages nocturnes, ou alors endosse une sorte de licence poétique assumée lors du climax voyant le 1087 se « débattre » farouchement face aux tâches qu’on lui assigne, et par cette rébellion forcer la rédemption de Bill. The Ship that died of shame est une preuve de plus du talent versatile et de la cohérence thématique du talentueux Basil Dearden. 

Sorti en blu-ray frnaçais chez Tamasa

samedi 15 août 2015

Ma vie commence en Malaisie - A Town Like Alice, Jack Lee (1956)

Une jeune anglaise fortunée (Virginia Mckenna) revient en Malaisie pour aider des villageois à construire un puit. Les souvenirs de sa vie troublée par la guerre remontent alors à la surface, et elle se remémore son histoire d’amour avec Joe (Peter Finch). En 1941, les japonais envahissent le pays et font prisonnier les colons britanniques. Les deux amants se rencontrent dans un camp, et surmontent ensemble de terribles épreuves afin de survivre.

En cette fin des années 50, le cinéma anglais prenait un angle nouveau dans sa manière d’aborder la Seconde Guerre Mondiale. L’illustration de grandes batailles et campagnes militaires dans une veine documentaire et/ou spectaculaire aura toujours cours mais laissera aussi s’exprimer d’autres approches. Contrairement aux œuvres produites lorsque le conflit faisait rage, on peut désormais évoquer des fronts plus éloignés dont les évènements sont alors plus connus. Cette tendance nourrira surtout le mélodrame exotique, ce dépaysement nourrissant idéalement les grands sentiments comme dans Le Vent ne sait pas lire (1958) de Ralph Thomas traitant de la romance entre un anglais et une japonaise ou chez les américains Sayonara (1957) de Joshua Logan – ce dernier traitant cependant de la Guerre de Corée. Ma vie commence en Malaisie s’inscrit dans cette veine, l’orientation de cette adaptation d’un roman de Neil Shute privilégiant l’angle romanesque dépaysant dans le contenu d’une œuvre pourtant plus complexe. Le film n’adapte en effet que la seconde partie du roman à succès paru en 1950, les souvenirs de l’héroïne sur sa captivité en Malaisie. Le roman était une bien plus vaste saga dépeignant tout d’abord l’héritage que faisait une jeune anglaise et les relations avec son mentor/donateur puis l’usage qu’elle en faisait en retournant aider les populations en Malaisie et enfin sa quête d’un amour disparu en Australie.

Le scénario de Richard Mason (qui s’y entend en romance dépaysante puisqu’il est l’auteur de Le Monde de Suzie Wong) et W. P. Lipscomb prend juste brièvement le même point de départ, lorsque la Jean Paget (Virginia McKenna) s’envole pour la Malaisie et finance l’installation d’un puits au sein du village l’ayant accueillie durant la guerre. Malgré la joie de retrouver ses bienfaiteurs d’alors, Jean souffre en silence en repensant à son amour perdu. Nous découvrirons ainsi son odyssée en flashback où elle fut captive des japonais ayant investis le pays où elle officiait en tant que secrétaire. Le film a l’originalité de représenté la Malaisie entière comme une immense geôle à ciel ouvert.

Si les prisonniers masculins peuvent représenter une main d’œuvre utile pour divers travaux, les femmes et enfants constituent un fardeau exploitant inutilement les ressources pour les japonais. Une première confrontation montre avec une grande violence psychologique le fossé culturel entre les femmes anglaises dont la liberté de ton fait figure d’affront aux officiers japonais. Jean et ses compagnes paieront leurs « inutilité » en errant à pied dans toutes la Malaisie, rejetés par tous les camps de prisonniers japonais ne souhaitant pas s’en encombrer et leur sacrifier des denrées. 

Une grande partie du récit constitue donc une marche forcée soumise aux rigueurs du climat tropical et impitoyable pour les constitutions frêles de nos héroïnes. Les différences sociales s’estompent alors dans une même souffrance, le réalisateur Jack Lee montrant avec une cruauté saisissante ce chemin de croix ou femmes et enfants succombent face à la chaleur, la dysenterie et la faim.  La caractérisation fonctionne autant pour nous faire admirer le courage des plus résistantes (l’hypocondriaque Miss Firth qui va afficher une résistance inattendue) que nous serrer le cœur avec la défaillance des plus faibles lors de morts révoltantes. Jean se révèle une la plus dévouée et compatissante, magnifiquement interprétée par une Virginia McKenna qui trouvait là son premier rôle majeur et allait se spécialiser dans les figures héroïque sacrificielle notamment l’espionne anglaise de Carve her name with pride (1958).

Seul lumière dans cette épreuve pour Jean, les rencontres épisodiques avec le prisonnier de guerre australien Joe Harman (Peter Finch). Peter Finch, de nationalité anglaise mais exilé  à l’âge de dix ans en Australie respire l’authenticité dans le rôle où cette identité doit transparaître dans la description exaltée qu’il fait de sa ville natale (Alice Springs qui donne son titre au film) à Jean. L’alchimie entre les deux acteurs est palpable, que ce soit la tendresse de Virginia McKenna ou un Peter Finch (acteur sensible mais qui d’ordinaire ne révèle toujours que subtilement la vulnérabilité de ses personnages) qu’on a rarement vu se mettre autant à nu. Chaque rencontre est une respiration dans l’intrigue, l’aide matérielle risquée de Joe préservant la santé de Jean et ses compagnes tandis que sa présence chaleureuse lui réchauffe l’âme et lui donne un motif de survie à cette guerre. Un terrible rebondissement va pourtant remettre en cause ces fragiles espoirs. 

Le réalisateur britannique Jack Lee signait là son film le plus populaire et son brio technique allait faire des merveilles. Si ce n’est certains moments où les arrière-plans de studios se devine aisément (mais s’oublie pris par l’intrigue), l’illusion fonctionne parfaitement et l’on pense vraiment que le film a été tourné en Malaisie. Le budget pour envoyer toute l’équipe et le casting dans un tournage à l’étranger s’avérant trop couteux, seule sa seconde équipe y filma une multitude de plans d’ensemble où des figurantes malaisiennes étaient habillées comme le casting féminin. Le montage, les éclairages et le brio filmique et narratif de Lee rendent l’ensemble imperceptible, notamment l’éprouvante séquence des marécages insalubres tournée en plein hiver dans un jardin avoisinant le studio Pinewood ! 

Par son approche humaniste et intimiste, A Town like Alice évite tout manichéisme, les japonais étant vus sous leur réel jour le plus belliqueux et inhumain sans pour autant en faire un trait commun à leur ensemble grâce à l’attachant personnage du garde finalement aussi contraint que ses prisonnières de souffrir dans ce pénible voyage. La vraie noirceur du contexte n’interdit une lueur d’espoir ténue dans cette œuvre sensible qui sera le troisième film au box-office anglais en 1956.

Sorti en dvd zone 2 français chez Elephant Films

vendredi 12 juin 2015

Agent secret S.Z. - Carve Her Name with Pride, Lewis Gilbert.(1958)

Pendant la Deuxième guerre mondiale, Violette Szabo entre dans les services secrets britanniques après la mort de son mari...

Carve Her Name with Pride s'inscrit dans la veine des films de guerre anglais des années 50 au début 60 qui, s'éloignant de la veine uniforme de propagande de la décennie précédente exploitent les histoires plus méconnues de la Seconde Guerre Mondiale. Cela donna des œuvres originales et captivante comme L'évadé du camp 1 (1957) narrant les exploits d'un roi de l'évasion allemand et en plus mélodramatique le magnifique La Conspiration (1960) sur héroïsme de nonnes ayant sauvés des enfants juif. Carve Her Name with Pride narre ainsi la réelle histoire de Violette Szabo, jeune femme reconvertie agent secret britannique de la section F du Special Operations Executive pendant la Seconde Guerre mondiale et qui effectua deux missions en France occupée. Le film adapte le roman éponyme que lui consacra R.J. Minney.

L'intrigue est très rigoureuse dans le déroulement des évènements à quelques raccourcis près (Violette ne revoyant plus son mari après son retour au front alors qu'il eut d'autres permissions) afin de renforcer la dimension dramatique (le poème The Life That I Have attribué au mari défunt qui servira de code à Violette qui est en réalité l'œuvre de Leo Marks cryptographe durant la guerre et futur scénariste du Voyeur (1960) de Michael Powell). Le début très romanesque est habilement construit pour à la fois dépeindre le caractère de Violette (Virginia McKenna), définir les convictions qui l'amèneront à s'engager mais aussi subtilement montrer les aptitudes qui lui serviront sur le terrain.

Incitée par sa mère française à inviter un compatriote exilé dîner un soir de 14 juillet, Violette va tomber sous le charme de Etienne (Alain Saury) jeune soldat français qu'elle va épouser. L'idylle est charmante et un peu surannée mais s'y révèlent au détour de quelques moments légers le fait que Violette parle français couramment et qu'elle dispose d’une condition physique impressionnante (sa facilité à narguer Etienne en grimpant à un arbre). Lorsque son époux décède tragiquement au front et la laisse seule avec sa fille, ne reste finalement aux services secrets qu'à solliciter sa conviction à s'engager à son tour puisqu'elle possède déjà les qualités requises. Virginia McKenna exprime parfaitement ce mélange d'humanité à travers le souvenir du défunt et de patriotisme qui suscite son engagement.

La partie purement militaire ira crescendo dans la dramatisation. La formation est assez comique, nos frêles femmes tout d'abord malmenées prenant de l'envergure et se montrant capable de roublardise dans les exercices (excellent moment où elles iront voler de l'alcool dans le bâtiment des officiers). Les deux missions exploitent des veines différentes du film de guerre. La première fait dans la pure infiltration avec Violette parachutée à Rouen où elle doit entrer en contact avec les rescapés d'un groupe de résistants démantelé. L'allant de la première mission se mêle à une vraie tension, exploitant bien l'intelligence et la malice séductrice de Violette tout en se montrant spectaculaire dans les visions de ce Rouen dévasté et subissant les bombardements.

Après cette expérience notre héroïne comprendra vraiment ce qu'elle risque et a à perdre (déchirante scène d'adieu à sa fillette lors du nouveau départ) ce qui donnera le climat oppressant de la seconde mission qui tournera mal. On aura notamment une haletante traque en campagne par les allemands où Lewis Gilbert fait preuve d'un suspense redoutable et donne définitivement une aura héroïque à Violette qui décime un régiment d'allemands à la mitrailleuse.

On comprend la modification de l'origine du poème/code lors des scènes de tortures elliptiques mais glaçantes puisque relié autant à un souvenir personnel qu'à sa mission et aux secrets qu'elle ne doit pas révéler. Même les épisodes qu'on pourrait penser ajoutés (Violette préférant désaltérer les prisonniers hommes plutôt que s'enfuir durant une attaque aérienne) sont réels et renforcent la grandeur du personnage, la romance avortée son supérieur Tony (Paul Scofield) élevant encore cette dévotion et offrant de beaux moments.

Le final est assez inattendu par sa sècheresse pour qui ne connaît pas l'histoire et fait montre d'une emphase la sobriété poignante lors du moment fatidique. Une œuvre méconnue mais captivante donc qui vaudra à Virginia McKenna une nomination au Bafta de la meilleur actrice. Petite curiosité à signaler Maurice Ronet dans un rôle de résistant, Denise Grey (future grand-mère de La Boum) jouant la mère de Violette et une des premières apparitions de Michael Caine en prisonnier réclamant de l'eau.

Sorti en dvd zone 1 et doté de sous-titres anglais chez VCI


jeudi 23 octobre 2014

Swallows and Amazons - Claude Whatham (1974)


1929, un groupe d'enfants qui constituent l'équipage de deux voiliers, le "Swallow" et "l'Amazon" jouent à la "bataille navale" dans le Lake District. Pendant l'été, les enfants laissent libre cours à leur imagination, jusqu'à ce que survienne un véritable drame. Le bateau habité par l'Oncle Jim de l'Amazon est cambriolé et son coffre volé. Il soupçonne immédiatement les Swallow. Ils devront retrouver le coffre volé et le rendre à Oncle Jim avant qu'il ne décide d'agir...

Un classique de la littérature enfantine anglaise donne son équivalent cinématographique avec cette belle adaptation de la série de roman d'Arthur Ransome. Swallows and Amazons fut publié en 1930 et comporte une grande part d'autobiographie pour Arthur Ransome. L'auteur s'inspire de l'été qu'il passa avec les enfants de ses amis les Altounyan et durant lequel il leur enseigna la navigation avec deux barques nommées Swallow and Mavis. Se souvenant de ce beau moment quelques années plus tard, il s'en inspirera pour écrire la série de romans qui le rendra célèbre et où l'on retrouve nombre d'éléments du contexte réel comme le cadre du Lake District (fictif mais reprenant toute la topographie des lieux réels), les prénoms des enfants Altounyan repris pour les héros des livres et bien sûr le nom des barques à peine modifiée en Swallow and Amazons. Sur cette base il brodera une trame originale et un univers qui enchantera plusieurs générations de lecteurs à travers une série de treize romans. Une première adaptation fut produite à la télévision pour la BBC en 1962 mais c'est bien celle en couleur réalisée par Claude Whatam qui gagnera ses galons de classique.

C'est l'été, les enfants Walker John (Simon West), Susan (Suzanna Hamilton) pour les aînés et Titty (Sophie Neville) et Roger (Stephen Grendon) viennent passer l'été dans la campagne de Lake District. S'ils sont seulement accompagnés de leur mère, l'esprit de leur père capitaine à la Royal Navy les imprègne indéniablement puisqu'après autorisation, ils pourront naviguer à bord de leur petit voilier le Swallow ainsi qu'explorer et camper dans l'île voisine durant ces vacances. Dès l'expédition lancée les adultes et en tout cas toutes les contraintes qui s'y rattachent s’estompent pour se lancer dans le vrai film d'aventures en culottes courtes. Le caractère et l'âge différents des quatre enfants permet l'attachement, l'identification et des émotions variées grâce aux charmants interprète juvéniles. John est ainsi l'aîné et fin stratège ne se démontant jamais dans l'adversité, Titty (la plus attachante) la douce rêveuses prolongeant toujours ses lectures dépaysantes dans les péripéties et le benjamin Roger, naïf,maladroit et fragile.

La petite île au milieu du lac devient donc un immense terrain de jeu pour nos gamins débrouillards et as de la vie en plein air. La traversée contemplative du lac, puis l'exploration de l'île se font donc avec une énergie communicative mais bientôt la menace guette : nos héros ne sont pas seuls. Claude Watham amène le mystère avec un premier degré réjouissant ramenant à son échelle l'anxiété de L'île mystérieuse de Jules Verne. Point de Capitaine Nemo ici, mais seulement deux gamines de la région Peggy (Lesley Bennett) et Nancy (Kit Seymour) qui à bord de leur barque Amazon vont disputer la propriété de l'île aux Walker/Swallows. Tout se jouera à celui qui réussira à s'emparer du bateau de l'autre dans un pur duel stratégique de pirate.

Le réalisateur offre une réjouissante partie d'échec où le vrai film de pirate se place à hauteur d'enfant, les péripéties classiques du swashbuckler se mariant parfaitement à la jeunesse des protagonistes. Ainsi, s'il est facile de constituer un stratagème pour dérober le navire ennemi la nuit venue, la concrétisation est plus compliquée quand il s'agira de faire le guet seule dans le noir pour la pauvre Titty, les autres Swallows vont perdre leur chemin l'obscurité d'une eau calme et sans vent et les Amazons seront piégées sur l'île alors qu'elles ont fait le mur. On se surprend à ressentir de nouveaux de vraies terreurs enfantines, le suspense fonctionne réellement et la bataille reste captivante.

Si les enfants se plaisent à réaliser des prouesses d'adultes, ils sauront ramener certains "grands" à leur insouciance. Ce sera le cas pour Jim (Ronald Fraser), ancien grand voyageur et oncle des Amazons auquel il a transmis son gout de l'aventure. Seulement, occupé à écrire un livre, il vit reclus sur son bateau, acariâtre et devenant ainsi l'ennemi commun des enfants qui le renomment Capitaine Flint. Une animosité qui ne durera pas bien longtemps, le script désamorçant toutes les sous-intrigues trop dramatique (la résolution du cambriolage du bateau expédiée alors qu'il y avait matière à un petit suspense policier, l'absence du père qui ne pèse jamais vraiment) pour privilégier le charme suranné de l'aventure.

Du coup le film n'égale pas tout à fait la merveille absolue du genre The Railway Children (1970 et influence claire notamment car issue des mêmes producteurs) qui maniait avec brio mélodrame et enchantement enfantin. Une petite perle néanmoins qui ramènera tout spectateur à la belle époque où il se prenait pour Robinson Crusoé. Le film sera d'ailleurs si marquant (faisant exploser une industrie touristique autour de Windermere et Coniston Water dans le nord de l'Angleterre où se situe l'intrigue) qu'aucune autre tentative d'adaptation ne verra le jour au cinéma ou à la télévision mais seulement à la radio et aussi sous forme de comédie musicale dont la partition sera signée (excusez du peu) Neil Hannon.

Sorti en dvd zone 2 anglais et bluray chez Studio Canal et doté de sous-titres anglais

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