Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Carina Lau. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Carina Lau. Afficher tous les articles

samedi 16 juillet 2022

Tragic Hero - Ying hung ho hon, Taylor Wong (1987)


 Suite de Rich and Famous où Tang Kat Yung prend sa revanche sur Li Ah Chai après avoir été libéré de prison.

Tragic Hero est la suite du polar hongkongais Rich and Famous, mais paradoxalement sorti quelque mois avant le premier opus. En effet, une production précipitée par la volonté de surfer sur le succès du Syndicat du crime de John Woo (1986) avait rendu le produit fini de Rich and Famous assez médiocre et poussif. L’ensemble ne devait former qu’un seul film finalement trop long et les producteurs décident de sortir d’abord le second volet plus abouti (ou du moins celui pour lequel l’intrigue avait le plus de séquences déjà tournées) dont le succès permettra ensuite d’exploiter Rich and Famous comme un supposé préquel.Ces aléas rendent donc la vision de Tragic Hero assez étrange, qu’on le regarde en tant que production indépendante comme les spectateurs de l’époque ou comme une suite en ayant vu les films dans leur ordre chronologique de conception.

D’un côté l’introduction est vraiment trop sommaire pour nous attacher aux personnages en vue des évènements tragiques qui les attendent (une voix-off et quelques images de Rich and Famous dépeignent les liens et antagonismes de chacun) si l’on commence par Tragic Hero. De l’autre plusieurs éléments sont incohérents par rapport à la situation laissée à la fin de Rich and famous. Le cruel Yung (Alex Man) grand méchant psychotique se trouve à des sphères de pouvoir et d’influence difficilement crédibles alors finissait le précédent film en prison pour une longue peine. Le personnage était déjà particulièrement mal écrit dans Rich and Famous mais suivait une destinée corrompue relativement logique quand il n’est ici qu’une bête assoiffée de vengeance. Chai (Chow Yun-fat) est un peu plus tenu en ancien caïd désormais rangé dans des affaires plus respectables. Il y a quelque chose du Parrain 3 avant l’heure dans la caractérisation de ce chef de triades embourgeoisé, apaisé, et ayant désormais intimement à perdre dans une nouvelle guerre des gangs alors qu’il a fondé une famille. Toute la première partie joue de ses tergiversations et atermoiements face aux provocation de Yung. 

Malheureusement l’écriture bancale du diptyque rend une bonne moitié du film laborieuse. Certains protagonistes sont soit trop peu présents si l’on a vu le premier film, soit font figure de deus ex machina si on les découvre ici tel celui d’Alex Lau, petit frère exilé apparaissant et disparaissant au gré des besoin de l’histoire. De manière générale, Tragic Hero n’approfondit pas assez en tant que film stand-alone, et n’exploite pas suffisamment les supposés acquis dramatique en tant que suite. Dès lors les grands conflits moraux et sacrifices des uns et des autres semblent surjoués et évasifs sans totalement nous impliquer. Pourtant la noirceur et bien là entre parricide, dépit amoureux, ambition sanguinaire mais dans une urgence qui peine à rendre l’ensemble suffisamment incarné.

L’opportunisme est de mise mais sans audace à la manière d’un Chow Yun-fat qui perd tout mais sans subir la même déchéance poignante d’un Syndicat du crime. L’ombre de John Woo plane d’ailleurs aussi sur la grande conclusion cathartique, spectaculaire et sanglante qui en déployant l’émotion dans l’action pure parvient à raviver l’intérêt malgré un épilogue grossier – le film ne sachant que faire non plus du flic incarné par Danny Lee. Dans l’ensemble plus tenu et regardable que Rich and Famous, Tragic Hero n’entrera cependant pas au panthéon du genre du polar hongkongais. 

Sorti en bluray chez Spectrum Films

jeudi 14 juillet 2022

Rich and Famous - Gong woo ching, Taylor Wong (1987)


 Pour rembourser une dette de jeu, un homme entraîne sa sœur et son demi-frère dans une spirale violente entre seigneurs de gangs rivaux.

Rich and Famous s’inscrit parmi les productions opportunistes réalisées dans le sillage de l’immense succès de Le Syndicat du crime de John Woo (1986). Ce dernier avait avec Le Syndicat du crime inventé l’heroic bloodshed ou polar héroïque, refonte du genre s’inspirant des codes du film de sabre et plus particulièrement ceux de Chang Cheh célébrant l’amitié fraternelle et virile dans des combats épiques qui deviennent dans ce pendant contemporain des scènes d’actions démesurées. Rich and Famous sort à peine quelques mois après le film de John Woo afin de battre le fer tant qu’il est chaud mais l’urgence de sa confection déteint malheureusement sur le résultat final. Afin d’avoir tous les atouts de son côté le producteur Johnny Mak (réalisateur à ses heures tel le fabuleux Le Bras armé de la loi (1984)) va engager un casting prestigieux et vendeur dont Chow Yun-fat (héros du Syndicat du crime et nouvelle superstar d’action) mais dont les engagements vont nécessiter une organisation complexe. Le scénario et le tournage se feront au gré des disponibilités de chacun à travers de multiples équipes dont Taylor Wong, le réalisateur officiel, n’est lui aussi qu’un rouage. 

A l’écran cela donne un récit assez archétypal voire caricatural du genre, mais qui aurait pu fonctionner avec plus de cohérence. Là le début du film semble se lancer sur le destin d’une fratrie (Andy Lau et Alex Man) entraînée malgré elle sur la voie du crime en intégrant une triade, puis l’on passe au portrait façon Le Parrain du boss de l’organisation joué avec un charisme certain par Chow Yun-fat, avant de basculer dans une guerre des gangs puis de revenir à la fratrie sur fond de trahison sanglante. La narration est lâche, orchestrant deux évènements sans rapport pour entraîner les héros dans le monde du crime, la caractérisation grossière (Yung le frère joué par Alex Man passe de simples mauvais penchants à la traitrise mâtinée de sadisme de manière caricaturale) et la temporalité aléatoire puisque de petites mains du gang les frères accèdent aux hautes sphères en un rien pour gagner la confiance de Chow Yun-fat.

Le charisme des acteurs maintient malgré tout l’intérêt mais l’intrigue changeant de direction toutes les 20 minutes, les protagonistes entrant et sortant du récit sans la moindre cohérence (difficile de s’émouvoir du sort de l’épouse de Chow Yun-fat que l’on a tout juste vu, tout comme du dépit amoureux de la sœur jouée par Carina Lau) sont des écueils finissant par lasser et faire décrocher sur la longueur. De plus les scènes d’actions très génériques ne rehaussent en rien l’ensemble pour le spectaculaire. Ce n’est pas forcément désagréable à regarder mais tout de même assez médiocre dans l’ensemble. Le film fut tourné en même temps que sa suite Tragic Hero, mais devant le résultat les producteurs firent le choix de sortir cette dernière en premier et de faire passer Rich and Famous pour un préquel quelques mois plus tard. Bien leur en pris, Tragic Hero est un film plus réussi et meilleur représentant du heroic bloodshed qui connaîtra un vrai succès tandis que Rich and Famous qui en symbolise le pire sera plus rentable encore car surfant sur la notoriété de son « prédécesseur ». 

Sorti en bluray français chez Spectrum Films

jeudi 21 octobre 2021

Justice sans sommation - She Shoots Straight/Huang jia nu jiang, Corey Yuen (1990)


 De génération en génération, les membres de la famille Huang portent l'uniforme de la police de Hong Kong. Malgré le décès du père et de ses deux fils les plus âgés, la mère et ses quatre filles continuent de faire respecter la loi. Le plus jeune fils est marié à Mina, elle-même enrôlée dans les forces de police. Lors d'un raid contre un dangereux gang, l'une des sœurs commet une sérieuse erreur qui fait capoter l'opération. Le gang se venge en tuant le mari de Mina. Cette épreuve ne fait qu'attiser la haine de la famille qui unit ses forces pour exterminer un à un les membres du gang.

Corey Yuen est un des fondateurs d’un des sous-genres les plus jouissifs du polar et cinéma d'action hongkongais, le Girls with guns. Dans le très nerveux Le Sens du devoir 2 (1985) il brodait une version féminisée du mélange de polar urbain et de film d’action inventée par Jackie Chan dans Police Story (1985), avec un duo Michelle Yeoh/Cynthia Rothrock faisant des étincelles. Avec le temps le Girls with guns devient un filon lucratif du cinéma d’exploitation hongkongais auquel il offre nombre de séries B d’action mémorables. Ces films se distinguent généralement plus par leurs morceaux de bravoure que par des scénarios et intrigues assez sommaires. Corey Yuen signe un des vrais sommets du genre avec ce Justice sans sommation en ajoutant une vraie profondeur et émotion au cocktail d’adrénaline habituel. 

L’action est ici le moteur d’un récit familial. Les Huang sont une famille de policiers à travers les générations, porté par le fils aîné Tsung-Pao (Tony Leung Ka-fai) et ses quatre sœurs ayant à leur tour intégrés les forces de l’ordre. Le film s’ouvre sur le mariage de Tsung-Pao avec Mina (Joyce Mina Godenzi) également inspecteur de police chevronnée. Les sœurs et plus particulièrement l’aînée Ling (Carina Lau) jalousent la place prise par la nouvelle venue, ce qui va se prolonger dans leur collaboration sur le terrain. Comme souvent dans le Girls with guns les compétences des protagonistes féminines ne sont jamais remises en question tout en s’inscrivant dans un contexte de domination masculine (tous les postes d’autorités étant occupés par des hommes), ce modèle patriarcal se prolongeant dans l’intimité. 

Ainsi Mina malgré ses faits d’armes de policière est tendrement mais régulièrement sommée par sa belle-mère d’être une bonne épouse et plus spécifiquement de prolonger la lignée en devenant mère. Mina par ses compétences fait office de rivale dans le cercle familial où elle « vole » le frère chérit par ses sœurs, mais également sur le terrain où elle est leur supérieure hiérarchique. Les sœurs et le cercle policier voient d’ailleurs d’un mauvais œil cette femme dont les prouesses la font peu à peu passer devant son époux (qui progressiste n’en a cure) en termes de promotion. Corey Yuen mêle habilement ces questionnements aux séquences d’action, tout en faisant progressivement basculer ces interactions familiales de la comédie vers le drame.

Les évènements tragiques vont réorienter cette rivalité féminine vers une sororité familiale tournée vers la vengeance. Un gang de vietnamien dangereux va tuer le fils bien aimé, provoquant l’union sacrée des femmes de la famille pour laver l’affront. Le film se distingue par l’incroyable cruauté de son impitoyable méchant joué par Yuen Wah, décimant massivement et de toutes les manières possibles quiconque se pose en travers de son chemin. Corey Yuen se surpasse par la diversité, l’inventivité et la nature kamikaze de ses scènes d’actions. Même quand il orchestre une séquence déjà vue ailleurs il trouve l’idée qui la distingue et la rend mémorable. On a ainsi certes déjà vu une boite de nuit désintégrée sous les coups de feu dans Le Sens du devoir 4 (1989) mais le réalisateur y ajoute ici l’élément de l’obscurité et de l’usage de lunettes infra-rouge qui ajoute une tension et des mises à mort encore plus cruelles. L’usage de divers engins motorisés et de l’environnement urbain est l’occasion d’une course-poursuite mémorable en ouverture où le découpage ainsi que l’engagement des cascadeurs et acteurs stupéfie par son sens du mouvement et de la destruction. 

Plus tard les talents de guérilléros des Vietnamiens transforment un parc en un nid de pièges aussi raffinés que sanglants. On est abasourdi mais jamais pour le simple déchaînement d’action, car l’émotion est le vrai moteur du film. Ainsi après la mort tragique de Tsung-Pao, Corey Yuen nous sert une longue scène mélodramatique comme seul le cinéma hongkongais sait en orchestrer sans faire sourire malgré l’emphase. Mina et Ling se rendent à l’anniversaire de la mère, mortifiées et sans oser lui avouer la disparition de son fils. Les festivités se prolongent tandis que les deux héroïnes tentent de garder contenance, avant qu’une télévision allumée révèle le drame. Les larmes se disputent à une forme de fierté au féminin du corps policier et notamment la charismatique matriarche (Pik-Wan Tang) qui va garder la tête haute et traquer férocement le coupable. 

Hormis Tony Leung Ka-fai (qui disparait rapidement donc) et Sammo Hung plutôt dans un second rôle, tous les protagonistes masculins sont donc négatifs (le méchant bien sûr, mais aussi le commissaire arrogant faisant des avances à Mina) et servent tous par cette caractérisation le charisme des héroïnes. On peut regretter que Joyce Mina Godenzi ait eue une carrière si courte (elle quitte les plateaux de cinéma après son mariage avec Sammo Hung en 1994) tant elle en impose par son magnétisme, sa rage et ses aptitudes physiques. Tous les moments d’action les plus fous sont pour elle, bien secondée par une Carina Lau qui n’est pas en reste. La dernière demi-heure donne dans une surenchère d’anthologie. 

Corey Yuen exploite de nouveau un environnement déroutant avec un combat à deux contre cinquante sur un bateau dont on traverse toutes les coursives, salle des machines et autres rambardes à coups de pieds et de poings rageurs, quand ce ne sont pas les outils à portée de main qui servent d’armes aux dégâts ravageur. Le sens du mouvement, l’usage de la topographie des lieux et les chorégraphies inventives rendent la scène inoubliable mais Yuen décide de nous laisser repu avec un final encore plus fou. Le duel entre Joyce Mina Godenzi et l’artiste martiale Agnès Aurelio est un concentré d’énergie et de hargne vengeresse où l’on se rend coup pour coup dans un déchaînement d’acrobaties et de bottes secrètes douloureuse. Corey Yuen parvient à mêler à merveille cette dimension dramatique à la pure adrénaline dans une conclusion aussi abrupte qu’inoubliable. Avec son cœur gros comme ça, Justice sans sommation dépasse les seuls plaisirs primaires du Girls with gun

Sorti en dvd zone 2 français chez Metropolitan