Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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mercredi 13 janvier 2021

Midi, gare centrale - Union Station, Rudolph Maté (1950)

Lorna Murchison, dont le père possède une importante fortune, est enlevée par des kidnappeurs qui espèrent obtenir, en échange de la jeune fille, qui est aveugle, une importante rançon. Mr Murchison est prêt à obéir aux ordres des ravisseurs mais la police découvre le drame. La gare centrale est dès lors sous une constante surveillance...

Midi Gare Centrale est un film noir mené tambour battant et d'une grand originalité. Le point de départ résulte d'une suite de hasards et coïncidences qui nous amènent à une situation inattendue. La police se trouve avoir un coup d'avance sur une affaire d'enlèvement et va observer à distance les criminels pour préserver la victime, une jeune aveugle. L'autre point essentiel est le théâtre de ce jeu de de dupe entre police et kidnappeurs, la gare centrale de Los Angeles. 

Une remarquable épure et efficacité narrative (le long mystère autour des criminels avant de comprendre qu'il est question d'enlèvement) introduit la situation, mais aussi ce cadre de la gare. Rudolph Maté fait exister ce lieu de passage par l'image avec différents types de voyageurs ou individus louches qui y transitent surveillés de près par l'unité de police de la gare menée par William Calhoun (William Holden). C'est une manière limpide de caractériser les personnages en situations mais aussi de parfaitement dessiner la topographie de la gare qui aura son importance quand les évènements s'accélèreront. 

Le film progresse d'une tonalité froide et méthodique (côté policier comme criminel) vers une émotion plus appuyée. Ce côté froid atteint des sommets lors d'une brillante scène de filature dans le métro (qui préfigure grandement le French Connection (1971) de William Friedkin), presque 10 minutes de traque muette où l'on est jamais perdu dans les intentions et suspicions de chacun. Le professionnel glacial incarné par Holden est cadré par son acolyte plus truculent que joue Barry Fitzgerald, cette alliance étant nécessaire face au mémorable méchant qu'impose Lyle Bettger. Son sadisme et sa brutalité envers sa jeune otage est assez choquants pour l'époque, tout en laissant deviner une meurtrissure passée qui en fait un être prêt à tout.

Face à pareille ordure, la police va aussi franchir la ligne rouge plusieurs fois (incroyable scène d'interrogatoire musclé) un des fils rouge du récit est l'équilibre à trouver pour Holden entre sa détermination froide et une certaine forme d'empathie. Cet aspect est mieux amené lors des interactions avec Barry Fitzgerald que le semblant de love interest du témoin jouée par Nancy Olson assez fade. C'est mené tambour battant dans une économie de temps typique des films noirs sans fioritures d'alors et culmine lors d'une mémorable course-poursuite finale où l'on a rarement été aussi satisfait de voir le méchant en prendre pour son grade. Une vraie petite pépite du film noir. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Sidonis

mardi 17 avril 2012

La Bataille des Thermopyles - The 300 Spartans, Rudolph Maté (1962)


La Bataille des Thermopyles relate la Bataille des Thermopyles (480 av. J.-C.) qui vit 300 soldats spartiates, dirigés par le roi grec Léonidas, défendre le territoire grec contre les hordes perses de 1 000 000 de combattants. La défense héroïque des Spartiates permit aux Grecs de reconstituer une armée pour repousser les Perses. La bravoure, la loyauté et détermination des Spartiates sont les qualités soulignées par le récit.

La Bataille des Thermopyles est pour un bon moment désormais dans l’inconscient collectif associé à la vision discutable et réactionnaire du comics de Frank Miller 300 et de l’adaptation à succès qu’en tira Zack Snyder. Hollywood alors en pleine vague péplum proposa pourtant une assez remarquable et différente version au début des années 60 avec le film de Rudolph Maté. Si la bataille en elle-même fut peu abordé au cinéma , d'autres oeuvres s'attachèrent à dépeindre cette période des Guerres Médiques comme La Bataille de Marathon (1959) de Jacques Tourneur.

Ici, Maté prend le temps de dépeindre le contexte géopolitique, d'exposer les forces en présence (Grèce en infériorité, armée Perses monstrueuse) et les conflits qui les déchirent (Grèce difficilement unie, notable de Sparte préférant l'isolationnisme) tout en esquissant l'aura mythique qui entourent les spartiates. Considérés comme des dieux de la guerre dans toute la Grèce, respecté et craint de tous, ils s'avèrent la seule solution possible à une victoire ou du moins une résistance crédible.

Cet aspect politique se croisant à une dimension plus mythologique est parfaitement incarné par les acteurs, Ralph Richardson en politicien calculateur contrebalançant avec la prestation habitée dAnna Synodinou en Reine de Sparte. Dans cet équilibre idéal en grandeur et ambition bien humaine, la sous intrigue qui voit le parcours d'un jeune spartiate déchu laver son honneur au combat aidé de son amour semble déplacée et niaise, constituant la seule lourdeur du film, et la seule privilégiant un destin individuel.

En effet, le film tend plutôt à sublimer le symbole d'unité que constitue l'armée spartiate face au division diverse, la seule capable de faire face à l'ennemi. Spectaculaires, stratégiques les impressionnantes scènes de batailles où les troupes perses en surnombres sont décimées par les 300 spartiates définit clairement ceux-ci comme de véritable surhommes, génies de l'art de la guerre. Les différentes astuces pour gérer la manœuvre et vaincre malgré leur infériorité numérique sont excellentes et constamment inventives.

La réalisation de Maté (brillant directeur photo reconverti avec une certaine réussite à la mise en scène) illustre de manière idéale les batailles en privilégiant l'aspect d’entité collective de l'armée spartiate parfaitement coordonnées, regroupée et solidaire. Le brio à dépeindre cet aspect revient aux choix intelligents de la production. Tourné en Grèce sur l'impressionnant site de Marathon, l'armée grecque est sollicitée à la figuration mais également le Major grec Cléanthis Damianos parfaitement érudit sur les manoeuvres de combats de spartiates et qui s'avéra un conseiller précieux pour un résultat brillant à l'écran.

Le fait que Richard Egan manque un peu de charisme en Leonidas (on est loin du Gerard Butler hurleur et débordant de testostérone de 300) s'avère donc idéal puisque malgré son statut de chef, il ne s’impose pas et se fond parfaitement dans cette notion de collectif. Une notion qui prend tout son sens lors du final où une fois mort ses troupes défendent sa dépouille avec une hargne légendaire, protégeant leur chef dans leur impénétrable phalange. Le souffle épique est tel que même en connaissant l’issue, l'assaut final désespéré laisse croire un instant qu'ils ont une chance, la fin tragique sous les flèches ennemies constituant un sommet d'héroïsme pour cet Alamo antique.

Parmi les quelques réserves, on aura un David Farrar qui contrebalance la fadeur d’Egan par un jeu trop excessif en Xerxès (même si une nouvelle fois comparé à 300 cela parait bien sobre mais les élans comic book de ce dernier autorisait plus les débordements), l'armée des Immortels qui aurait pu être plus impressionnante, et la traitrise qui cause la défaite est assez maladroitement amenée. Sinon un beau péplum méconnu et une galvanisante ode au courage toujours aussi efficace.
Sorti en dvd zone 2 français chez Fox

mardi 11 octobre 2011

Le Choc des Mondes - When Worlds Collide, Rudolph Maté (1951)



D'après les calculs du professeur Bronson du Cap, la planète Bellus fonce vers la Terre. Alerté par le savant, le professeur Hendron de l'observatoire de New York confirme ses prévisions : il reste moins de 8 mois avant l'inévitable collision avec Bellus, 12 fois plus grosse que la Terre, et la fin du monde est proche. Pourtant les Nations unies, incrédules, refusent d'engager la moindre action. Grâce aux capitaux du banquier Sydney Stanton, un petit groupe dirigé par Hendron décide alors de construire un vaisseau spatial afin de coloniser le satellite de Bellus, Zyra, dont l'atmosphère est similaire à celle de la Terre et qui devrait réchapper du choc entre la Terre et Bellus. Si cette « Arche de Noé » interplanétaire est achevée à temps, 40 hommes et femmes, tirés au sort parmi des profils sélectionnés (ingénieurs, techniciens, agriculteurs, etc.), pourront échapper à la catastrophe et perpétuer l'espèce sur Zyra.

Le Choc des Mondes est une sorte d’ancêtre à nos récents Armageddon et autres Deep Impact mêlant éléments de science-fiction et argument qui feront le sel du genre du film catastrophe dans les 70’s mais pas encore d. Produit par Georges Pal dont le savoir-faire n'est plus à démontrer en la matière (réalisateur de La Machine à Explorer le Temps et producteur à la Paramount de la célèbre version de La Guerre des Mondes dans 50’s) et réalisé par le solide artisan Rudolph Maté, le film offre une tenue visuelle des plus satisfaisante et remportera même l'Oscar des meilleurs effets spéciaux cette année-là.

Dans la plus pure tradition du genre, l’intrigue mêle grands sentiments et effets spectaculaires avec justesse, rendant toute la première partie du film précédent la catastrophe tout à fait prenante. On suit dans un premier temps les tentatives désespérées des scientifiques pour avertir un monde incrédules, puis le récit narre la longue préparation au départ financée par des milliardaires philanthropes, s'attardant parallèlement sur le destin de quelques personnages.


On sent tout de même le grand produit familial sans aspérité dans le manque d'approfondissement de certains thèmes, de certains moments qui pourraient orienter le projet vers plus de noirceur. Ainsi lorsque les héros vont approvisionner quelques survivants en hélicoptère après le premier impact, ceux-ci les remercient chaleureusement et ne tentent de s'enfuir de force avec eux ou encore le tournant violent que prend le tirage au sort des désignés pour l'arche tourne court alors qu'on pouvait imaginer de vraies émeutes sanglantes.

Seul le personnage de milliardaire joué par John Hoyt voulant à tout prix sauver sa peau et le héros incarné par Richard Derr ne s'estimant pas digne d'être sauvé amène quelques rebondissements moins prévisibles.L'histoire d'amour avec Barbara Rush et la rivalité amoureuse sont ainsi lisses au possible mais suffisamment bien traités pour qu'on ne sombre pas dans l'horreur lacrymale d'un Deep Impact justement, la courte durée du film (79 minutes à peine) aidant bien également.

Les effets spéciaux de l'époque sont remarquables de bout en bout, que ce soit le festival de destruction massive très impressionnant (les maquettes sont splendide), les beaux matte painting nous montrant les grandes cités sous les eaux ou encore l'envol de la fusée « arche de Noé ». On reprochera juste un matte painting des plus grossiers pour l'arrivée finale sur la planète Zyra, à l'origine destiné à la promo et que George Pal souhaitait remplacer par une maquette mais la Paramount sorti le film avant qu'il ait pu terminer.

Comme souvent dans les productions de Pal, le ton religieux est particulièrement prononcé, ici accentué par la punition divine que constitue en quelque sorte le désastre imminent. Le film s'ouvre donc carrément sur une image de la bible avec citation de l'ancien testament. Le score gorgé de Leith Stevens gorgés de chœurs emphatique en rajoute une couche tandis que l'arrivée finale sur Zyra (avec David et Joyce débarquant les premiers en nouveau Adam et Eve) dévoile un décor rococo et kitsch qui fleure bon le nouveau jardin d'Eden. Des touches un peu trop marquée et qui prêtent à sourire, mais qui n’enlèvent en rien le plaisir pris devant ce petit classique SF (même si on est loin d’œuvres plus profondes comme Le Jour où la Terre s’arrêta) des 50’s.

Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount