Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Victor Mature. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Victor Mature. Afficher tous les articles

mercredi 21 avril 2021

Le Grand Chef - Chief Crazy Horse, George Sherman (1955)


 Le grand chef indien Red Cloud annonce en mourant à sa tribu qu'elle sera bientôt dirigée par un grand chef mais que ce dernier sera tué par l'un de ses guerriers. Le jeune Crazy Horse comprend à la suite de cette vision qu'il est le héros de cette prophétie. Les années ont passé. Crazy Horse épouse la jeune Black Shawl. Son propre cousin, Little Big Man, est jaloux de lui. Battu par Crazy Horse, il quitte la tribu et devient un soldat. Mais on apprend que les terres des Sioux possèdent de l'or. Les familles des Indiens sont massacrées. Les Sioux comprennent que Crazy Horse est le guerrier désigné et prennent le sentier de la guerre...

Le Grand Chef s’inscrit dans le courant pro-indien du western des années 50, et plus particulièrement pour le réalisateur George Sherman qui consacrera plusieurs films à ce thème : Sur le territoire des Comanches (1950), Tomahawk (1951) et Au mépris des lois (1952). Le Grand Chef nous dépeint donc le destin de Crazy Horse (Victor Mature), grand chef indien à l’œuvre dans l’union des tribus sioux et qui contribuera à la fameuse défaite du Général Custer à Little Big Horn. George Sherman l’inscrit dans une dimension mystique, mythologique mais également tragique avec sa destinée guerrière annoncée dès son enfance par une prophétie et des visions qui l’assaillent. Ce sont les moments les plus inspirés formellement et qui interviennent en début de film, porté par la présence de Victor Mature. 

C’est l’un des aspects intéressant tout au long du film, l’attitude va-t-en-guerre inflexible (mais déterminée par les traités non tenus des blancs) est-elle déterminée par ce destin ou alors par la croyance irrationnelle qu’en a Crazy Horse. Face à cela se dresse l’antagoniste Little Big Man (Ray Danton) traître au peuple sioux (et dans un traitement très différent du futur film d’Arthur Penn avec Dustin Hoffman) qui devance les évènements qui lui sont défavorable avec opportunisme, loin de ce mysticisme. Le peuple sioux est donc en sursis, l’ironie étant que ce seront les éléments naturels et la famine qui auront raison de lui en dépit des victoires guerrière de Crazy Horse. 

Ces éléments sont donc plutôt bien vus mais le film manque d’ampleur, de souffle et de vrais personnages charismatiques sortis d’un Victor Mature très juste entre l’homme qui doute et la figure de chef.  Le film ne décolle jamais réellement, les morceaux de bravoures sont timides et elliptiques (Little Big Horn simplement évoqué en dialogue) et le récit ne transcende pas le côté attendu de ce qu’il annonce en préambule. Cela se laisse regarder mais Sherman a fait bien mieux sur le sujet avec Tomawak justement.


 Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Sidonis

 

mardi 12 avril 2016

La Proie - Cry of the City, Robert Siodmak (1948)

Blessé dans un affrontement avec les forces de l'ordre, au cours duquel il a tué un policier, Martin Rome est hospitalisé. Le lieutenant Candella, originaire comme Rome du quartier italien de New York, Little Italy, et camarade d'enfance du malfrat, cherche à savoir où se trouve Tina Riconti, son amie et présumée complice

Après avoir montré ses exceptionnelles aptitudes dans le film noir tant dans sa veine atmosphérique (Phantom Lady (1944)), tragique (Les Tueurs (1946)) que psychanalytique (Double énigme (1946)), Robert Siodmak arpentait l'asphalte new yorkaise pour tâter de du versant polar urbain du genre. Prêté par la Universal à la Fox, Robert Siodmak se plie donc aux standards réalistes du studio dirigé par Darryl Zanuck. On s'éloigne donc des ambiances tortueuses des essais précédent pour un très concret duel moral dans les ruelles du quartier de Little Italy. Martin Rome (Richard Conte) a surmonté son extraction modeste par le crime quand le lieutenant Candella (Victor Mature) issu du même milieu et qui le traque aura choisi le chemin de la loi. Le début du film semble lui donner raison alors que Martin est à l'agonie après une fusillade où il a abattu un policier.

Surmontant tant bien que mal ses blessures, Martin va néanmoins survivre et tenter une évasion. Le scénario ingénieux joue à la fois d'un destin capricieux et des bas-instincts intacts du malfrat qui va retourner le piège tendu par un avocat véreux pour récupérer le butin d'un vol dont on cherchait à l'accuser quand il était à l'agonie. L'entourage de Martin dépité de Martin (sa famille et sa petite amie) semble au départ humaniser le criminel mais sert peu à peu à révéler son égoïsme. Les échanges entre le flic et le truand sont remarquable, Candella balayant l'excuse sociale qu'argue Martin quant à ses mauvais penchants. Il a voulu la grande vie et l'a menée par tous les moyens sans se soucier de ses proches.

Siodmak salue ainsi l'instinct de survie de Martin à travers le jeu malicieux et sournois de Richard Conte, mais c'est pour mieux détruire ce relatif capital sympathie dans les actes de violence du personnage. Il sèmera ainsi le chaos tant par ses crimes que par les naïfs et/ou désespéré qu'il entraîne dans sa spirale criminelle. Le réalisateur place ses deux héros à égalité dans leur rapport à la rue et la mise en scène n'épouse l'approche réaliste de la Fox que dans l'intégration des protagonistes à cet environnement urbain et à ses habitants. Chacun à leur tour dissimulé dans la pénombre des ruelles dans leur jeu de chat et de la souris, ils seront affaiblis et blessé de la même manière au fil du récit.

Mais quand Victor Mature même vacillant conserve la dignité de la droiture et justice qu'il représente, Richard Conte voit son éclat initial se ternir par une pesante solitude et une faiblesse qui en fait la proie de la terrible matrone incarnée par une Hope Emerson adepte de la strangulation. Tout le film est imprégné de cet affrontement moral, où la réussite de l'enquête sera un sacerdoce pour Victor Mature quand elle ne sert qu’un larcin égoïste de plus pour Richard Conte. L'ultime confrontation n'en est que plus intense à travers ces enjeux, Robert Siodmak les ayant amené par une habile et touchante (très belle figure de mère) réflexion sociale.

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta 

mardi 15 juillet 2014

Samson et Dalila - Samson and Delilah, Cecil B. DeMille (1949)


L'épopée biblique et tragique de Samson, qui lutte pour libérer son peuple, les Hébreux soumis aux Philistins. Il tombera dans le piège tendu par la belle et cruelle Dalila.

On associe souvent Cecil B. DeMille au gigantisme des fresques historiques hollywoodiennes et plus particulièrement au péplum. Pourtant à bien y regarder il n’aura abordé le genre qu’à quatre reprises tout au long de son immense filmographie. C’est pourtant bien dans le péplum que s’exprime le mieux cette fameuse dualité si fascinante chez le cinéaste, à savoir une droiture, un moralisme et une piété qui s’oppose toujours à un gout et un vrai talent à illustrer le désir, le stupre et la luxure. Le Signe de la Croix (1932) traitait ainsi des premiers martyrs chrétiens tout en se délectant avec moult détails des tortures qu’ils subissaient dans les arènes romaines (ainsi que des mœurs dissolues de ces derniers). Cléopâtre (1934) multipliait les allusions et situations sexuelles explicite dans son portrait de la souveraine égyptienne campée avec un sens de la provocation étincelant par Claudette Colbert.

La construction même de la première version des Dix Commandements (1923) fonctionnait sur cette dualité avec une première partie consacrée aux exploits de Moïse tandis que la seconde mettait les tables de la loi à l’épreuve des tentations du monde moderne. Samson et Dalila était donc le projet idéal pour DeMille avec son héros tiraillé entre sa foi, son destin et l’attrait des sens représenté par Dalila. 

Le projet germe dans l’esprit de DeMille dès 1935 (sur un premier traitement de Harold Lamb) avec pour jouer Dalila une hésitation entre Paulette Goddard, Dolores Del Río ou encore Joan Crawford. Rien ne se fera pourtant à ce moment et la production ne reprendra réellement que 12 ans plus tard en 1947. Là encore le casting de Dalila sera de longue haleine, DeMille commandant au peintre Henry Clive un tableau représentant sa vision de Dalila et qui s’avère une sorte de croisement entre Jean Simmons, Lana Turner et Vivien Leigh soit une combinaison entre le désir, la sensualité et la passion que peuvent véhiculer ces trois actrices. Outre ces modèles d’autres stars féminines seront envisagée tel que Ava Gardner, Jennifer Jones, Susan Hayward, Rita Hayworth, Rhonda Fleming ou encore Linda Darnell. Hedy Lamarr sera finalement l’heureuse élue suite à des essais brillant, DeMille ayant d’ailleurs toujours eu un œil sur elle puisqu’il l’envisagea pour jouer Esther en 1939 dans un autre projet de péplum biblique avorté. 

Le Samson idéal sera tout aussi difficile à trouver. DeMille envisage tout d’abord le culturiste Steve Reeves (qui aurait ainsi pu faire des débuts cinématographique plus prestigieux que sa carrière italienne) celui-ci refuse de perdre un peu de sa masse musculaire trop imposante – l’Italie plus friande des surhommes aux proportions démesurée l’accueillera à bras ouvert quelques années plus tard pour sa la saga des Hercule. Burt Lancaster fut également choisit mais dû renoncer à cause de problème de dos et c’est finalement Victor Mature qui échoit du rôle-titre, DeMille ayant été captivé par sa prestation dans Le Carrefour de la mort (1947). 

Le vrai problème du réalisateur ne réside pourtant pas uniquement dans le casting mais aussi dans le ton à adopter. En en restant à une adaptation pure de la Bible (et plus précisément du Livre des Juges), le personnage de Dalila n’en resterait qu’une pure incarnation de femme fatale perfide qui causera la perte de Samson. DeMille souhaite ainsi accentuer la force dramatique du récit de ce qu’il considère comme une des plus belles histoires d’amour jamais contée. Il trouvera matière à travers le livre Judge and Fool/ Samson the Nazire de Vladimir Jabotinsky qui accentue la dimension romanesque du récit biblique en liant dès l’origine le destin de Samson et Dalila, cette dernière étant la sœur de la première femme de Samson. Le script de  Jesse L. Lasky, Jr. et Fredric M. Frank s’inspirera donc de ces différentes sources pour un résultat flamboyant.

Le film sera ainsi très fidèle dans sa chronologie et son illustration des péripéties de l’épopée de Samson, mais en plaçant constamment la destinée du héros à l’aune de l’amour de Dalila. DeMille nous dépeint ainsi dès le début en parallèle le lien de Samson à son peuple israélite sous le joug de  l’envahisseur philistin mais aussi la façon dont le héros est surtout soumis à ses sens à travers l’amour qu’il voue à la belle philistine Semadar (Angela Lansbury). L’icône qu’il est destiné à devenir s’oppose ainsi à l’homme qu’il est encore, les deux s’entrecroisant dans ses démonstrations de force aux motivations contrastées. Lorsqu’il s’introduit chez Semadar pour la séduire, il tordra une lance pour impressionner le rival amoureux qu’est le Prince Ahtur (Henry Wilcoxon habitué de DeMille) puis défiera le Saran (George Sanders) en personne en le devançant à une chasse au lion où il tuera le fauve à mains nues. 

Samson s’oppose déjà à l’oppresseur mais pour des objectifs personnels. La reconnaissance en tant que sauveur semble donc quelque peu abstraite tandis que l’amour de Semadar s’avérera très ambivalent et superficiel (la trahison sur l’énigme, son père prompt à l’offrir à Ahtur au premier conflit). Dans tout ce flou et cette incertitude, seul l’amour fou et inconditionnel de Dalila semble représenter un vrai ancrage pour Samson. Son malheur sera qu’il ne saura pas le voir, provoquant ainsi la colère d’une femme blessée.

Chacun des évènements mythiques que vit Samson sera donc toujours causé par l’influence de Dalila. Il endosse complètement sa dimension d’ennemi des philistins après que Dalila ait semée la discorde à son mariage qui virera au bain de sang et bien sûr sa trahison causera sa perte mais aussi son exploit le plus retentissant. La facette romanesque peut ainsi s’épanouir en ramenant constamment ces personnages plus grands que natures à une échelle plus intime à travers leurs amours passionnés. Le choix de Victor Mature s’avère des plus judicieux et l’on comprend mieux que DeMille ait écarté Steve Reeves. Son Samson n’est pas un héros parfait et vertueux mais un homme se cherchant et qui dans ses erreurs construit sa destinée.

Mature a certes une carrure imposante mais ne parait pas surhumain car sa force ne lui pas de son physique, mais de la bienveillance divine. Tant que Samson n’est pas totalement accompli, ses exploits aussi impressionnant soient-ils ne joueront donc que sur sa puissance physique tel ce lion abattu de ses mains – scène fabuleuse dans son découpage où un vrai lion se déchaîne le plus souvent – ou encore sa colère déchaînant les flammes sur les convives de son mariage. DeMille déploie toute son imagerie grandiloquente et son recours à l’iconographie religieuse lorsque les actions de Samson s’ornent de vertus plus nobles. Lorsque Samson prisonnier se libère et décime une armée de philistins dans une gorge rocheuse seulement armé d’un crane d’âne, le réalisateur se soustrait à toute forme de réalité et déchaîne un enfer de violence où le ciel s’assombrit, les cadrages donnent enfin à notre héros cette présence démesurée et son bras vengeur brise les os et le métal avec une brutalité stupéfiante.

La seule force ne peut dompter ce Samson mais son cœur peut le trahir. Revancharde et amoureuse, Dalila va réussir à le dompter. La grande force du script est de ne jamais faire douter de la duplicité de Dalila et malgré tout rendre impossible à ses interlocuteurs pas dupe de ne pas céder à ses charmes. L’esprit et l’intelligence acérée du Saran (George Sanders parfait d’élégance et de finesse) devinent que son cœur appartient à un autre mais l’accepte et les bras vigoureux de Samson sentent l’ambiguïté de l’étreinte de cette séductrice mais ne s’y refusent pas. Hedy Lamarr est extraordinaire pour exprimer cela par ses attitudes provocantes et poses sensuelles, la présence lascive trahissant une intensité de sentiments constants pour l’objet de toutes ses attentions à savoir Samson. 

Toutes ses actions, ses bienfaits comme trahisons auront pour but de s’approprier leur cœur de Samson. La complicité entre Lamarr et Mature est palpable, DeMille entretenant constamment cette aura de doute et de passion ardente, le thème romantique et torturé de Victor Young l'illustrant à merveille. Samson aime et désire Dalila, tout en sachant qu’il ne peut se fier à elle. Dalila aime éperdument Samson, mais sait qu’il est voué à de plus grands dessein que ses seuls baisers. Sa trahison ne sera donc pas un acte de haine mais d’amour lorsqu’elle percera le secret de sa force et le livrera aux philistins.

Le couple ne pourra donc s’unir qu’endossant simultanément son aura charnelle et mythique. Un des plus beaux moments du film est sans doute quand descendu plus bas que terre Samson demande à Dieu de punir Dalila car lui en demeure incapable malgré ce qu’elle lui a fait. La dernière scène est une des séquences les plus extravagantes jamais filmées par DeMille, celle où Samson use de ses ultimes forces pour ensevelir ses ennemis avec lui dans le temple du païen de Dagon. Là encore le spectaculaire et l’intime ne sont jamais séparés. 

Samson désormais aveugle s’assure en vain que Dalila est hors de danger avant de s’enterrer avec les philistins, et Dalila d’être le plus près de lui lors de ce sacrifice. Les murs peuvent s’effondrer, les colonnes se briser et les idoles se fendre, le couple est enfin réuni et apaisé, la facette romantique ayant largement pris le pas sur le biblique. Le film sera un succès colossal, la plus grosse recette de 1950 et le plus grand triomphe de DeMille avec sa mythique relecture des Dix Commandements en 1956. 

  
Sorti en dvd zone 2 et en blu ray chez Paramount



mercredi 28 mai 2014

Le Carrefour de la mort - Kiss of Death, Henry Hathaway (1947)


Sans le sou, Nick Bianco décide de cambrioler une bijouterie pour offrir un Noël décent à sa famille. Arrêté par la police, il se voir proposer par l'assistant du District Attorney Louie D'Angelo une réduction de peine s'il dénonce ses acolytes. Nick refuse, pensant que ses amis aideront sa famille à survivre. Apprenant trois ans plus tard que sa femme s'est suicidée et que ses deux filles ont été placées dans un orphelinat, il se met à table, et recouvre sa liberté. Alors qu'il tente de reconstruire sa vie loin du milieu du crime, Nick apprend que le psychotique Tommy Udo, qu'il a pourtant dénoncé, est en liberté, sur ses traces...

Kiss of Death s'inscrit dans la veine des polars réalistes produit au sein de la Fox et qui se démarquaient par un tournage délaissant les studios pour des cadres urbains réels renforçant l'immersion. Henry Hathaway en fut le chantre et signa de nombreuse réussites dans le genre dont notamment l'excellent Appelez nord 777 (1948). Le Carrefour de la mort est tout aussi brillant même si l'aspect urbain s'avère plus sous-jacent que dans d'autres polar de la Fox, Henry Hathaway inscrivant cette tonalité réaliste dans un dessein plus global que le seul environnement. Ici il est plutôt question de la fatalité liée à l'appartenance, à l'évolution dans un cadre misérable destinant au monde du crime et la possibilité d'échapper à ce destin.

C'est problématique qui hantera tout le film notre héros Nick Bianco (Victor Mature), la voix-off présente dans la première partie du film appuyant cette idée de fatalité. Nick est un fils de malfrat dont le père fut tué sous ses yeux enfant et il aura tout naturellement embrassé la voie du crime une fois adulte. Marqué de ce passif, les employeurs se refusent à lui donner sa chance et le ramène vers l'illégalité, seul moyen de nourrir sa famille. C'est dans cet état d'esprit que nous le retrouvons dans la scène d'ouverture où il est arrêté suite à un cambriolage de bijouterie qui tourne mal. Engoncé dans le code d'honneur de la rue, Nick va repousser l'offre du procureur Louie D'Angelo (Brian Donlevy) lui promettant la clémence s'il dénonce ses complices. Nick reste inflexible pensant que ses acolytes prendront en charge sa famille mais il n'en sera rien, la misère poussant sa femme au suicide et ses deux fillettes étant placées à l'orphelinat.

Le scénario très moral de Ben Hecht et Philip Dunne montre ainsi le cheminement de Nick dépassant son éducation et environnement pour assumer ses responsabilités. Victor Mature dans ce type de personnage au bon fait mais dépassé est formidable d'authenticité (magnifique scène de retrouvailles avec ses deux petites filles), un roc qui dissimule une grande vulnérabilité. Face à lui par contre une véritable ordure irrécupérable avec le terrifiant Tommy Udo (Richard Widmark), psychopathe en puissance et chargé des basses œuvres quand il s'agit de réduire les balances au silence définitif.

Hathaway nous place dans une communauté italo-américaine populaire où le meilleur (la sollicitude de Nettie (Coleen Gray) envers Nick en prison, le procureur joué par Brian Donlevy en appelant à la famille pour remettre notre héros sur la bonne voie) côtoie le pire en la personne de Tommy Udo, où l'on passe d'une ruelle paisible aux bouges les plus mal famés voyant se dérouler le pire dans leurs arrières salles. Le stoïcisme et la détermination paisible de Victor Mature va ainsi s'opposer à la pure démence de Richard Widmark qui crève l'écran pour son premier rôle au cinéma. Visage en lame de couteau gorgé de tics nerveux, regard dément et rire glaçant caractérisent ce Tommy Udo imprévisible et sadique.

Il suffira d'une scène terrifiante où il balance une femme en fauteuil roulant dans un escalier pour situer son degré de folie et dès lors Hathaway n'a nul besoin de donner dans la surenchère pour rendre angoissante la simple promesse d'une réapparition de ce monstre. Nick ayant été démasqué, la vengeance de Tommy semble inévitable et sa silhouette comme son rire se profilant comme une terrible menace pour notre héros ayant refait sa vie. Cela constituera la dernière étape du film, très américaine dans l'idée ou plutôt que la voie du crime (sans issue) ou celle de la loi (boiteuse puisque libérant son pire ennemi) Nick devra faire face à ses actes et son passé dans une dimension héroïque et sacrificielle qui permettra enfin une réelle renaissance et la paix pour lui et ses proches. Il ne sera plus marqué.

Le face à face final, faussement amené comme un règlement de compte désamorce complètement cela et signe la définitive rédemption de Nick par un astucieux et symbolique rebondissement, réécrit d'ailleurs par Philip Dunne quand le scénario initial voyait Nick se cacher plutôt qu'aller au-devant de la menace. Un des meilleurs films d'Henry Hathaway qui connaîtra deux remakes : The Friend Who Walked the West (1958) de Gordon Douglas transposant l'intrigue en western et le plus récent Kiss of Death (1995) de Barbet Schroeder où Nicolas Cage offre une mémorable relecture du personnage de Richard Widmark.

Sorti en dvd zone 2 français chez Catlotta

dimanche 12 janvier 2014

Les Gladiateurs - Demetrius and the Gladiators, Delmer Daves (1954)


Démétrius (Victor Mature) est un ancien esclave affranchi. Il est l'ami de Pierre (Michael Rennie) et a rapporté de Galilée la tunique du Christ. Caligula (Jay Robinson), alors empereur, désire s'approprier cette relique qui permettrait la vie éternelle. Démétrius frappe un décurion qui avait brutalisé sa fiancée. Il est arrêté et condamné à combattre dans l'école de gladiateurs de Strabo (Ernest Borgnine) qui appartient à l'oncle de Caligula, Claude (Barry Jones), époux de Messaline (Susan Hayward).

La Tunique (1953) de Henry Koster avait plutôt raté sa première vertu de  spectaculaire en mettant guère en valeur les possibilités du cinémascope mais se rattrapait en reliant sa trame biblique à un destin individuel poignant avec le personnage de Richard Burton. Une suite se tournait pourtant parallèlement et allait combler les manques du film de Koster avec Les Gladiateurs de Delmer Daves. Le film s'ouvre sur la mort des deux héros chrétiens de La Tunique pour laisser la place à Démétrius formidablement incarné par Victor Mature. 

On suit ici son parcours initiatique où au départ chrétien pieux et discret sa foi vacille suite au meurtre de sa fiancée. On inverse donc ici la construction de La Tunique avec un héros passant de la foi à la perdition, un choix dramatiquement bien plus intéressant que la piété inébranlable du premier film. L’idée est pourtant la même, illustrer le cheminement personnel du héros dont la paix intérieure se confondra à sa foi chrétienne. 

On y gagne donc avec un récit plus romanesque où Démétrius perd tout et entame une lente déchéance morale où seuls ses bas-instincts de violence (en devenant un gladiateur idole des foules assoiffées de sang) et charnels  (dans les bras de la vénéneuse Messaline incarnée par Susan Hayward) sauront le satisfaire. La fameuse tunique du Christ du film précédent est une nouvelle fois ici l'objet de toutes les convoitises, les romains lui prêtant même des pouvoir magique conférant l'immortalité. 

Produit en même temps que La Tunique comme déjà dit, le film souffre du coup du même léger manque d’envergure  mais Daves déploie une toute autre énergie que le mollasson Koster. La scène où Démétrius fait face à tous les assassins de sa fiancée dans l'arène et de rage les décime à lui seul est un moment d'anthologie, d'une brutalité inouïe pour l'époque et filmé avec une efficacité rare par Daves. Les centurions exultent, lui font une ovation et le spectateur a envie de faire de même devant ce morceau de bravoure, tout comme cet autre moment impressionnant (que Ridley Scott a repris dans Gladiator) où Démétrius affronte trois tigres affamés.

Ces combats démesurés ne doivent n’écarte cependant pas le film du message de paix et de tolérance prônant la coexistence des chrétiens et des romains avec ce final où Démétrius refuse de se battre et est soutenu par toute l'arène.  Oubliant enfin sa propre rage, notre héros refuse enfin d’être un instrument de violence. 

Bien meilleur que le premier volet, Les Gladiateurs souffre par contre une nouvelle fois de la prestation trop théâtrale de Jay Robinson en Caligula qui tombe plus d’une fois dans le ridicule. Le personnage autorise bien sûr une interprétation outrancière " de Tinto Brass (Malcolm McDowell irait encore plus loin dans le Caligula de Tinto Brass) mais là c'est plutôt embarrassant. Un beau diptyque en tout cas. 

Sorti en dvd zone 2 chez Fox

vendredi 10 janvier 2014

La Tunique - The Robe, Henry Koster (1953)


A Rome, le tribun Marcellus a gravement offensé Caligula, maître de la cité, en osant soutenir les enchères contre lui pour l'achat de l'esclave Démétrius. Pour le punir de cet affront, Caligula envoie Marcellus à Jérusalem. Il se débarrasse ainsi de son rival auprès de la belle Diane. Arrivé à Jérusalem, Marcellus fait crucifier Jésus, gagne sa tunique aux dés et perd la raison...

Suite à la baisse de fréquentation salle en ce début des années 50,  Hollywood invente le cinémascope, nouveau format destiné à démontrer toute la différence avec la télévision grâce à son image panoramique et se prêtant particulièrement aux superproductions. La Tunique sera le premier film tourné en cinémascope, amorçant avec Quo Vadis (1951) de Mervyn LeRoy le renouveau du péplum durant la décennie. Même s'il n'est pas dépourvu de qualités le film est très inégal. Déjà Henry Koster semble ne savoir que faire du cinémascope, sa mise en scène est particulièrement figée n'offrant jamais la profondeur et l'amplitude que permet le format, les longs tunnels de dialogues se succédant dans des décors de studio plus ou moins imposant et loin du faste qu’offriront d’autres titres une fois le genre relancé.

La scène de la crucifixion de Jésus sur le mont Golgotha ou encore le sauvetage final de Démétrius dans une prison romaine font ainsi particulièrement cheap, autant à cause du manque de talent de Koster que de la Fox dont la direction artistique n’offrant pas un écrin méritant d’être mis en valeur par le scope (la comparaison avec le luxueux Quo Vadis de la MGM sorti trois ans plus tôt est plutôt douloureuse). Péplum biblique oblige, le ton religieux se fait particulièrement pompeux et grandiloquent mais faute d’une imagerie évocatrice puissante pour l’accompagner ce choix finit par lasser.

Pourtant miracle (!) arrivé à mi-parcours ces multiples défauts finissent par servir peu à peu le film. Le manque d'ampleur donne en fait le ton intimiste adéquat à l’intrigue puissante du roman de Lloyd C. Douglas (auteur à qui l’on doit notamment Le Secret Magnifique adapté par John Stahl puis Douglas Sirk). On suit donc la rédemption du tribun Marcellus formidablement interprété par Richard Burton qui passe du romain arrogant et oisif au croyant exalté. 

Le traitement très juste infligé au personnage et sa lente déchéance rendent cette transformation crédible et poignante puisqu’au-delà de la question religieuse, c'est juste l'éveil et la prise de conscience d'un homme face aux injustices qui l'entoure. Le ton religieux exalté se fait donc plus prenant au fur et à mesure que Marcellus accepte la foi (même si on n’évite pas une dernière image ridicule) et sa métamorphose s'effectue lors d'un superbe combat au glaive avec un centurion lorsqu'il décide de défendre des villageois chrétien dont le contact l'a transformé.   

De la même façon que le fera Ben-Hur (1959) la figure de Jésus est omniprésente sans être concrètement présent à l'image et constitue la conscience et la culpabilité du héros.  Jay Robinson est la seule grosse tâche du casting en Caligula  qui cabotine tant qu'il peut mais on retiendra surtout la noblesse et la prestance de Victor Mature et Jean Simmons qui livrent de belles prestations. Le film connaitra une suite bien supérieure (tournée simultanément) et vrai classique du péplum avec Les Gladiateurs réalisé par Delmer Daves  qui sortira l'année.  Bien que sa place importante dans l’histoire du cinéma  n’en fasse pas un chef d’œuvre, loin s’en faut, La Tunique est une œuvre imparfaite mais méritant le coup d’œil. 

Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Fox

lundi 21 octobre 2013

Les Inconnus dans la ville - Violent Saturday, Richard Fleischer (1955)

Un vendredi après-midi, trois hommes débarquent dans une petite ville américaine: Harper, Chapman et Hill. Ces trois personnages sont là pour attaquer la banque, le samedi à midi, heure de la fermeture. Leur venue, et ce jour sanglant, vont faire tomber les masques et révéler le lourd passé de certains habitants de la cité.

Fleischer signe un des polars les plus brillants et singulier des années 50 avec cet excellent Violent Saturday. Le film constitue un mélange inédit entre polar (et plus précisément ici film de casse) et le mélodrame tel qu'il se pratique au cours de cette décennie. Ce croisement des genres opère de façon symbolique dès la séquence d'ouverture et la vision de cette exploitation minière qui en plus de nous confronter à la réalité économique de la ville exprime la bascule inattendue qui aura cours durant le récit avec cette tonitruante explosion dans laquelle s'inscrit en couleur vive le titre.

Deux trames narratives vont par la suite évoluer en parallèle avant de se rejoindre dans la dernière partie. D'abord celle attendue à savoir l'intrigue criminelle qui voit trois malfrats arriver le vendredi dans la petite ville de Bradenville pour attaquer sa banque le lendemain à l'heure de la fermeture. Chaque truand est dépeint de manière schématique le réduisant à son rôle dans cette entreprise criminelle et caractérisé avec brio par Fleischer en quelques vignettes, que ce soit le cerveau Stephen McNally (séduisant et amical monsieur tout le monde à la conversation facile), J. Carrol Naish le vieux de la vieille flegmatique et la brute épaisse Lee Marvin dont la violence contenue et l'anxiété se devinant à l'inhalateur qui ne le quitte pas est palpable d'emblée.

C'est ensuite un récit choral qui se développe où l'on suivre diverses destinée individuelles plus ou moins fouillées parmi différents habitant de la ville : un père de famille (Victor Mature) perdant du crédit aux yeux de son fils car il n'est pas un héros de guerre, un riche héritier (Richard Egan) alcoolique et dépressif à cause de sa épouse infidèle (Margaret Hayes), un directeur de banque libidineux (Tommy Noonan) reluquant d'un peu trop près la jolie infirmière locale (Virginia Leith) ou encore une employée de bibliothèque endettée (Sylvia Sydney).

La manière d'évoquer les problèmes des uns et des autres dans une sorte d'envers du décor contredisant la forme attrayant (cinémascope, technicolor) nous place plus dans une tradition de mélodrame provincial alors très en vogue durant les années 50. On pense à Douglas Sirk évidemment mais aussi à des films tel que Comme un torrent (1958) de Vincente Minnelli ou Peyton Place (1957) de Mark Robson dans cette volonté de montrer les noirs secrets se dissimulant sous la belle imagerie americana.

Le scénario de Sydney Boehm (déjà responsable de façon moins poussée de ce mélange des genres avec ses scripts de La Rue de la mort (Anthony Mann, 1950) et Règlements de comptes (Fritz Lang, 1953)) nous rend ainsi les destinées de chacun palpable au lieu de victimes collatérales entraperçues lors du hold-up, on aura de vrais personnages qu'on aura vu exister et dont le sort nous concerne.

Cela se ressentira particulièrement pour le rôle pourtant secondaire de Sylvia Sydney dont le désespoir est d'autant plus fort par rapport à ce que l'on sait d'elle lorsque Lee Marvin lui arrache négligemment la liasse de billet qu'elle vient déposer. La fatalité du film noir se laisse déborder par le côté soap opera du mélodrame dans un tout harmonieux, comme si l'horlogerie suisse peu à peu défaillante de L'Ultime Razzia (pour citer un autre grand film de casse se mélangeait au gout du rebondissement improbable du Secret Magnifique.

Fleischer gère parfaitement ces va et vient dans sa mise en scène. Le découpage est minime pour au contraire exploiter les possibilités du cinémascope et le réalisateur usera notamment de cette largeur du cadre pour exprimer par l'image ces sentiments contrastés. Un plan de la scène du restaurant montre ainsi dans au sein de la même image différents personnages aux pensées bien éloignées : Lee Marvin et son acolyte installé discutant du coup en vue, le banquier regardant d'un œil concupiscent l'infirmière dansant amoureusement sur la piste avec un Richard Egan ivre mort dans un flirt étrange.

Ce sera aussi l'occasion de laisser un peu plus exister les gangsters lors d'une discussion nocturne où Lee Marvin se confie à Stephen McNally, Fleischer les accompagnants en plan fixe le temps de cet échange sans découpage (les gros plans étant rares voire absents du film). L'enferment et la destinée tragique inéluctable s'exprime également par cette approche subtile et symbolique (les barreaux d'escaliers dissimulant le couple Fairchild lorsqu'ils se réconcilient, la colline bouchant l'horizon lorsque le banquier traverse la rue) et la bascule vers la violence se fera dans un plan lourd de menace où Lee Marvin s'avance avec détermination depuis le centre de l'écran.

L'évolution "héroïque" de Richard Mature tout comme les croyances ébranlées des amish (très bon Ernest Borgnine dans un petit rôle de patriarche) est plus attendue mais est l'occasion d'une scène d'action mémorable qui annonce la violence rurale du Peckinpah des Chiens de Paille. Déroulant avec autant de brio la mécanique du polar que les chemins de traverse du mélo, un grand film surprenant et captivant.

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta

Extrait