Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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mercredi 17 mai 2017

Woman on a dressing gown - Jack Lee Thompson (1957)

Après vingt ans de vie commune, Amy et Jim Preston sont au bord de la rupture. Jim ne supporte plus l'insouciance de sa femme, et prend une maîtresse.

Une carrière d'habile mais impersonnel faiseur hollywoodien dans les 60's (Les Canons de Navarone (1961), Les Nerfs à vif (1962), Tarass Boulba (1962)) puis de piteux yes-man d'un Charles Bronson sur le déclin dans les 80's aura fait oublier les brillants débuts de Jack Lee Thomson au sein du cinéma anglais des années 50. Durant cette période le réalisateur signe une série de mélodrames sociaux progressistes dont le l'un des fils rouge serait l'interrogation sur la condition féminine. The Weak and the Wicked (1954) dépeignait ainsi le quotidien de détenues, Yield to the Night (1956) creusait le même sillon en dépeignant le destin d'une condamnée à mort (les deux films tant notamment interprétés par Diane Dors) tandis que No Trees in the Street (1958) s'attardait sur l'avant, cette fange et ces tentations qui pourraient conduire l'héroïne à se perdre. Woman on a dressing gown délaisse les jeunes filles perdues pour s'attarder sur la torpeur du couple.

Le mariage d'Amy (Yvonne Mitchell) et Jim Preston (Anthony Quayle) s'enlise ainsi après vingt ans de vie commune. Cela ne se ressentira pas par le conflit mais par la médiocrité ambiante visible dès la scène d'ouverture. Le domicile familial apparait ainsi désordonné, comme un reflet de l'apparence négligée d'Amy arborant coiffure hirsute et robe de chambre informe (d'où le titre du film) à longueur de journée. Amy apparait comme une sorte de femme-enfant distraite et plus préoccupée par ses émissions de musiques classiques à la radio plutôt que la tenue de son foyer. Jack Lee Thomson n'accable pas son héroïne et fait au contraire de ce désordre une sorte de manifestation inconsciente du mal-être d'Amy qui s'oublie dans une dévotion aussi inconditionnelle que maladroite envers son mari et son fils Brian (Andrew Ray).

Ainsi si l'entrée en matière pourrait sembler machiste à dépeindre cette maîtresse de maison indigne, l'attitude désinvolte de Jim soumettant tacitement son épouse (pour son petit-déjeuner, pour lui recoudre un bouton de chemise) alors qu'il se rend au travail donne une perspective de la situation. Si Amy est dans le déni, Jim n'est que trop conscient de la médiocrité de son existence et trouvera refuge dans les bras de Georgie (Sylvia Syms), sa secrétaire plus jeune et follement amoureuse de lui. De plus en plus pressé par Georgie de divorcer, Jim va longuement hésiter et sa prise de décision va causer le chaos. Le scénario de Ted Lewis (qui transposait là au cinéma son script initialement tourné pour la télévision l'année précédente) se situe durant cette journée où les masques tombent et l'équilibre habituel vacille. Jack Lee Thomson film le foyer comme une prison à travers différentes idées formelles.

Les barres du montant du lit conjugal semble comme former des barreaux par es cadrages choisis, le capharnaüm ambiant donne un sentiment d'encombrement permanent et claustrophobe et surtout la dévotion empressée d'Amy rend l'atmosphère étouffante pour Jim jamais dans les bonnes conditions pour faire son aveu fatal. La scène où il se résigne à le faire témoigne de ces choix esthétiques de Jack Lee Thomson, Jim étant filmé assis et de dos pour signifier sa lâcheté et la douleur de l'aveu (lâché dans un soupir) tandis qu'Amy une nouvelle fois s'agitait en tous sens et déblatérant à tout va comme pour combler le vide - comme pour l'empêcher inconsciemment de prononcer ces mots douloureux pour elle.

Le parallèle entre l'élégance, la beauté et l'éducation de Georgie offre un parallèle cruel à Amy, l'amour sincère de chacune tirant le héros vers le haut ou vers le bas, vers un futur heureux et libéré ou vers un présent sinistre chargé de responsabilité. Yvonne Mitchell se met à nu comme rarement, l'extrême sensibilité de son personnage surmontant tout ce qu'il pourrait avoir de caricatural. Aucune humiliation ne lui sera épargné, son allure quelconque étant encore plus abîmée une fois la béquille de son couple menacé dans une scène sa seule réponse sera de se faire belle et d'arranger son appartement. Les éléments se liguent contre elle comme une fatalité à sa médiocrité (la pluie gâchant sa coiffure, une table fragile gâchant ses velléités d'ordre) et la font sombrer dans un profond désespoir. Anthony Quayle est remarquable aussi en homme déchiré dans ses aspirations et Sylvia Syms rend très touchante aussi cette jeune femme tiraillée entre culpabilité et amour. Jack Lee Thompson évite le piège du théâtre filmé malgré une intrigue se déroulant pour l'essentiel dans un appartement exigu et explore si bien sa problématique qu'aucune solution n'apparait réellement juste. Si la conclusion paraitra sans doute très moralisatrice, le propos est plus subtil puisque laissant apparaître comme partagées les raisons du délitement du couple. En apparence la responsabilité incombe à la négligence d'Amy mais plus concrètement c'est l'effacement de Jim qui aura causé cette lente déchéance.

Le film offre un beau portrait de la famille anglaise traditionnelle d'alors, où le non-dit domine dans les maux/mots qui s'ignorent que dans la chaleur timidement retrouvée de la scène finale. Dès lors impossible de réellement savoir si l'on a assisté à un happy-end et si les choses pourraient réellement aller mieux pour les protagonistes. Le film rencontrera un grand succès et sera auréolé de nombreuses récompenses (meilleur film et Ourse d'argent de la meilleur actrice pour Yvonne Mitchell au Festival de Berlin, un Golden Globe du meilleur film en 1958) et est considéré par la critique anglaise à la fois comme précurseur du kitchen sink drama et une sorte de pendant réaliste et plus cru du Désert Rouge (1964) d'Antonioni.

Sorti en dvd zone 2 anglais chez StudioCanal et doté de sous-tires anglais 


mercredi 26 août 2015

Yield to the Night - Jack Lee Thompson (1956)

Mary Price Hilton (Diana Dors) attend son exécution dans le couloir de la mort. Alors qu’elle espère toujours un report de dernière minute, elle n’arrive pas à regretter son geste, un crime de vengeance.

Trop souvent réduite à son sex-appeal ravageur qui en faisait le pendant anglais de Marilyn Monroe, Diana Dors prouva pourtant plus d'une fois son réel talent dramatique comme dans le film noir The Unholy Wife (1957) ou ce Yield to the Night. Elle y retrouve Jack Lee Thompson qui l'avait déjà dirigé à deux reprises dans The Weak and the Wicked (1954) et An Alligator Named Daisy (1955). Yield to the Night adapte le roman éponyme de Joan Henry (déjà adaptée justement par Jack Lee Thomson et Diana Dors avec The Weak and the Wicked) paru en 1954 mais le film eu un écho particulier tant sa trame se rapprochait d'un fait divers récent. En 1955, la star des nuits londonienne Ruth Ellis tua son amant par balles son amant David Blakely avant de se rendre à la police et après jugement elle fut la dernière femme condamnée à mort en Angleterre après une longue controverse médiatique.

On peut penser au départ voir dans Yield to the Night un plaidoyer contre la peine de mort et équivalent au beau film de Robert Wise Je veux vivre (1958). Rien de tout cela en fait mais plutôt un superbe portrait de femme. Le film s'ouvre sur séquence brutale où l'on découvre Mary Price Hilton (Diana Dors) arpenter la ville d'un pas déterminé jusqu'à arriver devant une maison où elle guette la sortie d'une femme qu'elle va abattre froidement de plusieurs coup de feu rageur. Jusque-là réduite à une simple silhouette, la caméra daigne enfin nous révéler son visage arborant les traits magnifiques de Diane Dors cependant altéré par un regard de démente. Nous retrouverons notre meurtrière quelques mois plus tard, en prison et en attente de sa date d'exécution ou de possible grâce. Toute la tension du film repose sur cette échéance et le récit se partage entre cette attente angoissée et un récit en flashback où le découvre les circonstances qui ont conduit Mary au crime.

La première rencontre avec l'homme qui causera sa perte est déjà placée sous un jour un jour funeste, puisqu'il se rend à la boutique de luxe où elle travaille afin d'acheter un parfum pour une autre. Tombée folle amoureuse de ce Jim (Michael Craig) elle va quitter son mari pour vivre pleinement cette passion. Pourtant celle qui se sera placée entre dès le premier jour ne cesse de hanter Jim qui malmène Mary tout comme il l'est lui-même par Lucy, l'amante richissime qui l'éconduit. On assiste ainsi à un triangle amoureux tragique où l'obsession amoureuse est décalée. Un terrible rebondissement attisera une haine meurtrière chez Mary qui va donc froidement tuer sa rivale et en payer le prix.

Après avoir montré les tourments de cette passion amoureuse et son issue tragique, on s'attardera donc sur le quotidien de la prison. Jack Lee Thomson filme la répétition de ce quotidien où en isolement, Mary voit défiler les journées au fil de ses repas, promenades et visites de sa famille. Ces angoisses et sa peur de mourir constituent également une monotonie glaçante entre ces crises de colère et les pas de la directrice approchant sa cellule pour possiblement lui donner la décision fébrilement attendue. Jack Lee Thomson fait de la cellule un véritable espace mental dont chaque recoin est désormais connu par cœur par Mary, et notamment cette porte sans poignée menant à la pièce où elle sera peut être exécutée. Diane Dors offre une prestation puissante, les scènes en flashback offrant d'elle l'image sexy et glamour que l'on connaît mais dans une veine plus trouble tandis que les scènes en prison constituent une vraie mise à nu.

Presque sans maquillage (où alors forcé pour l'enlaidir), son visage alterne les attitudes mornes, absentes et résignée avec la pure démence où en nage elle hurle au monde sa peur de mourir. Cette rage ne semble pas pouvoir trouver d'apaisement, cet amour passionnel encore vivace ne lui faisant pas regretter son geste. Ni la douleur de ses proches, ni les visiteurs bienveillants, ni la gardienne avec laquelle elle se liera (excellente Yvonne Mitchell) et pas même la religion ne sauront donner un semblant de paix intérieur âme tourmentée.

Cette approche donne donc au film un aspect à la fois froid et clinique face à l'issue inéluctable mais aussi profondément mélodramatique grâce à la prestation habitée de Diane Dors pour laquelle on éprouve malgré tout de la compassion. La conclusion est à l'image de ce double langage, la répétitivité et l'aspect mécanique n'étouffant pas l'émotion qui nous gagne durant les dernières images implacables.

Sorti en dvd zone 2 anglais chez Studiocanal et doté de sous-tites anglais

lundi 23 février 2015

La Conspiration - Conspiracy of Hearts, Ralph Thomas (1960)

En Italie, pendant la Seconde Guerre mondiale, les nonnes d'un couvent aident des enfants juifs à s'échapper d'un camp de concentration. Mais des soldats allemands vont prendre la relève de la garnison italienne en charge du camp...

Conspiracy of Hearts est une œuvre humaniste puissante célébrant l'héroïsme de religieuses durant la Seconde Guerre Mondiale. L'histoire se déroule en Italie et une introduction quasi documentaire se charge de nous illustrer le contexte d'alors. Mussolini de plus en plus affaibli et soumis à son allié Hitler se voit destitué par son peuple. L'Italie sous occupation allemande se voit alors déchirée par le combat entre les anciens alliés, les partisans italiens menant la vie dure aux allemands qui disposent pourtant encore de l'allégeance d'une partie de l'armée italienne. Les affrontements causeront des morts nombreuses décimant les familles et créant de nombreux orphelins où parmi eux les juifs seront évidemment envoyés en camp de concentration. L'un d'eux en campagne avoisine un couvent où les nonnes menées par la Mère supérieure Catherine (Lili Palmer) font régulièrement évader des enfants juifs qu’elles font sortir du pays. Le chef de camp italien Spoletti (Ronald Lewis) les laisse tacitement faire mais tous va basculer avec l'arrivée d'une garnison allemande bien plus impitoyable.

L'ouverture aura servi à nous dresser l'équilibre des forces en présence mais le reste s'avère beaucoup plus flou et pas forcément réaliste quant à la région d'Italie où se passe le récit, la topographie du camp de prisonnier à peine esquissé et les méthodes d'évasions parfois un peu simples (même l'accord tacite et la garde auprès d'enfant est sans doute supposé moins étroite). Ce qui intéresse Ralph Thomas, c'est le questionnement humaniste de ces nonnes qui risquent ainsi leurs vies. Pour certaines comme Mère Catherine ou la novice Sœur Mitya (Sylvia Syms) ce devoir est inné même si elles s'interrogent chacune à leur échelle : Catherine sur sa responsabilité dans les risques qu’elle fait prendre à ses sœur et Mitya sur les élans amoureux de son cœur car sa vocation n'est pas totalement affirmée. D'autres enfermées dans le dogme religieux mais ne sachant voir au-delà sont contrariées par cet héroïsme forcé tel Sœur Gerta (Yvonne Mitchell).

Le propos est subtil et malgré leurs actions louables le scénario n'en fait pas des saintes immaculées mais des femmes qui s'interrogent et craignent pour leur vie. La même finesse s'impose également dans la description de l'ennemi allemand. Si l'on a un sous-fifre nazi sadique et typique avec le Lieutenant Schmidt (Peter Arne détestable à souhait), le Colonel Horsten (Albert Lieven) s'avère plus complexe. Guère porté sur le fanatisme et l'idéologie nazie, il sera toujours pragmatique dans sa volonté d'exécuter le plus efficacement les ordres mais le moment venu s'avérera aussi impitoyable tout en semblant toujours regretter les exactions auxquelles il est contraint.

Le film dresse ainsi ce portrait contrasté tout en ménageant de sacré moments de suspense dans les stratagèmes qu'emploient les nonnes pour faire sortir, cacher et évacuer les enfants au nez et à la barbe des nazis. Là aussi les enfants ne sont pas de simple figure angélique sans parole à sauver, le traumatisme, le reniement de soi et la peur de ceux-ci étant longuement exposée dans des moments douloureux (cette fillette qui a oublié son prénom et ne pense plus que mériter le sobriquet de "saletés de juive"). La scène où les nonnes les autorisent à célébrer le Yom Kippour et où ils fondent en larmes au moment d'écrire le nom de leurs disparus est un vrai déchirement.

Malgré le danger, le film garde presque un aspect ludique par l'ingéniosité de ces nonnes mais une dernière demi-heure insoutenable voit la réalité les rattraper et l'inhumanité nazie se faire jour, l'habit religieux ne constituant plus un rempart suffisant à la barbarie. Captivant de bout en bout, fin et poignant une grande réussite portée par une Lilli Palmer habitée (le fait qu'elle ait dû fuir l'Allemagne nazie avec sa famille car ils étaient juif contribue sans doute à la vérité de son interprétation). Le public anglais plébiscitera le film, en faisant un des cinq plus gros succès de l'année.

Sorti en dvd zone 2 français chez Elephant Film

mercredi 22 janvier 2014

La Reine des Cartes - The Queens of Spades, Thorold Dickinson (1949)

Herman est un roturier, dévoré par l'ambition, dans le Saint-Pétersbourg de 1806. Son modèle: Bonaparte. Tissant sa toile avec un parfait cynisme, il entreprend la conquête d'une jeune femme qui est la pupille d'une mystérieuse comtesse. Richissime et centenaire, celle-ci serait une damnée qui aurait obtenu, en échange de son âme, le secret des trois cartes gagnantes au jeu de faro...

Surtout connu pour être le réalisateur du Gaslight (1940) original que beaucoup préfèrent au remake qu'en tirera George Cukor à Hollywood, Thorold Dickinson signe un vrai classique méconnu de l'épouvante gothique avec ce Queen of Spades. Le film adapte la nouvelle éponyme de Alexandre Pouchkine et voit Dickinson après Gaslight confier un nouveau rôle ténébreux à Anton Wallbrook. On plonge ici dans le Saint-Pétersbourg du début XIXe, dont les nuits sont agitées par les officiers aristocrates occupant leurs temps aux femmes et au jeu entre deux campagnes. C'est dans un de ces bouges que s'ouvre le film entre parties endiablées et gitanes séduisantes où dans l'amusement général un personnage taciturne ronge son frein.

C'est Herman (Anton Wallbrook), un soldat roturier rongé par la jalousie et l'ambition. C'est un être aux rêve de grandeur s'identifiant à Napoléon Bonaparte et rêvant de la même ascension. Pourtant la frustration et le manque de courage de Herman est palpable, observant l'animation des tables de jeux ans oser s'y mêler, complexé par l'arrogance des officiers nantis dont il ne répond pas aux provocation. Anton Wallbrook est parfait en figure sombre et renfrognée dont ses traits de caractères peu flatteurs vont prendre peu à peu un tour monstrueux quand le mystère et le surnaturel vont imprégner le récit.

Herman va découvrir dans un vieux livre la légende d'une comtesse ayant jadis vendu son âme pour connaître le secret des trois cartes gagnantes au jeu de faro et ainsi rembourser son époux de l'argent volé par un amant d'un soir. Pensant avoir retrouvé la comtesse en la personne d'une centenaire richissime (Edith Evans) installé là, Herman va tenter à son tour de lui soutirer le secret en séduisant sa nièce recluse Lizavetta (Yvonne Mitchell).

Thorold Dickinson installe un climat stylisé et étouffant qui ira en s'accentuant. L'extraordinaire séquence de flashback narrant la malédiction est la seule versant ouvertement dans le fantastique, avec ombres menaçantes, contours vaporeux et cadrage expressionnistes qui s'entremêlent pour donner une pure ambiance de cauchemar. Dans la réalité, ces manifestations seront plus furtives au détour de visages inquiétants comme ce libraire dont la mine annonce déjà le contenu maléfique des ouvrages, un usurier aux traits grotesques ou un mendiant hideux qui contribue à l'environnement sordide de ce Saint-Pétersbourg.

Autrement, tout passe par les desseins malfaisants de Herman dont l'âme noire contamine le film avec un Anton Wallbrook au jeu de plus en plus outré et inquiétant et auquel Dickinson plie littéralement le décor et l'atmosphère. Le tournage essentiellement en studio et le budget limité servent totalement le film, pervertissant un décor dont le raffinement et l'onirisme aurait pu évoquer le conte de fée avec des scènes de bal virevoltantes et des intérieurs à la profondeur de champ et éléments de décor créant le malaise permanent.

Le triangle amoureux est assez convenu et les protagonistes fade (Yvonne Mitchell et Ronald Howard un peu ternes) tant Dickinson n'a d'yeux que pour les figures les plus outrées à l'image d'une monstrueuse Edith Evans en grabataire sans âge et abusive dont le visage hante même d'outre-tombe. Une fois l'ultime transgression commise par Herman le surnaturel peut enfin s'installer même si l'ambiguïté est maintenue avec la folie notre héros. Souffle indicible éteignant les bougies, cadavres aux yeux accusateurs et reflets de miroir menaçant achèvent de nous glacer avant un final fiévreux et psychédéliques où Dickinson dévoile magistralement la nature de la malédiction. Un grand moment de peur absolument virtuose.

Sorti en dvd zone 2 anglais sans sous-titres 

lundi 6 août 2012

Turn the Key Softly - Jack Lee (1953)


Un beau mélodrame dont on se souvient surtout pour être un des premiers rôles important de Joan Collins, un des rares qu'elle tenu dans son Angleterre natale avant le début de son ascension hollywoodienne entamée avec La Terre des Pharaons d'Howard Hawks. Elle n'est d'ailleurs pas ici au centre de ce portrait croisé de trois figures féminines. Le film s'ouvre sur la sortie de prison de trois femmes d'âge et d'horizon fort différent : la jeune beauté Stella (Joan Collins), la plus mûre et élégante Monica (Yvonne Mitchell) et l'âgée et fragile Mrs. Quilliam (Kathleen Harrison). Avant même de dévoiler les raisons de leur incarcération, Jack Lee nous en donne déjà quelques clés à travers leur attitude face à cette future libération et leur premier pas en dehors de la prison. Stella est la frivolité incarnée, ne cessant de se repoudrer pour son homme qui l'attend dehors et qu'elle doit épouser.

Monica semble plus pensive quand à ce qui l'attend à l'extérieur tandis que Mrs Quilliam semble elle bien apeurée par cette sortie (où elle aura le sentiment que chaque passant l'observe) laissant deviner une criminalité guère prononcé. Le récit passe ainsi de l'une à l'autre dans une unité de temps sur cette première journée de liberté où elles seront confrontée aux vieux démons qui ont fait basculer leur destin, à d'ancienne connaissances peu recommandable mais aussi à l'impasse et la solitude les attendant à l'extérieur.

Lee révèle subtilement et dans le fil de sa narration les motifs qui ont conduit chacune en prison. C'est au détour d'un dialogue qu'on découvrira que Monica a écopé pour l'homme qu'elle aimait (Terence Morgan) qui l'a entrainé dans un cambriolage et a fui en l'abandonnant à la police. Ce sera plus subtil pour Stella où son gout du clinquant (elle ira dépenser en boucle d'oreilles criardes l'argent que son fiancé lui a confié pour chercher un logement) et une rencontres avec d'anciennes amies un peu trop fardée laisseront deviner son passé de prostituée. Le plus pathétique et touchant viendra cependant avec Mrs Quilliam, vieille veuve sans ressources qui n'a que son Johnny pour l'attendre réellement dehors.

Johnny n'est autre que son fidèle chien, seul à lui témoigner de l'affection et elle s'avère des plus pathétiques dans les attentions maternelles qu'elle lui témoigne, palliant ainsi l'indifférence de sa vraie famille lors d'une rencontre aussi brève que glaciale avec sa fille et sa petite-fille. C'est un vol à l'étalage qui lui a valu l'épreuve de la prison, là encore le script ne le disant pas explicitement mais le laissant deviner lors d'un moment où elle est sur le point de récidiver.

En passant de l'une à l'autre des femmes et de leur parcours durant cette journée, le script passe habilement d'un genre à l'autre et parvient à surprendre constamment dans son déroulement. Monica va ainsi recroiser et tomber à nouveau dans les bras de celui qui lui a causé tant de tort et qui malgré les apparences n'a pas changé. On bascule ainsi dans le film noir nocturne tendu se concluant par une haletante course poursuite sur les toits et le vrai sordide est tout juste évité lorsque Stella se trouve un nouveau "client" pour la renflouer de l'argent gaspillé de son fiancé.

L'émotion reste pourtant véhiculée par Mrs Quilliam dont la relation avec son chien n'est pas loin d'émouvoir autant qu'un Umberto D notamment lorsqu'elle le cherche désespérée dans la nuit londonienne.

Le script confronte le trio à la toujours difficile réinsertion au monde extérieur à travers différentes situations (la recherche de travail de Monica où les portes se ferment à l'évocation de son passé) mais aussi par la mise en scène de Lee qui capture cet extérieur inquisiteur (cette plongée lourde de sens lors de la sortie de prison) et désormais inconnu avec une caméra incertaine face au fourmillement urbain, des cadrages qui isole les silhouettes des héroïnes dans l'immensité des rues de Londres.

Toutes ne finiront pas cette journée sous les meilleurs hospices et si la chute s'avère cruelle pour certaines (Mrs Quilliam et une conclusion assez terrible), on peut aussi douter des bonnes résolutions d'autres à l'avenir (Stella et ses gouts de luxe) tandis que d'autres ont enfin trouvée la sérénité (Monica sorti de l'emprise de son amant malfaisant).

Le trio d'actrice est remarquable, en particulier la très touchante Kathleen Harrison (qui à 60 ans fait croire au grand âge et à la fragilité de son personnage magnifiquement) et Yvonne Mitchell superbe en femme résistant non sans mal à un désir qui pourrait la perdre à nouveau. Joan Collins est un peu plus en retrait se repose déjà un peu trop sur sa séduction même si il est vrai que son personnage n'est pas le plus intéressant. Joli film bien mené en tout cas.

Sorti en dvd zone 2 anglais sans sous-titres

Extrait

jeudi 23 juin 2011

Les Yeux du témoin - Tiger Bay, Jack Lee Thomson (1959)


Gillie, une fillette de 12 ans, a vu le jeune marin polonais Korchinsky abattre sa petite amie avec un révolver. Gillie lui subtilise l'arme, mais lorsque la police la découvre en possession du révolver, elle invente des histoires, car des liens particuliers se sont tissés entre elle et le meurtrier...

Une très belle découverte que ce déroutant mélange de thriller et de récit initiatique sur l'enfance. Le film marque la première apparition à l'écran de la jeune Hayley Mills, fille de l'acteur John Mills (également là dansle rôle de l'inspecteur de police) dont l'impressionnante performance lui vaudra une pluie de récompense et d'être l'enfant star des productions Disney du début 60's.

Tout le film est affaire de dualité, entre ombre et lumière, innocence et manipulation, attachement et rejet. Le jeune et avenant marin polonais Korchinsky revenu de mer découvre que sa fiancée l'a trompée et est entretenue par un autre homme, et face au violent rejet qu'elle lui oppose la tue dans un moment d'égarement. La jeune Gillie (Hayley Mills) témoin de la scène va parvenir suite à un concours de circonstance à s'emparer de l'arme du crime un revolver et une poursuite va alors s'engager. Le film prend alors un tour étonnant puisque passé quelques haletantes séquences à suspense le scénario cesse soudain d'opposer poursuivant et poursuivie pour les rapprocher.

Des signes avant-coureurs nous auront montrés que les deux personnages incarnent finalement deux solitudes qui ne pouvait que se reconnaître. Elevé sans passion par sa tante, Gillie est une fillette livrée à elle même cachant son mal être et le rejet des autres dans une exubérance et une mythomanie mettant à rude épreuve son entourage. Quant à Korchinsky, il a vécu toute sa vie en mer et quant son seul rattachement à la terre et une vie normale (ainsi que ses racines polonaise) le trahit cruellement, c'est un véritable déchirement.

Le ton du film oscille ainsi constamment entre la dureté du récit policier et une certaine candeur dans la relation entre ses deux personnages. Jack Lee Thomson alterne visuellement une authenticité qui annonce le "free cinéma" des 60's avec son Cardiff portuaire et cosmopolite, une stylisation typiquement "film noir" lors des séquences nocturnes où la ville prend un tour oppressant dans les yeux de la fillette (et l'esprit agité de Korchinsky) et un naturalisme tout en douceur lors de tout les échanges entre Gillie et Korchinsky.

Toutes ses facettes peuvent même s'entrecroiser comme lors de ce moment ambigu (qui se renouvellera lors de la conclusion) où Korchinsky a l'occasion de se débarrasser radicalement de cette gamine gênante mais ne peut s'y résoudre. Horst Buchholz en écorché vif trop nerveux mais au coeur tendre est épatant de bout en bout et Haley Mills en petite teigne est parfaite et déploie un registre impressionnant pour son jeune âge dans un récit aussi sombre. Jack Lee Thomson envisageait d'ailleurs au départ le rôle pour un petit garçon avant d'être soufflé par les capacités de Hayley Mills.

Les repères sont si perturbés que le personnage le plus droit et équilibré du film en deviendrait presque antipathique avec l'inspecteur de police joué par John Mills traquant le coupable sans relâche. sa pugnacité sans faille est d'ailleurs l'occasion de vingt dernière minutes soufflante de tension en pleine mer où Jack Lee Thomson (qui signe là un de ses tous meilleurs films) déploie des trésors d'inventions pour faire grimper la tension. Si (forcément) la morale est sauve au final, le film nous aura brillamment emmené tout du long dans des émotions inattendues.

Sorti en dvd zone 2 anglais uniquement et doté de sous titres anglais

Extrait avec une Hayley Mills fabuleuse