Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 15 août 2019

Once upon a time in... Hollywood - Quentin Tarantino (2019)


L’histoire se déroule en 1969, à Hollywood, au moment de l’apogée du mouvement hippie. Les deux personnages principaux sont Rick Dalton (Leonardo DiCaprio), une ancienne star d’une série télévisée de western, et Cliff Booth (Brad Pitt), sa doublure cascade de toujours. Les deux hommes tentent de s’en sortir dans un Hollywood qu’ils ne reconnaissent plus. Mais Rick a une voisine très célèbre… Sharon Tate.

Quentin Tarantino avait livré avec Les Huit salopards (2016) son œuvre le plus âpre à ce jour. Après avoir célébré dans un cycle conceptuel, historique et révisionniste la revanche cathartique des opprimés (les femmes dans Death Proof (2007), les juifs d’IngloriousBasterds et les noirs avec Django Unchained (2012)) Tarantino rattachait soudain sa vision au réel de l’Amérique de Donald Trump dont il annonçait l’élection dans un huis-clos illustrant les clivages irréconciliables du pays. Après ces odyssées sanglantes, Once upon a time in Hollywood fonctionne comme un véritable recueillement intime pour le réalisateur. Pour les amateurs de cinéma de genre les moins curieux, la filmographie de Tarantino a souvent un caractère déceptif tant l’hommage servile (blaxploitation, film de commando, western, film d’arts martiaux) tourne court pour être sous les références refaçonnés à l’aune de son imaginaire.

 Cependant l’efficacité et le sens du spectacle faisaient toujours leur effet à travers les audaces et morceaux de bravoure. Cette fois Tarantino ne masque pas la nostalgie inhérente à son œuvre sous une épate accessible puisque celle-ci repose uniquement sur une année, une ville, et une ère de cinéma qui lui est chère. Cette année 1969 est un moment charnière pour lui car celui de son enfance, où s’est façonné son imaginaire et ses souvenirs dans cette ville de Los Angeles. C’est un attachement aussi à une culture populaire reposant sur la série B et les feuilletons télévisés, de l’artisanat et du savoir-faire des petites mains de genres prochainement en désuétude comme le western. Tarantino rattache ainsi cette nostalgie intime aux bouleversements bien réels qui ont fait basculer cette époque dorée. 

D’un côté nous avons donc le duo Rick Dalton (Leonardo Di Caprio)/ Cliff Booth (Brad Pitt) représentant ce Hollywood des seconds couteaux devant et derrière la caméra, et de l’autre Sharon Tate épouse de Roman Polanski symbolisant sa légende et son incarnation pop. En arrière-plan se profile la contre-culture dans son versant hédoniste et pacifiste mais aussi sa dégénérescence violente qui conduiront aux crimes de la Manson Family et le meurtre atroce de Sharon Tate. Cette ère schizophrène voit donc les mentalités (les mouvements anti Guerre du Vietnam) et les propositions de cinéma (l’avènement du Nouvel Hollywood 1969 étant l’année de Le Lauréat de Mike Nichols et d’Easy Rider de Dennis Hopper) changer, la fin de cette bulle enchantée étant toute aussi singulière. 

Loin des ruades d’antan, Tarantino nous promène donc dans une ballade paisible au sein de ce LA à la fois authentique et fantasmé. L’amitié entre le has-been Rick Dalton et le cascadeur déclassé Cliff Booth transcende leurs déclins professionnels respectifs qui sert l’art de la référence Tarantinesque. Le néophyte se laisse happer par l’ambiance (et les plus curieux iront comme toujours chercher les sources de ce festival de name-dropping) tandis que les connaisseurs jubileront aux évocations dialoguées (l’allusion aux pantalons moulants de Robert Conrad dans la série Les Mystères de l’Ouest), à l’atmosphère (les soirées de synonyme de réunions autours des grands feuilletons populaires comme Mannix ou FBI, extraits télévisés à la clés) ou report d’une élément concret dans la continuité tarantiniene (Burt Reynolds parti en Italie tourner Navajo Joe pour Sergio Corbucci devient Rick Dalton exilé en Italie jouer Nebraska Jim pour le même Corbucci). Les réalités s’entrechoquent tour à tour à de pures fins poétiques et méta comme lorsque le double de fiction Margot Robbie va regarder la vraie Sharon Tate au cinéma dans un Matt Helm, puis à des fins plus moqueuses et démythificatrices avec la confrontation entre Cliff Booth et Bruce Lee (les fans auront beau s’offusquer, on est sans doute plus proche là de certaines descriptions de l’attitude du Petit Dragon à l’époque). 

Tarantino parvient à susciter une vraie émotion dans son observation de Rick Dalton sur le déclin (géniale scène avec Al Pacino qui lui explique la dégringolade qu’il n’a pas su voir), ancienne star d’un simili Au nom de la loi (la série télévisée qui fit de Steve McQueen une star, mimétisme entretenu en faisant de Dalton un recalé de La Grande évasion de John Sturges) reculant désormais dans les génériques de feuilleton télévisés en guest de luxe et chair à pâté pour les jeunes loups. Le décalage du personnage avec son environnement artistique (son dédain du western spaghetti, sa proximité géographique avec son voisin Roman Polanski n’ayant d’égal que l’éloignement de leurs sphères cinématographiques) et social (son dédain des hippies) en fait un fossile où toute relative démonstration de la flamboyance passée est une victoire avec cette hilarante (et diablement touchante) réaction face aux compliments d’une fillette actrice.

 Si la figure de Sharon Tate fige ce glamour pop hollywoodien, le personnage le plus intéressant est celui de Cliff Booth magnifiquement interprété par Brad Pitt. L’acteur déploie une photogénie et une coolitude d’un autre temps (Di Caprio excellent propose malgré tout un registre fébrile, nerveux et comique déjà joué ailleurs) où il fait le lien avec le passé nostalgique et le présent inquiétant. Booth est à la fois là pour malmener les icônes (Bruce Lee donc), magnifier les oubliés (la rencontre poignante avec Bruce Dern) et accepter avec sourire et nonchalance sa propre extinction prochaine. Brad Pitt incarne la beauté solaire (et superbement vieillissante) qui a fait sa légende, la dimension inquiétante qui entoure ses meilleurs rôles (avec ce background sur l’assassinat de sa femme) et le facteur insaisissable qui peut tout faire basculer.

La reconstitution est minutieuse sans être tapageuse, Tarantino cherchant à nous immerger plus qu’à nous éblouir dans ce LA circa 1969. Il en va de même pour la bascule violente où le réalisateur ne cède pas à l’imagerie satanique fantasmée de Charles Manson et ses sbires. Ceux-ci sont des silhouettes folkloriques, séduisantes et parfois ridicules, mais dont le danger se concrétise progressivement au fil du zoom sur leur communauté. Tarantino sait faire vriller une atmosphère en un rien, la visite de Brad Pitt au sein du ranch hippie cédant presque au film d’horreur dégénéré à la Massacre à la tronçonneuse par la grâce de quelques plongées et silence lourd de menace.

La violence cathartique de Death Proof, Inglorious Basterds et Django Unchained avait servie à réparer les injustices de la grande Histoire avant d’être rattrapé par le réel à vif de Les Huit Salopards. En nous plongeant dans son moi le plus à fleur de peau, ce réel n’a plus prise sur Tarantino qui peut refaçonner l’Histoire du cinéma et celle de l’Amérique au service de son monde idéal. Le film le plus doux du réalisateur cède donc sur la toute fin à une de ses séquences les plus violentes à ce jour dans un refus féroce des évènements qui ont brisé son paradis. 

Après avoir osé tuer le diable (Hitler dans Inglorious Basterds) il s’agit de sauver une déesse et par là même une parenthèse enchantée qui change aussi la destinée de ses héros – libre au spectateur d’imaginer le futur plus radieux de Rick Dalton désormais en contact avec son prestigieux voisinage. Tarantino nous offre une œuvre-somme où les artifices ricanant s’estompent pour nous montrer l’adulte mélancolique qu’il est à l’ère de l'enfant rêveur qu’il fut.

En salle 

mardi 16 juillet 2019

Celebrity - Woody Allen (1998)


À travers l'histoire de deux personnages, la célébrité est abordée sous toutes ses formes, depuis la renommée nationale jusqu'à l'admiration locale d'un cercle restreint. Cette comédie est un regard amusé sur ce que les gens sont prêts à faire pour devenir célèbres ou le rester.

L’âge avançant, Woody Allen délègue son personnage dépressif et facétieux à d’autres acteurs. John Cusack ouvre le bal avec Coups de feu sur Broadway (1994) tandis que Kenneth Branagh lui emboîte le pas avec ce Celebrity (Jason Biggs suivra dans Anything else (2003)). Kenneth Branagh est notre guide dans cet Allen atypique en incarnant Lee Simon, journaliste mondain aux amours et ambitions artistiques contrariées. Woody Allen tisse une fable où se dessine en parallèle le destin de Lee et de son ex épouse Robin (Judy Davis). Le premier a préféré quitter leur vie de couple terne pour courir les célébrités tandis que la seconde se remet difficilement de cette rupture.

Leur évolution sert de fil rouge à une suite de portraits mordants où Allen se moque des affres de la renommée, du narcissisme qu’elle suscite pour ceux qui en vivent et d’autres qui en rêve. La photo noir et blanc de Sven Nykvist donne à l’ensemble un contour glamour qui jure avec les comportements pathétiques et détestables observés. La persona publique des stars vole en éclat à l’abri des regards (magnifique séquence où le discours chaste et humble de Melanie Griffith s’oppose à la séduction agressive de Lee), la promiscuité qu’elles nous laissent entrevoir s’estompe dès que cette fameuse image est menacée (le mannequin joué par Charlize Theron laissant Lee en plan suite à un accident de voiture synonyme de mauvaise publicité).

Les identités se noient dans la course à la notoriété telle ce moment tordant où les participants hétéroclites (membres du Ku Klux Klan, néo-nazi, rabbin, évangéliste noir)  d’un talk-show racoleur partagent une surprenante camaraderie, habitués qu’ils sont à se retrouver sur les plateaux tv. Le vide de la pensée est un prérequis nécessaire où ne demeure que l’attitude destructrice (savoureux Leonardo Di Caprio en caricature du minet qu’il était aux yeux du grand public à l’époque) chez les nantis, et une absence d’attache impitoyable avec le personnage de Wynona Ryder. 

Les aspirations de Lee ne s’inscrivent que dans cet égo plutôt qu’une vraie volonté artistique, et ses discours creux ainsi que ses nombreuses mésaventures en sont le reflet. A l’inverse ce monde vient à Robin plutôt que l’inverse et ses hésitations constantes face à cette lumière rendent le personnage bien plus touchant - et le propos du film moins binaire avec cette intellectuelle désintéressée s'épanouissant dans ce clinquant, où elle peut enfin lâcher prise. Son nouveau compagnon Tony (Joe Mantegna) en mettant sa notoriété plus racoleuse au service du bien-être de sa nombreuse famille donne ainsi un pendant plus altruiste et moins égocentrique de la réussite. Le film amuse et séduit par ce mélange de satire et de vraie mélancolie, notamment la belle conclusion sur un Kenneth Branagh (excellent bien que singeant un peu trop le phrasé de Woody Allen) plus perdu que jamais. Sans en égaler la profondeur, Allen creuse avec brio le sillon de son Stardust Memories (1980).

Sorti en dvd zone 2 français chez TF1 Vidéo

dimanche 6 décembre 2015

Django Unchained - Quentin Tarantino (2012)

Dans le sud des États-Unis, deux ans avant la guerre de Sécession, le Dr King Schultz, un chasseur de primes allemand, fait l’acquisition de Django, un esclave qui peut l’aider à traquer les frères Brittle, les meurtriers qu’il recherche. Schultz promet à Django de lui rendre sa liberté lorsqu’il aura capturé les Brittle – morts ou vifs. Alors que les deux hommes pistent les dangereux criminels, Django n’oublie pas que son seul but est de retrouver Broomhilda, sa femme, dont il fut séparé à cause du commerce des esclaves…

Kill Bill Volume 1 et 2 (2003,2004) et leurs déluges d’influences avaient initiés le cycle « référentiel » (ou du moins sa nature aussi prononcée dans le contenu de ses films) de Quentin Tarantino ainsi que son exploration du thème de la vengeance. Ce n’est pourtant qu’avec le mal-aimé mais fascinant Boulevard de la mort (2007) que se développerait réellement le projet filmique du réalisateur. L’idée sera de revisiter le genre très codifié du slasher et au sein du même récit d’en donner le déroulement classique puis l’antithèse où les éternelles victimes féminines vont sévèrement se rebiffer contre le serial-killer automobile incarner par Kurt Russell. Les héroïnes cinéphiles semblaient en tirer une force supplémentaire qui leur permettait de contrebalancer le schéma établi dans un jubilatoire élan féministe. Dès lors Tarantino allait dans une ambition plus vaste étendre cette idée à l’échelle de la grande Histoire dont les grandes victimes pourraient obtenir réparation par le prisme de la puissance cinématographique. Le résultat serait le brillant Inglorious Basterds (2009), faux film de commando et vraie revanche des juifs sur le régime nazi ou dans une uchronie scandaleuse Hitler, Goebbels et tous les pontes du Troisième Reich étaient sauvagement décimés durant la projection d’un film de propagande. Le film était une vraie œuvre de vengeance jubilatoire (le sort final du SS incarné par Christopher Waltz) tout en constituant une vraie réflexion sur la violence et esquissant des références plus subtiles, le récurrent Sergio Leone cédant progressivement au Ernst Lubitsch de To be or not to be (1942). 

Django Unchained se propose de poursuivre l’entreprise en permettant cette fois aux esclaves afro-américains d’obtenir réparation. Le film est bien sûr un clin d’œil à Django (1966) de Sergio Corbucci, classique du western spaghetti soit un genre imprégnant l’œuvre de Tarantino (Kill Bill Volume 2 et Inglorious Basterds surtout) et dont la brutalité imprégnera le récit. Si l’homonyme incarné par Jamie Foxx poursuit une quête de vengeance voisine (se venger de ceux lui ayant arraché son épouse) le fait qu’il soit afro-américain amène une autre somme d’influences puisqu’il arborera tous les attributs du héros de blaxploitation déplacé dans un cadre de western. La période historique abordée évite cependant d’amener de manière trop appuyée cet aspect référentiel, Tarantino frustrant une fois de plus les cinéphiles paresseux espérant la simple redite d’un genre emblématique (les attentes d’un film de commando ou de slasher classique décevant les attentes pour une proposition bien plus passionnante).

Django Unchained est le récit de la construction d’un héros dont la dimension cinéphile sous-jacente constituera la force. Le film se divise en deux parties définissant cela. La première est celle de l’apprentissage au côté du mentor King Schultz (Christopher Waltz), chasseur de prime qui va délivrer l’esclave Django car il est le seul à pouvoir identifier ses prochaines cibles. S’attachant à son protégé, il va lui apprendre les arcanes du métier pour ensuite l’aider à délivrer son épouse d’une sordide plantation sudiste. Django encore rustre et intimidé y découvre ainsi la virtuosité arme poing de Schultz, son intelligence méthodique et son art de la joute oratoire en forme d’esbroufe pour mieux duper l’ennemi lors de péripéties hautes en couleur. Christopher Waltz offre un pendant positif du méchant qu’il incarnait dans Inglorious Basterds, son bagout et sa truculence amenant une facette plus attachante qu’intimidante. Le point commun serait leur nature impitoyable dans leur métier et c’est ce qui amène un des moments pivot du film. Guettant un des malfrats mis à prix qu’ils traquent, Django hésite à froidement l’abattre pour la prime car celui-ci est devenu fermier et se trouve aux côté de son jeune fils.

Schultz lui rappelle les crimes de leur cible et que ce métier est ainsi fait de cette justice expéditive. Django s’exécute et apprend la leçon. Tarantino aura beau entourer la vengeance d’une aura extatique et excitante, les chemins qui y mènent sont pavés de noirceur et de sacrifices. L’assouvissement amer de Kill Bill 2 était là pour le rappeler et la mort du méchant « de cinéma » de Inglorious Basterds était bien plus savoureuse que le carnage halluciné des nazis bien réels dans la salle de cinéma où Tarantino vengeait l’Histoire tout en renvoyant dos à dos dans la barbarie agresseurs et agressés. La vengeance n’est jamais plus puissante finalement que dans la quête individuelle du héros et c’est seulement là qu’il est captivant de lui faire endosser cette revanche sur l’Histoire qui l’a oppressé. Cette première partie intègre ainsi Django dans le monde de Schultz, lui confère une identité et l’entoure d’une aura mythologique en l’associant à un Siegfried moderne affrontant le dragon esclavagiste pour sauver sa Brunehilde. 

Dans cette volonté de tisser le lien mentor/élève et l’amitié unissant Schultz et Django, Tarantino se déleste d’ailleurs de ses afféteries narratives comme le chapitrage pour un récit linéaire qui file droit, une vraie odyssée d'un classicisme flamboyant dans son esthétique (les intérieurs habituels du cinéastes cédant aux grands espaces américains). Le décalage n’intervient que durant l’hilarante scène des cagoules des membres du Ku Klux Klan (la leçon de To be or not to be a été retenue, pour dénoncer une idéologie barbare en démontrer le ridicule reste encore le moyen le plus efficace), dans la définition de son héros encore mal dégrossi (Django manifestant son individualité par sa tenue criarde une manière de se moquer gentiment de l’attrait des noirs pour les tenues voyantes, blaxploitation style) et soumis à ses émotions. La revanche envers les trois négriers apporte pour la première fois une présence iconique à Django et laisse tonner le thème original de Luis Bacalov issu du film de Corbucci, l’inversion s’opérant par le dialogue (I like the way you die boy) et les actes lorsque symboliquement il arrache le fouet pour l’abattre sur son ennemi.

La seconde partie est un pendant inversé ou Django retrouve désormais plus fort le monde esclavagiste et doit en enseigner les arcanes à Schultz. Pour délivrer son aimée ils devront en effet s’acoquiner au féroce Calvin Candie (Leonardo Di Caprio) propriétaire sudiste sournois et amateur de mandingue (luttes d’esclaves). Django tout à son objectif sait enfin faire preuve de froideur et d’assurance quitte à passer pour le pire des traitres à sa race en simulant être un noir libre et négrier. Les rôles s’inversent avec un Schultz sans états d’âmes avec ses cibles mais incapable de supporter la barbarie des états du sud. Même s’il assume sa nature de divertissement, Django Unchained illustre avec autant sinon plus de crudité qu’un 12 years a slave (2013) la cruauté des  traitements infligés aux esclaves. Les scènes de mandingues ou cet esclave évadé dévoré par les chiens sont insoutenables tout en faisant preuve d’une retenue contrebalançant avec la violence « fun » d’autres instants du film. 

Les rires gras des traqueurs lors de la scène des chiens ou l’excitation de gamin de Candie face au combat sanglant amènent une froide distance sur leur désinvolture face à l’innommable. Django dont cela a constitué l’existence serre les dents en attendant son heure tandis que ses images imprègnent durablement Schultz. La bonhomie et la malveillance ordinaire de « l’oncle Tom » (expression péjorative sur les noirs exagérément déférent à l’homme blanc) Stephen (incarné par Samuel L. Jackson avec un sacré maquillage) en fait cependant le vrai antagoniste de l’histoire. Si Candie est un effroyable raciste se cachant sous un pseudo raffinement (voir la scène où il théorise sur le crane d’un esclave pour définir la soumission innée des noir), Stephen est son âme damnée, satisfait de sa position et horrifié à l’idée de voir un congénère s’émanciper. Une figure passionnante dont Samuel L. Jackson parvient à faire dépasser l’aspect caricatural.

Jamie Foxx est parfait dans le rôle-titre car ayant compris le côté « work in progress » de son personnage – ce qui ne fut pas le cas d’un Will Smith immodeste qui refusa le rôle car il trouvait Django trop passif. En retrait, naïf et craintif au départ, trop démonstratif dans un premier temps pour signifier son statut d’homme libre (le fameux ensemble bleu clinquant) puis enfin taiseux, plein d’assurance et à la répartie fulgurante une fois assumé ce statut héroïque - et surtout un amoureux éperdu, toutes les apparitions fantômatiques de Broomhilda apportant une sensibilité poignante. Tout le film aura tendu vers cette évolution, une longue et haletante joute verbale à l’issue sanglante dont Tarantino a le secret signifiant le passage de relai entre Schultz et Django. 

Notre héros est enfin prêt à se libérer sans son mentor dont il aura assimilé l’éloquence trompeuse (superbe scène où il entourloupe les négriers cupide), la dextérité arme au poing et un sens de la mise en scène qui rend le final vengeur d’autant plus jubilatoire. Après l’élégant classicisme de la première partie (où seules les gerbes de sang,les trognes, la saleté et quelques zooms agressifs évoquent réellement le western spaghetti), Tarantino opte pour un style plus heurté (le gunfight dans le domaine, assez inédit dans le western comme du Peckinpah en accéléré) où s’immiscent des titres hip hop dictant une modernité participant à la prise de pouvoir de Django. Enfin lui-même, osant les poses frimeuses sous le regard énamouré de sa Broomhilda (Kerry Washington), Django est définitivement libéré de ses chaînes pour rentrer dans la légende. Une grande réussite de plus pour Tarantino.

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Sony