La fuite, traque, capture et jugement des anciens officiers du régime nazi dans les décennies qui suivirent la fin de la Deuxième Guerre Mondiale nourrirent autant les gros titres de l’actualité qu’ils alimentèrent la fiction. La fin des années 70 se montre particulièrement friande du sujet, qu’elle emmène du côté du pur thriller avec le glaçant Marathon Man de John Schlesinger (1976), et dans un versant plus pulp sur ce The Boys from Brazil. Le film est adapté du roman éponyme de Ira Levin, publié en 1978. On a pu constater sur les deux précédentes adaptations de Levin sa capacité à mêler un contour réaliste avec une sorte de high concept tirant les récits vers un périlleux mais brillant équilibre entre effroi et grand-guignol. C’est évidemment le cas dans Rosemary’s Baby (1968) magnifiquement transposé par Roman Polanski avec l’angoisse de la grossesse, la paranoïa et le satanisme s’entremêlant dans un cadre newyorkais inquiétant. Les Femmes de Stepford de Bryan Forbes (1975) fait de même en exposant l’envers trouble d’un environnement pavillonnaire américain apaisant.
Ce monde sous-terrain monstrueux s’étend ici à l’échelle du monde, avec ces anciens pontes nazis circulant librement à travers le monde sous de nouvelles identité. Le versant réaliste est incarné par Ezra Lieberman (Laurence Olivier passant dans le bon camp après avoir joué le nazi sous couverture de Marathon Man), chasseur de nazi qui sous la bonhomie et l’excentricité, rappelle durant plusieurs dialogues cinglants les horreurs commises par les monstres qu’il traque dès que son action est remise en question. A l’inverse la solennité et l’outrance est réservée aux nazis, l’ignominie de leur vision du monde et desseins étant renforcée par le fait de s’exprimer dans un cadre contemporain. Franklin J. Schaffner est sur la corde raide du ridicule mais parvient toujours à trouver le ton juste en thriller réaliste et tonalité plus extravagante - double lecture parfaitement saisie par Jerry Goldsmith sur son score. La révélation progressive du plan des nazis, ressusciter Hitler, tient habilement ces deux versants dramatiques. D’un côté une enquête qui débouche sur une longue et quasi documentaire explication des principes scientifiques du clonage démonstration à l'appui (ces principes étant certainement très nouveaux pour le grand public des années 70), et de l’autre la mise en place de ces données pour un usage de pure démence. Les environnements réalistes que traversent Lieberman dans différents pays trouvent leur contrepoint dans l’oasis coloniale que s’est façonné Joseph Mengele (Gregory Peck) poursuivant ses sinistres expériences sur les autochtones. D’un côté un homme en quête de vérité parcourant le monde pour la découvrir, de l’autre un monstre qui se fabrique le sien afin de rester conforté dans ses certitudes. Schaffner démontre une fois de plus son brio narratif pour distiller habilement les indices même si, dans une moindre mesure mais à la manière de son La Planète des singes le twist du film semble assez connu désormais. Peut-être conscient de cet écueil, le réalisateur ne fait pas reposer le récit sur la grande révélation, mais plutôt sur le thème de la permanence du mal. Les nazis veulent créer les conditions de l’avènement d’un nouvel Hitler, mais le « candidat » malgré leurs efforts est-il condamné à cultiver la mauvaise graine semée en lui par ses créateurs ? La fin du film reste ouverte sur la question, du moins une dernière scène absente du montage salle mais désormais systématiquement inclue dans les éditions vidéo semble faire un choix plus tranché. La confrontation finale est d’ailleurs à l’image du film, avec d’un côté un face à face étonnamment minimaliste, et de l’autre un Gregory Peck en pleine hystérie nazie basculant dans la folie pure – pour l’anecdote le vrai Joseph Mengele encore caché au Brésil mourut quelques mois après la sortie du film.Sorti en bluray français chez Elephant Film




























