Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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dimanche 17 décembre 2023

Odette, agent S 23 - Odette, Herbert Wilcox (1950)


 Le film relate l'activité d'Odette Sansom, héroïne française du Special Operations Executive, qui fut courrier (agent de liaison) dans le réseau SPINDLE de Peter Churchill actif dans le sud-est de la France, et qui fut arrêtée en avril 1943 avant d'être déportée à Ravensbrück.

Odette est une des productions britanniques qui inaugure ce courant des années 50 s'attachant à dépeindre les figures méconnues, les "petites" histoires et destin individuels héroïques de la Seconde Guerre Mondiale, se différenciant de la célébration pure du collectif dans les films de propagandes produits durant la guerre. Il s'agira ici de célébrer Odette Sansom, française installée en Angleterre qui s'illustra en tant qu'agent de liaison, sous couverture dans le sud de la France. Plus globalement, le film s'inscrit dans la lignée des productions et réalisations initiées par Herbert Wilcox aux côtés de son épouse Anna Neagle. Wilcox rencontre l'actrice en 1932 lorsqu'il la sélectionne pour jouer dans Good Night, Vienna (1932) et tous deux entameront une fructueuse relation professionnelle puis sentimentale (Wilcox divorcera pour épouser Anna Neagle en 1943) les voyant réunis sur de nombreux films. 

Son statut de producteur influent permet à Wilcox d'imposer Anna Neagle sur de nombreux films importants, surmontant les réticences des décideurs qui ne voient pas en elle leur vision plus étriquée d'une jeune première, dans des œuvres à succès comme The Little Damozel (1933). Dans ce corpus de film en commun, Wilcox s'attache à faire incarner à Anna Neagle de grandes figures féminines comme dans La Reine Victoria (1937) et sa suite Soixante Années de gloire (1938), triomphes au box-office anglais, They Flew Alone (1942) - où elle joue Amy Johnson pionnière de l'aviation - ou encore Edith Cavell (1939) - où elle joue déjà une héroïne de guerre, mais de la Première Guerre Mondiale. Odette est donc un film sur des rails (y compris sur ce registre guerre/espionnage que le duo a déjà tenté dans Yellow Canary (1943), et sans doute un peu trop.

Si l'on a la curiosité d'aller voir la fiche Wikipédia d'Odette Sansom, on est à la fois frappé par le potentiel romanesque de ses aventures et aussi déçu du déroulé chronologique, scolaire et à la virgule près des évènements, sans imagination de la part d'Herbert Wilcox. Tout prête à quelque chose de palpitant, du recrutement atypique d'Odette (la radio anglaise demandant aux ressortissants français d'envoyer des photos de famille à l'armée pour sélectionner les régions dans lesquelles envoyer les agents potentiels), de la réelle romance née entre notre héroïne et son chef de réseau Peter Churchill. Les protagonistes déroutants sont là et comme l'agent allemand joué par Marius Goring et son double-jeu entre les services germaniques et anglais qu'il va trahir, les situations incroyables aussi avec ce saut en parachute désespéré de Peter Churchill d'après un feu de fortune allumé par Odette pour qu'il se repère. 

Un autre élément incroyable qui sauvera à termes la vie d'Odette, lorsqu'elle se fait passer pour l'épouse de Peter Churchill et affirme aux allemands qu'il a un lien de parenté avec Winston alors qu'il s'agit d'un simple homonyme. Mais aucune idée de narration, de montage ou mise en scène ne vient embellir toutes ces situations qui sont toutes vraies. On ne vibre jamais, tout s'enchaîne mécaniquement et même l'interprétation s'avère assez terne, dont justement Anna Neagle en Odette. On est loin de la puissance émotionnelle de Carve her name with pride de Lewis Gilbert (1958) sur ce même registre de biopic héroïque au féminin. Bien dommage mais il y a là un beau potentiel de remake plus vibrant et haletant.

Sorti en bluray anglais chez StudioCanal et doté de sous-titres anglais

mercredi 2 août 2023

Le Tigre du ciel - Aces High, Jack Gold (1976)


 Stephen Croft a toujours en mémoire les accents patriotiques du fringant pilote John Gresham, par ailleurs fiancé de sa soeur Jane, venu semer la bonne parole dans son collège en octobre 1916. Il le revoit à nouveau en 1917, à Amiens, et s'aperçoit que Gresham est devenu dépressif et suicidaire...

Le Tigre du ciel est une œuvre qui cherche à rompre un fantasme inscrit dans l’inconscient collectif sur un pan de la Première Guerre Mondiale, la dimension chevaleresque de l’opposition entre les belligérants aériens. C’est une facette en partie entretenue par le cinéma, à travers des œuvres comme Les Ailes de William A. Wellman (1927), Les Anges de l'enfer d’Howard Hughes (1930) ou encore Le Crépuscule des aigles de John Guillermin (1966), ce dernier remettant néanmoins en partie la chose en question. Le scénario du film repose sur deux sources. Il s’agit en partie de l’adaptation de la pièce de théâtre Journey's End de R.C. Sherriff écrite en 1928, et déjà adaptée en 1930 au cinéma par James Whale. Cependant la pièce comme le film de Whale décrivaient le quotidien douloureux des soldats britanniques dans les tranchées, tandis que Le Tigre du ciel en conserve les personnages et l’intrigue qu’il transpose dans le monde de l’aviation. L’authenticité de ce monde de l’aviation repose en revanche sur le livre Saggitarius Rising, autobiographie (publiée en 1936) de Cecil Lewis, pilote au sein de la Royal Flying Corps durant la Première Guerre Mondiale.

Cette opposition entre héroïsme de façade et réalité plus ambiguë s’illustre dès la scène d’ouverture. John Gresham (Malcolm Mcdowell), pilote en permission revient dans son collège recevoir les honneurs et contribuer implicitement à l’engagement de jeunes recrues en vantant ses hauts faits. En montage parallèle, Jack Gold filme un duel aérien entre Gresham et un avion allemand dont l’anglais va sortir vainqueur par une manœuvre particulièrement vicieuse et qui n’a pas grand-chose d’héroïque ni de chevaleresque. Quelques mois plus tard, le jeune Stephen Croft (Peter Firth) dont il fut le tuteur au collège le rejoint sur le front à Amiens pour à son tour se mêler à la bataille des airs en tant que pilote. Le jeune naïf va progressivement déchanter en voyant la réalité du quotidien de ses pairs. 

Pour affronter le danger, il s’agit pour les pilotes de se libérer de la trouille tenace qui les ronge dès qu’il s’installe dans leur étroit cockpit. Certains ne le peuvent pas à la manière de Crawford (Simon Ward) s’inventant toutes sortes de maux factices pour ne pas repartir en vol, et qui lorsqu’il y sera contraint va perdre la raison. Gresham fait bonne figure en apparence mais également traumatisé, il doit se saouler au whisky afin de réunir le courage de retourner en mission. Plus globalement le mess des pilotes et officiers affiche un détachement, une légèreté en toute circonstances qui les libèrent d’émotions dont la manifestation les tétaniseraient de peur également. A travers le regard candide de Croft, c’est l’exaltation qui domine avant qu’il fasse à son tour l’expérience du danger, de la peur et de la perte de compagnons précieux. 

L’aspect chair à canon qui existait dans la pièce vis-à-vis des soldats de tranchées parfaitement adaptée dans le monde de l’aviation. Le commandement envoie nos pilotes dans des missions de plus en plus périlleuses, la perte matérielle de l’avion étant un préjudice bien plus grave que celle de la mort du pilote. Pour ce faire, la révoltant choix est fait de ne pas les doter de parachutes, l’avion devenant leur ultime refuge qu’ils auront davantage le souci de préserver en gardant leur sang-froid plutôt que d’avoir l’échappatoire du parachute. On comprend donc que c’est un contexte où ils sont considérés comme une donnée sacrifiable qui glace les pilotes, davantage encore que les menaces rencontrées dans les airs. 

Jack Gold filme ainsi d’impressionnantes scènes aériennes, mais dont il évacue tout élément qui pourrait exprimer la moindre sensation de panache ou d’héroïsme. Dans l’exiguïté de leur cockpit, les pilotes sont seuls face à la mort et chaque manœuvre est une avancée pour survivre quelques secondes de plus. L’aspect camaraderie n’existe que de façon superficielle, sur la terre comme dans le ciel, comme le montre les chants alcoolisés ou les expéditions en maison close qui suivent la mort d’un camarade, l’excès et les plaisirs empêchant de trop réfléchir aux lendemains où l’on pourrait connaître le même sort. 

Visuellement le film reste très spectaculaire dans sa facture technique. Pour les vraies scènes de vol, il y a un mélange entre vrais avions de la Grande Guerre (des Stampe SV.4s belges modifiés, le Avro 504.) et d’autres de la Seconde Guerre Mondiale modifiés ou des répliques comme le Fokker E-III allemand. Il y a également un usage très convaincant de la rétroprojection lors des gros plans où l’on doit reconnaître les acteurs en gros plan, des maquettes et matte-painting (conçus par le génial Derek Meddings) presque imperceptibles quand les avions survolent des paysages bombardés. On retrouvera aussi quelques stock-shots issus justement de Le Crépuscule des aigles de John Guillermin et Le Baron Rouge de Roger Corman (1971). La parfaite maîtrise et alternance entre ces différentes techniques ainsi que le montage alerte de Anne V. Coates rend l’ensemble haletant de bout en bout, avec en point d’orgue un climax assez stupéfiant où nos pilotes doivent approcher au plus près et abattre des ballons allemands faisant office d’éclaireurs aériens statiques. 

L’interprétation joue grandement pour l’empathie grâce à un casting très impliqué, Malcolm McDowell est magnifiquement torturé, Peter Wirth parfait d’innocence et surtout Christopher Plummer incarne un mentor particulièrement touchant. Un très beau film de guerre. 

Sorti en bluray français chez Studiocanal

mardi 27 octobre 2015

Sir Henry at Rawlinson End - Steve Roberts (1980)

Avec l'aide de sa famille et de ses domestiques, un vieil Anglais excentrique, Sir Henry Rawlinson, essaie d'exorciser le fantôme de son frère, Humbert.

Sir Henry at Rawlinson End est un véritable ovni du cinéma anglais issu de l'esprit fou de Vivian Stanshall. Ce dernier est un artiste aux talents multiples (musicien, peintre et écrivain) se fit connaître notamment en faisant partie du groupe d'avant-garde Bonzo Dog Doo-Dah Band, célèbre à la télévision britannique et composé des futurs Monty Python Eric Idle ou Michael Palin. Sir Henry at Rawlinson End est à l'origine une création radiophonique de Vivian Stanshall à la BBC et diffusée entre 1975 et 1991 sous le titre Rawlinson End Radio Flashes. L'auteur y développe ainsi son personnage de noble excentrique et sa famille déjantée, qu'il exploitera aussi sur son album Sir Henry at Rawlinson End (recording). La popularité du personnage et de son univers incitera donc à une adaptation au cinéma en 1980, écrite et mise en musique par Vivian Stanshall qui y tient également un rôle tandis que Steve Roberts réalise.

Le résultat ne ressemble effectivement à rien de connu si ce n'est les facéties des Monty Pythons. Vivian Shall réunit et exacerbe là tout ce qui constitue l'excentricité de l'identité anglaise. Le noir et blanc sépia, le cadre rural où trône le domaine de Rawlinson End ainsi que la voix off décalée semble déjà situer l'ensemble dans une sorte de réalité alternative. Dès lors nous découvrons la folle famille Rawlinson dominée par Sir Henry (Trevor Howard que l'on a rarement vu aussi déjanté) noble bougon plus qu'à son tour et convoquant domestique au petit matin à coup de fusil au plafond.

Le reste autres membres sont à l'avenant et les séquences surréalistes s'enchaînent sous nos yeux ébahis : Sir Henry travesti en indigène faisant du monocycle pour guérir son lumbago, son frère sonnant la charge à cheval dans les couloirs du domaine, un camp de prisonnier allemand dans son jardin par nostalgie... Le semblant de trame tourne d'ailleurs autour du fantôme du frère tragiquement décédé (le flashback de sa mort ridicule vaut son pesant de cacahouètes) sans pantalon et qui ne peut trouver la paix face à telle infamie. Sir Henry va donc engager le prêtre défroqué Slodden (Patrick Magee) pour exorciser le château, avec des conséquences dramatique. Paillard, grotesque et halluciné le spectacle s'avère rapidement incompréhensible dans sa surenchère bouffonne et en fera décrocher plus d'un ne rentrant pas dans le "trip".

Le problème du film et qui le l'éloigne du génie des Monty Python est de ne pas choisir entre une trame digne de ce nom et le vrai film à sketches. Les Monty Pythons surent dans leur film poser un fil conducteur thématique qu'il mettait au service d'un vrai récit certes nourri en dérapages en tous genres (Sacré Graal (1975) et le grandiose La Vie de Brian (1979)) ou alors oser le film à sketches à la vraie cohérence dans Le Sens de la vie (1983). Sir Henry at Rawlinson End ne choisit pas et part dans tous les sens, finissant par lasser dans sa surenchère même si les séquences "autres" ne manquent pas comme une cérémonie de paganisme digne de The Wicker Man (1973). Reste donc une vraie curiosité (et film culte du cinéma anglais) même si un peu indigeste.

Sorti en dvd zone 2 anglais et sous-titré anglais 

Extrait

dimanche 22 décembre 2013

Je suis un fugitif - They Made Me A Fugitive, Alberto Cavalcanti (1947)

Clem Morgan, un ancien pilote de la RAF plutôt cynique, lassé de la vie civile, se joint à un gang spécialisé dans le vol avec effraction. Lors de son premier coup, la voiture avec laquelle les bandits devaient prendre la fuite est accidentée et cause la mort d'un policier. On fait porter le chapeau à Morgan qui est pris pour le chauffeur et est envoyé en prison. Dès lors, il cherche à se venger. Il parvient à s'évader et part pour Londres.

Un superbe film noir qui s'inscrit dans la tradition du genre tout en étant typique d'une certaine tonalité d'après-guerre du cinéma anglais. They Made Me A Fugitive est ainsi un "spiv film", variante du film noir traitant d'une criminalité spécifique à l'après-guerre dans un pays vivant encore le rationnement et où les trafics et contrebandes diverses rapportent gros sur des denrées telles que l'alcool, l'essence, les cigarettes ou les bas nylons. Ce contexte introduit une tonalité plus âpres et violent dans laquelle sauront s'engouffrer des films comme Les Forbans de la nuit de Jules Dassin (1950) ou encore Brighton Rock (1947) de John Boulting. A cette tonalité s'ajoute un script (adapté du roman A Convict Has Escaped de Jackson Budd) qui offre une sorte de relecture bien plus sombre des 39 Marches (1935).

L'ouverture donne le ton en laissant découvrir le drôle de trafic mené par ces malfrats, une entreprise de pompe funèbres servant de couverture avec des cercueils en guise de moyens de transports pour des cargaisons diverses. L'entreprise est menée avec une main de fer par le redoutable Narcy (Griffith Jones) et va bientôt s'ajouter à la bande Clem Morgan (Trevor Howard), ancien pilote de la RAF en mal de sensation. Les deux vont s'opposer lorsque le sans scrupule Narcy ajoute la drogue à son business, ce à quoi Morgan ayant gardé quelques principes moraux s'oppose. Narcy va donc le piéger et le faire emprisonner pour un meurtre qu'il n'a pas commis.

Ayant réussi à s'évader, Morgan se met en route pour Londres pour rétablir son innocence. On trouve donc cette alternance entre la vision oppressante des faubourgs londoniens et cette fuite du faux coupable à la Hitchcock. On pense à nouveau aux 39 Marches avec ces péripéties et rencontres improbables sur le chemin du fugitif (la femme semblant vouloir l'aider mais qui a un tout autre objectif) et aussi un sens de l'ellipse surprenant lors des deux évasions de Trevor Howard restant dont on ne voit que le résultat mais pas le déroulement.

Malgré quelques pointes d'humour très noir, l'aspect ludique d'Hitchcock est ici absent pour une ambiance sordide qu'on doit en partie à un Griffith Jones absolument abject, dandy élégant qui violente les femmes avec un plaisir non dissimulé lors de séquences très dérangeantes.

Une âme noire et impitoyable qui s'avérera indomptable jusque son dernier souffle dans une conclusion implacable. L'autre point fort c'est le brio visuel de Cavalcanti qui fait parvient à donner à ce Londres de studio une oppressante aura de menace urbaine avec ces pubs enfumés truffé de trognes patibulaires, ces règlement de comptes dans des hangars désaffectés...

La photo d’Otto Heller fait merveille, donna une patine quasi surnaturelle à certaines séquences comme ce meurtre sur les quais sous une lumière immaculée. Ce tournage en studio permet aussi d'amener une vraie stylisation dans la description de la ville et offrir d’époustouflants morceaux de bravoures tel ce mano à mano final sur un toit affichant l'écriteau RIP.

 Cavalcanti est cependant capable de délaisser cet apparat pour des sursauts de brutalité dont il a le secret quand Trevor Howard s'engouffre en plein guet-apens et pour une longue bagarre filmée dans un style heurté et diablement efficace. Trevor Howard, pas un habitué du film noir impose ici tout son charisme rugueux et s'avère aussi insaisissable et inquiétant que ceux qu'il affronte, le scénario malgré son innocence n'oubliant jamais son vacillement moral initial et la censure anglaise étant satisfaite lors d'une logique mais cruelle conclusion.

Sorti en dvd zone 2 français chez Doriane Films

Extrait

lundi 3 décembre 2012

The Offence - Sidney Lumet (1972)


1972. Dans une banlieue grise et anonyme d'une grande ville d'Angleterre. Le sergent Johnson (Sean Connery), un policier brutal et moustachu ayant 20 ans d'expérience, se lance aux trousses d'un violeur de fillettes. Très vite, un étrange individu (Ian Bannen) est arrêté. L'interrogatoire se met en place. Commence alors, pour les deux hommes, une véritable nuit d'horreur…

The Offence est le grand film maudit de Sidney Lumet, dont la trop grande noirceur entraîna l'échec par le rejet du public mais aussi de la distribution restreinte de la United Artist craintive d'écorner l'image de Sean Connery. Le film faisait ainsi partie d'un deal entre le studio et Connery qui imposait ses conditions pour incarner une ultime fois James Bond dans Les Diamants son éternels (1971). En plus d'un salaire mirobolant pour reprendre le rôle de 007, l'acteur obtient également de se faire produire deux films indépendants de son choix financé par le studio.

Le premier (et finalement le seul suite à l'échec commercial) sera donc The Offence, adapté d'une pièce de théâtre de John Hopkins (également auteur du script) que Connery chercha déjà à jouer quelques années plus tôt. Il engage également à la mise scène Sidney Lumet avec qui il avait déjà tourné La Colline des hommes perdus (1965) et Le Gang Anderson (1971) tandis que l'équipe technique et le casting est constitué d'amis comme Trevor Howard ou Ian Bannen.

The Offence apparaît dans la continuité d'un certain nombre de film anglais et américain qui révolutionne le polar en ce début des années 70. Côté américain, c'est la figure du flic qui devient ambiguë avec Inspecteur Harry (1971) et French Connection (1971) où l'agent de la loi n'hésite plus à franchir la ligne rouge et d'user de méthodes aussi radicales que les malfrats qu'il traque. En Angleterre, les polars comme La Loi du Milieu ou Villain dépeigne avec une violence radicale et un réalisme urbain oppressant les mœurs criminelle des cités anglaise. Même si The Offence s'inscrit parfaitement de ce contexte, c'est pourtant un film très différent.

Les actions borderline des Dirty Harry et Popey Doyle se trouvaient en partie justifiées par une hiérarchie et un système impuissant quand tout le policier incarné par Sean Connery les écarts viennent surtout de son propre désordre psychique. L'urbanité d'un Get Carter disparait de la cité anonyme entraperçues dans les quelques extérieurs de The Offence, les moments de tension naissant de scène dépouillée où se ressent s'exprime totalement l'origine théâtrale du film.

 Le film fait en fait office de précurseur de la grande trilogie de la corruption de Sidney Lumet à travers Serpico, Le Prince de New-York et Contre-enquête. Chacun des films montrait des flics incapables dans l'intimité de quitter les tourments quotidiens de leur métier, que ce soit la corruption de leur collègue (Serpico) ou la leur qui les ronge (Le Prince de New York). Ici la corruption est d'ordre mentale avec un Sean Connery qui en traquant un pédophile se trouve confronté à ses propres démons, l'affaire en cours faisant rejaillir toutes les horreurs qu'il a pu rencontrer au cours de sa carrière.

Incapable de séparer ses différentes réalités, il va ainsi malmener fatalement un suspect dont la culpabilité sera questionnée jusqu'au bout. Lumet articule son récit autour de grandes confrontations et joutes verbales montrant l'esprit vacillant de Sean Connery : le violent face à face avec le suspect pédophile (Ian Bannen) qui ouvre et conclu le film, l'échange avec Trevor Howard qui le met face à ses failles et enfin la dispute avec son épouse Maureen (Vivien Merchant) illustrant son incapacité à partager les visions qui le hante. Avant ces pics, Lumet aura dévoilé subtilement l'ambiguïté de Sean Connery où au contraire des trois grandes scènes dialoguées plus démonstratives il se sert surtout de l'image pour traduire ce sentiment.

On pense à la scène où Connery retrouve la malheureuse fillette violée, Lumet usant d'angle de prise de vue qui à travers les yeux de la victime ferait presque passer Connery pour le prédateur (la contre-plongée qui le voit surgir des buissons) et même le long moment où il tente d'apaiser sa terreur pourrait être interprété tout autrement au vu du positionnement des personnages dans l'espace. Il en va de même lors de la longue séquence en voiture montrant les souvenirs sordides de Connery ressurgir et faisant ainsi partager le malaise de celui accompagné de telles images au quotidien. Ce passé douloureux s'avère plus tangible que le présent avec une photographie usant de couleurs bien plus vivaces quand le reste du film baigne dans une imagerie terne, grisâtre et désaturée.

Le long duel psychologique avec le suspect est ainsi notre guide tout au long du film, le mystère se dissipant au fil de ses reprises révélant toute la noirceur du propos. C'est d'abord en ouverture sous forme d'un halo immaculé en forme de cauchemar au ralenti que nous devinons la violence en cours sans la comprendre. La seconde interprétation révèlera la violence de Connery tout en jouant de l'ellipse quant à l'échange entre les deux hommes qui se dévoilera lors du final où le rapport de force est inversé pour notre héros perdant définitivement pied. Le trouble naît autant des dialogues que des hallucinations de Connery qui désormais se confondent avec les pulsions de son suspect. C'est sur ce point de non-retour que ce conclu le film, un grand Lumet glacial et dérangeant de bout en bout. Quant à Sean Connery, on ne l'avait jamais vu ainsi, aussi torturé, imprévisible et halluciné...


 Sorti en dvd zone 2 chez Wild Side

Extrait

vendredi 3 août 2012

L’Étrange Aventurière - I See a Dark Stranger, Frank Launder (1946)


Une jeune femme d'origine Irlandaise, convaincue que les Anglais sont le mal incarné, décide de se tourner vers l'IRA. Alors que celle-ci la refuse, elle ne tarde pas à être repérée par un espion Nazi qui lui propose de travailler pour le IIIe Reich...

Le duo Sidney Gilliat/Frank Launder signe une nouvelle belle réussite avec ce plaisant film qui ne saura jamais choisir entre comédie et thriller d'espionnage oppressant pour notre plus grand plaisir. Cela en est presque une sorte de "digest" des films des deux compères tant on trouve de reprise de leurs figures favorites aperçues dans d'autres œuvres où ils ont officié comme scénaristes où coréalisateurs.

On retrouve donc ce gout du pastiche et mélange des genres (Green for danger, Une femme disparait), le duo comique incongru qui vient s'immiscer dans l'intrigue avec les officiers pieds nickelés Spanswick et Goodhusband (le duo de golfeurs Charters et Caldicott pour qui étaient écrit les rôles disparaissant car les acteurs avaient renoncés aux rôles les ayant rendu célèbres) et même une séquence de train à suspense où on retrouve la disparue d'Une femme disparait (l'actrice Dame May Whitty) dans un rôle voisin. Plutôt que le sentiment de redite, c'est celui d'une démonstration de savoir-faire et de plaisir de raconter qui domine dans une intrigue très inventive malgré ces récurrences.

Depuis sa plus tendre enfance Brydie (Deborah Kerr) a été nourrie des légendes de la lutte acharnée du peuple irlandais contre l'oppresseur anglais, notamment par son père qui participa à la révolte de 1916. Elle a depuis une haine farouche des anglais et à sa majorité c''est tout naturellement qu'elle quitte son village pour Dublin où elle compte bien proposer ses services à la section de l'IRA en place. Malheureusement, l'heure est plutôt à l'apaisement et ses instincts belliqueux se voient refroidi par les locaux, jusqu'à ce qu'elle soit sollicité par un farouche ennemis des anglais d'une tout autre nature à savoir un espion nazi pour lequel elle va travailler sans connaître sa vraie identité.

Le film exploite avec humour l'antagonisme anglo-irlandais (abordé sur un mode plus sérieux par Launder et Gilliat dans l'excellent Captain Boycott l'année suivante) à travers le personnage de Deborah Kerr qui aveuglé par son éducation et ses préjugés va commettre toutes les erreurs possibles. Les scénaristes s'en donne à cœur joie à travers diverses situation hilarantes tel ce moment où elle est dans le même compartiment de train qu'un homme (qui s'avéra être l'espion allemand) dont elle savoure l'attrait en monologue avant que ses initiales sur sa valise révèlent sa nationalité anglaise, lui attirant regard méprisant et remarque désobligeante.

Deborah Kerr est fabuleuse, loin des emplois plus réservés qu'elle aura avec le temps avec cette bouillonnante et charmante irlandaise dont Launder se plaît à mettre en valeur la beauté juvénile et le jeu expressif. Malgré les errements de l'héroïne, on ne peut que craquer devant ce festival de moue boudeuse et de regard écarquillés d'indignation.

Le film interroge en fait sur la question du parti à prendre pour les irlandais et leur capacité à mettre de côté un conflit ancestral pour une cause commune avec l'Angleterre haïe face à la menace nazie. Pour Byrdie, ce cheminement se fera par la voie de l'amour lorsqu'elle tombera sous le charme de l'agent britannique David Byrne (Trevor Howard) qu'elle doit distraire pendant qu'officient ses agents.

On a ainsi de joyeuse scène de screwball comedy où Deborah Kerr évente plus d'une fois sa couverture séductrice face à la présence de ce "bloody English" joué par un Trevor Howard parfait dans la tradition des héros gentleman décontracté et enquiquineurs de Gilliat et Launder (sans égaler néanmoins le Rex Harrison à la cool de Train de nuit pour Munich). La tension naît pourtant progressivement au fil des responsabilités inattendues que se verra confier Deborah Kerr traquant à travers l'Irlande un mystérieux carnet comportant les coordonnées d'invasion allemande.

Traquée par la police irlandaise, anglaise et les espions nazis à travers le pays elle aura fort à faire pour s'en sortir. Launder use de tous les artifices possibles pour faire naître le suspense que ce soit les monologues angoissés de Byrdie, le jeu hébété de Deborah Kerr et la paranoïa naissante dans le regard de l'espionne novice ainsi qu'une photographie tout en jeu d'ombres menaçantes durant les scènes nocturnes. On peut ajouter une galerie de méchants aux mines patibulaires (hormis Raymond Huntley à l'élégance sournoise en mentor recruteur) qui accentue le sentiment de menace face à la frêle Deborah Kerr.

On est donc parfaitement manœuvré entre rire et vraie tension même si le film pêche un peu par excès malgré l'inventivité de l'ensemble, le dernier quart d'heure tire un peu en longueur à force de rebondissements. C'est sur un ultime éclat de rire que le tout s'achève, Deborah Kerr quittant indignée l'hôtel où Howard eu l'outrecuidance de l'emmener en voyage de noce, le bien nommé In Cromwell Arms. Le film fera un score modeste en Angleterre, la critique étant décontenancé par ses ruptures de ton le rendant inclassable. Mais renommé The Adventuress, il remportera un grand succès aux Etats-Unis où il contribuera à la notoriété de Deborah Kerr qui se verra vite sollicité par Hollywood pour la carrière que l'on sait.

Disponible en dvd zone 2 français chez Elephant Films

vendredi 18 mai 2012

Le Banni des îles - Outcast of the Islands, Carol Reed (1952)


En Malaisie, dans la seconde moitié du XIXe siècle, le Capitaine Lingard fait la connaissance d'un homme de mauvaise réputation, Willems, qui est rejeté par la communauté blanche. Il décide de lui donner une nouvelle chance en le recommandant à un commerçant. Mais Willems file à nouveau un mauvais coton. A cause de sa passion pour Aïssa, une indigène, il trahira ses bienfaiteurs et alliés.

Carol Reed réalise là une puissante adaptation du second roman de Joseph Conrad, Le Paria des iles. Dans cet ouvrage comme dans les plus célébrés Au cœur des ténèbres et Lord Jim, il est question d'un homme qui en s'enfonçant et se perdant dans la jungle y exacerbe les démons qu'il y a emmené avec lui. Dans Au cœur des ténèbres, Kurtz façonnait un monde à l'image de sa mégalomanie et de son dégoût la civilisation, Lord Jim y résolvait fatalement sa culpabilité et son besoin d'héroïsme. Willems, héros de ce Outcast of the Island s'enfoncera tout autant si ce n'est que le chaos qu'il sèmera n'est même pas animé par la noble cause des héros précités.

Trevor Howard délivre une interprétation des plus intenses pour ce personnage méprisable. Willems est un homme peu digne de confiance et flambeur qui en quelques heures va tout perdre. Après un coup fourré de trop il perd sa place de bras droit d'un puissant importateur en Malaisie et est aussitôt quitté par sa femme et abandonné par ses "amis" qu'il a tant de fois méprisé et pris de haut.

Une dernière chance lui est pourtant offerte lorsque son ancien mentor le Capitaine Lingard (Ralph Richardson) le prend sous aile et lui délivre le secret de sa réussite : la connaissance d'un périlleux raccourci pour une île isolée au milieu des récifs où il commerce et fait vivre une peuplade paisible. Laissé là pour se remettre d'aplomb, Willems va détruire ce paradis. Reed tout en conservant l'imagerie et le dépaysement souhaité pour un tel spectacle d'aventure instaure d'emblée un climat étouffant.

La scène d'ouverture nous plonge dans cette atmosphère portuaire au cadre surchargé d'activité, de commerce de véhicules de population et de tentations. Notre héros flambeur ne peut que s'y perdre comme le montrera sa déchéance à venir. C'est une même logique qui anime Reed lorsque le récit se déroule ensuite dans l'île et sa communauté sauvage. Le réalisateur n'a de cesse de filmer en insert les jeux bruyants de la multitude d'enfants autochtones qui renvoi Willems tout d'abord à son isolement et ennui puis à l'obsession qui lui sera fatale, la belle et sensuelle Aissa, fille du chef local.

Carol Reed filme longuement les déambulations communes, le jeu de cache-cache et les regards de plus en plus brûlant et insistant entre Willems et Aissa dans le quotidien de l'ile. Cet aspect étouffant prend un tour plus concret à travers le désir tenace de Willems renforcé par le mystère dégagé par la sensualité d'Aissa dont le mutisme suggère autant (et jusqu'au bout) un sentiment similaire qu'une forme de manipulation. La belle va en effet servir d'instrument pour faire trahir à nouveau tous ses principes à Willems, les chefs du village souhaitant communiquer le parcours du raccourci à d'autres commerçants et rompre ainsi l'équilibre instauré par Lindgard.

Le cadre exotique devient donc une prison à ciel ouvert où seules les caresses d'Aissa parviendront à apaiser Willems, la relation entre eux étant plus dépeinte comme une addiction qu'une histoire d'amour. Hormis la figure de droiture incarnée par le Capitaine Lingard (Ralph Richardson parfait de noblesse bienveillante et grimé pour avoir l'apparence du vieux loup de mer alors qu'il avant encore la quarantaine) et sa fille jouée par Wendy Hiller, aucun personnage à sauver notamment l'ambitieux et détestable Almayer (Robert Morley). Les trois personnages étaient d'ailleurs les héros de La Folie Almayer, premier livre de Conrad qui forme une trilogie avec Le Paria des iles et La Rescousse paru bien plus tard.

Le film fait preuve d'une sensualité marquée pour illustrer la liaison entre Willems et Aissa, que ce soit les mouvements de cette dernière capturé dans toute leur lascivité durant ses activités ordinaires ou lorsque les amants s'abandonnent enfin à leu pulsions. Cela donnera un des plus beaux moments du film lorsque Willems n'en pouvant plus se dirige dans la nuit du côté de l'ile où vit Aissa, la cherchant du regard avant que la silhouette de celle-ci se dessine sous le pont d'une rambarde. L'on n'en verra guère plus (la censure anglaise veille) mais l'effet est diablement efficace et l'ellipse fait fonctionner l'imagination.

Ainsi animée par ce seul attrait physique, cette relation est vue comme une malédiction (ce qui est explicitement souligné le temps d'un dialogue) qui va détruire le héros mais aussi tout ce qui l'entoure. La conclusion est d'une terrible noirceur à travers un saisissant échange entre Lingard et Willems qui n'aura même pas l'honneur d'une fin sacrificielle comme Kurtz ou Lord Jim. Bien au contraire, il sera condamné à errer dans le chaos qu'il a provoqué et désormais méprisé de celle qu'il a tant poursuivie.

Sorti en dvd zone 2 anglais et doté de sous-titres anglais

Extrait

lundi 27 février 2012

La Couleur qui tue - Green for Danger, Sidney Gilliat (1946)


L’inspecteur Cockrill écrit une lettre à ses supérieurs, à propos de la dernière affaire criminelle qu’il a réglée… Dans un hôpital près de Londres, Higgins, le facteur du coin, blessé lors d’une attaque de V1, doit être opéré. Il meurt lors de l’anesthésie. Scotland Yard enquête. Les quatre infirmières et les deux médecins sont suspectés, pour diverses raisons...

Sidney Gilliat, qui s'était fait connaître avec son partenaire Frank Launder par de remarquables scripts de thrillers (Une femme disparait, Train de nuit pour Munich) ne s'était étrangement pas encore confronté au genre en passant à la réalisation sur les drames Ceux de chez nous et Waterloo Road. C'est chose faite avec ce remarquable whodunit qu'est Green for Danger même si sans doute moins marquant que les deux précédents. Réalisé un an après la fin de la guerre, le contexte y semble moins prépondérant que dans les premiers films de Gilliat mais ce n'est qu'une impression et le conflit de simple arrière-plan devient un motif majeur du traumatisme à l'origine du crime.

Le film adapte un roman à succès de Christianna Brand paru deux ans plus tôt. L'intrigue alambiquée truffée de personnages, rebondissements et fausse piste du livre est grandement simplifiée par Gilliat qui l'épure à un film de 90 minutes néanmoins dans l'esprit. La première partie dépeint longuement le quotidien d'un hôpital anglais en temps de guerre. Entre les bombardements et les blessés, ce sont des conflits bien ordinaires et humains qui se nouent entre les médecins et les infirmières : affaires de cœur, jalousie, vengeance et ambition. Tout cela se dévoile dans une veine feutrée jusqu'à ce que l'impensable survienne avec la mort d'un patient sur la table d'opération.

La thèse du meurtre est rapidement conclue et on découvre que chacun des membres de l'équipe médicale avait une possible raison de commettre le crime. Gilliat use de tout son brio de scénariste pour distiller habilement les pistes et dépeindre les caractères de chacun : la relation de couple compliquée entre Trevor Howard l'infirmière jouée par Sally Gray, le caractère séducteur et sournois du médecin Leo Genn, l'anxiété et la culpabilité de Rosamund John...

Le réalisateur mêle une mise en scène réaliste encore dans l'esprit des films de propagande anglais dans cette description du quotidien et une stylisation marquée qui culmine lors d'une mémorable scène de meurtre nocturne dans une salle d'opération. Là le jeu d'ombre, le montage au cordeau et la mise en scène d'une précision chirurgicale (si on ose dire) offre une séquence d'anthologie.

Après cette mise en place proche de la perfection, le ton change à nouveau pour s'orner d'une causticité toute anglaise. Cet esprit était cependant là depuis le début avec la narration distanciée d'Alastair Sim qui apparaît alors en chair et en os dans le rôle de l'inspecteur Cockrill. L'acteur offre une prestation irrésistible avec ce personnage aussi farfelu que perspicace, capable de déstabiliser un suspect par une répartie inattendue avec le plus aimable des sourires.

Dès lors la tension et la paranoïa bien réelle se dispute à un remarquable second degré grâce aux facéties d'Alastair Sim (le passage où il conclut la tirade du Marchand de Venise lancée par Leo Genn contant fleurette ou qu'il trouve la cachette de Trevor Howard épiant les deux amants). Le rythme est soutenu au fil des révélations et coups de théâtre divers sans égaler la première partie et le final est des plus réussis.

Le titre assez nébuleux trouve son explication de manière brillante et Gilliat donne une vraie consistance dramatique avec la révélation finale même si l'ironie n'est jamais loin telle la fatale erreur de jugement d'Alistair Sims ou une dernière tirade drôlissime. Encore une belle réussite pour Sidney Gilliat même si j'ai préféré son versant dramatique et sentimental de Millions like us et Waterloo Road à la distance rieuse ayant cours ici.

Sorti en dvd zone 2 anglais sans sous titre et en zone 1 chez Criterion où là on trouve des sous-titres anglais.

Extrait