Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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vendredi 2 août 2024

La Loi de Lynch - This Day and Age, Cecil B. DeMille (1933)

Trois lycéens, Steve Smith, Gus Ruffo et Billy Anderson se lient d'amitié avec un tailleur juif du nom de Herman. Celui-ci est aux prises avec Louis Garrett, le mafieux local qui tente de lui extorquer de l'argent en échange d'une protection. Quand Herman est assassiné par Garrett et que le malfrat s'en sort au procès, les trois jeunes décident d'enquêter et de rendre justice...

Le penchant pour les fresques à grand spectacle dominant la partie parlante de sa filmographie a parfois donné une image biaisée de Cecil B. DeMille. Déjà rien que sur ce corpus le degré d’outrance et de provocation pourrait surprendre ceux ayant une image empesée de ses récits bibliques, dans des œuvres aussi folles que Le Signe de la croix (1932), Cléopâtre (1934), Samson et Dalila (1949) ou certaines séquences de la deuxième version de Les Dix commandements (1955). La Loi de Lynch peut donc surprendre au premier abord par son cadre urbain et contemporain, son immersion au sein d’une jeunesse révoltée, mais c’est finalement dans une vraie continuité des œuvres muettes du réalisateur où l’on trouvait notamment des comédies de mœurs très osées et caustiques.

L’histoire confronte des jeunes gens idéalistes et droits à l’hypocrisie du monde des adultes. En surface, il y a l’image d’un système bienveillant cherchant à façonner des citoyens exemplaires, lorsque nos trois héros lycéens sont assignés pour une semaine à des postes clés de la ville (justice, police) dans le cadre d’un programme. Lorsqu’ils voudront user de cette position pour rendre justice à un ami tailleur racketté puis tué par la pègre locale, les mécanismes cyniques de la corruption et de l’administration s’imposent à eux. Dès lors, leur rébellion se mettra en travers d’un contexte intolérable pour eux. Cecil B. DeMille prend son temps pour caractériser ses personnages ne devant pas représenter un idéalisme peu crédible.

Les interactions potaches, les flirts et autres futilités installent les héros comme des jeunes insouciants de leur âge, d’ailleurs réfractaires quand la mission du programme citoyen leur sera proposée. Ce n’est que lorsque la violence hors-la-loi (la bombe dans la boutique, l’assassinat du tailleur) et la justice sclérosée par la paperasserie s’imposent à eux et les rends témoin impuissant de l’infamie, que nos adolescents décident de s’impliquer à leur manière.

La Loi de Lynch est une œuvre prenante mais sur la corde raide idéologique. Les failles du système sont réelles mais simplifiées volontairement, afin d’adopter le point de vue naïf de personnages juvéniles et fougueux. Il pose d’ailleurs habilement un dilemme moral houleux quand, ayant capturé le coupable impuni (Charles Bickford), nos jeunes installent un procès arbitraire lorgnant sur la torture et l’exécution. Cecil B. DeMille semble ainsi comprendre la démarche des adolescents, mais aussi en scruter les limites. C’est du moins ce que l’on pense avant une conclusion jubilatoire à l’image, mais discutable sur le fond où les autorités valident la démarche d’auto-justice qui aura contribué à nettoyer la ville de ses rebus. Comme souvent avec Cecil B. DeMille, l’ambiguïté idéologique est de sortie.

Si l’on fait abstraction de cet aspect, c’est une œuvre trépidante où DeMille montre une aptitude peu exploitée par la suite pour capturer la menace urbaine (le guet-apens de Charles Bickford) ou instaurer une tension sexuelle trouble qu’on retrouve dans son œuvre (la jeune Gay seule face un à gangster libidineux dans une chambre). On se surprend même à retrouver l’ampleur de certaines fresques historiques du réalisateur lors de la séquence du procès avec son parterre d’étudiants hystériques dans une superbe composition de plan – et un parallèle amusant à faire entre le supplice de Bickford et celui des chrétiens de Le Signe de la croix, avec la même délectation suspecte que l’on devine chez DeMille. Une œuvre atypique et intéressante donc, si l’on a une connaissance ou opinion trop arrêtée sur son célèbre réalisateur.

Sorti en dvd zone 2 français chez Elephant Films

mardi 15 juillet 2014

Samson et Dalila - Samson and Delilah, Cecil B. DeMille (1949)


L'épopée biblique et tragique de Samson, qui lutte pour libérer son peuple, les Hébreux soumis aux Philistins. Il tombera dans le piège tendu par la belle et cruelle Dalila.

On associe souvent Cecil B. DeMille au gigantisme des fresques historiques hollywoodiennes et plus particulièrement au péplum. Pourtant à bien y regarder il n’aura abordé le genre qu’à quatre reprises tout au long de son immense filmographie. C’est pourtant bien dans le péplum que s’exprime le mieux cette fameuse dualité si fascinante chez le cinéaste, à savoir une droiture, un moralisme et une piété qui s’oppose toujours à un gout et un vrai talent à illustrer le désir, le stupre et la luxure. Le Signe de la Croix (1932) traitait ainsi des premiers martyrs chrétiens tout en se délectant avec moult détails des tortures qu’ils subissaient dans les arènes romaines (ainsi que des mœurs dissolues de ces derniers). Cléopâtre (1934) multipliait les allusions et situations sexuelles explicite dans son portrait de la souveraine égyptienne campée avec un sens de la provocation étincelant par Claudette Colbert.

La construction même de la première version des Dix Commandements (1923) fonctionnait sur cette dualité avec une première partie consacrée aux exploits de Moïse tandis que la seconde mettait les tables de la loi à l’épreuve des tentations du monde moderne. Samson et Dalila était donc le projet idéal pour DeMille avec son héros tiraillé entre sa foi, son destin et l’attrait des sens représenté par Dalila. 

Le projet germe dans l’esprit de DeMille dès 1935 (sur un premier traitement de Harold Lamb) avec pour jouer Dalila une hésitation entre Paulette Goddard, Dolores Del Río ou encore Joan Crawford. Rien ne se fera pourtant à ce moment et la production ne reprendra réellement que 12 ans plus tard en 1947. Là encore le casting de Dalila sera de longue haleine, DeMille commandant au peintre Henry Clive un tableau représentant sa vision de Dalila et qui s’avère une sorte de croisement entre Jean Simmons, Lana Turner et Vivien Leigh soit une combinaison entre le désir, la sensualité et la passion que peuvent véhiculer ces trois actrices. Outre ces modèles d’autres stars féminines seront envisagée tel que Ava Gardner, Jennifer Jones, Susan Hayward, Rita Hayworth, Rhonda Fleming ou encore Linda Darnell. Hedy Lamarr sera finalement l’heureuse élue suite à des essais brillant, DeMille ayant d’ailleurs toujours eu un œil sur elle puisqu’il l’envisagea pour jouer Esther en 1939 dans un autre projet de péplum biblique avorté. 

Le Samson idéal sera tout aussi difficile à trouver. DeMille envisage tout d’abord le culturiste Steve Reeves (qui aurait ainsi pu faire des débuts cinématographique plus prestigieux que sa carrière italienne) celui-ci refuse de perdre un peu de sa masse musculaire trop imposante – l’Italie plus friande des surhommes aux proportions démesurée l’accueillera à bras ouvert quelques années plus tard pour sa la saga des Hercule. Burt Lancaster fut également choisit mais dû renoncer à cause de problème de dos et c’est finalement Victor Mature qui échoit du rôle-titre, DeMille ayant été captivé par sa prestation dans Le Carrefour de la mort (1947). 

Le vrai problème du réalisateur ne réside pourtant pas uniquement dans le casting mais aussi dans le ton à adopter. En en restant à une adaptation pure de la Bible (et plus précisément du Livre des Juges), le personnage de Dalila n’en resterait qu’une pure incarnation de femme fatale perfide qui causera la perte de Samson. DeMille souhaite ainsi accentuer la force dramatique du récit de ce qu’il considère comme une des plus belles histoires d’amour jamais contée. Il trouvera matière à travers le livre Judge and Fool/ Samson the Nazire de Vladimir Jabotinsky qui accentue la dimension romanesque du récit biblique en liant dès l’origine le destin de Samson et Dalila, cette dernière étant la sœur de la première femme de Samson. Le script de  Jesse L. Lasky, Jr. et Fredric M. Frank s’inspirera donc de ces différentes sources pour un résultat flamboyant.

Le film sera ainsi très fidèle dans sa chronologie et son illustration des péripéties de l’épopée de Samson, mais en plaçant constamment la destinée du héros à l’aune de l’amour de Dalila. DeMille nous dépeint ainsi dès le début en parallèle le lien de Samson à son peuple israélite sous le joug de  l’envahisseur philistin mais aussi la façon dont le héros est surtout soumis à ses sens à travers l’amour qu’il voue à la belle philistine Semadar (Angela Lansbury). L’icône qu’il est destiné à devenir s’oppose ainsi à l’homme qu’il est encore, les deux s’entrecroisant dans ses démonstrations de force aux motivations contrastées. Lorsqu’il s’introduit chez Semadar pour la séduire, il tordra une lance pour impressionner le rival amoureux qu’est le Prince Ahtur (Henry Wilcoxon habitué de DeMille) puis défiera le Saran (George Sanders) en personne en le devançant à une chasse au lion où il tuera le fauve à mains nues. 

Samson s’oppose déjà à l’oppresseur mais pour des objectifs personnels. La reconnaissance en tant que sauveur semble donc quelque peu abstraite tandis que l’amour de Semadar s’avérera très ambivalent et superficiel (la trahison sur l’énigme, son père prompt à l’offrir à Ahtur au premier conflit). Dans tout ce flou et cette incertitude, seul l’amour fou et inconditionnel de Dalila semble représenter un vrai ancrage pour Samson. Son malheur sera qu’il ne saura pas le voir, provoquant ainsi la colère d’une femme blessée.

Chacun des évènements mythiques que vit Samson sera donc toujours causé par l’influence de Dalila. Il endosse complètement sa dimension d’ennemi des philistins après que Dalila ait semée la discorde à son mariage qui virera au bain de sang et bien sûr sa trahison causera sa perte mais aussi son exploit le plus retentissant. La facette romanesque peut ainsi s’épanouir en ramenant constamment ces personnages plus grands que natures à une échelle plus intime à travers leurs amours passionnés. Le choix de Victor Mature s’avère des plus judicieux et l’on comprend mieux que DeMille ait écarté Steve Reeves. Son Samson n’est pas un héros parfait et vertueux mais un homme se cherchant et qui dans ses erreurs construit sa destinée.

Mature a certes une carrure imposante mais ne parait pas surhumain car sa force ne lui pas de son physique, mais de la bienveillance divine. Tant que Samson n’est pas totalement accompli, ses exploits aussi impressionnant soient-ils ne joueront donc que sur sa puissance physique tel ce lion abattu de ses mains – scène fabuleuse dans son découpage où un vrai lion se déchaîne le plus souvent – ou encore sa colère déchaînant les flammes sur les convives de son mariage. DeMille déploie toute son imagerie grandiloquente et son recours à l’iconographie religieuse lorsque les actions de Samson s’ornent de vertus plus nobles. Lorsque Samson prisonnier se libère et décime une armée de philistins dans une gorge rocheuse seulement armé d’un crane d’âne, le réalisateur se soustrait à toute forme de réalité et déchaîne un enfer de violence où le ciel s’assombrit, les cadrages donnent enfin à notre héros cette présence démesurée et son bras vengeur brise les os et le métal avec une brutalité stupéfiante.

La seule force ne peut dompter ce Samson mais son cœur peut le trahir. Revancharde et amoureuse, Dalila va réussir à le dompter. La grande force du script est de ne jamais faire douter de la duplicité de Dalila et malgré tout rendre impossible à ses interlocuteurs pas dupe de ne pas céder à ses charmes. L’esprit et l’intelligence acérée du Saran (George Sanders parfait d’élégance et de finesse) devinent que son cœur appartient à un autre mais l’accepte et les bras vigoureux de Samson sentent l’ambiguïté de l’étreinte de cette séductrice mais ne s’y refusent pas. Hedy Lamarr est extraordinaire pour exprimer cela par ses attitudes provocantes et poses sensuelles, la présence lascive trahissant une intensité de sentiments constants pour l’objet de toutes ses attentions à savoir Samson. 

Toutes ses actions, ses bienfaits comme trahisons auront pour but de s’approprier leur cœur de Samson. La complicité entre Lamarr et Mature est palpable, DeMille entretenant constamment cette aura de doute et de passion ardente, le thème romantique et torturé de Victor Young l'illustrant à merveille. Samson aime et désire Dalila, tout en sachant qu’il ne peut se fier à elle. Dalila aime éperdument Samson, mais sait qu’il est voué à de plus grands dessein que ses seuls baisers. Sa trahison ne sera donc pas un acte de haine mais d’amour lorsqu’elle percera le secret de sa force et le livrera aux philistins.

Le couple ne pourra donc s’unir qu’endossant simultanément son aura charnelle et mythique. Un des plus beaux moments du film est sans doute quand descendu plus bas que terre Samson demande à Dieu de punir Dalila car lui en demeure incapable malgré ce qu’elle lui a fait. La dernière scène est une des séquences les plus extravagantes jamais filmées par DeMille, celle où Samson use de ses ultimes forces pour ensevelir ses ennemis avec lui dans le temple du païen de Dagon. Là encore le spectaculaire et l’intime ne sont jamais séparés. 

Samson désormais aveugle s’assure en vain que Dalila est hors de danger avant de s’enterrer avec les philistins, et Dalila d’être le plus près de lui lors de ce sacrifice. Les murs peuvent s’effondrer, les colonnes se briser et les idoles se fendre, le couple est enfin réuni et apaisé, la facette romantique ayant largement pris le pas sur le biblique. Le film sera un succès colossal, la plus grosse recette de 1950 et le plus grand triomphe de DeMille avec sa mythique relecture des Dix Commandements en 1956. 

  
Sorti en dvd zone 2 et en blu ray chez Paramount



dimanche 17 mars 2013

Les Dix Commandements - The Ten Commandments, Cecil B. DeMille (1923)


Dans sa première partie, le film raconte l'épisode biblique de la captivité des Hébreux en Égypte à l)'époque du pharaon Ramsès II (Charles de Rochefort), leur exode vers la Terre Promise, la traversée de la Mer Rouge, Moïse (Theodore Roberts) recevant les tables des Dix Commandements.
La seconde partie se situe dans les années 1920. Elle relate l'histoire des deux fils d'une femme bigote (Edythe Chapman), l'un mauvais garçon (Rod La Roque), l'autre sérieux (Richard Dix), qui convoitent tous deux la même jeune femme.

Si l’on ne retient aujourd’hui de Cecil B. DeMille que l’image du réalisateur de monumentales fresques religieuses, il n’en fut pas toujours ainsi. Sa première incursion dans le gigantisme fut un échec commercial avec son Jeanne d’Arc réalisé en 1917. DeMille rencontre ses premiers succès au début des années 20 avec des comédies de mœurs caustiques et irrévérencieuses annonçant la screwball comedy des années 30 et dont l’audace est à peine atténuée par la morale finale comme Le Détour (1922) ou Le Réquisitoire (1922). 

Le DeMille pieux et adepte du gigantisme nait donc réellement avec Les Dix Commandements,  première version muette de l'épopée biblique qu’il remakera en 1956 dans son film le plus célèbre. Bien différente de la seconde version essentiellement consacré au destin de Moïse, DeMille adopte ici une construction à la manière de Griffith dans Intolérance (1916) qui superpose les époques. La partie péplum constitue en fait un long prologue de 48 minutes avant d'embrayer sur un récit contemporain où après avoir assisté à leur édification pleine de bruits et de fureur on verra la difficile application de ses des Dix Commandements à l'ère moderne.

Dans un premier temps on assiste donc à l'histoire bien connue de Moïse dans un format plus resserré que la version de 56 à laquelle il fallait presque 4 heures pour tout raconter.  Les situations défilent trop vite, on s'attache peu aux personnages qui ne dépasse jamais leur archétype biblique (notamment le Moïse très théâtral incarné par Theodore Roberts) et l’ensemble constitue surtout un beau livre d'images où DeMille étale sa foi avec quasiment tous les intertitres étant issus du livre de l'Exode. 

Cependant on en prend plein les yeux et niveau gigantisme cette version n'a rien à envier à celle de 56 avec ses palais égyptien monumentaux, les figurants à pertes de vue et les fameux morceaux de bravoures que sont la traversée de la mer rouge (effets spéciaux épatants pour l'époque) ou l'écriture des tables de la loi, le tout débordants d'idées. 

Le côté sadique et libidineux de DeMille fonctionne à plein aussi entre les châtiments infligés aux israélites et surtout la scène du veau d'or tout aussi gratinée dans les deux versions avec orgies, beuveries et ambiance païenne offrant de saisissant tableaux. C'est aussi le seul moment où DeMille s'écarte du texte biblique en forçant le trait et infligeant la lèpre à une des pècheresses, fait qui se répercutera dans la partie moderne.

 On passe ensuite à la partie moderne avec la rivalité entre deux frères faisant un parallèle avec Moïse et Ramsès. L'un est un athée bien décidé à transgresser tous les commandements pour faire fortune tandis que l'autre pieux et réfléchi en reste à sa modeste condition. C’est  un moment de cinéma assez étonnant, le ridicule le plus désopilant côtoyant de pur moment de grâce. 

La mère des deux frères, vraie grenouille de bénitier sortant sa bible énorme et assénant les commandements à tout bout de champs amène pas mal de situations comiques illustrant le talent de DeMille dans la comédie à l'époque et le montrant capable de second degré en dépit de sa réputation. Les personnages sont bien plus intéressants avec ces deux frères se disputant l'amour d'une femme et lorsque la tragédie surgit à cause de la cupidité Dan (Rod La Rocque) le non croyant, l'émotion fonctionne vraiment,  pure et intense.

Si DeMille parvient enfin à nous impliquer émotionnellement dans cet épisode moderne, il a par contre la main bien lourde dans la diatribe religieuse. La lente et interminable déchéance de John où lui est rappelé chaque commandements qu'il a enfreint tout au long du film est des plus pénibles, provoquant presque l'effet inverse puisque même dans ces errements le personnages a au moins suivi une voie individuelle et autonome. Malgré l’indéniable puissance visuelle, on peut donc préférer la seconde version qui  sans être moins pieuse savait y mêler une dimension épique et grandiose parlant à tous. Il semble d’ailleurs que DeMille ait retenu la leçon après cette première tentative puisque toutes ses futures fresques religieuses sauront apporter un piquant supplémentaire bienvenu que ce soit la luxure Pré-code du Signe de la croix (mais aussi Cléopâtre - 1934) ou l’histoire d’amour de Samson et Dalila (1949).

Sorti en dvd zone 2 français et bluray en édition collector comprenant également la version de 1956.

lundi 15 novembre 2010

Cléopâtre - Cleopatra, Cecil B. DeMille (1934)


Ce film met l'accent sur la vie amoureuse de Cléopâtre , qui aima d'abord Jules César, puis Marc Antoine. Elle se suicida après la conquête de l'Égypte par Octave. 

Avant la fameuse version de Mankiewicz il y eut donc cette précédente tentative hollywoodienne signé DeMille. Exit la profondeur psychologique, la rigueur historique et le spectaculaire, ce n'est pas ce qui intéresse DeMille ici. Bien que respectant relativement bien la trame historique et étant construit sur la même intrigue que la version Mankiewicz (prévu au départ comme un pur remake du film de DeMille) le traitement est très étonnant.

Tout comme l'extravagant Le Signe de la Croix (déjà évoqué sur le blog) le film semble avoir été réalisé peu avant (où simultanément à) l'instauration du code Hays car on y retrouve le même sens de l'excès (un peu plus symbolique mais tout à fait explicite) avec une atmosphère qui transpire la luxure. Claudette Colbert apporte une interprétation bien différente de la déité vivante qu'incarnera Elizabeth Taylor, jouant avant tout sur son charme naturel et sa sensualité. Poses aguicheuses en pagaille, pagne moulant, tenue largement dénudées et regard coquin c'est un véritable festival dans la lignée de son rôle fameux du Signe de la Croix. Une nouvelle fois, DeMille s'abandonne à de purs moments équivoques et osés qui laissent pantois.

On retiendra plus particulièrement la scène de séduction entre Cléopâtre et Marc Antoine truffé de passages troublants. Le spectacle offert par Cléopâtre en l'honneur de son hôte romain propose donc des femmes panthères qui se font fouetter avec plaisir par des hommes à l'accoutrement limite SM ou encore une pêche en mer dont les filets contiennent des jeunes filles dénudées les membres entremêlés et aux postures lascive. Ce n'est cependant rien à côté de la scène de sexe entre Cléopâtre et Marc Antoine dissimulée par un rideau mais mais dont les vas et vient sont rendus par les mouvements des galériens sur le bateau et l'orgasme libérateur par des danseuses lançant des paillettes après quelques minutes. On retrouve comme souvent ce paradoxe de Cecil B. DeMille chrétien affiché mais doté d'un incroyable talent (et d'un plaisir certain) pour retranscrire les atmosphères païennes, même si on atteint pas ici les sommets du Signe de la Croix (ce qu'on pouvait attendre puisqu'il n'est pas question de récit religieux ici).

On l'aura compris ce traitement tout particulier détourne quelque peu l'attention de l'intrigue principale qui est pourtant bien menée. A la différence de Mankiewicz l'histoire d'amour César/Cléopâtre est assez expédiée et sert uniquement à montrer les talents de charmeuse et de manipulatrice de Cléopâtre, César n'étant jamais totalement dupe non plus et se servant d'elle pour affermir sa soif de pouvoir. On est loin de la chaleureuse relation Rex Harrison/Liz Taylor de la version Mankiewicz ou de celle mentor/élève de la plus méconnue version anglaise de 1945 entre Claude Rains et Vivian Leigh (dont a parlé ici en juillet).

La romance entre Cléopâtre et Marc Antoine (Henry Wilcoxon moins convaincant qu'un Richard Buton bien plus tard) est bien plus approfondie, ce dernier étant décrit comme un gros rustre irréfléchi et machiste rendu totalement docile par son amour pour la reine d'Egypte qui touchée par sa maladresse succombe aussi. Le traitement plus simple que chez Mankiewicz, moins littéraire et plus direct fonctionne pourtant parfaitement. DeMille ne 's'embarasse guère de l'attirail géopolitique et historique et privilégie de rester au plus près de ces personnages sans qu'on ose y voir un film intimiste tout de même puisque le sens du gigantisme, les composition de plan splendide et plus globalement la maestria visuelle du réalisateur est au rendez vous (dont une belle photo de Milner collaborateur régulier).

L'émotion a enfin sa place lors de la bataille finale dotée d'une belle intensité (et on ne se refait pas d'une violence fort marquée encore) le destin dramatique du couple s'avérant vraiment poignant tel cette fabuleuse dernière scène des Romains pénétrant dans le palais de Cléopâtre agonisante. Une réussite bien que les amusants dérapages du réalisateur s'incorporent moins à l'ensemble que dans d'autres de ses péplums.

Sorti en dvd zone français chez Universal mais une nouvelle fois le coffret zone 1 doté de bonus et comportant d'autres fims majeurs de Demille est recommandé d'autant qu'il se trouve pour bien moins cher désormais.