Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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Affichage des articles dont le libellé est Sylvia Chang. Afficher tous les articles
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mardi 31 mars 2026

The Secret - Fung gip, Ann Hui (1979)

 Une affaire de meurtre est compliquée par une relation à trois entre la victime et les principaux suspects...

The Secret est le premier film pour le cinéma d’Ann Hui et, parmi une poignée d’autres, une des œuvres fondatrices de la Nouvelle Vague hongkongaise. Comme beaucoup de réalisateurs du mouvement, le parcours d’Ann Hui passe par des études à l’étranger (en l’occurrence en Angleterre à la London International Film School) puis un retour à Hong Kong où elle fit ses premières armes à la télévision. Ce média, et notamment la chaîne TVB, était un terrain d’expérimentation et d’apprentissage idéal, recrutant cette jeune garde à moindre coût et cherchant à bousculer les normes esthétiques et thématiques établies. Ann Hui se fera donc remarquer à travers plusieurs téléfilms et séries dont Below the Lion Rock par laquelle plusieurs cinéastes de la Nouvelle vague feront leurs armes.

The Secret s’inspire d’un authentique fait divers s’étant déroulé dans la péninsule au début des années 70, lorsque deux corps atrocement mutilés furent découvert ans une forêt du mont Lung Fu. L’affaire avait fait grand bruit et l’enquête sur laquelle elle avait débouchée avait déjà été évoquée dans un épisode de la série anthologique Ten Sensational Case, diffusée en 1975 à la télévision hongkongaise et sorte d’ancêtre local du true crime. Dans The Secret, Ann Hui adopte une approche typique des préceptes à venir de la Nouvelle Vague hongkongaise. Il y a une dimension authentique, immersive et aux relents documentaires dans la manière de capturer le quotidien au sein de l’urbanité hongkongaise, mais aussi par la rigueur adoptée sur certains aspects de la procédure criminelle comme l’autopsie. 

Parallèlement à cela le mélange des genres fascine, par exemple grâce à la photo de David Chung qui oscille entre le naturalisme des scènes de jour et la stylisation des séquences nocturnes. Celles-ci lorgnent avec le fantastique par le jeu sur l’hors-champ, les apparitions furtives d’une défunte dont la silhouette portant un manteau rouge fait forcément penser au Ne vous retournez pas de Nicolas Roeg (1973). La crudité de la scène de découverte des corps, par sa frontalité et ses détails macabres donne même dans l’authentique film d’horreur.

Ni récit réaliste, ni authentique film de genre, l’entre-deux et l’ambiguïté de The Secret repose sur une observation sociale. Le mystère initial tient sur les liens flous régnant au sein d’un triangle amoureux duquel seront issues deux victimes du terrible crime. Le personnage de voisine, amie et collègue interprétée par Sylvia Chang est au départ une observatrice lointaine des évènements, et le trouble quant à la nature insoluble, surnaturelle ou criminelle de l’énigme, repose sur son regard. Ce travail sur le point de vue se déploie par la mise en scène d’Ann Hui, et une narration qui nous égare volontairement dans ses niveaux de temporalités et l’usage des flashbacks. L’important ici est le sens de l’atmosphère, et une vérité bien plus sombre et ordinaire qui nous apparaît au fil des révélations intelligemment amenées. 

Dès lors d’autres notions comme la condition féminine, le poids du regard social, la pesanteur comme la douceur des liens filiaux, viennent s’ajouter à la réflexion d’un film tenant longtemps sur sa dimension sensorielle. Cet aspect bienveillant ou tourmenté des liens filiaux repose sur des protagonistes disparates mais chacun touchant à sa manière, que ce soit cette figure de grand-mère (Li Zhuozhuo) aveugle et impuissante, la relation mère/fils du coupable initial et attardé mental, et bien sûr celle qui se révèle en conclusion être le point de départ d’une réaction en chaîne tragique. Le mélange entre mélodrame, excès sanglants et rebondissement de thriller achève de faire de The Secret un objet inclassable et chargé de promesses brillamment tenues dans la suite de la carrière naissante d’Ann Hui. 

Sorti en bluray français chez Carlotta  

jeudi 11 mai 2023

Queen of Temple Street - Miao jie huang hou, Lawrence Ah Mon (1990)

Avant de s'orienter vers des productions plus nanties et commerciales, Lawrence Ah Mon fut le temps de ses deux premiers films un réalisateur dans la continuité des ténors de la Nouvelle Vague hongkongaise. Gangs (1986) est un récit urbain à l'approche documentaire qui prolonge les travaux télévisés de Lawrence Ah Mon. Durant son travail de repérages pour ce film avec son scénariste Chan Man Keung, Lawrence Ah Mon va rencontrer une tenancière de maison close dont les confessions vont le marquer au point d'y consacrer son œuvre suivante, Queen of Temple Street. Temple Street est le cadre d'un marché nocturne à Hong Kong et aussi le terreau d'une faune criminelle dont le cinéma et la télévision s'empareront plusieurs fois, comme Lawrence Ah Mon qui y retournera pour Prince of Temple Street (1992) avec Andy Lau, ou encore The God of Cookery de Stephen Chow (1996) et C'est la vie mon chérie de Derek Yee (1993). Nous y suivons Wah (Sylvia Chang) qui y dirige une maison close tout en menant de front une vie personnelle tumultueuse. Elle tente d'élever ses deux jeunes garçons, tout en observant désespérée sa fille Yan (Rain Lau) embrasser le même destin dans le milieu des plaisirs tarifés.

Lawrence Ah Mon use d'un style sur le vif avec une caméra à l'épaule arpentant le quartier grouillant et interlope de Temple Street et scrutant ses petits trafics plus ou moins légaux, dont une Wah rabattant les passants vers son "commerce". Le film ne verse pas dans le sordide et le misérabilisme, mais se veut une étude de caractères des femmes vivotant dans ce milieu. La trame principale et le fil rouge repose sur la relation tumultueuse de Wah et de sa fille Yan, symbole d'un inéluctable déterminisme social puisque Wah elle-même fut la fille d'une prostituée avant de devenir hôtesse de bar puis mère maquerelle. Yan nourrit un profond ressentiment envers Wah du fait d'avoir grandie dans pareil environnement et de ne pas connaître son père, et semble céder à tous les pièges d'un milieu dont elle connaît les dangers dans une pure démarche rebelle et d'autodestruction. Au fil du récit, mère et fille exprimeront avec férocité leur griefs et encaisseront ce qui dans leur comportement a pu heurter l'autre. La faillite des hommes a obligé Wah à s'endurcir après l'expérience d'un premier amour volage et peu fiable (Lo Lieh excellent) et d’un second en apparence respectable car policier mais avili dans son addiction aux jeux d'argent. Ce cadre familial instable nourrit la défiance de Yan qui ne saura voir les sacrifices de sa mère, et cette dernière ne voyant en sa fille qu'une ingrate. Les scènes les opposant sont très justes dans leurs dialogues heurtés et un langage corporel agité où dans la violence exprimée on devine l'amour qu'elles ne savent communiquer l'une pour l'autre.

La sororité semble être le ciment des héroïnes dans un monde où les hommes semblent tout sauf fiables. Les figures féminines semblent pourtant comme conditionnées à se soumettre à eux, du fait de leur métier mais aussi leur choix peu scrupuleux de compagnon telle cette prostituée payant les courses du foyer officiel de son amant avec l'argent de ses passes. Lawrence Ah Mon même sous un jour parfois trivial ne néglige aucun détail sordide du quotidien de ses travailleuses du sexe, que ce soit le gel dont elles s'enduisent les parties intimes pour supporter le défilé de clients, ou les bains de fin de journée dans lesquels elles trempent leur corps meurtris. On pourra tout juste pointer le fait de peut-être idéaliser le personnage de Sylvia Chang bienveillante et mère de substitution pour ses filles. 

Cela amène néanmoins une respiration et havre de paix à une société dont tous les pans semblent voués à l'exploitation du corps des femmes, ce qu'on comprendra dans le parcours sinueux de Yan exposée à une carrière dans les photos de charme, puis hôtesse de bar pouvant céder au client. La fange explicite dont pense s'extraire les personnages les guides vers une fange implicite où sous le verni respectable, la finalité est la même. Sous cette esthétique rugueuse, Lawrence Ah Mon met en place une approche très pensée dans sa progression, les lumières criardes du monde de la nuit laissant progressivement place (avec le rapprochement des personnages) à un éclairage plus épuré, blanc et immaculé à l'image de leur coeur à ne pas confondre avec le milieu dans lequel elles évoluent. Sylvia Chang livre une prestation énergique et très touchante, tandis que Rain Lau est une vraie révélation en jeune femme écorchée vive, leur alchimie et palpable et constitue le ciment émotionnel de ce beau film.

Sorti en dvd hongkongais

lundi 30 mai 2022

Eight Taels of Gold - Bat leung gam, Mabel Cheung (1989)

Après 16 ans d’exil aux Etats Unis où il exerça le métier de Taxi, Slim décide de retourner en Chine auprès de sa famille, et constate les changements arrivés durant son absence. Ce retour est aussi l’occasion de retrouvailles avec la belle Jenny …

Eight Taels of Gold vient conclure en apothéose la trilogie de l'exil de Mabel Cheung après Illegal Immigrant (1985) et An Autumn's Tale (1987). On retrouve ici à travers Slim (Sammo Hung) une figure de migrant chinois voisine du Yung-Cho Ching de Illegal Immigrant ou du Chow Yun-fat de An Autumn Tale. Après 16 années d'exil et de labeur, il dispose d'une carte verte et travaille à son compte en tant que taxi à New York. Mabel Cheung inverse ainsi la proposition des deux précédents films qui évoquaient les premiers pas et l'intégration difficile sur cette terre d'accueil en effectuant le chemin dans l'autre sens. Slim a décidé de retourner voir sa famille en Chine et l'histoire dépeint l'expérience de ces retrouvailles. Les premières scènes plutôt comiques aux Etats-Unis, puis celle du voyage et l'arrivée en Chine nous éclaire en partie sur le statut de Slim. Son existence en Amérique n'est tangible que dans son métier de taxi et son identité chinoise puisque l'on voit qu'il a encore des lacunes en anglais et (parce) qu'il fréquente surtout des membres de sa communauté (même problématique que les héros des précédents films). Etant venant chercher une forme de liberté et relative réussite matérielle à l'étranger, cela semble lui suffire mais tout n'est pas aussi simple.

On s'amuse du décalage de Slim dans les manières et le rapport aux autres, notre héros se montrant parfois explicitement ou involontairement condescendant dans ce contexte de la Chine rurale de l'ère Deng Xiaoping. Comme nombre de migrants revenant au pays, Slim souhaite affirmer sa réussite par son apparat et les biens qu'il va offrir à sa famille. La réalité sociale le ramène à ce qu'il a quitté, notamment le déménagement des siens à la campagne pour permettre à sa sœur d'accoucher discrètement de son second enfant (la politique de l'enfant unique régnant encore). Le voyage qu'il va effectuer de la ville à la campagne pour rejoindre sa famille va progressivement le délester de son snobisme, ses afféteries, pour révéler sobrement sa mélancolie. 

Parti précipitamment à l'adolescence, puis pris dans sa survie quotidienne à l'étranger, il n'a envoyé qu'une lettre en 16 ans à ses parents. La culpabilité et les doutes l'assaillent tout au long du voyage semé d'embûches plaisamment picaresque où il va trouver un appui auprès de sa cousine Jenny (Sylvia Chang) qui le guide. Celle-ci fiancée à un riche chinois établit aux Etats-Unis s'apprêtent à migrer à son tour. Elle va réenchanter avec tendresse et humour le retour de Slim sur ses terres au fil des péripéties, tandis qu'il lui offre une fenêtre sur la vie qui l'attends. Les sentiments naissent peu à peu entre eux et font émerger un paradoxe. Slim livré à lui-même à l'étranger retrouver une chaleur et des sentiments qui ne lui avait auparavant pas suffit à rester, tandis que Jenny est sous le charme de ce cousin qui est un bien moindre parti que la vie confortable qui l'attends. L'exil n'a pas suffi à l'un et ne suffira probablement pas à l'autre puisque c'est avant tout le confort matériel qui était en ligne de mire pour chacun d'eux.

Les scènes communion familiales sont merveilleuses de justesse, les retrouvailles tardives surmontant toute rancœur. Alors que Slim est hanté par toutes les frictions qui ont précédées son départ d'antan, il constate que ce sont des évènements largement oubliés par sa sœur et ses parents simplement heureux de le revoir. Mabel Cheung parvient à susciter l'émotion avec un rien, tel le chien de Slim mourant paisiblement après avoir revu et reconnu son maître 16 ans après alors qu'il était qu'un chiot. La réalisatrice offre un parfait mélange de pittoresque et d'émotion en faisant redécouvrir ses racines au héros, le plus souvent par la comédie (les villageois offrant de la volaille à Slim en échange d'un billet) même si une forme de spleen s'instaure peu à peu. Ce qu'ils ont été ou vont chercher à l'étranger est aussi ce qui sépare Slim et Jenny, amoureux silencieux mais soumis à la tradition. Slim est sollicité par sa famille pour épouser une chinoise qu'il élèvera quand Jenny a déjà été choisie dans ce but. Toute la dernière partie offre un contraste entre la tristesse des personnages prochainement séparés et l'atmosphère festives des préparatifs de mariage, riche en rites bariolés dans ce cadre rural.  

On retrouve l'une des grandes qualités notamment de An Autumn Tale à savoir la grande pudeur de Mabel Cheung dans l'expression des sentiments. Aucun rebondissement grossier, aucun dérapage mélodramatique dans les situations ou le jeu des acteurs ne vient forcer le trait des émotions. Les silences, regards, gestes retenus en diront toujours plus que les manifestations explicites pour nous faire comprendre ce qui se joue et c'est par son approche visuelle que la réalisatrice nous bouleverse. C'est à ce stade (avant la fastueuse reconstitution historique de The Soong Sisters (1997)) son œuvre la plus somptueuse formellement. La première partie nous offre des panoramas absolument magnifiques de la campagne chinoise, perdant ou isolant les personnages à la fois familiers et en pleine redécouverte de cet environnement. 

La beauté de la nature devient source d'épanouissement ou d'inquiétude (le printemps et l'arrivée des feuilles de cerisiers signifiant le retour du fiancé de Jenny), et la photo de Bill Wong de façonner des écrins qui subliment les sentiments réprimés. On pense à la scène de baiser avortée où les personnages se font face dans une nuit teintée des éclairages mauves de feux d'artifices, une bulle éphémère laissant entrevoir ce qui aurait pu être. La bande-originale entre instrumentaux contemporains envoutant et chansons chinoises immersives participe aussi à cet enchantement et ce spleen, notamment la poignante scène finale où Slim suit à vélo le bateau de jenny s'éloignant définitivement de lui. Sammo Hung dans un de ses rares rôle non martial révèle toute l'étendue de son registre, tout en nuance sensible et Sylvia Chang compose aussi un merveilleux personnage, devant ou derrière la caméra elle ne brille jamais autant que dans le mélo. Un vrai accomplissement pour Mabel Cheung qui signe là son chef d’œuvre, encore meilleur que An Autumn Tale

Sorti en bluray hongkongais et doté de sous-titres anglais et pour les plus patients Spectrum Films en cortira une édition française en 2023
 

lundi 26 juillet 2021

Murmur of the Hearts - Nian nian, Sylvia Chang (2015)


 Séparés après la rupture de leurs parents, un frère et une sœur rassemblent leurs souvenirs.

Murmur of the Hearts voit Sylvia Chang revenir à la réalisation après un hiatus de 6 ans et son Run Papa Run (2008). C'est également une forme de retour à ces racines taïwanaises avec un récit qui explore, la veine romantique en moins, le thème de la nostalgie, du déracinement et de la quête d'identité qui coure dans nombre de ces films. On va y suivre trois personnages qui dans leur enfance ont vécu un déracinement géographique et intime dont ils ne se sont jamais vraiment remis. La trame principale tourne autour de Mei (Isabella Leong) et Nan (Lawrence Ko), deux frères et sœur séparés dans leur enfance par le départ de leur mère qui quitta le foyer familial avec Mei, laissant Nan avec son père. Désormais adultes, Mei et Nan sont hantés par ce passé et cette déchirure, ce qui les empêche de construire un présent solide. La mort prématurée de sa mère et l'impossibilité de retrouver sa famille a fait de Mei une personnalité instable quand Nan se réfugie dans le travail et une existence solitaire. Mei artiste tourmentée s'accroche et fuit à la fois son petit ami boxeur Hsiang (Joseph Chang), lui-même engagé dans cette voie sportive en souvenir de son père disparu durant son enfance.

Le film alterne atmosphères réalistes où l'on suit les errances urbaines et naturalistes des personnages avec un onirisme prononcé, entre rêveries et souvenirs. Cela se rattache autant aux moments heureux que douloureux de cette petite enfance où ils ont brièvement formé une famille. Selon la bascule de point de vue du frère à la sœur les sentiments sont très différents., appuyant la perte de repères, le déracinement et le ressentiment envers sa mère pour Mei. Nan est lui plus serein (mais aussi prisonnier) dans ses racines géographiques au sein de cette Green Island (petite île volcanique de l’océan Pacifique à environ 33 kilomètres au large de la côte orientale de Taïwan) mais rongé par le sentiment que si sa mère s'est jadis enfuie avec sa sœur mais sans lui, c'est parce qu'elle l'aimait moins.

L'aspect lumineux et positifs de ces envolées unit justement ces rattachements intimes et géographiques à travers l'imagerie foisonnante de Green Island, bercée d'une aura féérique et mythologique par les histoires de sirènes que contait leur mère à Mei et Nan. La caméra de Sylvia Chang se fait alors à fleur de peau pour capturer les sensations des enfants émerveillés par les petites choses simples de la faune de l'île, et captivés par l'aura luxuriante que confère les mots de leur mère à cet environnement. On passe de l'infiniment petit où les enfants s'attardent sur un petit poisson qu'ils vont rejeter à la mère, puis à l'immensité qu'autorise l'imaginaire avec une caméra libre de toute entraves qui s'engouffre dans les profondeurs de l'océan puis s'élève et se perd dans le ciel et ses nuages. Le personnage de Hsiang amène une approche plus terre à terre mais tout aussi poignante dans son parcours cabossé de boxeur mais pour lui aussi, la rédemption se jouera entre le flashback réaliste et l'illumination sous forme de d'hallucination dans un cadre naturel où il règle à son tour ses comptes avec son père disparu. 

Une nouvelle fois on peut constater la place centrale de Sylvia Chang dans le cinéma chinois et taïwanais. Les problématiques de déracinements, de nostalgie d'un lieu et d'une époque sont au cœur des premiers films de Hou Hsiao Hsien mais la réalisatrice les réinterprète à l'aune des problématiques de la jeunesse actuelle. L'arrière-plan politique s'estompe pour renouer avec les thèmes féministes de Sylvia Chang, questionnant la maternité et expliquant sans justifier la décision dramatique de la mère fuyant un époux violent. Sylvia Chang annonce également les échappées introspectives et oniriques de Bi Gan le temps d'une scène magistrale. Nan échoué dans un bar de nuit s'endort et rêve qu'il est de retour sur les lieux de son enfance où il se revoit avec sa sœur et a l'occasion sous sa forme adulte d'échanger avec sa mère qui ignore son identité. 

L'atmosphère de rêve éveillé, la photo aux teintes ocres de Leung Ming-kai qui façonne un écrin à la fois étrange et intime ainsi que la conversation faussement simple entre la mère et le fils adulte façonnent un moment sobre, bouleversant et stylisé. On peut vraiment y voir là une ébauche de la fameuse grande séquence en 3D de Un Grand voyage vers la nuit de Bi Gan (2018) dans lequel joue justement Sylvia Chang (et qu'elle produit, à vérifier), ce qui exprime une vraie continuité et influence de celle-ci. La narration multiplie les échos temporels, sonores et formels jusqu'aux attendues retrouvailles finales qui expriment dans ce même équilibre entre retenue et lyrisme toute la sensibilité que dégage le film.

Sorti en dvd et bluray chinois et doté de sous-titres anglais

lundi 19 juillet 2021

Tempting Heart - Xin dong, Sylvia Chang (1999)


 Cheryl est une réalisatrice de films. Elle utilise la propre histoire de son premier vrai amour pour son nouveau projet. En racontant son histoire à un scénariste, elle va se remémorer plein de choses du temps de l'innocence. Hu-Jun est un jeune garçon timide, plus intéressé par sa guitare que par ses études. Il va rencontrer Sheo-rou et ils vont petit à petit tomber amoureux. Une jolie romance est née, jusqu'au jour où la mère de Sheo-rou apprend que nos deux tourtereaux ont passé une nuit ensemble dans un hôtel...

Sylvia Chang signe avec Tempting Heart ce qui reste sans doute son film le plus culte, célébré et populaire en Asie. C'est une forme d'aboutissement magistral dans l'approche du mélodrame hongkongais avec In the Mood for love de Wong Kar Wai l'année suivante et qui aura lui en plus les honneurs en Occident. Au premier abord le postulat du film et sa construction peuvent faire craindre une forme de distance. Cheryl (Sylvia Chang) est une réalisatrice qui souhaite faire un film des souvenirs de son premier amour au lycée. Elle engage un scénariste (William So) avec lequel elle va échanger ses souvenirs et réfléchir à la direction qu'elle souhaite donner au film. Cela donne un dispositif où entre les flashbacks du passé, la narration revient au présent avec les deux personnages discutant, argumentant et interprétant les réactions des "personnages". Loin de nous sortir du film, ces moments servent de révélateurs subtils dont la portée ne se comprendra pleinement que vers la fin.

Chaque échappée dans le passé se nourrit d'une approche frontale qui en filigrane exprime les sentiments profonds de Cheryl face à ce passé amoureux. C'est une idéalisation de ces souvenirs tant dans l'oubli de soi adolescent que de l'imagerie des environnements où se sont vécu ces premiers amours, et l'on peut étendre cela aux choix très photogénique de casting avec Takeshi Kaneshiro incarnant Hu-Jun jeune, Gigi Leung jouant Cheryl/Sheo-rou adolescente et Karen Mok dans le rôle de sa meilleure amie Chen Li. Dès lors ce flashback se ressent à vif et donne toute l'incertitude et l'euphorie des premières fois dans le rapprochement timide, les regards à la dérobée, hésitations et phase d'approche entre Hu-jun et Sheo-rou. Sylvia Chang navigue habilement entre le trivial amusant (Hu-jun tombant amoureux en voyant Sheo-rou se cogner contre une vitre), l'imprégnation pour le couple et le spectateur de cette romance en l'inscrivant dans des espaces iconiques qui forge le souvenir (la petite allée où va toujours se réfugier Sheo-rou dès qu'elle a une peine), et aussi les rancœurs et jalousie plus contenues qui auront un écho plus tard. Cela fonctionne tout aussi bien l'expression épanouie de cette romance, mais aussi plus tard contrainte quand la famille cherchera à les séparer. Une nouvelle fois reprenant les éléments les plus classiques de ce genre de déconvenues assez universelles, Sylvia Chang oscille avec justesse entre proximité et emphase. L'éloignement dicté par la famille est ainsi vu du prisme déchirant de Sheo-rou prête à tout quitter, face à un Hun-jun plus résigné et détaché lors d'une scène de rupture poignante.

C'est un schéma qui se renverse dans la seconde partie où le couple se retrouve par hasard au Japon et renoue une relation tumultueuse. La craintive Sheo-rou est désormais une jeune femme confiante évoluant dans le monde de la mode qui mène le jeu quand Hun-jun plus âgé était le guide dans l'adolescence. On a ainsi un effet miroir de la première partie où le couple n'avait pu assouvir une première nuit d'amour où Sheo-rou était réticente et Hun-jun demandeur. Cette fois Sylvia Chang change la dynamique avec une Sheo-rou lascive, dominante au lit mais qui paradoxalement n'exige rien de plus alors qu'Hun-jun était bien plus qu'un désir physique pour elle avant. On ressent un mimétisme qui se déplace d'un personnage à l'autre dans le ressenti, les scènes où Sheo-rou alanguie dans la solitude de sa chambre, toute à son petit ami en pensées, trouve leur écho désormais chez Hun-jun véritablement troublé et ému par ces retrouvailles. Le cynisme, le détachement se déplace pour faire cette fois de l'homme l'éconduit qui ne trouve pas géographiquement et matériellement sa place dans la vie de Sheo-rou. 

On comprend progressivement que les scènes au présent servent justement, avec l'interaction du scénariste donnant en tant qu'homme un point de vue différent aux souvenirs biaisés de Cheryl, à donner une hauteur qui donne une perspective différente au récit. Toute la narration joue sur la répétitivité, l'ellipse et un ressenti reposant sur le point de vue. La dernière partie où flashbacks et nouvelles retrouvailles à l'âge mûr se rejoignent donne ainsi pleinement la perspective d’Hun-jun pour faire de cette romance un ensemble de rendez-vous manqués où le plus fautifs n'est pas forcément celui que l'on croit. C'est brillamment amené et Tempting Heart donne le sentiment de vivre en ce qu'un Richard Linklater avait travaillé dans l'étirement du temps dans sa trilogie Before Sunrise, Before Sunset et Before Midnight : la fougue et la candeur du premier amour, la peur d'être blessé et le recul cynique de la trentaine puis la mélancolie de l'âge mûr. Le film entretient également une parenté avec la tradition du mélodrame hongkongais et taïwanais, nourrit par Sylvia Chang tant dans sa carrière d'actrice (les retrouvailles et les souvenirs d'une amitié brisée dans That day on the beach d'Edward Yang (1983) et élément clé de l'intrigue de Tempting Heart) que de réalisatrice (Passion (1986) qui justement joue sur le même squelette d'intrigue que That day on the beach, avec les vas et vient temporels qui construiront aussi la dramaturgie de Tempting Heart).

Sylvia Chang creuse aussi le sillon de la fascination de Hong Kong et Taïwan pour le Japon, idéal d'évasion et de romantisme chez les jeunes d'Edward Yang dans Taipei Story (1985) puis à l'inverse terreau des rancœurs passées dans Yi Yi (2000). La réalisatrice joue sur les deux tableaux dans Tempting Heart en réunissant son couple adulte à Tokyo puis en faisant le lieu des regrets de ce qui aurait pu être. On anticipe finalement sous une forme plus accessible les réflexions sur le temps et le couple d'un Hou Hsiao Hsien dans Millennium Mambo (2001) et Three Times (2005). Le film achève de faire fondre le féru de mélo avec une dernière scène magistrale qui montre par l'objet (une série de photos de ciel dans une boite), l'insert d'un moment ayant traversé tout le film (Takeshi Kaneshiro allongé sur un toit d'immeuble photographiant le ciel) et qui prend sens, et une scène onirique à la portée bouleversante.

L'amour impossible des personnages se trouve immortalisé dans son innocence et son effritement sous forme de tableau qui se fige dans un puissant travelling arrière. Sylvia Chang assume son emphase jusqu'au bout, audace qui séduira le public asiatique à travers l'immense succès du film (qui remportera de nombreuses récompenses à Hong Kong et en Asie) et le rend encore culte aujourd'hui - notamment la chanson titre Xin Dong tube énorme et classiques absolu des karaokés chinois.

Sorti en dvd hongkongais doté de sous-titres anglais

mardi 13 juillet 2021

Siao Yu - Shao Nu xiao yu, Sylvia Chang (1995)

Siao Yu est une immigrée clandestine travaillant dans un atelier de New York où les ouvriers sont exploités. Pour obtenir la fameuse "Green Card", elle arrange un faux mariage avec Mario, alors que son petit ami réel, Gian Wei, tente d'obtenir la citoyenneté. Les raisons de Mario pour cet arrangement sont liées à ses dettes de jeu. Entre lui et Siao Yu va se former un lien gênant basé sur la compréhension mutuelle.

Sylvia Chang signe un de ses plus beaux films avec Siao Yu. Elle quitte cette fois Hong Kong et Taïwan pour signer un récit situé aux Etats-Unis et s'attachant au destin de migrants chinois dans leur tentative de s'ancrer dans leur terre d'accueil. Le film adapte le roman de Geling Yan, romancière chinoise également qui connut à la fois les maux de la Révolution Culturelle (son père intellectuel exilé parle régime chinois, elle-même enrôlée dans l’Armée populaire de libération durant son enfance) mais aussi ceux du migrant lorsqu'elle vécut le racisme et des difficultés d'intégration lorsqu'elle vint faire ses études aux Etats-Unis. Sylvia Chang se déleste cependant de toute réflexion politique pour plutôt aborder des problématiques plus intimistes, sociales (la condition économique difficile des migrants chinois reste toujours en toile de fond) et rattachées au thème de la condition féminine qui court sur nombre de ses précédentes réalisations. 

On va ici suivre Siao Yu (Rene Liu) jeune migrante chinoise fraîchement installée aux Etats-Unis où elle a suivi son petit ami Gian Wei (Chung Hua Tou). Désireux d'obtenir une "Green Card" pour vivre à leur guise, Gian Wei incite Siao Yu à contracter un mariage blanc avec Mario (Daniel J. Travanti) vieil écrivain cabossé par la vie qui accepte pour payer des dettes de jeux. La menace des contrôles impromptus des services d'immigration va obliger Mario et Siao Yu à s'installer ensemble, ce qui va amener un rapprochement et un éveil mutuel inattendu au contact l'un de l'autre. La timide Siao Yu arbore dans un premier temps une attitude craintive et timide face aux sautes d'humeur de l'écrivain acariâtre, et la topographie et l'investissement de l'espace de l'appartement évoluent au gré de leur relation. Sylvia Chang travaille la répétitivité du quotidien (les réveils gênés où ils s'évitent du regard), les actions séparées qui finissent par devenir communes au gré de la confiance de chacun, les petites manies que l'on commence à observer chez l'autre. Siao Yu semble gagner une forme d'individualité au contact de Mario qui ne lui impose rien et la laisse progressivement s'intégrer à ses habitudes.

C'est finalement tout l'inverse de sa relation avec Gian Wei qui la domine tant dans le postulat de départ (ce dialogue où il dit qu'elle n'a pas voix au chapitre dans cette décision de mariage blanc), les dialogues et situations où elle le suit puisqu'elle ne décide de son destin. Cela se manifeste notamment dans les scènes d'amour où Sylvia Chang explicite plusieurs fois sa nature de dominant, qui surplombe Siao Yu ou après lequel elle s'accroche en quête de protection. Tout en ne niant pas le réel amour qui unit Siao Yu et Chian Wei, plusieurs éléments soulignent les racines patriarcales de leur relation. On apprendra que Siao Yu orpheline a été incitée à suivre aux Etats-Unis Gian Wei par la famille de ce dernier, et que finalement elle est toujours en attente des aspirations de ce dernier. Cela se manifestera aussi lorsque viendront les soupçons, Siao Yu n'osant interroger Gian Wei dont la tromperie semble avérée quand ce dernier se montrera agressif et soupçonneux face à la proximité chaste entre Siao Yu et Mario.

Sylvia Chang explore au sens plus large ce qu'est ce genre de relation déséquilibrée lorsque la vraie épouse de Mario, Rita (Marj Dusay) tout en le laissant livré à lui-même de longues années pour ses tournées musicales ose également manifester de la jalousie en découvrant le mariage blanc. Le couple de jeunes chinois offre ainsi un miroir déformant d'immaturité amoureuse à celui de quinquagénaire qui n'a jamais réussi à surmonter ses problèmes. En clair ce sont ses fêlures et non sa nature d'occidental qui rend Mario si à l'écoute de Siao Yu. Le cadre américain permet de montrer de manière explicite et universelle des éléments de mœurs en creux dans le plus feutré Passion (1986), mais aussi la manière dont une communion d'esprit transcende les frontières à la manière dont le faisait Mary from Beijing (1992) même si l'on restait en Asie.

La réalisatrice déploie un vrai écrin bienveillant entre Siao Yu et Mario qui étend leur perspective tant en termes d'espace (le panorama New Yorkais se déploie véritablement lors de leur première sortie commune) qu'intime et intellectuel. La présence de Siao Yu redonne en effet gout à l'écriture pour Mario, quand celle-ci voit son hôte sous un nouveau jour en lisant son ancien roman. Tout cela se fait avec une grande délicatesse qui ne jette jamais l'ambiguïté d'une possible romance (le très décati Daniel J. Travanti empêchant même l'idée de nous traverser l'esprit) et porté par l'alchime du duo d'acteur, la curieuse et vulnérable René Liu et la bienveillance palpable de Travanti. La conclusion est absolument magnifique, triste par la tragédie qu'elle scrute mais lumineuse par les perspectives qu'elle ouvre à une Siao Yu désormais libre de ce ses envies. 

Sorti en dvd zone 1 et doté de sous-titres anglais

lundi 5 juillet 2021

Passion - Zui ai, Sylvia Chang (1986)

Deuxième réalisation de Sylvia Chang, Passion est l'œuvre qui va l'imposer aux yeux de la critique à travers les nombreuses nominations et récompenses récoltées en Asie. On trouve là cet attrait pour le mélodrame et l'observation sensible de la condition féminine dans un récit tout en retenue. Ming (Cora Miao) et Wendy (Sylvia Chang) sont deux jeunes veuves et amies d'enfance qui se retrouvent en ce jour en compagnie de leurs filles. Pour Ming la perte de son époux est récente tandis qu'elle date déjà de quelques années pour Wendy. Une discussion se lance entre les deux amies sur le passé que l'on va découvrir en flashback, à l'époque où Ming venait de se fiancer avec John (George Lam). Les personnalités des héroïnes ressortent plus dans ce retour en arrière plutôt qu'au présent un peu éteint où elles semblent revenues de tout. On va ainsi comprendre les évènements qui les amèneront à être désormais aussi désabusées. Ming est dotée d'une personnalité rieuse et exubérante très différente de la discrète et sensible Wendy. 

Celle-ci va alors dès leur première rencontre déceler la vraie nature de John. En apparence c'est le bon parti idéal, fils de bonne famille et riche avocat. Wendy ne le découvre pas sous ce jour trop parfait mais d'abord en observant ses peintures parsemant l'appartement de ses parents le jour des fiançailles. Lors de leur premier échange il avoue que cette fibre artistique fut étouffée par sa famille qui l'incita à faire de plus lucratives études de droit. Dès lors une forme de complicité, d'intimité naît entre eux, que Sylvia Chang souligne par de belles idées formelles. John ose ainsi dévoiler avec amusement ce penchant artistique à Wendy en découpant une tomate sous forme de rose pour orner une salade. La naissance du sentiment amoureux par la seule force de la gestuelle et du découpage fait merveille dans ce moment. On le devine aussi par les petites attentions discrètes qu'ils ont l'un pour l'autre comme lorsque durant une partie de pêche nocturne, John sachant qu'il a une prise échange sa canne avec Wendy qui s'ennuie.

John et Wendy comprennent bien vite leur attirance et se sentent coupable vis à vis de leur fiancée et amie. C'est la première fois qu'il est lui-même et peut agir différemment de ce que l'on attend de lui pour John quand la solitaire Wendy voit enfin son cœur s'emballer pour un homme. Sylvia Chang met en place un captivant dispositif narratif. Les flashbacks alternent entre les points de vue de Wendy et de Ming. Dès lors le doute s'instaure à la fois dans le passé où l'on imagine Ming soupçonner peu à peu l'attrait entre son fiancée et sa meilleure amie, mais aussi dans le présent noirci par une possible rancœur sans que l'on sache s'il y a eu trahison. De la même manière l'émotion ardente et la culpabilité se disputent avec espoir dans le présent pour Wendy, et avec regret dans le présent sans que l'on sache également si le pas de la tromperie a été franchi. 

En passant d'un point de vue à l'autre, Sylvia Chang façonne des ellipses et déploie un mystère qui ne se résoudra que progressivement, les "trous" ne se comblant qu'au fil des confidences des héroïnes dans le présent. En attendant ce ne seront que des regards à la dérobée, des frôlements et des échanges à demi-mots qui témoigneront dans l'agitation intimes dans une ambiance feutrée. Cora miao et Sylvia Chang sont excellentes et font passer toute une gamme de sentiments ambigus dans une grande retenue qui nous laisse toujours dans l'expectative. On pense par exemple à ce moment de déni où Ming rentrant chez elle y trouve John et Wendy seuls dans le noir, et se lance alors dans un dialogue joyeux sur les préparatifs de mariage. On le saura ensuite, cette réaction éteindra les velléités de John et Wendy qui était alors prêts à avouer leur attirance. La réaction de Ming était-elle dans le but d'étouffer un coup de poignard attendu, ou un vrai refus de voir la réalité, l'approche narrative et formelle reposant sur l'implicite de Sylvia Chang ne nous laissera pas le deviner. 

L'alchimie ou la distance entre les personnages se joue dans le travail sur les ellipses et les transitions ou le décor joue un rôle essentiel. Un sentiment, une bascule émotionnelle peut-être laissée à l'imagination par des vues somptueuses de l'urbanité hongkongaise dans ce qu'elle a de plus sobre ou alors par un cadrage révélateur dans un éléments de décor (Ming qui suit Wendy du regard alors qu'elle quitte son mariage le pas vacillant). Cette incertitude constante correspond aussi au dilemme des personnages à exprimer ou pas leurs pensées profondes. 

La tension est constante car on ne sait pas si le plus gros enjeu se situe dans le passé dont on n’a pas encore le fin mot, ou dans le présent qui pourrait apporter les réponses. C'est une manière très intéressante de rendre ardent les enjeux du récit tout en adoptant une forme faussement sobre. La construction laisse peu à peu deviner la teneur du secret même si une révélation finale rend le tout plus bouleversant encore, c'est surprenant tout en étant logique puisque dès la scène d'ouverture la réponse était sous nos yeux. Un très beau mélodrame qui n'a rien à envier au meilleur de Stanley Kwan (on pense beaucoup à son Women (1985) dans lequel joue d'ailleurs Cora Miao).

Sorti en bluray hongkongais et doté de sous-titres anglais

Ne prenez pas la fuite en voyant cette bande-annonce entre le roman photo et la pub pour shampoing, aucune image de celle-ci n'est dans le film ^^