Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Marie Dubois. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Marie Dubois. Afficher tous les articles

dimanche 2 août 2026

Le Dix-septième ciel - Serge Korber (1966)

 François, doux rêveur et modeste laveur de carreaux, tombe sous le charme d’une jeune femme aperçue au dix-septième étage d’un immeuble. Et lorsque celle-ci part en vacances à la mer, il la suit à vélo pour lui déclarer son amour. Il se dit romancier, elle se dit châtelaine. Un garçon, une fille, deux mensonges, un amour impossible ?

Le Dix-septième est le premier long-métrage d’une des personnalités les plus inclassables du cinéma français, Serge Korber. La postérité a surtout retenue les deux films qu’il réalisa pour Louis De Funès (L’Homme-orchestre (1970) et Sur un arbre perché (1971)) mais son parcours est beaucoup plus sinueux, allant de la comédie populaire à un virage inattendu vers le cinéma porno sous le pseudonyme John Thomas, en passant des débuts s’inscrivant dans tous les courants et thématiques modernes de ce début des années 60. Le Dix-septième ciel s’inscrit dans ce dernier mouvement, et constitue une sorte de prolongement à son court-métrage Une journée à Paris (1962). Ce dernier réunissait déjà l’équipe technique accompagnant Korber sur Le Dix-septième ciel et avait aussi Jean-Louis Trintignant en premier rôle.

Le film, par ses trouvailles formelles, sa narration, casting, est assez déroutant pour les cinéphiles se plaisant à placer les œuvres dans des cases, écoles et courant. La science du gag n’est pas sans rappeler un Jacques Tati, mais l’accumulation plutôt que l’étirement ramène plutôt à l’esthétique pop anglo-saxonne (entre Richard Lester et les folies télévisuelles de Chapeau Melon et Bottes de cuir) tandis que la sentimentalité du récit avec ce noir et blanc ainsi que la présence de Trintignant préfigure les spectres opposés de Ma Nuit chez Maud d’Éric Rohmer (1969) et Un homme et une femme de Claude Lelouch (1966). Cette singularité frappe dès la séquence d’ouverture, scène de rêve du héros François (Jean-Louis Trintignant) offrant un détournement surréaliste de James Bond. Korber ne tombe cependant pas dans l’écueil parodique, et le réveil difficile de François avec sa confrontation avec un réel bien plus terre à terre anticipe les tourments du Jean-Paul Belmondo de Le Magnifique de Philippe de Broca (1973). Cette bascule du fantasme à la réalité, de l’attente à la chute, est le sujet central du récit et que Korber va déployer de multiples manières. Dans un premier temps, c’est à nouveau un point de départ gaguesque qui va altérer le réel, laisser entrevoir une échappée fantasmatique avant de déboucher sur une déception.

La scène où François doit laver les vitres d’un immeuble s’étire ainsi dans une absurde invraisemblance assumée (la longueur démesurée de l’échelle, François buvant pour affronter son vertige avant de monter) avant de laisser parler l’émerveillement puis la déception. A travers l’une des vitres François aperçoit Marie (Marie Dubois), la belle jeune femme de ses rêves, avant de glisser. Lorsqu’il retrouve son équilibre pour l’observer à nouveau, c’est sa patronne qui apparaît en lieu et place et dans la même position, comme si la vision précédente n’était qu’une illusion. François est un protagoniste dans l’attente de voir sa réalité se réenchanter, son quotidien terne se bouleverser. Korber se montre fort inventif pour traduire se sentiment. Quand il est seul et laissé à sa rêverie, n’importe quelle irruption sonore ou formelle suffit à faire glisser l’esprit de notre héros et les ruptures de ton vont dans la direction parodique ou pastiche de la première scène de rêve, tel ce moment où il s’imagine chanteur de variété sur scène. Lorsqu’il poursuit la fragile image d’un amour à peine aperçu, il se fige et ce sont les décors qui se transforment jusqu’à ce qu’ils correspondent à son attente ou qu’on contraire il renonce. Deux scènes somptueuses se rejoignent dans cette idée, lorsque le temps s’accélère alors qu’il attend devant l’immeuble où travaille Marie, ou plus tard quand la marée monte en plan d’ensemble alors qu’il scrute le château dans lequel Marie a rejoint ses parents.

L’artifice fonctionne dans la prise de contact inopinée entre Marie et François (faisant un court instant douter de sa réalité), et dans la façon dont ils veulent être vus l’un par l’autre. Comme toujours Korber part d’un filmage loufoque (les facéties de François à vélo) pour verser dans quelque chose de plus triste et mélancolique, puisque Marie et François se mentent respectivement sur leur situation sociale - lui se présentant comme un écrivain, elle comme une fille de châtelain. Ce mensonge altère la légèreté des moments passés ensemble, et surtout ramène comme une boucle à cette condition précaire que l’on veut cacher puisque François se retrouve piégé en province dans un métier d’employé d’hôtel aussi fastidieux que celui de laveur de carreau qu’il avait à Paris. L’échappée du fantasme est en fait une prison nous condamnant à faire du surplace. Il est dommage que cet aspect ne soit pas plus appuyé du côté de Marie Dubois, alors que c’est parfaitement exploité à travers Trintignant.

Le Dix-septième ciel bénéficie d’une tenue formelle impressionnante pour un premier essai. C’est à la fois vaporeux et trépidant, saccadé et contemplatif, onirique et réaliste, porté par la fluidité de la mise en scène de Korber, la magnifique photo de Georges Barsky et le score pop jazzy orchestral parfait d’Alain Goraguer. Si Marie Dubois charme dans le registre tendre et vulnérable qu’on lui connaît, la surprise vient d’un Trintignant léger, rêveur et bondissant dans un registre où on l’a peu vu, même quand il jouait dans des comédies. Un des points d’orgue du film voyant tous ces éléments hétérogènes se marier idéalement, serait le moment de mélancolie suspendue durant lequel François rentre seul et abattu de nuit à vélo quand tout, des couples enlacés aux statuettes romantiques, lui renvoient cette image d’un amour qui se refuse à lui. Korber rencontrera le vrai succès commercial avec son film suivant Un idiot à Paris (Jean Lefebvre tient d’ailleurs un petit rôle dans Le Dix-septième ciel) laissera entrevoir l’inventivité de ce galop d’essai dans son diptyque de Funès en sublimant par la danse l’énergie de l’acteur dans L’Homme-orchestre, ou au contraire la canalisant avec le huis-clos de Sur un arbre perché. 

Sorti en bluray français chez Badlands 

mercredi 29 juin 2022

La Maison des bories - Jacques Doniol-Valcroze (1970)

Julien Durras est un professeur d'université géologue, qui décide de passer une année en Haute-Provence avec sa femme Isabelle et ses deux enfants avec lesquels il est un époux et un père sévère et intransigeant. Il accueille un étudiant allemand en géologie, Carl-Stephan, qui doit l'aider à traduire ses travaux et qui apporte légèreté et détente à la maisonnée.

Jacques Doniol-Valcroze, à l’origine journaliste membre fondateur de la revue Les Cahiers du cinéma, va initier à la fin des années 50 le mouvement voyant d’anciennes plumes de celle-ci passer à la réalisation. Il s’avère cependant moins chantre de la modernité que les Godard/Truffaut avec des œuvres caustiques ou d’autres plus surannées comme ce La Maison des bories adapté du roman éponyme de Simonne Ratel publié en 1932. 

L’histoire nous plonge dans un cadre hors du temps, tant dans les mœurs des protagonistes que dans l’espace où ils évoluent. Nous suivons la famille Durras exilée dans une maison de campagne en Haute-Provence le temps que le père Julien (Maurice Garrel) finalise ses travaux de géologie. Pendant ce temps, son épouse Isabelle (Marie Dubois) trompe son ennui tandis que les enfants Laurent (Jean-François Vlérick) et Lise (Marie-Véronique Maurin) entre deux cours particuliers, s’évadent dans le vaste terrain de jeu que constitue la campagne environnante. Julien, patriarche austère et sévère jette cependant un voile d’ombre par ses manières rustres sur la quiétude de la famille. Carl-Stephan (Mathieu Carrière) jeune assistant allemand venu traduire les écrits de Julien, va amener bonheur et quiétude aux enfants, et sans doute aussi à leur mère.

Le film est une petite merveille d’atmosphère, tissant des moments espiègles, contemplatifs et envoutants dans la langueur de l’été et une nature magnifiée par la photo de Ghislain Cloquet. La bande-son portée par le concerto pour piano n° 21 de Mozart accentue cette dimension naïve, rêveuse et sobrement sensuelle quand se révèle progressivement l’attirance entre Isabelle et Carl-Stephan. Jacques Doniol-Valcroze par de menus détails dans les dialogues (le simple fait qu’Isabelle appelle Carl-Stephan par son prénom amène une intimité inattendue), les regards et les situations anodines crée une tension sexuelle accentuée par la photogénie de son casting. La blondeur solaire et éthérée de Marie Dubois étincelle et traduit le trouble face à cet homme qui représente tout ce que son époux n’est pas. Jeune, espiègle, l’allure élancée et le muscle saillant, Carl-Stephan entretient aussi une complicité avec les enfants que leur père n’a jamais recherché, les voyant comme des fardeaux encombrants et bruyants. 

Tout ce climat fonctionne à merveille, le côté certes désuet et suranné participant aussi au charme. Le problème sera de rester jusqu’au bout dans cette surface sans amener un point de rupture à l’intrigue. Jacques Doniol-Valcroze ne choisit pas entre l’amour platonique non consommé et l’adultère explicite pour opter pour un entre deux frustrant. La première option aurait accentué le drame, la deuxième créée une certaine tension sensuelle et dramatique intéressante quant à l’issue du couple et de la cellule familiale. A la place, l’adultère reste « subliminal » par une jolie astuce formelle, mais tout de même désuète cette fois dans le mauvais sens à l’heure de la libération sexuelle. Plus que la frustration de ne pas voir l’union des deux personnages, c’est surtout le sentiment de conformisme qui gêne un peu, la femme ne pouvant exister (même le temps d’une nuit) au-delà de son statut de mère et d’épouse. Le côté bourgeois corseté que le récit semblait vouloir délicatement bousculer au départ se maintient jusqu’au bout, malgré une très légère altération finale (mari et femme qui se tutoient enfin dans la dernière scène). Dommage. 

Sorti en bluray et dvd zone 2 français aux Editions Montparnasse

dimanche 13 janvier 2013

Le Voleur - Louis Malle (1967)



Les aventures de Georges Randal, devenu voleur par défi envers son oncle et tuteur qui l'a dépouillé et envers sa cousine Charlotte, qui l'a délaissé.

Unique collaboration entre Jean-Paul Belmondo et Louis Malle, Le Voleur constitue un des films les plus remarquables du réalisateur. Le Voleur s'ouvre sur une scène de cambriolage très éloignée des vertus de tension et de suspense associé aux films traitant des exploits de monte en l'air et Jean-Paul Belmondo glacial n'évoque en rien le fantasme du voleur aristocrate et charmeur à la Arsène Lupin. Dans cette introduction, notre hors la loi inspecte la rue d'un côté puis de l'autre, escalade un muret, brise méthodiquement une serrure et inspectera méticuleusement toute une nuit la maison vide où il s'est introduit pour évaluer la valeur de chaque objet qui s'y trouve. Point de glamour ou de panache, on suit un professionnel en plein travail ce qu'appuie cette phrase cinglante de Belmondo en voix-off.

Il y a des voleurs qui prennent mille précautions pour ne pas abîmer les meubles, moi pas. Il y en a d'autres qui remettent tout en ordre après leur visite, moi jamais. Je fais un sale métier, mais j'ai une excuse, je le fais salement...

Ce vol méthodique servira de fil rouge au présent tandis que l'intrus Georges Randal (Jean-Paul Belmondo) nous narre la façon dont il en est arrivé là. Le film adapte le roman éponyme de Georges Darien paru en 1897. L'auteur était connu pour ses penchants anarchistes et son mépris des grandes institutions érigées par la société que sont la politique, la religion ou l'armée, opinions qu'il exprima dans ses différents ouvrages comme Biribi, discipline militaire (inspiré de son séjour dans le camp disciplinaire du même nom en Tunisie pour insubordination).

Le Voleur est plus particulier dans son œuvre par le mimétisme qu'il entretien avec la vie mystérieuse de Georges Darien. Il disparait entre 1891 et 1897 pour sillonner l'Europe et revient avec le manuscrit du Voleur sous le bras entretenant ainsi le fantasme que les aventures de son héros Georges Randal sont les siennes puisque pour les opinions radicales cela ne fait aucun doute. Louis Malle entretient cette idée dans son adaptation puisque lui-même issu de la grande bourgeoisie il ne manquera pas de l'égratigner dans nombre de ses films comme Les Amants (1958).

La dénonciation de l'hypocrisie et superficialité de cette bourgeoisie se fait ici par étape. Ce sera tout d'abord durant les scènes d'enfance où les tirades moralisatrices de l''oncle Urbain tuteur de Georges (Christian Lude) se verront contredite dès l'ellipse qui suit où à l'âge adulte on constate qu'il dilapidé l'héritage de son neveu. George amoureux de sa cousine Geneviève Bujold voit cette dernière lui échapper pour un mariage richement doté et par dépit va briser les fiançailles en dérobant les précieux bijoux de la famille de l'époux. Là c'est la révélation, Georges détaché de tout et vivant dans l'ennui jusqu'ici a trouvé sa voie. A travers la formation et la maîtrise de cet art du vol de Georges le film fait défiler son lot de rencontre savoureuse (Julien Guiomar génial en abbé escroc) où s'opposent constamment le monde des malfrats et celui de la bourgeoisie.

 On découvre ainsi la remarquable organisation des voleurs, vraie société souterraine partageant planques, informations sur les coups potentiels et vraie solidarité pour les complices en difficulté ou en cavale. C'est tout l'inverse de l'univers des nantis où les rombières fauchées (Françoise Fabian) communiquent moyennant pourcentage des informations sur les demeures bien loties et vide, les épouses légères s'avèrent toutes disposées à repartir avec celui venu les dépouiller (Marie Dubois parfaite en rouquine sophistiquée et dépravée) sans parler des portraits grotesque de certains comme cet industriel belge sacrément ridicule.

Hormis quelques séquences jouant de l'urgence (une course poursuite où les cambrioleurs découvrent à leurs dépens les premières alarmes domestiques) chaque vol sert donc surtout à se moquer de la bêtise des bourgeois comme ce vol/déménagement en plein jour où Belmondo fait fuir un curieux en l'invitant à les aider. Cette France de la fin du XIXe est un cadre propice aux idées libertaires et à l'anarchie comme en témoigne le parcours de Georges Darrien et cet aspect est évoqué dans le récit avec la rencontre de certains voleurs à la vision plus vaste que leur seul larcins et souhaitant dynamiter le système comme la remarquable séquence où Belmondo croise la route de Charles Denner, voleur et activiste qui finira mal.

C'est ces idées qui finissent par causer le déclin et la dangerosité du métier, mais pas pour George Randal uniquement préoccupé par l'adrénaline de son prochain vol. Malgré ce détachement, l'intrigue en fait tout de même une froide et impitoyable figure de justice avec une scène de deuil et de succession d'une cruauté saisissante même si la victime ne l'a pas volé. Jean-Paul Belmondo est absolument parfait, séducteur et tout en retenue, idéalement mis en valeur par Louis Malle qui en dépit de la belle reconstitution estompe tout éclat trop appuyé aux cadres luxueux traversé pour une vision volontairement terne de cette superficialité. Remarquable!

Sorti en dvd cez MGM

Extrait