Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mercredi 11 juillet 2012

Fleur d'oseille - Georges Lautner (1967)


Tandis que Pierrot-La-Veine, après un fructueux hold-up, se faisait abattre par la police, sa «femme», Catherine, mettait au monde un superbe garçon. Dans la maison de repos où elle apprend, sans enthousiasme, son métier de mère, la jolie veuve reçoit bientôt des visites empressées : le commissaire, d'abord, qui tente de savoir d'elle où Pierrot a 'planqué' les dollars volés puis celle des bandes rivales... Catherine est muette ; elle ne sait rien...

Pas le brillant ni le plus connu des films de la collaboration Mireille Darc/Georges Lautner, Fleur d’Oseille n’en demeure pas moins un spectacle réjouissant. Adapté du roman Langes Radieux de Jean Amila, le script déroule sur un mode mineur les caractéristiques de l’auteur qui aimait mêler à ses efficaces récits policier certaines de ses pensées politiques et sociales (notamment antimilitaristes et anarchiste). Ce double niveau se manifeste ici immédiatement dans la tonalité sombre du début du film, entre la traque d'ouverture où un gangster se fait tuer dans une gare et en parallèle l'accouchement de Mireille Darc.

Elle va se trouver rapidement esseulée et menacée par la police et une horde de gangster car veuve de l’auteur d’un hold-up dont le butin n’a jamais été retrouvé. Le film fait preuve d'un certain réalisme social en nous montrant ces foyers pour fille mère sordide (René Saint Cyr maman de Lautner jouant la directrice) où Mireille Darc promène une allure résignée.

Comme souvent avec Lautner, une étonnante rupture se fait à mi-parcours, le polar urbain et très sérieux annoncé bifurquant lorsque la traque du magot amène le récit à la campagne. Le ton se fait plus léger et tranquille avec une Mireille Darc rayonnante découvrant les joies de la maternité au grand air tout en cherchant l'argent, tandis que le personnage de Paul Prebost amène son lot de gags outrancier, dont une première apparition gratinée.

Mireille Darc dans un de ses rôles les mieux écrit chez Lautner est épatante en femme perdue entre son attrait pour la grande vie et son nouveau rôle de mère. C’est en résolvant ce dilemme et assumant ses responsabilités qu’elle saura répondre aux dangers qui l’entourent. Les seconds rôles excellents notamment Henri Garcin avec un beau personnage de gangster loyal et André Pousse sans être aussi inquiétant que dans Le Pacha campe un imposant parrain.

La dernière partie façon Fort Alamo avec siège de la maison de campagne étonne par son côté western rural assumé, Lautner mettant bien en valeur la topographie du décor durant les très efficaces gunfights. La conclusion mémorable résume idéalement les enjeux de l’ensemble à savoir le cheminement de Mireille Darc vers son rôle de mère qu’elle assume enfin.

Abandonnant enfin son rôle de victime, elle devient offensive à son tour le temps de cette scène grandiose la voyant débouler fusil à la main d'un air décidé pour trucider les gangsters ayant enlevé son bébé. Lautner nous fait jubiler à travers la puissance évocatrice de cette séquence tout en faisant naître une réelle émotion quant à la finalité de ce moment. Une reprise en main aux vertus féministe parfaitement résumée par ce dialogue savoureux signé Michel Audiard :

Les jules sont tous convaincus de leur supériorité. Ils nous voient toutes au garde à vous. Le pire demi-sel, le plus tocard des traîne-lattes se prend pour Scarface. Rouler des mécaniques, c'est la maladie des hommes.
 
Un peu oublié, un Lautner qui vaut largement le détour donc.
Sorti en dvd zone 2 chez Gaumont

dimanche 29 août 2010

Le Pacha - Georges Lautner (1967)


Le commissaire Joss, enquêtant sur un hold-up de diamants exécute au bazooka, constate que de nombreux truands disparaissent de façon violente. Il soupçonne Quinquin, un tueur, mais celui-ci est intouchable, faute de preuves. Quand son ami, Gouvion, qui a eu des faiblesses avec son devoir, est assassine, il décide de réagir.


Un formidable polar, un des tout meilleurs de l'époque produit en France et surtout le film de la rencontre entre le monstre sacré Jean Gabin et le cinéma fou fou de Georges Lautner. Tout le film repose d'ailleurs sur cette opposition entre tradition et modernité. Sur une trame policière en apparente classique, Gabin vestige d'un autre temps traîne sa silhouette imposante de flic à l'ancienne et aux méthodes toutes personnelles. La présence de Gabin semble avoir obligé Lautner à se réfréner sur le délire mais aussi à être plus rigoureux sur sa narration (on a plus ses fameux moments en roue libre).

Sur cette intrigue carrée, Lautner soigne la forme comme jamais (c'est vraiment un de ses film les plus aboutis visuellement) et apporte une vraie touche moderne et novatrice. S'éloignant de tout réalisme, on délaisse les bureaux poussiéreux du Quai des Orfèvres pour faire évoluer nos flics dans un commissariat aux décors high tech typés 60's particulièrement recherchés et leur faire utiliser un matériel dernier cri carrément en avance sur la vraie police de l'époque comme la vidéo surveillance. On retrouve ce ton moderne dans d'autres séquences du film.

Lautner avait déjà montré son ancrage dans l'époque avec les tueurs aux look de mods dans Ne nous fâchons pas, cette fois nous avons droit à un Gabin stoïque qui vient effectuer un interrogatoire dans une boite de nuit hippies où un décor des plus psyché et flower power avec l'appartement de Dany Carel. la mise en scène percutante de Lautner associée à la photo splendide de Maurice Fellous nous donne donc à voir un formidable objet pop preuve qu'en France on savait y faire aussi de ce côté là.

Le film dépoussière l'image du flic et fit un petit scandale à l'époque (visionné par le mistère de l'intérieur avant sa sortie) au vu des méthodes de justicier du divisionnaire incarné par Gabin qui malmène sans états d'âmes les malfrats, et qui pour les plus nuisibles d'entre eux se fait un plaisir d'éviter la case prison avec l'assentiment de sa hiérarchie.

Le mitan, j'en ai jusque-là ! Voilà quarante ans que le truand me chagne ! Dans mon bureau, au ciné, dans le journal ! En costard clair ou en blouson noir, je l'ai digéré à tous les âges et sous toutes les modes ! Ca tue, ça viole, mais ça fait rêver le bourgeois et reluire les bonnes femmes ! C'est romantique ! Alors je vais me mettre au goût du jour. Les voyous, je vais plus les confier aux jurés de la Seine, je vais les sortir du bal ! Et pas à coup de mandat, à coups de flingue ! Cette fois, y aura pas de non-lieu, ni de remise de peine ! Je vais organiser la Saint-Barthélémy du mitan ! Et je compte sur personne pour me couvrir. Je décroche dans six mois. Je sais que vous avez déjà préparé les allocutions et commandé les petits fours. Alors qu'est-ce que tu veux qui m'arrive ? Je serai privé de gâteau ?

Il en va de même sur la violence totalement décomplexée du film (et pas de bruits de silencieux ridicules pour détendre l'atmosphère) notamment avec les multiples tueries orchestrées par Quinquin (excellent André Pousse) se débarassant de ses complices (dont une où il tue froidement un couple et regarde tranquillement les résultats de son tiercé à la télé) ou bien sûr la vengeance finale de Gabin des plus discutables, sans parler de l'attaque de fourgon au bazooka en ouverture.

N'oublions pas l'excellent score de Serge Gainsbourg (qui participe de la volonté moderniste du film) variante sur son morceau "Requiem pour un con" (il fait une petite apparition où il l'interprète d'ailleurs) composé pour le film (les paroles prennent d'ailleurs tout leurs sens en voyant le film) et qui renforce le côté stylisé de certains instants (la première rencontre entre Quinquin et Dany Carel entouré de mannequin de cire). Bref on on est pas loin de la perfection (ne manque que Mireille darc !) pour un des meilleurs Lautner.

Très belle édition dvd sortie chez Gaumont, bonus comme image voyez les captures !