Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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mercredi 4 janvier 2023

Eros - Michelangelo Antonioni, Steven Soderbergh et Wong Kar-wai (2004)

Le Périlleux enchaînement des choses de Michelangelo Antonioni

Christopher et Cloe, un couple qui s'ennuie, passent leurs vacances près d'un lac en Toscane. Dans un restaurant sur la plage, ils rencontrent un très belle jeune femme, Linda. Cette dernière leur explique où elle vit : dans une tour médiévale. Elle invite le couple à s'y rendre.

Équilibre de Steven Soderbergh

En 1955, Nick Penrose travaille dans la publicité. Il subit une énorme pression au travail. Il raconte à son psychiatre, le Dr. Pearl, qu'il fait un rêve récurrent dans lequel il voit une belle femme nue dans son appartement.

La Main de Wong Kar Wai

À Hong Kong, dans les années 1960, un long flashforward montre la relation liant une prostituée et son tailleur, ainsi que la cruelle descente de la prostituée vers une mort certaine.

Eros est un film à sketches ayant pour thème central l’érotisme. C’est un projet à l’initiative du producteur français Stéphane Tchalgadjieff souhaitant réunir autour de Michelangelo Antonioni des réalisateurs contemporain familiers et admirateurs de son œuvre. Choix initial de la production, Pedro Almodovar pris sur le tournage de La Mauvaise éducation devra finalement se désister au profit de Steven Soderbergh qui avait clamé que Le Désert rouge d’Antonioni était un de ses films favoris. Antonioni est vraiment le fil rouge des trois récits puisque tous sont plus ou moins inspiré du recueil de nouvelle Ce bowling sur le Tibre publié en 1985, et duquel était déjà tiré Par-delà les nuages (1995), dernier long-métrage du cinéaste.

L’esthétique et les thèmes des trois réalisateurs se retrouve de manière marquée sur les trois sketches, mais pas forcément pour une grande réussite. Le Périlleux enchaînement des choses, segment d’Antonioni, reprend ainsi le principe d’incommunicabilité dans le couple sur fond d’errance physique et existentielle au cœur de certains de ses chefs d’œuvres comme La Nuit (1961), L’éclipse (1962) ou Le Désert rouge (1964). Mais alors que le réalisateur avait si bien su faire évoluer son style et fondre ses obsessions aux mouvements artistiques et soubresauts socio-politique de son époque dans Blow-up (1966), Zabriskie Point (1970) et Profession : reporter (1975), l’ensemble tourne à vide ici. Les protagonistes sont creux et sans charisme, leurs tourments sonnent faux et l’érotisme, certes appuyé, sert plus de cache-misère que de véritable moteur à l’intrigue. On pardonnera volontiers à un Antonioni ayant alors dépassé les 90 ans et qui s’offre un dernier tour de piste pas à la hauteur de ses chefs d’œuvre mais pas déshonorant non plus.

Équilibre, le segment de Steven Soderbergh, se situe à un moment clé de la carrière du cinéaste américain. Longtemps un électron libre incompris du paysage hollywoodien, Soderbergh sort alors d’un carré d’as qui l’a vu mettre dans sa poche le public, la critique et Oscars : Hors d’atteinte (1998), Erin Brockovich (2000), Traffic (2000) et Ocean’s Eleven (2001). Ce confort ne sied pas à l’expérimentateur qu’est Soderbergh qui va détricoter ce statut dans des films inclassables comme la satire Full Frontal (2002) et Solaris (2003), nouvelle adaptation du roman de Stanislaw Lem après le classique d’Andrei Tarkovski.

Autant dire qu’il ne s’acquitte pas docilement à l’argument érotique, posant ici ses velléités chichiteuse (la bascule du noir et blanc à la couleur), son plaisir du sabordage ironique (le psychanalyste joué par Alan Arkin vivant sa propre expérience érotique amusée en contrepoint de celle torturée de son patient Robert Downey jr) mais non dénué d’un vrai pouvoir de fascination. Les scènes de rêves et la perte de repère dans les niveaux de réalité, la gamme chromatique bleue et cette figure féminine évanescente offrent de courts instants de suspension intéressant. Cependant si Soderbergh à son meilleur est tout à fait capable de mêler vertige des sens et questionnement intime comme dans Sexe, mensonge et vidéo (1989), on est plus proche de l’exercice de style un peu vain ici.

Le chef d’œuvre a été gardé pour la fin avec le sketch La Main de Wong Kar Wai. Dans le Hong Kong des années 60, le jeune tailleur Zhang (Chang Chen) vit un amour chaste et silencieux pour une de ses clientes, la prostituée Mademoiselle Hua (Gong Li). Le film fut tourné en parallèle du marathon que fut le tournage de 2046 (2004) et il n’est pas étonnant d’en retrouver une partie du casting avec Gong Li et Chang Chen. L’ensemble apparaît d’ailleurs comme un véritable appendice de In the Mood for Love (2000) et 2046 avec ce cadre des années 60, cette ambiance faite de désirs étouffés et de non-dit. L’érotisme y est tout d’abord une affaire de pouvoir lorsque Mademoiselle Hua au sommet de sa beauté et de son pouvoir soumet le jeune et inexpérimenté (en femme comme en confection de robe) Zhang d’un touché rectal. 

L’expérience scelle la passion de ce dernier pour sa cliente dont il observe et écoute les amours à distance à chacune de ses visites, et se fait le témoin de sa déchéance sociale. Gong Li est absolument sublime de beauté hautaine d’abord, puis de vulnérabilité en ayant joué avec le feu entre son gigolo et son bienfaiteur nanti pour finalement tout perdre. Les différentes ellipses marquant sa chute la voient regarder progressivement d’un œil différent ce tailleur bienveillant venu prendre les mesures de robes qu’elle ne peut plus se payer. La mélancolie, les regrets de ce qui aurait pu être et la retenue de l’ensemble en font une sorte de quintessence du Wong Kar Wai première manière, mais annonce aussi le spleen de The Grandmaster (2013). Lorsque l’attrait entre Zhang et Mademoiselle Hua est enfin « consommé », ce sont les ultimes feux d’une passion avorté plus que l’érotisme en soit qui domine, et le mélo plutôt que l’excitation qui étreint le spectateur. La Main est un véritable trésor presque caché au sein de la filmographie de Wong kar Wai, et qui justifie à lui seul la vision d’Eros.

Sorti en bluray français chez Spectrum

 
 

samedi 30 avril 2016

Captain America : Civil War - Anthony et Joe Russo (2016)

Steve Rogers est désormais à la tête des Avengers, dont la mission est de protéger l'humanité. À la suite d'une de leurs interventions qui a causé d'importants dégâts collatéraux, le gouvernement décide de mettre en place un organisme de commandement et de supervision. Cette nouvelle donne provoque une scission au sein de l'équipe : Steve Rogers reste attaché à sa liberté de s'engager sans ingérence gouvernementale, tandis que d'autres se rangent derrière Tony Stark, qui contre toute attente, décide de se soumettre au gouvernement...

 Le coup de poker d’un univers partagé, engagé par Marvel lors du lancement de Iron Man (2008) s’avère désormais un coup de maître, parfois artistique (Captain America : First Avenger (2011), Captain America : le soldat de l’hiver (2014), Avengers (2012) et Les Gardiens de la galaxie (2014)) et surtout financier. La promiscuité de la série télé et les moyens du cinéma ont façonné une vraie connivence avec le spectateur, pour lequel l’immense feuilleton Marvel est devenu le mètre étalon du film de super-héros – avec ses codes identifiés, il n’y a qu’à voir les salles rester pleines lors des génériques en attente de la scène bonus habituelle. C’est désormais la norme du blockbuster américain, ne pensant plus ses productions qu’en terme d’univers partagés et déclinables en de multiples et très rentables franchises. Les tentatives de projets originaux, risqués et one shot, se font denrées rares, le public n’ayant plus la curiosité de s’aventurer dans une proposition lui étant totalement inconnue – voir les échecs injustes des formidable A la poursuite de demain (Brad Bird, 2015) ; John Carter (Andrew Stanton, 2012) ; ou Lone Ranger (Gore Verbinski; 2013). D’évènementielle, la saga Star Wars est devenue une vache à lait lucrative - on attendra de voir si les spin off valent mieux que la paresseuse redite de JJ Abrams -, Universal recycle ces mythiques Universal Monsters en univers partagé à la Avengers, et la Warner reprend à son tour le modèle pour adapter les DC comics avec le récent Batman vs Superman : l’aube de la justice (Zack Snyder).

Désormais copié de toute part, comment Marvel allait donc répondre à la concurrence ? Le problème de la construction d’un univers partagé au cinéma, c’est le sens des priorités dans ce que l’on a à raconter au fur et à mesure que celui-ci se développe. Avengers : l’ère d’Ultron (2015) avait été une déception en négligeant le déroulement du film en cours pour préparer les évènements des suites à venir dans un ensemble bancal. C’est un écueil dans lequel est tombé de manière pire encore Warner dans Batman vs Superman : l’aube de la justice, les vraies qualités du film étant noyées dans le cahier des charges destiné à préparer les opus suivant. Des personnages pas établis annonçant un univers qui l’est tout aussi peu et amorcé dans la précipitation, le résultat était un beau gâchis que corrigera peut-être un director’s cut. Marvel semble de son côté avoir retenu la leçon avec ce Captain America : Civil War : chaque nouveau film doit fonctionner en tant que continuité de cet univers partagé et pas en promesses de ce qui s’y annonce. Les Captain America sont certainement les films les plus réussis produits par Marvel et ce troisième volet le confirme. Le film poursuit les précédentes aventures du Captain dont on retrouve la tonalité de thriller politique tout en constituant une suite bien plus convaincante des Avengers dont on retrouve l’équipe presque au complet.

L’intitulé Civil War désigne une fameuse saga récente des comics qui questionnait la place des super héros et leur nature instable par rapport au gouvernement en place, ce qui suscitait un immense conflit idéologique au centre duquel s’opposaient Iron Man et Captain America. Le film reprend cette idée avec tous les climax destructeurs des précédents films, remettant en cause le statut des Avengers sommés de se soumettre au pouvoir en place. Un souhait légitime tout comme sa contradiction si ledit pouvoir est corrompu et fait agir nos super héros selon des intérêts douteux. C’est là que la continuité des films antérieurs est judicieuse : en instaurant une tension immédiate de par les acquis déjà posés des personnages. L’héroïsme nourri de culpabilité de Tony Stark/Iron Man (du fait de son passé de marchands d’armes) l’incite à se soumettre à la loi. La figure de rempart vertueux et son expérience face à la dictature affichée ou larvée (les nazis du premier film ou le SHIELD infiltré du second) amène plutôt une méfiance de Captain America, refusant lui de donner le blanc-seing à un pouvoir aux desseins imprévisibles. A cela s'ajoute une implication plus personnelle, connue pour Captain America avec Bucky et qui constituera un superbe coup de théâtre pour Iron Man.

Chacun des personnages est dans son droit, pense agir pour le meilleur, le récit offrant de très intéressantes thématiques dans une Amérique pas remise du 11 septembre et des errements de l’administration Bush. Tout cela était déjà contenu dans Captain America : Le soldat de l’hiver et idéalement développé ici. L’adversaire est d’ailleurs tout ce qu’il y a d’humain, et le fruit des fautes passées de nos super héros. Les frères Russo avaient livré un spectacle de haute volée avec Le Soldat de l’hiver et récidivent ici, profitant des bases de l’univers Marvel pour se départir de scènes introductives et lancer immédiatement l’action. Tout ce conflit moral qui va déchirer les Avengers se fait dans le mouvement d’une narration fluide et riche en péripéties. Il y aurait à redire sur le trop plein de personnages dont le choix dans le débat est survolé pour certains afin de privilégier cette dynamique du récit.

Cependant, les scènes de combats collectives sont fabuleuses, comme ce duel dans l’aéroport où les Russo exploitent avec une grandiloquence comics jubilatoire les capacités des protagonistes, que ce soit Ant-Man, une nouvelle incarnation éblouissante de Spider-Man ou la Panthère noire. D’ailleurs, là aussi l’aspect teasing rédhibitoire (Marvel intronisant ce nouveau Spider-Man en vue d’un prochain film), en se fondant dans l’action, dérange moins. C’est en déchaînant la pyrotechnie du genre au service de l’intime que le film trouve sa force, notamment dans un final cathartique et anti-spectaculaire où les héros sont renvoyés à leurs doutes.

Robert Downey Jr. n’avait pas été aussi intense et impliqué depuis le premier Iron Man, Chris Evans est égal à lui-même et formidable d’humanité et de droiture. Fort de ses deux pivots, le reste des protagonistes - quand on leur laisse le temps de présence pour exister (Scarlett Johansson en Veuve Noire, Chadwick Boseman en Panthère Noire) - est au diapason. Les Russo tournent le dos à l’escalade de destruction massive - remise en cause au sein même du film – pour une conclusion amère laissant les Avengers ébranlés. C’est donc la force du récit en cours qui donne envie de voir la suite et pas les indices maladroitement lancés qui rendent plus problématique l’intérêt du Batman Vs Superman de la concurrence. En revenant à hauteur de ses personnages, Marvel redonne de l’intérêt à son univers.

En salle

mercredi 22 avril 2015

Avengers : L'ère d'Ultron - The Avengers: Age of Ultron, Joss Whedon (2015)

Alors que Tony Stark tente de relancer un programme de maintien de la paix jusque-là suspendu, les choses tournent mal et les super-héros Iron Man, Captain America, Thor, Hulk, Black Widow et Hawkeye vont devoir à nouveau unir leurs forces pour combattre le plus puissant de leurs adversaires : le terrible Ultron, un être technologique terrifiant qui s’est juré d’éradiquer l’espèce humaine.

Le triomphe commercial d’Avengers (2012) avait constitué une apothéose de l’ambitieux et inédit défi du studio Marvel : la transposition au cinéma d’un univers étendu reprenant celui des comics où les super héros s’entrecroisent, s’entraident et s’affrontent. Avengers avait su concilier cette continuité tout en proposant un vrai bon film, ce que les aventures individuelles des personnages n’avaient pas toujours réussies - pour des bons Iron Man (2007) et Captain America (2011), de nettement plus oubliables Iron Man 2 et Thor (2012). Avengers : l’ère d’Ultron vient donc réunir de nouveau notre équipe de super héros après une phase 2 nettement plus réussie. Les moins bons films - Iron Man 3 (2013) et Thor 2 : le monde des ténèbres – demeuraient des divertissements honorables tandis que les vraies réussites donnaient des résultats surprenant et audacieux avec l’étonnamment politisé Captain America : le soldat de l’hiver et le space opera bariolé Les Gardiens de la Galaxie. Plus Marvel lâchait du lest sur sa continuité et le plan d’ensemble de cet univers étendu, meilleur était les films. La « formule » Marvel aura permis de mettre en route une sacrée machinerie à succès mais risque aussi constamment le pilotage automatique, écueil où tombe en partie Avengers : l’ère d’Ultron.

 Le propos est intéressant avec une vraie continuité des évènements d’Avengers, Iron Man 3 et Captain America : le soldat de l’hiver. Ces films auront révélés à la fois la menace extérieure cosmique pesant sur la Terre mais aussi le démantèlement de l’organisation viciée du SHIELD qui avait réunis nos surhommes. Le film s’ouvre par une victoire définitive sur l’Hydra et cet apaisement temporaire va placer nos héros face à leurs doutes. La peur pour Tony Stark à jamais traumatisé par sa découverte d’une galaxie plus vaste et truffée de danger innommables, la peur face à sa propre nature monstrueuse pour Bruce Banner/ Hulk. 

Nos demi-dieux se trouvent ainsi sans repère dans ce monde réel, thèmes déjà évoqués avec brio à travers le man out a time Captain America et la tueuse de la Guerre Froide la Veuve Noire (Scarlett Johansson). Les ennemis constitueront donc ici un miroir de ces peurs, façonnés bien malgré eux par nos héros. L’androïde sanguinaire Ultron est ainsi une extension extrême des préceptes sécuritaires de Stark où l’humain n’a plus sa place et la Sorcière Rouge (Elizabeth Olsen) par ses pouvoirs psychiques réveille les traumas de nos héros qui vont perde pied. Dès lors, c’est Hawkeye (Jeremy Renner bien plus mis en valeur dans ce film) le plus humain, le plus « faible » de ces héros qui va s’avérer le plus équilibré et apte à remettre sur pied ses acolytes.

Ces thématiques passionnantes vont être un peu sacrifiées sur l’autel de l’efficacité après une première partie de film intéressante. Face à un bagage narratif de plus en plus conséquent, on perd grandement d’un vrai rendu cinéma. Tous les précédents films malgré la continuité faisaient le minimum d’effort pour rendre l’aventure unique et de resituer suffisamment d’informations afin que le spectacle demeure captivant pour qui n’avait vu toutes les productions Marvel, voir aucune. Plus de cela ici où l’on semble entré dans une logique de série TV sur grand écran supposant que le spectateur est au fait de toutes les références délivrées. Cela joue sur une narration au montage chaotique (la géographie est particulièrement malmenée dans la dernière partie où l’on ne sait plus dans quel pays on se trouve) où les personnages apparaissent/disparaissent pour des actions pas toujours claires. Mais après tout c’est le projet qui veut cela et même si l’on peut s’interroger sur comment vieilliront ces films, le succès actuel semble donner raison à Marvel. Le problème serait plutôt quand cette logique télévisuelle finit par empiéter sur l’esthétique du film.

On le sait depuis la série Buffy contre les vampires, Joss Whedon est plus doué pour l’étude de caractère que pour mettre en scène l’action. Le final épique d’Avengers avait constitué un vrai progrès qui rachetait les précédentes productions Marvel anémique en morceaux de bravoures. Si les moyens sont là, le réalisateur n’a malheureusement pas progressé dans l’illustration du sense of wonder typique des Comics. Hormis un combat réellement haletant entre Iron Man et Hulk en pleine ville, le reste demeure terriblement timoré. Entre tentative malheureuse de composition de plan comics (l’attaque collective très bancale d’ouverture), combats confus et poursuite standards, il n’y a pas grand-chose de marquant pour la rétine. Le métro lâché en pleine ville fait peine à voir face une séquence voisine du Spider-Man 2 (2004) de Sam Raimi et le climax nous ressert une fois de plus le McGuffin à protéger ainsi que l’objet massif que l’on doit s’empêcher de s’écraser au sol (péripéties concluant presque tous les Marvel avec un étonnant manque de renouvellement). 

Tout est fait pour retrouver la dynamique du premier Avengers, y compris le plan séquence les montrant héroïque et soudés alors qu’ils sont poussés dans leurs derniers retranchements. Le manque d’ampleur et l’effet de redite tue un peu la force de cette conclusion, gâchées par les trop nombreux bons mots et des personnages au pouvoirs inexploités – Vif-Argent (Aaron Johnson) qui se contente d’aller vite et rien de plus quand il s’offrait une séquence d’anthologie dans X-Men : Day of futur past (2014) récemment. Le manque de maîtrise de Whedon fait tâche face à la concurrence (Man of Steel (2013) de Zack Snyder) mais aussi des propres productions Marvel puisque les frères Russo avait proposé un fort dynamique Captain America : le soldat de l’hiver.

Avengers : l’ère d’Ultron est donc paradoxalement plus captivant dans ces moments introspectifs que spectaculaires. Les premiers auraient dû renforcer l’implication lors des seconds mais faute d’une mise en scène inventive, cela ne fonctionne pas. Heureusement l’intérêt pour les personnages (et la dimension feuilletonesque chère à Marvel) demeure à travers plusieurs pistes lancées comme la romance Hulk/Veuve Noire et le conflit idéologique Iron Man/Captain America qui fera tout le sel de Captain America : Civil War l’an prochain. Tête de gondole du projet Marvel, les films réunissant les Avengers se devront en tout cas à l’avenir d’être (comme pu l’être le premier) les pinacles de cet univers et pas un produit standard. 

En salle

dimanche 9 septembre 2012

The Avengers - Joss Whedon (2012)


Lorsque Nick Fury, le directeur du S.H.I.E.L.D., l'organisation qui préserve la paix au plan mondial, cherche à former une équipe de choc pour empêcher la destruction du monde, Iron Man, Hulk, Thor, Captain America, Hawkeye et Black Widow répondent présents.
Les Avengers ont beau constituer la plus fantastique des équipes, il leur reste encore à apprendre à travailler ensemble, et non les uns contre les autres, d'autant que le redoutable Loki a réussi à accéder au Cube Cosmique et à son pouvoir illimité...


The Avengers constitue un premier aboutissement de l’ambitieux projet de Marvel qui cherchait à reproduire au cinéma ce qui est une chose commune et acceptée dans l’univers des comics : un univers étendu où différents super-héros se connaissent, se côtoient et peuvent autant s’entraider que s’affronter. On rappelle les faits. Las du traitement parfois désinvolte (les mauvais Quatre fantastiques, Daredevil ou encore Ghost Rider) infligé par les studios à ses héros de papier, Marvel décide de créer sa propre structure cinéma où il produirait et superviserait les adaptations de ses personnages. Le premier film issu de cette logique sera Iron Man de Jon Favreau. Pas exempt de défauts, le film est néanmoins une belle réussite et un grand succès au box-office grâce à la prestation épatante de Robert Downey Jr.

En forme de clin d’œil calculé aux fans, une séquence post-générique voit le héros Tony Stark contacté par le mystérieux Nick Fury (Samuel L. Jackson) chef de l’organisation du SHIELD concernant le projet Initiative. Hulk, le film suivant produit par Marvel (après l’aventureuse mais ratée tentative d’Ang Lee quelques années plus tôt) glissera à nouveau une saynète de ce type en fin de générique et tout aussi bien accueillie par les fans. Il est alors annoncé que les prochains films Marvel serviront d’introductions aux membres des Avengers, mythique équipe de super-héros bien connue des lecteurs de comics. Suivront donc le Thor de Kenneth Branagh, Captain America de Joe Johnston et un second Iron Man.

Plusieurs constats s’imposent au fil des films. Ce sont avant tout des œuvres de producteurs cherchant à créer et à uniformiser un monde cohérent plutôt qu’à laisser émerger la personnalité du réalisateur, du coup ce sont plus des authentiques faiseurs (Joe Johnston, Jon Favreau voire Louis Letterier et son Hulk) que viendront les films les plus efficaces quand un auteur comme Kenneth Branagh délivrera un résultat plus qu'inégal (épatant de grandiloquence assumée lors des scènes à Asgard, quelconque et poussif dans les passages sur Terre) avec Thor.

Ainsi chapeauté de près, les films sont rarement mauvais mais n’atteignent jamais l’excellence d’un Spider-Man 2 ou d’un X-Men et plus inquiétant les meilleurs sont ceux s’astreignant le plus de cette continuité (voire le grand brassage de vide du raté Iron Man 2). On pouvait donc craindre le pire du tant attendu film réunissant enfin tout ce petit monde avec l’inexpérimenté Joss Whedon aux commandes. Après les réussites télévisuelles que furent Buffy contre les Vampires et son spin-off Angel le passage au cinéma s’était avéré quelconque avec Serenity, space opera aux allures de téléfilm concluant sa série avortée Firefly. Pourtant l’ensemble s’avère très vite prenant grâce à la rigueur narrative imposée par l’excellent scénariste qu’est Whedon.

Malgré un rythme un peu boiteux (réintroduire tous les personnages, définir les enjeux et rendre l’ensemble compréhensible à qui n’a pas vu tous les films précédents), la première partie s’avère ainsi un modèle d’introduction. Largement prouvé dans Buffy, Whedon laisse à nouveau éclater son talent pour introduire chaque personnage de manière limpide et dynamique, redéfinir les fêlures de chacun explorées dans les autres films (ou carrément les présenter intelligemment dans le cas de la Veuve Noire) et amener progressivement la dissension puis la dynamique d'équipe.

Chaque personnage sera idéalement mis en valeur et aura son moment héroïque et intimiste parfaitement intégré à l’ensemble : Tony Stark entre narcissisme autodestructeur et vrai héroïsme, Thor noble de cœur mais aux attitudes brutales ou encore Captain America, soldat dévoué mais décalé par rapport au monde moderne qui l’entoure. Robert Downey Jr., Chris Evans et Chris Hemsworth retrouvent les qualités d’interprétation de leurs films respectifs mais c’est le nouvel arrivé Mark Ruffalo qui s’avère le plus impressionnant (surclassant ses prédécesseurs Eric Bana et Edward Norton) en Bruce Banner/Hulk magnifiquement torturé. Scarlett Johansson humanise enfin la Veuve Noire qui n'était qu'une silhouette sexy dans les autres films et offre une relation attachante avec Jeremy Renner.

Ainsi mis en orbite, les exploits de nos héros n’en seront que plus palpitants lorsque l’action daigne se manifester. Le manque d’ampleur des scènes d’actions était également un des grands écueils des productions Marvel, très pingres en la matière. Toute la frustration accumulée des films précédents est ici résolue dans un fabuleux climax final de trente minutes. On ressent un souffle épique que l’on n'avait plus approché depuis la séquence du métro aérien de Spider-Man 2, Whedon accumule rebondissements et bagarres dantesques avec jubilation notamment avec un Hulk dévastateur.


The Avengers naissent de ce moment où ils ploient sans se briser devant la menace, la finesse d’écriture de Whedon (le leadership de Captain America s’imposant de manière limpide dans l’action) et un sens visuel enfin maîtrisé les imposant triomphalement par un travelling circulaire iconique en diable. On n’attendait guère pareille réussite de la part de Marvel, mais le studio est enfin parvenu à croiser ses velléités de grandeur avec le talent d’un Whedon qui s’est avéré l’homme de la situation. Un des meilleurs blockbusters récent et prometteur pour une suite dont la scène post-générique rendra l’attente insoutenable aux amateurs de comics.

Sorti en dvd zone 2 français chez Disney