Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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jeudi 4 septembre 2014

Big Wednesday - John Milius (1978)


Se déroulant entre 1962 et 1974, Graffiti Party s’attache à suivre l’évolution de Matt Johnson, Jack Barlow et Leroy Smith. Divisé en quatre parties correspondant chacune à une saison, Graffiti Party dépeint d’abord les personnages au sortir de l’adolescence, puis évoque l’entrée et l’installation dans l’âge adulte de ces trois Californiens, amis d’enfance et passionnés de surf.

Chacun se souvient de la mythique scène d’Apocalypse Now (1979) où le Sergent Kilgore (Robert Duvall) restait debout et stoïque sous les bombes, enjoignant un trouffion et surfeur émérite à empoigner sa planche et affronter les vagues alors que le chaos régnait. Ce moment déjanté était tout droit issu de l’imagination de John Milius, scénariste du classique de Coppola et passionné de surf. Il y aura même consacré un film entier avec ce magnifique Big Wednesday qui est sans doute une de ses plus grandes réussites. En 1973, George Lucas définissait le contour moderne du teen movie avec American Graffiti, grand film nostalgique capturant un court moment de la vie d’adolescent en 1962 sur fond de drague, course de voiture et rock’n’roll. Le générique de fin nous ramenait brutalement sur terre avec un texte racontant ce qu’était devenu les personnages dont certains mort au Vietnam. 

Grand ami de Lucas (pour lequel le scénario d’Apocalypse Now était initialement écrit au début des 70’s Coppola devant seulement le produire à l’origine), John Milius prolonge ces questionnements dans Big Wednesday où la thématique du surf sert de révélateur quant à la perte d’innocence de l’Amérique, d’un certain âge d’or et paradis perdu. L’intrigue se déroule entre 1962 et 1974, soit douze années truffées de drame et bouleversements divers (crise des missiles à Cuba, assassinant de Kennedy, Guerre du Vietnam et Watergate) qui signe la fin de cet âge d’or. A travers le récit de l’amitié et l’évolution de trois amis surfeurs, Milius nous offre donc une véritable odyssée initiatique où il nous raconte la transformation du pays.

Le film est divisé en quatre parties où chaque année correspondra à une saison qui donnera le ton du récit, de plus en plus désenchanté. L’été, ce sera pour 1962 et un tableau magnifié de cette Amérique idéalisée. Nous découvrons les inséparables Matt Johnson (Jan-Michael Vincent dont on regrettera les dérives futures tant son charisme et sa vulnérabilité auraient dus faire de lui une star), Jack Barlow (William Katt) et Leroy Smith (Gary Busey), beaux et insouciant entièrement dévoués à leur passion du surf pour laquelle ils font office de dieux vivants pour les matinaux de la plage. 

Tous leurs défauts s’estompent dès lors qu’ils montent sur leurs planches pour affronter la prochaine vague, à l’image d’un Matt Johnson fin saoul et pathétique qui retrouve toute sa prestance lorsqu’il plongera à l’eau dans la scène d’ouverture. Milius baigne cet épisode d’une imagerie solaire et hédoniste, sans crainte du lendemain. Les filles sont belles et avenantes, les tubes pop du brill building baignent la bande-son et rien ne semble pouvoir gâcher ce bonheur où même les bagarres tournent à la vaste rigolade où nos hommes peuvent laisser éclater leur virilité, les liens se nouant dans ces moments machistes typique de Milius. L’expédition au Mexique qui conclut cette partie et donne un tour nettement plus brutal et inquiétant à cette camaraderie annonce pourtant la gueule de bois à venir.

L’automne 1965 ramènent ainsi nos personnages à la réalité, que ce soit par leur déchéance personnelle (Matt sombrant dans l’alcoolisme autodestructeur) et dans l’histoire du pays avec l’appel des drapeaux pour le Vietnam. Là encore on reconnaît la patte de Milius pour qui la rupture comme les réconciliations se font par de franches manifestations viriles, où les actes et les regards parlent plus que les mots. Jack dépité par l’état lamentable de Matt le chassera ainsi de la plage d’un coup de poing bien senti et c’est autour d’une gorgée de whisky lors du mariage du mentor Bear (Sam Neville) qu’ils renoueront. Ce pouvoir de l’amitié semble encore vivace et malgré l’enjeu dramatique la séquence de circonscription pour le Vietnam est un grand moment comique où nos héros feindront toutes les tares mentales et physiques pour être réformés. 

Certains partiront pourtant bien et ne reviendront pas. L’hiver 1968 symbolise ainsi ce monde désormais changé par les absents, s’ouvrant sur l’enterrement de Waxer (Darrell Fetty) l’un des camarades les plus déjantés. Matt, distant et muet face aux parents mortifiés et à la parade militaire ne laissera éclater sa douleur qu’une fois réunis avec ces compagnons dans un pèlerinage alcoolisé au cimetière pour un éloge poignant et maladroit du disparu. Des retrouvailles qui interviendront d’ailleurs forcément sur la plage, Jack se débarrassant de son uniforme pour sauter sur sa planche. Cette mer, ces vagues et les amis qui nous y attendent semblent être le dernier lien avec le réel de nos vétérans déraciné, William retrouvant son ancienne fiancée mariée.

Les inéluctables aléas de la vie semblent pourtant condamner les trois amis à s’éloigner, jusqu’à ce printemps 1974. Tout au long du film plane la promesse d’une vague à la hauteur légendaire attendue avec anxiété par nos surfeurs et qui interviendra ce « Big Wednesday » 74 où fut enregistrée la plus grande vague (plus de six mètres de haut) en Californie. Milius aura fait planer un parfum d désenchantement où ceux pour qui cela importe sont désormais seuls et oubliés, que ce soit Matt qui a perdu de vu ses amis ou leur guide Bear qui a tout perdu. 

Pourtant l’évènement exceptionnel va réunir le trio une dernière fois, les faisant avancer tel des gladiateurs, aussi déterminé et charismatiques qu’au temps de leur splendeur vers cette vague de tous les défis. Le score flamboyant de Basil Poleduris prend des allures de péplums pour dépeindre la longue et spectaculaire séquence où les héros affrontent la vague. La plage figure une arène antique (les ruines de l’entrée annexe accentuant cet aspect) théâtre de leurs exploits où ils susciteront l’admiration de tous et où ils pourront se sentir jeunes à nouveau. 

Les scènes de surf sont réellement stupéfiantes avec certains angles inouïs (les vues depuis l’intérieur de la vague) et superbement filmée, Milius offrant même un caméo à son ami et fameux surfeur Gerry Lopez (Milius le fera jouer plus tard dans Conan le barbare (1982) et L’Adieu au roi (1989)). Ultime réunion signifiant définitivement la fin du rêve (1974 et son Watergate) ou promesse de retrouvailles en ces mêmes eaux ? Milius laisse la réponse en suspens avec une poignante séparation et une somptueuse dernière image de coucher de soleil signant le crépuscule d’une époque. Une œuvre admirable, meilleur film de son auteur avec Conan le barbare

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

mardi 7 décembre 2010

Dillinger - John Milius (1973)


Etats-Unis, pendant la prohibition. L’agent du FBI Melvin Purvis (Ben Johnson) traque John Dillinger (Warren Oates), braqueur de banques notoire. Purvis a également dans son viseur d’autres gangsters de l’époque, comme Machine Gun Kelly, l’instable Baby Face Nelson (Richard Dreyfuss) et Pretty Boy Floyd. Autant dire que la route sera sanglante…


Suite au succès public et critique de Bonny and Clyde de Arthur Penn en 1967, Hollywood vit un vrai revival du film de gangster rétro et, dans les années suivantes, mitrailleuses Thomson et bars clandestins envahissent les écrans comme à l’apogée du genre dans les années trente.

Parmi les meilleurs films de cette nouvelle vague, on peut citer Boxcar Bertha, premier film « professionnel » de Martin Scorsese, le biopic Capone, produit par Roger Corman ou encore le furieux Pas d’orchidées pour Miss Blandish, réalisé par un Robert Aldrich toujours bon pied bon œil. Ce Dillinger, adapté de la vie d’un des plus fameux gangsters des années trente, s’inscrit donc dans ce renouveau et permet à une des figures les plus singulières du cinéma américain de l’époque, John Milius, de réaliser son premier film marquant.

Alors que toute la génération du nouvel Hollywood véhicule dans l’ensemble des idéaux de gauche, Milius est une personnalité bien plus ambiguë dans son positionnement. Passionné des armes à feu, il fait ses premières armes en tant que scénariste sur des films aux thèmes controversés (L’Inspecteur Harry, Magnum Force, Juge et hors la loi) qui, ajoutés à d’autres titres douteux lorsqu’il passera à la réalisation (le très controversé L’Aube Rouge) lui vaudront de se traîner une réputation de Républicain réactionnaire.

Si l’affirmation n’est sans doute pas totalement fausse (ce dont l’intéressé s’amuse d’ailleurs), le cas de Milius s’avère bien plus complexe. Spécialiste des plus grandes batailles historiques, il voue un véritable culte aux grandes figures de militaires (dont Churchill, dont il dressera un savoureux portrait dans Le Lion et Le Vent) et plus généralement aux héros masculins à autorité et virilité exacerbée, le plus connu étant évidemment Conan Le Barbare, héros plus grand que nature et typique de Milius. Cette fascination relève plus d’une vraie philosophie de vie que des relents réacs dénoncés, Milius pensant que le meilleur de l’homme ne se révèle que dans ce qu’il a de plus primitif, dans un retour à la nature où ne survivent que les plus forts, sauvages et impitoyables, respectant ainsi le « cycle de la vie » dénaturé par la civilisation. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que l’on retrouve dans son œuvre cette alternance entre violence guerrière (L’Aube Rouge, Le Vol de l’intruder, la série Rome), apaisement teinté d’écologie (le scénario de Jeremiah Johnson, les surfeurs de Big Wednesday) voire les deux (le scénario de Apocalypse Now et son pendant, L’Adieu au roi, qu'il réalisera 10 ans plus tard).

Cette évocation de la carrière criminelle de Dillinger obéit donc aux canons précités, dans un scénario assez libre dont la construction lorgne sur La Horde Sauvage de Peckinpah. La première partie met en parallèle les hold-ups en série ainsi que la petite vie de la bande de Dillinger avec la traque sanglante de Melvin Purvis et ses G-Man, les plus grands gangsters des USA. Le portrait de Dillinger par Milius se fait tout en nuance : sa violence latente n'est pas négligée, mais malgré tout, son aspect charmeur et hautain le rend immédiatement sympathique dans sa manière de constamment narguer les autorités et sa volonté consciente de s'inscrire dans la tradition des plus grands criminels américain. Warren Oates, grand second couteau des années 60 et 70 qu’on a pu voir chez Peckinpah ou Monte Hellman, livre une prestation formidable en Dillinger, inquiétant et séducteur à la fois. La belle galerie de trognes composant sa bande (Harry Dean Stanton, Geoffrey Lewis, Steve Kanally...) contribue à cet aspect familial, malgré leur nature de durs à cuire et de tueurs sans remords.

A l'opposé, Ben Johnson campe un Melvin Purvis charismatique à souhait et carrément inquiétant dans sa manière d'en finir radicalement avec les criminels. Néanmoins, Milius, dans son admiration des grands hommes d'action, lui offre pas mal de panache entre la voix-off cynique(« À vrai dire je ne lui en ai pas vraiment laissé le temps », lancé alors qu’il abat sauvagement un truand sans sommation), quelques morceaux de bravoure géniaux (lorsqu'il va en finir tout seul, dans une ferme, avec un truand) et un gimmick marquant : ce cigare allumé avant chaque exécution sommaire.

Dillinger et Purvis se tournent ainsi autour durant une bonne moitié de film, avant de se confronter f dans une percutante course poursuite, dans la seconde partie. Réalisation percutante de Milius (hormis de vilains accéléré lors des poursuites en voiture, trahissant le budget modeste) qui joue bien de la faiblesse de ses moyens (la reconstitution es néanmoins impeccable) et distille judicieusement ses scènes d'action. Deux grands moments : le gunfight, où la bande Dilinger se retrouve attendue par les hommes du shérif au sortir d'un hold up, les connaissance de Milius en la matière permettant de bien souligner la différence d'armement entre des truands faisant un carnage à l'artillerie lourde et les hommes de loi, pourtant plus nombreux mais moins bien équipés. L’autre séquence d’envergure est l'embuscade des hommes de Purvis au petit matin, long flinguage sanglant, largement influencé par Peckinpah également.

La tendresse de Milius pour ses gangsters se ressent dans la dernière partie, où il offre à chacun une mort flamboyante et émouvante, notamment celle de Steve Kanally, mourant juste après avoir brièvement retrouvé un semblant d’équilibre familial. C’est cependant l’historien qui parle pour la fin de Dillinger lui même, nettement plus sèche, directe et distanciée, dans un soucis de coller à la réalité.

Même s’il continua parallèlement son métier de scénariste, la carrière de réalisateur de Milius était définitivement lancée avec ce film et occasionna plusieurs réussites marquante de l’époque, bien plus intéressante que la version désincarnée récemment offerte par le pourtant surdoué Michael Mann.

Sorti en dvd zone 2 français

lundi 23 août 2010

L'Adieu au Roi - Farewell to the King, John Milius (1989)


1945. Deux officiers anglais, le capitaine Nigel Fairbourne et le sergent Tenga, sont parachutés dans la jungle de Bornéo. Ils ont pour mission d'obtenir l'aide des tribus indigènes pour rejeter l'occupant japonais. Ils sont bientôt encerclés par des chasseurs de têtes, capturés et conduits au village de leur chef. A leur grande stupeur, il s'agit d'un homme blanc. Il est américain, il s'appelle Learoyd, il est devenu le roi.

John Milius n'avait jamais caché son mécontentement quant au traitement administré par Coppola sur son scénario d'Apocalypse Now. En adaptant ici le livre de Pierre Schoendoerffer au point de départ proche d'Au coeur des ténèbres de Conrad dont s'inspirait Coppola (un blanc s'enfonce au fond de la jungle en temps de guerre pour y devenir roi d'une peuplade sauvage) c'est l'occasion pour lui de donner sa vraie vision d'Apocalypse Now. Et effectivement la personnalité de Milius, amateur d'armes, de figure militaire légendaire et pour qui le retour à un instinct guerrier transcende l'homme, ce retour à la nature est radicalement différent que l'odyssée au confins de la folie de Coppola.

Learoyd soldat abandonné e en plein doute au début du film est un être transfiguré 3 ans plus tard. Là où un Colonel Kurtz avait créé au fond de la jungle un enfer équivalent à son esprit torturé, Learoyd loin de la civilisation se crée un havre de paix où il règne avec sagesse et où il s'est parfaitement assimilé. Ayant déjà montré qu'il pouvait tirer la quintessence d'un récit épique avec Conan le barbare où d'y élever une intrigue plus intimiste avec Big Wednesday, Milius confère à tout son récit l'aura de haut faits légendaires. Le flashback où Learoyd racontent aux officiers anglais la manière dont il s'est intégré puis élevé roi auprès des indigènes avec la voix off habitée de Nick Nolte et la mise en scène de Milius donnent des allure de gestes épique au récit de Nolte.

Il en va de même pour les ennemis japonais que doivent affronter les héros, entouré d'une dimension mystérieuse et quasi fantastique tel sa pratique du cannibalisme sur l'ennemi ou encore son Colonel traversant la jungle sur un cheval blanc (et un premier duel déroutant avec Nick Nolte où il se volatilise étrangement). L'amitié et la confiance indéfectible se scelle donc au contact cette nature accueillante et au combat, à travers la belle relation entre Nick Nolte (incroyablement habité et noble une prestation fascinante) et l'officier anglais joué par Nigel Havers.

C'est lorsque la civilisation,son hypocrisie et ses traitrise les rattrape que tout se gâte dans la dernière partie où le paradis semble perdu à jamais mais Milius dans une dernière image sublime dessine définitivement les contours de la figure majestueuse du dernier roi de l'île de Borneo en le montrant s'éloignant pour de bon de la civilisation libre. Impressionnant de bout en bout dans ses thématiques et sa mise en scène (on a rarement vu la jungle de cette façon) et porté par un score puissant de Basil Poledouris, un des meilleurs films de John Milius.

Disponible uniquement en dvd zone 1 et doté de sous-titres français