vendredi 27 décembre 2013
L'Homme de Rio - Philippe de Broca (1964)
Une statuette brésilienne de la civilisation maltèque est volée au musée de l'Homme. Elle faisait partie d'un ensemble de trois statues, ramenées par trois explorateurs : le professeur Catalan (Jean Servais) qui travaille au musée de l'Homme, le professeur Villermosa tragiquement disparu et André de Castro, un riche homme d'affaires brésilien. Le professeur Catalan est enlevé devant le musée. Le deuxième classe Adrien Dufourquet est témoin de l'enlèvement de sa fiancée Agnès, fille d'un célèbre ethnologue. Il part à sa recherche, qui le mène au Brésil...
La fantaisie de Philippe de Broca s'était exprimée sur ses premiers films dans une veine encore imprégnée de la Nouvelle Vague. Sans réellement s'inscrire dans le mouvement, sa manière de dynamiter la romance et le marivaudage classique (Les Jeux de l'Amour et Le Farceur (1960)) s'inscrivait dans une même volonté moderniste. Avec Cartouche (1962), grand film d'aventures historique, on pouvait deviner le virage plus populaire qui allait libérer ces œuvres suivante. L'Homme de Rio établit ainsi un pont idéal entre le De Broca des débuts et celui plus ouvertement grand public de la suite de sa carrière où l'énergie arty de la Nouvelle Vague se télescope à un horizon plus vaste, à l'évasion et la grande aventure.
Le film naît au départ d'un projet d'adaptation de Tintin auquel est associé De Broca (après le départ d'Alain Resnais initialement envisagé) mais le réalisateur constate vite les limites d'une transposition littérale des cases de Hergé et jette l'éponge. Plutôt qu'une vraie adaptation, il réfléchira à un récit original où il pourra mêler son propre ton à l'énergie et le style des aventures de Tintin. Un séjour à Rio en compagnie de Jean-Paul Belmondo pour la promotion de Cartouche impose immédiatement ce cadre dans son esprit pour le futur film et après une longue écriture en compagnie de son collaborateur habituel Daniel Boulanger et son ami Jean-Paul Rappeneau pas encore passé à la réalisation, L'Homme de Rio va progressivement voir le jour.
L'influence de Tintin est manifeste, que ce soit en terme visuel, narratif ou d'idées scénaristiques. Le vol d'ouverture de la statuette, la silhouette du voleur et le décor du musée de l'Homme ramène d'emblée à L'Oreille cassée. Les enlèvements et plus tard la quête des statuettes et la malédiction qui les entoure lorgne bien sûr vers le diptyque Les Sept boules de cristal/ Le Temple du Soleil.
Le plus bel emprunt sera cependant cette énergie trépidante et vitesse du récit et de la même manière qu'Hergé pouvait nous emmener d'une Europe grisâtre aux contrées les plus exotiques en deux pages et maintes péripéties, De Broca quitte Paris pour le soleil du Brésil en vingt minutes d'introduction idéales.
Dans une ligne claire narrative parfaite, toutes les informations et la caractérisation des personnages se fait dans un mouvement perpétuel jubilatoire. Cela va du plus explicite (le passé des savants, les trois statues) au plus subtil (le regard furtif et légèrement concupiscent de Jean Servais sur Françoise Dorléac qui permet de vaguement se douter de la suite à son sujet) et on devine la patte de Jean-Paul Rappeneau déjà si habile pour marier anarchie et construction rigoureuse. Le couple Jean-Paul Belmondo/Françoise Dorléac apporte la touche romantique vacharde et adulte qui rend l'ensemble si pétillant.
Plutôt que le mièvre Tintin, Belmondo serait plutôt plus proche d'un Capitaine Haddock juvénile avec ce héros franchouillard et râleur voué à deux seul but, sauver sa fiancée et être rentré à temps de sa permission à Paris.
C'est vraiment dans ce film que naît "Bebel", le héros casse-cou et gouailleur mais plutôt que le rouleur de mécanique indestructible des années à venir, sa silhouette frêle et élastique apporte vraiment ce côté bd/cartoon irrésistible le faisant se relever de toute les chutes, riposter aux adversaires autrement plus imposant. Françoise Dorléac est adorable en demoiselle en danger capricieuse et les échanges orageux du couple en pleine action son un régal de bout en bout.
De Broca nous promène dans un Brésil 60's envoutant dont il visite avec autant de brio l'urbanité moderne (avec son lot de bâtiment aux designs high tech) que les plus grouillant et festifs milieux populaires mais aussi une nature dépaysante et bariolée (le côté bd n'étant pas oublié là non plus tel ce crocodile factice attendant Belmondo lors de son atterrissage en parachute.).De Broca multiplie les péripéties et environnements avec une inventivité rare, ne fatiguant jamais grâce à des respirations comiques ou gags en pagaille (la voiture rose à étoiles vertes !).
Ce mouvement perpétuel reprend également le principe de ligne claire qui guide le script. On constatera que dans sa poursuite effrénée, il suffira toujours à Jean-Paul Belmondo de foncer droit devant lui pour rattraper les méchants ravisseurs de Françoise Dorléac.
A moto, en voiture, à pieds ou en avion, Bebel ne fait que suivre une ligne droite où même lorsqu'il les perd de vue, ceux qu'il recherche se retrouveront forcément tôt ou tard dans son champ de vision. Cela souligne la détermination de notre héros et inscrit une fois de plus le film dans cette facette bd où l'on est destiné à se retrouver quelques cases plus tard.
Un univers de tous les possibles où le réalisateur ose les transitions les plus incohérentes (la séquences des lianes à la fin) et les faux-raccords en pagailles sans que cela ne gêne tant l'on sent que c'est l'énergie et le mouvement qui compte (ces expérimentations évoquant justement la Nouvelle Vague). Comme toujours, ce côté foutraque alterne avec la vraie élégance et recherche formelle dont est capable De Broca avec ces compostions de plan splendides des décors où déambule notre couple et la photo ensoleillée de Edmond Séchan.
Le dépaysement est total et le bonheur constant tout au long du de cet Homme de Rio qui inspirera tant Spielberg pour Les Aventuriers de l'Arche Perdue et que De Broca conclut sur une note sobre et amusée idéale sur les notes enfin apaisées de George Delerue qui peut laisser s'exprimer sa mélancolie.
Sorti en dvd zone 2 français chez TF1 Vidéo
mardi 13 septembre 2011
Un cerveau d’un milliard de dollars - Billion Dollar Brain, Ken Russell (1967)
Harry Palmer se retrouve mêlé à un complot visant à renverser le communisme avec l'aide d'un superordinateur.
Troisième et ultime aventure de Harry Palmer, Billion Dollar Brain est vraiment à part dans la saga, et clairement plus sous l'influence de son contexte (les productions d’espionnages azimutées pullulent alors). Alors que la série n’avait eu de cesse de se démarquer de l’influence Bondienne, elle plonge ici en plein dedans tout en gardant sa singularité. Si l'on ajoute à cela le curieux choix de cet agité de Ken Russell (Les Diables, Tommy, Gothic) à la réalisation, le cocktail est détonant.
Le film débute comme un Harry Palmer typique pour finir dans la folie pure, caractéristique des œuvres de Ken Russell. Un nouvelle fois, notre héros est contraint et forcé de reprendre du service et est parallèlement contacté par une mystérieuse organisation pour effectuer une livraison inconnue en Finlande.
La série en restera là pour un temps, avant que Michael Caine ne reprenne bien plus tard le rôle de Harry Palmer à deux reprises dans les années 90 avec les téléfilms Bullet to Bejing et Midnight at Saint petersburg (pas vu d'ailleurs si quelqu'un veut en toucher deux mots en commentaires pour savoir ce que ça vaut ça serait intéressant). Quoiqu’il en soit, la trilogie originale, hors normes et paradoxalement dans la pure mouvance de l’époque, aura marqué de son emprunte le cinéma anglais des sixties et consacré Michael Caine superstar.
Disponible en dvd zone 2 anglais ou zone 1 chez MGM et doté de sous-titres français
lundi 31 janvier 2011
La Peau Douce - François Truffaut (1964)
Un écrivain à succès, directeur d'une revue littéraire et dont le mariage est miné par les petits mensonges, rencontre une hôtesse de l’air. Ils ont une liaison à Lisbonne qui perdure par la suite.
La Peau Douce est avec le bien plus tardif La Femme d'à côté le grand film de Truffaut sur l'adultère. Malgré cette base commune les deux films sont antinomiques dans leurs traitement comme dans leur influence. Film fiévreux et tumultueux sur l'amour passion La femme d'à côté est une des oeuvres les plus célébrée de Truffaut qui engendrera foule de descendant plus (le beau Les Sentiments de Noémie Lvosky en 2003) ou moins (le catastrophique Les Regrets de Cédric Kahn vrai film clone raté) convaincants. La Peau Douce n'aura pas le même impact et sera un échec public cuisant à sa sortie après un accueil glacial à Cannes.
Les raisons se trouvent dans l'approche de Truffaut, cinéaste du romanesque littéraire qui dépeint là l'adultère dans sa trivialité quotidienne la plus sordide. Cet aspect se manifeste d'emblée dans le héros incarné par Jean Desailly, intellectuel bourgeois un peu falot embarqué dans une histoire qu'il s'avère incapable d'assumer. Faisant constamment tout les mauvais choix par manque de courage ou témérité déplacée, il snobera lamentablement Françoise Dorléac lors d'une longue et triste séquence de voyage à Reims puis ne saura ménager la sensibilité de sa femme une fois son écart découvert avec cet instant presque comique où il accepte sans ménagement la séparation qu'elle lui propose par dépit. Les rencontres des deux amants se font ainsi furtives, coupables et dans la crainte du regard d'autrui au point d'émousser toute passion lorsqu'un amour au grand jour sera enfin possible.
La facette charnelle du film est dont finalement à chercher à travers ses deux héroïnes, la femme et la maîtresse. Françoise Dorléac trouve peut être là son meilleur rôle, Truffaut réfrénant ses ardeurs et son jeu pour jouer sur sa présence sensuelle, son élégance et le mystère qu'elle dégage pour Jean Desailly dans la première partie, renforçant ainsi l'extériorisation de ses émotions dans la seconde comme la très belle scène où elle font en larmes à Reims suite au comportement de Lachenay. A l'inverse Nelly Benedetti en épouse légitime affirme un charme beaucoup plus agressif et un bouillonnement bien plus manifeste qui crée d'ailleurs un déséquilibre inhabituel dans le film d'adultère puisqu'aucune des deux n'est désavantagée dans le triangle amoureux et rend plus fort le dilemme du mari. Malheureusement la conclusion passionnelle jure un peu avec le côté volontairement terne et retenu de l'ensemble du film (et pour le coup annonce La Femme d'à côté) et ne fonctionne pas complètement.
C'est également un des films les plus plastiquement réussi de Truffaut, notamment dans toute les scènes d'amours. Le jeu de regard fuyant dans l'ascenseur entre Desailly et Dorléac est très réussi, et surtout surtout les mouvements de caméra caressant, le jeu d'ombre et la gestuelle des acteurs lors de la première nuit où on sent l'influence du mentor Hitchcock sur Truffaut. Superbe moment également lorsque Jean Desailly caresse langoureusement les jambes de Françoise Dorléac endormie puis lui enlève ses bas, la délicatesse se mêle à la sensualité la plus prononcée porté par une musique envoûtante de George Delerue. Volontairement glacial et peu attrayant, un très beau film qui dissimule sous sa froideur une vraie force dans l'expression de ses amours quelconques.
Sorti en dvd chez MK2 dans la collection Truffaut















