Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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mardi 8 août 2017

Cirque en révolte - Man on a Tightrope, Elia Kazan (1953)


Tchécoslovaquie 1952. Le cirque Cernik n'est plus libre de ses déplacements depuis que les communistes ont pris le pouvoir. Le directeur Karel Cernik doit s'expliquer auprès du bureau politique. Il n'est pas arrêté, mais il doit modifier certains aspects du programme qui ne plaisent pas au parti. En fait, le but de la troupe est de se diriger vers la frontière allemande et de passer en zone libre. Il apparaît alors qu'un espion, qui renseigne les autorités, se trouve dans le cirque.

Cirque en révolte s’inscrit au centre d’une trilogie politique pour Elia Kazan, débutée avec Viva Zapata ! (1952) et conclue avec le célèbre Sur les quais (1954). Chacun de ces films reflète le rapport ambigu et conflictuel qu’entretient Kazan l’homme de gauche avec le parti communiste et explique certaines de ses actions les plus discutables. Les convictions de gauche du réalisateur s’opposent ainsi à la nature totalitaire que ne manque pas de toujours représenter le parti communiste à ses yeux. Dans Viva Zapata !, le révolutionnaire en accédant au pouvoir comprend qu’il cède au même autoritarisme que ceux qu’il a renversé et Sur les quais justifie presque la dénonciation controversée de Kazan avec son héros s’aliénant ses amis en dénonçant la corruption des syndicats de dockers.  

Cirque en révolte, adapté du roman éponyme de Neil Paterson (qui s’inspirait lui-même de la vraie évasion du cirque Brumbach en 1950), part d’une même réflexion et trouve sa source dans une expérience personnelle marquante d’Elia Kazan. Membre du parti communiste depuis 18 mois au milieu des années 30, il est convoqué par le bureau politique afin d’espionner ses partenaires du Group Theatre (troupe où il fit ses premiers pas d’acteur puis de metteur en scène) et les inciter à produire des œuvres de propagande. Kazan refuse et quitte le parti dans la foulée, et ce refus de l’intrusion brutale de la politique dans l’art imprègne complètement Cirque en révolte.

Karel Cernik (Fredrich March) est donc un patron de cirque entravé depuis que les communistes ont pris le pouvoir en Tchécoslovaquie. Une scène dénonce ainsi l’absurdité du dogme où tout doit être politique quand Cernik est convoqué pour modifier la teneur d’un numéro de clown. Il aura beau expliquer aux agents du bureau politique que les changements exigés enlèvent la nature première du spectacle, faire rire le public, au service de l’idéologie, ces derniers n’en ont cure. Cet instant comique révèle pourtant l’atmosphère de suspicion et paranoïa que suscite le régime, tant chez les oppresseurs que les oppressés d’ailleurs puisque la fuite finale sera facilitée par l’arrestation inopinée du plus farouche agent incarné par Adolphe Manjou - avec une tirade d’une belle ironie de ce dernier. Elia Kazan capture à merveille l’atmosphère en vase-clos de ce monde du cirque, à l’opposé de luxuriance de Sous le plus grand chapiteau du monde de Cecil B. DeMille sorti l’année précédente. 

Ici c’est plutôt le quotidien monotone, les voyages laborieux, le matériel défectueux et les conflits sous-jacents qui rythment la troupe hors de l’exaltation pure de la performance scénique. Le scénario évite le côté trop soap opera (les rapports conjugaux tumultueux entre Cernik et son épouse adultère jouée par Gloria Grahame) en liant toujours la quête des personnages à ce contexte politique. L’audacieuse évasion envisagée par Cernik est ainsi l’occasion pour lui de redorer son blason auprès de son épouse et sa troupe pour lesquels il apparaît ramolli depuis que le régime a repris son spectacle en main. C’est aussi une manière habile de croiser ces enjeux intimes avec un passé douloureux, Tereza (Terry Moore) la fille de Cernik tombant amoureuse de Vosdek dont la famille a connu les horreurs du nazisme.

Formellement on sent les bienfaits de l’expérience du grand spectacle de Viva Zapata ! dans la mise en scène de Kazan. Même si sa réalisation était loin d’être figée dans Un tramway nommé Désir (1951) et qu’il arpentait déjà l’urbanité dans Panique dans la rue (1950), on ressentait encore l’influence théâtrale dans les décors studios et environnement clos de films comme Le Lys de Brooklyn (1945) et L'Héritage de la chair (1949). Ici il dompte enfin les grands espaces dans une volonté de suspense, de compréhension topographique pour le spectateur - essentielle dans un film d’évasion réussi – mais aussi d’action avec un morceau de bravoure final haletant. 

Le climax célèbre d’ailleurs ce pouvoir du divertissement, la troupe de cirque dupant longuement les gardes de frontières et fuyant ouvertement sous leurs yeux grâce à la magie de leurs numéros qui ramènent les geôliers en enfance. Le film restera longtemps inédit en France à cause de son message ouvertement anti-communiste (et impossible à bidouiller par la vf comme Le Port de la drogue (1953) de Samuel Fuller) alors que le parti a encore à l’époque une assise électorale forte. C’est donc l’occasion de découvrir une des belles réussites méconnues de Kazan.

Sorti en dvd zone 2 français chez ESC

 

mercredi 2 juillet 2014

La Maison de bambou - House of Bamboo, Samuel Fuller (1955)

Au Japon, au pied du Mont Fuji, un homme est tué lors de l'attaque d'un train de munitions dans la banlieue de Tokyo. Eddie Spanier, un américain fraîchement débarqué, décide de mener sa propre enquête en essayant de survivre, tant bien que mal, dans les bas-fonds de la ville...

La Maison de Bambou est le premier film Hollywoodien intégralement tourné au Japon et inaugure d'ailleurs cette sorte de sous-genre du polar américain voyant un héros isolé découvrant les mœurs du japonaise comme dans Yakuza (Sydney Pollack, 1975) ou Black Rain (Ridley Scott, 1989). C'est précisément ce dépaysement qui a intéressé Fuller dans ce polar qui transpose au pays du soleil levant le scénario de Harry Kleiner déjà adapté dans La Dernière Rafale de William Keighley (1948). Suite au meurtre à Tokyo d'un américain possiblement lié à un hold-up son ami et ancien compagnon d'armes Eddie Spanier débarque au Japon pour le venger. Après avoir fait la connaissance de sa veuve japonaise Mariko (Shirley Yamaguchi) il va infiltrer la bande du redoutable Sandy (Robert Ryan) afin de remonter la piste de meurtrier.

La découverte de la culture nippone reste assez sommaire que ce soit par la nature soumise du personnage de Mariko associé à la femme japonaise, le folklore local reste en arrière-plan carte postale et finalement on ne quitte pas le point de vue des protagonistes américain qui reste entre eux. Néanmoins Fuller offre des vues superbes de ce Tokyo des 50's, capturant l'urgence des rues encombrées de kermesse agitées ou le port maritime, le choix de Robert Stack justifiant même cette approche documentaire. Gary Cooper était initialement prévu pour le rôle principal mais la notoriété de l'acteur aurait rendue impossible un tournage en pleine rue sans qu'il soit reconnu par les passants. Le technicolor, les cadrages et la recherche visuelle offrent réellement des moments captivant esthétiquement (magnifique photo de Joseph MacDonald) notamment les scènes intimistes entre Robert Stack et Shirley Yamaguchi.

L'aspect le plus curieux et original du film reste cependant les sous-entendus homosexuels entre Robert Ryan et Robert Stack. Ryan offre un jeu tout à la fois menaçant et tendre à travers sa bienveillance envers Stack, Sandy dérogeant à sa règle de tuer ses acolyte blessés pour lui et provoquant la jalousie tendancieuse de son second joué par Cameron Mitchell.

Les situations sont parfois sans équivoque (Ryan malmenant Mariko, se montrant presque tendre envers Griff agonisant juste après l'avoir criblé de balles) et par moments plus subtiles grâce au jeu trouble de Robert Ryan. Il faut voir son désarroi d'amant trahi lorsqu'il découvrira la couverture de Robert Stack et le procédé d'humiliation alambiqué qu'il lui réserve et causera sa perdre au final car il ne peut l'abattre froidement. Pas le meilleur polar de Fuller loin de là mais dépaysant et efficace.

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta



jeudi 14 mars 2013

Hombre - Martin Ritt (1967)


Une diligence est attaquée par des bandits. Parmi ses occupants, un garçon taciturne et mystérieux, John Russell, élevé par les Apaches et connu sous le nom d’Hombre. Les agresseurs tentent de s'emparer d'une somme importante que transporte avec lui Favor, agent indien de la réserve de San Carlos et qui a détourné l'argent à son profit. L'attaque est sur le point de réussir lorsque John intervient et abat deux gangsters...

Etonnant western que ce Hombre, ni dans la veine pacifiste des westerns pro indien des années 50, ni dans celle plus politisée de ceux à venir dans les années 70. Toute la singularité du projet est inscrite dans l'intrigue surprenante (adaptée d'Elmore Leonard) et de son personnage principal déroutant. Des indiens, on en verra surtout durant le générique mélancolique où leur sort cruel défile en photo. C'est surtout à travers le détachement et la haine de John Russell (Paul Newman), métisse élevé parmi les indiens, que s'exprime le message du film. Bien qu'ayant conservé un nom blanc, il a préféré continuer à vivre parmi les indiens où il a accumulé une rage contre l'injustice et le racisme ordinaire qui se dévoile dès l'ouverture où il malmène sévèrement un blanc insultant dans un bar. Russell semble avoir perdu toute foi, toute confiance en l'homme blanc si ce n'est envers l'homme en général.

L'épreuve à laquelle il va être confronté va d'ailleurs confirmer au départ ce peu d'estime envers autrui. La longue première partie le montre effectuer un voyage en diligence avec diverses personnalité : un ancien délégué aux affaires indiennes et son épouse (Fredrich March et Barbara Rush), un jeune couple chamailleur, l'inquiétant Grimes (Richard Boone) ou encore Jessie ( Diane Cilento superbe) une femme qu'il a exclue de l'auberge dont il a hérité. On ressent durant ce moment la profonde indifférence de Russell envers ses voisins, d'abord lors d'une scène où il laisse Boone intimider et s'approprier le billet d'un des voyageur puis lorsqu'il est confronté à une réaction qu'il connaît bien en étant exclu de la diligence après avoir dévoilé ses origines lors d'un échange tendu.

 Les voyageurs vont pourtant devoir se reposer sur cet indien lorsqu'il s'avéra le seul rempart face à des malfrats les attaquants loin de toute civilisation. L'atmosphère du film prend alors un tour déroutant. Peu de vrais affrontements et coups de feu mais une tension palpable où se joue une dangereuse partie d'échec entre Russell et Boone. Ritt filme superbement ces paysages montagneux où le danger peut surgir hors champs, du haut d'une colline dans un coin du cadre où de l'intérieur même avec des protagonistes aux desseins contrariés à l'image du personnage traître de Fredrich March. Russell reste pourtant le maître du jeu, car misant toujours sur les bassesses et la traitrise de chacun.

Le film semble être la mise à l'épreuve de Russell envers l'homme blanc forcément adepte de la duplicité et du calcul, opinion confirmée par les attitudes lâches de chacun et qui lui donne toujours une longueur d'avance. Paul Newman est absolument parfait, stoïque, taciturne et glacial, il semble constamment extérieur aux évènements et ne secoure ses compagnons que par nécessité. Le conflit moral final semble pourtant bouleverser les forces en présences. Newman découvre ou provoque la solidarité chez ces blancs qu'il déteste tant et la conclusion humanise autant les autres aux yeux de Russell que lui-même sortant de sa pure logique pragmatique.

Le final en ferait presque une figure christique servant de révélateur et prête à se sacrifier une assurée que ses compagnons le mérite. Ritt fait passer tous ces questionnements avec limpidité et toujours dans l'action, le film malgré le ton quelque peu austère étant toujours prenant tout en laissant exploser quelques éclats de violence bien senti (Russell qui fait passer un mauvais moment à Boone venu le tester) où on ressent les écarts désormais permis par le western spaghetti.

Sorti en dvd zone 2 français chez Fox

vendredi 30 mars 2012

Le Jardin du Diable - Garden of Evil, Henry Hathaway (1954)


Trois passagers d'un bateau se trouvent coincés dans une petite bourgade du Mexique après une avarie de machines. Alors qu'ils prennent un verre, une femme aux cheveux roux surgit et les supplie contre récompense de secourir son mari bloqué au fond d'une mine par un éboulement. Les trois hommes ainsi qu'un client du bar acceptent. Ils l'accompagnent dans une région isolée aux mains des Apaches.

Hathaway réalise un des plus singuliers westerns des années 50 avec ce Jardin du Diable où le déroutant scénario de Frank Fenton nous emmène de surprise en surprise. Le film démarre comme un western d'aventures picaresque façon Vera Cruz (réalisé cette même année 1954 et où Gary Cooper campe un personnage assez proche) où trois hommes coincés dans une bourgade mexicaine acceptent de suivre une femme dont le mari est coincé dans une mine d'or.

Tout les les archétypes sont là, personnages comme décors spectaculaire pour mener un récit mouvementé. Gary Cooper est ici un homme droit mystérieux et taciturne sur son passé, Cameron Mitchell serait plutôt le jeune chien fou à la gâchette facile et le grand Richard Widmark aux antipodes de ses rôles de psychotique est le désinvolte posant un regard distancié sur le danger. On comprend déjà que l'on est ailleurs avec le personnage de Susan Hayward qui ne tombe dans aucun clichés du genre (la vamp, la femme effacée et aimante) pour composer une femme à poigne qui ne lève pas un regard sur les hommes ayant accepté de l'accompagner.

Seul compte pour de sauver son époux enseveli et aucun obstacle ne se posera en travers de sa route. Une scène définit cette détermination lorsqu'elle traverse la première et en sautant à cheval et sans la moindre hésitation la crevasse d'un chemin sinueux en flanc de montagne. Ce passage accompagne aussi le basculement du film dans un territoire inconnu, autant dans l'espace traversé que par la tournure de l'intrigue.

Le rythme et l'atmosphère sont des plus étranges. Hathaway effectue un grand écart étonnant avec ces cadrages amples dévoilant toute la majesté des somptueux et très variés décors naturels contrebalancé par une caméra statique qui instaure progressivement une ambiance des plus oppressantes. On ne sait pas vraiment ce que l'on doit craindre le plus, les indiens tapis dans l'ombre dont c'est le territoire ou alors les passions des protagonistes que ce soit l'appât du gain ou l'attirance pour Susan Hayward. Pas d'action donc mais une tension sourde où l'on explore les failles des personnages et devine dans quel travers ils tomberont lorsque les choses se gâteront.

L'interprétation est exceptionnelle au sein du trio vedette. Gary Cooper taiseux et droit comme la justice fait passer une gamme d'émotions subtiles à un personnage dont on ne saura rien jusqu'au bout. Richard Widmark est lui fascinant en homme lucide sachant lire l'esprit des autres et qui malgré cela se montrera prêt à céder à une Susan Hayward ambiguë. Hathaway saisit magnifique la séduction et le pouvoir de conviction de cette femme sensible mais prête à capable de pousser les hommes à leur perte si besoin.

L'arrivée à la mine et les retrouvailles avec son mari l'éclaire sous un nouveau jour où on saisit toutes les nuances du script de Fenton. On a là des êtres vide de toute humanité dans leur simple quête de richesse et finalement les plus attachants seront ceux qui sauront se sacrifier où survivre pour une plus noble cause.

Le mari (Hugh Marlowe) saura ainsi rendre tragiquement à son épouse l'abnégation qu'elle a mis à le sauver, Richard Widmark exprimera sa flamme au travers du hasard d'un jeu de carte (même si une belle scène de de déclaration aura précédé) et Gary Cooper dans la belle scène finale rejoindra Susan Hayward dans un soleil couchant sachant lui aussi où est l'essentiel.

L'action est entièrement soumise à cette évolution des personnages et n'arrive finalement que dans les tous derniers instants du film. Là Hathaway récompense notre attente avec un sacré morceau de bravoure où une course poursuite nerveuse s'enchaîne avec une embuscade en montagne.

L'ennemi indien n'est qu'un prétexte et un révélateur qu'Hathaway film comme des silhouettes indistinctes et sans visages, une menace omniprésente dont les flèches peuvent surgir de partout amenant une dimension fantastique et psychologique appuyée. Formellement c'est somptueux de bout en bout et un des Hathaway les plus aboutis visuellement où les images marquantes sont multiples. Vraiment surprenant dans sa manière de contredire un argument attendu, un superbe western pour peu qu'on accepte d'être happé dans son étrangeté.


Sorti en dvd zone 2 français chez Sidonis dans la collection western

mardi 27 mars 2012

Jules César, Conquérant de la Gaule - Giulio Cesare, il conquistatore delle Gallie, Anton Amerigo (1963)



En 54 avant J.C., le [pro]consul romain Jules César a déjà conquis la plupart des territoires du nord de la «Provincia» et s'apprête à tenter l'invasion de la Bretagne pour la seconde fois. Mais la Gaule, soumise depuis peu, est secouée à nouveau par un mouvement de rébellion. Son meneur, Vercingétorix, un ancien esclave gaulois affranchi, est parvenu à fédérer autour de qui de nombreux peuples prêts à en découdre avec Rome pour recouvrer leur liberté. C'est la ville fortifiée d'Alésia qui sera le théâtre de ce terrible affrontement...

Très librement inspiré de La Guerre des Gaules de Jules César, le film n'en a que plus d'intérêt puisque étonnement ces faits ont été relativement peu abordé dans le péplum (si ce n’est dans des films fantaisiste et oubliables comme L'Esclave de Rome" et Seul contre Rome fond du panier du péplum italien).

Le film mélange très habilement fait réels historiques, tous solidement abordés et un aspect plus romanesque qui fonctionne bien également. La première heure met ainsi parallèlement en scène les difficultés de César et Vercingétorix à unir leurs camps. D'un côté César en lutte avec un sénat agacé par le pouvoir que lui confère ses victoires et qui cherche à le stopper en lui refusant des légions supplémentaires alors qu'il s’apprête à attaquer la Bretagne. De l'autre Vercingétorix s'évertuant à force d'alliances et de compromis à rassembler le peuple celte sous son commandement. Toutes les manœuvres et discussion politiques sont très bien vues à ce niveau et offre une vraie crédibilité à la situation en place.

Pour ce qui est de l'aspect romanesque, on a l'histoire d'amour impossible de rigueur entre la pupille de César promise à Cicéron par alliance politique, mais amoureuse d'un de ses généraux. C’est un élément classique mais suffisamment bien traité pour susciter l'intérêt. Il y a par contre d'autres aspects plus discutables comme de faire de Vercingétorix un simili Spartacus puisqu'il s'avère être un esclave affranchi. Par contre belle idée que de faire de Jules César celui qui l'affranchit en ouverture, créant ainsi son propre ennemi sans le savoir. L'autre élément amusant et incohérent est de faire intervenir la reine des belges Astrid aux côtés de Vercingétorix, alors que son peuple aurait été décimé par César quelques année auparavant et donc pas en mesure d'apporter une aide quelconque. La cause de la défaite finale dû à sa jalousie est assez grossière également mais contribue à l'aspect plus feuilletonnesque de l'histoire.

Le traitement est assez étonnant puisque l'envahisseur romain est présenté sous un jour positif alors que les gaulois ne sont que des rustres sanguinaires, le cinéma proposant le plus souvent la solution inverse. Vercingétorix est une vraie brute barbare qui n'hésite pas à faire couper la main d'un allié qui ne lui a pas fournis la totalité des renforts demandé, use de la torture et n'est pas loin de violer la pupille de César qu’il a prise en otage lors d’une scène. César est lui au contraire montré comme un chef charismatique aimé de ses hommes prêts à le suivre jusqu'en enfer (à qui il rend bien cet amour lors d’une séquence où il donne de l'eau aux blessés), fin stratège prêt à foncer au cœur de la bataille lorsqu'elle devient désespérée.

Très belle interprétation de Cameron Mitchell (acteur américain plus connu pour être un des héros de la série western Bonanza et premier rôle récurrent du péplum italien comme l’excellent La Ruée des Vikings de Mario bava évoqué sur le blog) en César, une vraie allure, une présence et une noblesse de tous les instants. Rick Battaglia boule de nerfs au regard fiévreux apporte également un beau magnétisme à son Vercingétorix.

Pas mal de qualités donc mais un certain manque de moyens et les lacunes de Anton Amerigo (en fait pseudo sous lequel se cache le réalisateur Tanio Boccia coupable d'un oubliable Maciste et les filles de la vallée) derrière la caméra entache un peu la bonne impression. On est loin des cohortes impressionnante de légions vues ans les péplums américain, le tout est particulièrement fauché avec les immenses décors naturels yougoslaves trahissant la cruelle déficience en figurants. Les intérieurs sont soignés mais pas bien flamboyant malgré quelques réussite comme le camp des gaulois. La dernière partie illustrant les batailles de Gergovie et d'Alésia est bien plus spectaculaire et bénéficiant de gros moyens avec deux armées énormes se faisant face.

Cependant Amerigo est très brouillon dans le traitement stratégique des batailles (On ne peut donc pas apprécier une des principales qualités de César), on a bien du mal à différencier les deux camps qui se contente de se rentrer dedans. Les corps à corps sont bien mous malgré quelques débordements sanglants et on a même quelques stock-shots grossiers lors de certains plans d'ensemble, sans parler des ellipses en fondu enchaînés (le mal récurent du péplum fauchés) pour illustrer l’enchaînement des combats.Plus à l'aise dans un registre plus contemplatif, le réalisateur propose quelques très belles compositions de plans à comme l'armée romaine en attente devant Alésia, la nature bien mise en valeur et une belle scène illustrant les rites gaulois. La séquence de la reddition de Vercingétorix est splendide également.

Très intéressante coproduction Franco -Italienne donc qui aurait pu donner quelques chose de vraiment très bon sans les quelques petites scories de mise en scène et de budget. On peut soupçonner des coupes au montage également tant certains enchaînements paraissent abrupts, expliquant la durée un peu courte 1h30. A voir néanmoins si on s’intéresse à cette période précise vu que les films en traitant ne sont bien nombreux.

Sorti en dvd zone 2 français chez LCJ

Extrait

mercredi 17 août 2011

La Ruée des Vikings - Gli invasori, Mario Bava (1961)


En 786, à Portland, le Baron Rutford ordonne à ses troupes d'anéantir une colonie Viking installée sur les côtes écossaises. Il tue ensuite le roi venu lui reprocher son manque de diplomatie. La reine recueille un orphelin viking, Erik. Il deviendra commandant de la flotte du royaume, tandis que son frère en prépare une nouvelle attaque...

Grand classique du film d’aventure comptant parmi les chefs d'œuvre de Richard Fleischer, Les Vikings ne pouvait laisser indifférent ce grand recycleur de formule qu'était le cinéma de genre italien à l'époque. Sans égaler son illustre modèle, le film de Mario Bava constitue néanmoins son avatar le plus réussi avec le petit côté excessif typiquement transalpin où le film sera forcément plus violent, érotique et outré que le Fleischer.

Doté de moyens plus conséquents qu'à l'accoutumée, Bava offre un spectacle des plus flamboyant où le visuel oscille entre son penchant pour le tournage en studio et l'imagerie plus typique du cinéma d'aventures associée à des extérieurs spectaculaire. Ainsi tous les passages chez les vikings offrent des intérieur très travaillés où Bava pour illustrer l'atmosphère païenne des rites nordiques usent d'éclairages et de filtres bariolés rouges, violets, le tout accompagné des décors fantaisistes et imposants.

A l'opposé, chez les anglais à la fois chrétienne pieuse, le tout se fait plus sobre et c'est par les intrigues de palais et les manigances fourbes du méchant incarné par Andrea Checchi que se traduit l'atmosphère viciée.

L'interprétation est inégale mais relativement solide. Le scénario reprend la trame des deux frères ennemis ignorant leur parenté et Cameron Mitchell (pendant de Kirk Douglas chez Fleischer donc et solide interprète de la série B italienne notamment le péplum) interprète un Eron débordant de charisme et de noblesse sous la barbarie tandis que Georges Ardisson en Erik malgré un physique imposant est tout de même assez fade. Andrea Checchi campe un méchant fourbe à souhait et les jumelles Alice et Ellen Kessler sont tout à fait convaincantes en fiancée des héros.

Les scènes de batailles sont toutes très réussies même si un peu trop brève dans l'ensemble. Celle qui ouvre le film donne le ton avec un massacre de vikings sanglant où femmes et enfants sont décimés de manières impitoyables. Le combat en pleine mer même si trahissant le manque de moyens (et la disposition étrange du pont des drakkars vikings) fait preuve d'une belle énergie mais c'est la bataille finale qui emporte l'adhésion. Précédée par un mano à mano hargneux entre Erik et Eron, la conclusion offre des vues impressionnantes du décor du château, manie bien le suspense et l'émotion (avec la fin du personnage de Eron en montages alterné poignant) et offre une dantesque opposition entre anglais et vikings.

L'amateur d'affontement épique sera servi entre l'huiles bouillante balancées du haut des remparts, flèches à la précision aussi dévastatrice que sanglante, haches et épées faisant des ravages le tout au sein d'un décor s'effondrant de toute part. Malgré un scénario léger et quelques raccourcis hasardeux, Bava nous offrait là un de ses films les plus spectaculaire et se concluant sur une dernière scène est de toute beauté.



Disponible en dvd zone 1 chez Anchor Bay et doté de sous-titres anglais (dans une superbe copie comme en témoigne les captures), il existe également un édition allemande en zone 2 également doté de sous-titres italiens, anglais et allemands.