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mardi 9 février 2016

Panique dans la rue - Panic in the Streets, Elia Kazan (1950)

Kochak, un émigré venant d'arriver clandestinement par bateau à la Nouvelle-Orléans, est assassiné par ses partenaires de poker alors qu'il venait d'empocher la mise et souhaitait se retirer, ne se sentant pas bien. Le lendemain, la police découvre son corps. L'affaire, d'apparence banale, prend des proportions inattendues lorsque l'autopsie révèle qu'il était atteint de la peste pulmonaire (pneumonique). Le Dr Reed, représentant du service sanitaire, et le capitaine Warren vont effectuer une course contre la montre pour retrouver les personnes ayant pu être en contact avec Kochak, en particulier ses assassins, avant que l'épidémie devienne incontrôlable...

Les premiers films d'Elia Kazan comportaient déjà de belles réussites dans le registre du mélodrame avec les superbes Le Lys de Brooklyn (1945), Le Mur invisible (1947 et qui lui vaudra l'Oscar du meilleur réalisateur) et L'Héritage de la chair (1949). Cependant ces films s'inscrivaient dans un certain classicisme bien éloigné de ses expérimentations au théâtre et bien sûr de sa filmographie à venir. Panique dans la rue sera le film de l'émancipation où il trouvera vraiment son style. Le postulat est très original pour un film noir avec cette épidémie de peste répandue dans les bas-fonds de la Nouvelle-Orléans et qu'un médecin du service sanitaire (Richard Widmark) et un policier (Paul Douglas) vont tenter d'empêcher de s'étendre. Cela autorise un donc une approche entre atmosphères typique du genre (voir la poursuite et le meurtre brutal en ouverture où l'on passe d'une salle de jeu mal famée à une ruelle plongée dans les ténèbres) et un style documentaire typique de la Fox.

Kazan n'invente d'ailleurs pas cette veine au sein du studio (qui est plutôt tributaire de Henry Hathaway) mais se l'approprie à sa manière. En plus de filmer admirablement des environnements réels, il y plonge son casting sans filet entouré d'autochtones, la vie et l'énergie des séquences (l'interrogatoire à la gare, les trognes de travailleurs fatigués que l'on croise dans les bars miteux) se conjuguant au réalisme du décor. A cela s'ajoute un style fluide mêlant sobre virtuosité avec l'usage du plan-séquence et une approche sur le vif conférant une urgence où l'acteur dispose d'une plus grande liberté de mouvement, où une plus grande part est laissée à l'improvisation (même si on sent encore un certain contrôle par rapport à ce qu'on verra dans les films à venir). Dès lors la ville constitue autant un nid de dangers imprévisibles qu'un vrai terrain de jeu aux environnements variés (la cinégénie de La Nouvelle Orléans aidant) qui culmine lors de l'haletante poursuite finale entre immeubles insalubres, hangar et docks.

Le duo formé par Paul Douglas et Richard Widmark témoigne d'une remarquable écriture par l'efficacité d'un antagonisme cédant au respect puis à la possible amitié. Widmark déjà devenu star laisse la place du psychopathe à un débutant nommé Jack Palance qui crève l'écran avec ce premier rôle au cinéma. L'allure de colosse, le vice véhiculé par ce visage anguleux et marqué et les explosions de violences dérangeantes (la manière dont il malmène un acolyte fiévreux sur la fin) en font une menace sacrément intimidante.

Une belle réussite donc pour un Kazan nouvelle manière qui suscitera après coup des interprétations contradictoires avec selon les points de vue une peste parabole du Maccarthysme (car synonyme de méfiance et suspicion envers son voisin contaminé) ou du communisme (le virus apporté et propagé par des migrants aux noms à consonance étrangères).

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta 

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