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vendredi 12 février 2016

Fargo - Joel et Ethan Coen (1996)

En plein hiver, Jerry Lundegaard, un vendeur de voitures d'occasion à Minneapolis, a besoin d'un prêt de Wade Gustafson, son riche beau-père. Endetté jusqu'au cou, il fait appel à Carl Showalter et Gaear Grimsrud, deux malfrats, pour qu'ils enlèvent son épouse Jean. Il pourra ainsi partager avec les ravisseurs la rançon que Wade paiera pour la libération de sa fille. Mais les choses ne vont pas se dérouler comme prévu.

Sixième film des frères Coen, Fargo est une de leurs œuvres les plus célébrées et personnelles. En intégrant à leur scénario la fausse information comme quoi la trame serait inspirée d’un fait divers réel (ne révélant la vérité qu’au détour d’une question d’un des acteurs durant le tournage, et n’éventant l’information que durant le générique du film pour le spectateur) les Coen amènent une tonalité qui prolonge et détache à la fois le film de leurs essais précédents. Les quidams ordinaires embarqués dans une spirale criminelle implacable fait de poisse et d’incompréhension rappelleront bien évidement Sang pour sang (1984), leur magistral galop d’essai. Enfin l’excentricité et le caractère doux-dingue des protagonistes lorgne également sur le cartoonesque Arizona Junior (1987). Fargo se déleste pourtant du marqueur du film noir du premier tout comme de la loufoquerie du second pour dépeindre une comédie humaine sanglante. Le cadre de leur Minnesota natal est si minutieusement scruté que le film offre un fascinant entre-deux entre sécheresse narrative et riches études de caractères.

Le Minnesota et le Dakota du nord voisin où se déroule l’intrigue constituent le berceau d’une certaine Amérique simple, rurale et authentique. C’est un environnement apaisé où le mal-être et la violence doivent se dissimuler sous un vernis de politesse et de bonhomie constante. Fargo évoque tout à la fois les gens paisible qui s’en accommode sans perdre de leur lucidité quant au mal tapis sous la douceur aseptisée (la policière Marge Gunderson jouée par Frances McDormand ), des ratés rongés par ce poids des apparences (William H. Macy) et des vrais être malfaisants cédant à leurs bas-instincts avec le duo Steve Buscemi/Peter Stormare. 

Ce cadre hivernal rude et sa blancheur enneigée clinique possèdent une dimension étouffante qui ne peut qu’éveiller des traits de caractères extrême, dans une certaine forme d’engourdissement intellectuel pouvant susciter le sourire (les attitudes mimétiques et ahuries des deux amantes d’un soir des criminels que va interroger Frances McDormand), la pitié ou l’horreur. La scène où Frances McDormand rencontre un ami perdu de vue à Minneapolis par sa gêne étrange (confirmé par les révélations qui suivront) est donc tout sauf anodine et exprime une forme de malaise, dépression et violence latente que peut aviver cette Amérique si tranquille - le beau-père pingre et prompt à user des armes en est un autre exemple.

Toutes les explosions de violence naîtront donc d’une frustration, l’insatisfaction d’une existence sans but ni saveur trouvant son reflet dans le paysage hivernal immaculé. Jerry Lundegaard (William H. Macy tout en regard de chien battu), oppressé et méprisé par tous trouve ainsi la pire solution pour se sortir de ses problèmes en faisant kidnapper sa propre femme. Cette frustration est évacuée de manière bien lus brute et gratuite par les deux kidnappeurs, témoignant de leur stupidité. Un glaçant crime nocturne vient souligner le caractère imprévisible d’un mutique Peter Stormare tandis que l’agression verbale constante puis là aussi le vrai crime le confirmera pour Steve Buscemi. Parallèlement les rapports tendre entre Frances McDormand et son époux (John Carroll Lynch) amènent une respiration qui montre un ailleurs possible plus équilibré si l’on daigne se satisfaire de son existence. 

La bascule vers des penchants négatifs ne reposera pas sur une quelconque dérive sociale chez les Coen (les nantis comme les démunis étant tout aussi aptes à courir à leur perte) mais plutôt comme souvent avec eux un regard lucide sur les dérives possibles de la nature humaine. Nous ne sommes pourtant pas dans l’extrême noirceur ou l’ironie mordante dont ils sont capables, nous laissant atterrés sans totalement nous autoriser à rire, nous horrifiant sans complètement prendre tout cela au sérieux. On touche à un fascinant équilibre idéalement saisi par le superbe score de Carter Burwell qui pose à la fois émotion et distance contemplative sur le drame en marche. Une réussite exceptionnelle qui leur vaudra un accueil critique triomphal couronné par Prix de la mise en scène à Cannes en 1996 et les Oscars de la meilleure actrice (Frances McDormand) et du meilleur scénario original en 1997.

Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez MGM 

 

1 commentaire:

  1. un film vu et revu (la dernière fois à la télé, je me suis laissé aller à le re-revoir alors que j'ai le blue-ray), qui fonctionne toujours et ne vieillit pas, c'est rare.

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