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lundi 13 septembre 2010

Peines d'amours perdues - Love's Labour's Lost, Kenneth Branagh (2000)


En 1939, dans le royaume de Navarre, le jeune souverain et ses trois compagnons, Biron, Longueville et Du Maine, s'engagent, lors d'un serment public et solennel, à consacrer les trois prochaines années de leur vie aux études de philosophie. Déterminés à respecter le pacte, ils renoncent à toute frivolité, ne courtiseront plus aucune femme, jeûneront une fois par semaine et ne dormiront que trois heures par nuit.
Cependant, le sérieux de l'entreprise et l'honneur des étudiants sont mis à rude épreuve par l'apparition de la princesse de France et de ses trois charmantes demoiselles de compagnie, Rosaline, Maria et Catherine, lors d'une visite diplomatique.


Peine d'amours perdues est la quatrième adaptation de Shakespeare par Branagh (après Henry V, Beaucoup de bruit pour rien et Hamlet et avant As you like it en 2006) et probablement aussi une de ses plus inventive. Le fait d'exhumer une pièce méconnue voire oubliée de Shakespeare semble avoir donné des ailes à Branagh qui aux antipodes de la rigueur qu'il s'était imposé sur Hamlet s'autorise bien plus d'écarts avec le texte original, cherchant plus à en retranscrire l'esprit que les mots. Dans une démarche proche du Moulin Rouge de Baz Luhrmann, Branagh déplace l'intrigue dans les années 30 à la veille de la seconde guerre mondiale qu'il transforme en comédie musicale hommage à celle de l'âge d'or hollywoodien.

Ainsi lorsque les mots de Shakespeare sont abandonnés, ce sont les grands standards de l'époque qui guident les échanges avec élans et légèreté où les connaisseurs se délecteront des classiques revisités de Gershwin, Cole Porter ou Irving Berlin magnifiquement réorchestré par Patrick Doyle. La pièce étant une illustration de l'amour juvénile, fougueux et maladroits Branagh s'est entouré d'un casting de jeunes acteurs montant malheureusement assez fade et c'est là que le bas blesse. Le marivaudage, les quiproquos et les mesquineries diverses amènent leur lot de situations réjouissante mais malgré la sincérité on est loin de la pure jubilation ressentie devant des moments similaires dans le merveilleux Beaucoup de bruit pour rien pourtant plus cynique. La suite l'a malheureusement prouvé tout prometteurs qu'ils étaient Alessandro Nivola, Alicia Silverstone et dans une moindre mesure Emily Mortimer n'ont pas eu la carrière quils auraient dû et tous s'avèrent bien transparents malgré leur allant manifeste (tous chantent eux même leur titre).

C'est donc Kenneth Branagh lui même bien que déjà trop vieux pour jouer les jeunes premiers qui fait passer idéalement toute les émotions, du dilemme de ses étudiants en herbe face à de ravissante jeune fille à la cour enflammé qu'il leur mène bientôt. La scène où il sermonne ses comparses pour avoir rompu leur serment avant d'être lui même démasqué est assez irrésistible. Dans un rôle secondaire, l'ordinaire si sérieux Timothy Spall offre également une prestation drôlissime en officier ridicule à l'accent espagnol improbable.

Visuellement c'est une véritable splendeur, la mise en scène tout en mouvement de Branagh fait merveille et la photo de Alex Thomson passe de la reprise du clinquant hollywoodien d'époque (une séquence sous marine virevoltante façon Busby Berkeley) à des ambiances féériques à la Brigadoon lorsqu'on se trouve en pleine nature (splendide arrivée des princesse en barque) et même du pur Bob Fosse lors d'une torride séquence de bal masqué virant cabaret.

A défaut d'arriver par la prestation des acteurs, l'émotion naît enfin par la grâce de la réalisation de Branagh dans les vingts dernière minutes chantées sur They can't take that away from me où l'amourette atteint enfin la profondeur souhaitée lors d'une déchirante séparation avant de traverser les horreurs de la guerre (le procédé d'ellipse façon infos d'époque perd son côté décalé humoristique) dont certains n'échapperont pas, avant les retrouvailles finales. Une scène somptueuse qui conclut admirablement le film sur la meilleure impression possible.

Sorti en dvd zone 2 français trouvable pour pas grand chose.

Extrait de la magnifique séquence finale

12 commentaires:

  1. Content que tu aies apprécié la virevoltante comédie musicale de Branagh. Certes la distribution sur les jeunes acteurs n'est pas excptionnelle, mais entre Branagh lui-même, McElhone, Spall et Lane, il y a quand même du beau linge devant la caméra.

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  2. Hormis le problème de cast transaparent c'est assez enchanteur et virevoltant oui et effectivement les vieux briscards rattrappent bien le coup. C'est que Nathan Lane est assez génial aussi !

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  3. J'ai un lointain et assez mauvais souvenir de cette comédie musicale shakespearienne très référencée.
    Je ne saurais trop en parler (vu il y a 5-6 ans, il ne m'en reste pas grand chose), mais je me rappelle avoir trouvé l'histoire très fade, l'hommage (qui tourne presque à la parodie) vain et le tout très ennuyeux.

    "Tout le monde dit I love you" est bien plus sympathique dans un registre similaire.

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  4. Hormis le genre, la comédie musicale, difficile de comparer "Tout le monde dit I love you" et "Peines d'amour perdues", Anne.
    Comme toi j'avais trouvé le film décevant la première fois que je l'ai vu, au ciné, il y a une dizaine d'années, mais le revoir queleus années plus tard a complètement changé mon opinion. C'est du cinéma jubilatoire.

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  5. Je n'affirme pas que les deux films sont en tout point pareil, ni qu'ils affichent les mêmes ambitions, mais ils se rapprochent dans leur façon de remettre au goût du jour l'esthétique surannée des comédies musicales de l'âge d'or, en mêlant l'hommage vibrant à la dérision.
    Les séquences musicales étant, dans l'un comme dans l'autre, part intégrante et importante du film, il me semble judicieux au contraire de les comparer en s'appuyant sur ce point précis. D'autant que dans ces années là (1990-2000), les films de ce genre n'étaient pas bien nombreux.

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  6. Finalement malgré les fautes de goûts et les partis prix extrêmes "Moulin Rouge" est peut être le plus intéressant de cette nouvelle vague de comédies musicales des années 2000, car reposant moins sur la nostalgie et proposant quelques chose de plus neuf. Après le côté rétro et reférenciel ne m'a pas dérangé non plus dans le Branagh...

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  7. Bien sûr, dans les deux films les numéros musicaux font partie intégrante et importante du film, sinon ce ne seraient pas de vraies (et réussies) comédies musicales, mais au sein du genre, les films sont assez différents. Moi ce sont deux films que j'admire. Pour moi ce Woody Allen a été son dernier grand jusqu'à Match Point en 2005. Après l'un est un film contemporain avec des compositions originales lorsque l'autre est un film en costume au cadre imaginaire avec des morceaux classiques remis au goût du jour.
    Ce sont deux films que j'adore, mais dont la comparaison n'a effectivement de sens qu'en tant que film d'un même genre et d'une même époque, en cela je suis d'accord avec toi (enfin, je ne suis pas d'accord lorsque tu qualifies le film de Branagh fade, vain et ennuyeux) ;)

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  8. C'est lundi, alors j'ai le temps de faire le tour de la blogosphère, de commenter, et c'est merveilleux. ;)

    Alors déjà, je ne connaissais pas du tout ce film, même si j'ai vu "Beaucoup de bruit pour rien" (et que j'attends de recevoir "Hamlet", de et avec Kenneth Branagh).

    J'ai bien aimé "Much a do about nothing", surtout à cause du couple formé par Kenneth Branagh et Emma Thompson, je dois dire, car malgré des séquences assez enlevées, par moment, j'éprouvais un certain ennui.

    "Peines d'amour perdues" me tente bien, car j'ai l'impression que ce film est moins académique, et puis un hommage aux comédies musicales de l'âge d'or du cinéma hollywoodien, ça ne se refuse pas.

    Est-ce qu'Alessandro Nivola est bien, dedans ? C'est un acteur que j'ai découvert dans "Mansfield Park", où il est très bien ; mais c'est vrai qu'il n'a peut-être pas eu la carrière à laquelle on pouvait s'attendre (je note aussi qu'il est mieux blond que brun - ça, c'est le genre de remarque constructive que l'histoire du cinéma retiendra...) ;)

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  9. Je l'ai trouvé un peu insipide en jeune premier Alessandro Nivola malheureusement, il a de l'allure et fait ce qu'il faut mais manque vraiment de charisme même si je l'avait déjà trouvé bon ailleurs comme dans "Volte face" en petit frère de Nocholas Cage. Sinon en Branagh "beaucoup de bruit pour rien" garde ma préférence vraiment euphorisant comme film, "Hamlet" et sa belle relecture de "Frankenstein" sont très bons aussi. par contre son remake du "Limier" est à fuir...

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  10. Dommage pour Alessandro Nivola (je reste persuadée que c'est un problème de cheveux : car Alessandro Nivola brun... mmh, non, ça ne va pas).^^

    "Much ado about nothing" laisse une impression très ensoleillée, c'est vrai : le film a été tourné dans une villa en Toscane, je crois. Et Keenu Reeves est très convaincant en "méchant" ; son inexpressivité inquiétante est très bien employée. Denzel Washington m'a laissé un bon souvenir également. ;)

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  11. Je devine comme une ancienne passion secrète pour Alessandro Nivola (en blond !)^^

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  12. @ David Tredler
    Au delà de l'époque et du genre, les deux films ont en commun la réactualisation de grands classiques et des chorégraphies très référencées.
    En effet, contrairement à ce que tu indiques plus haut, "Tout le monde dit I love you" ne possède pas de compositions originales, la bande-son est composée de vieux standards américains ("I'm through with love", "My baby just cares for me", "Just you just me"...), chantés par les acteurs, exactement comme dans "Peines d'amour perdues".
    Bon, là, je cherche vraiment la petite bête, mais en fait, ce qui différencie les deux films le plus évidemment est que l'un à un scénario original (de Woody Allen, ce qui le rend d'autant plus particulier) et l'autre est une adaptation de Shakespeare, mais les deux films se rapprochent à bien des égards (en particulier dans la manière dont ils rendent hommage à tout un pan du genre musical). Voilà pourquoi je me suis permise de les comparer.

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