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mardi 4 février 2014

Le Port de la drogue - Pickup on South Street, Samuel Fuller (1953)


Dans le métro, Candy se fait voler son portefeuille par Skip Mc Coy, un pickpocket aguerri. Des policiers qui suivaient la jeune femme soupçonnée d'être un agent de liaison communiste, assistent à la scène sans pouvoir intervenir. De retour chez lui, Mc Coy découvre que le portefeuille contient un microfilm. Policiers et communistes vont essayer de le récupérer.

Fuller réalise un des fleurons du film noir avec ce mémorable Pickup on South Street brutal et sensuel. Ancien reporter criminel à ses débuts, Fuller connaît comme sa poche les us et coutume de ce petit monde de la pègre ordinaire et n'aura de cesse dans ses meilleurs polars d'extraire une certaine humanité de cette fange et de montrer ces truands comme des êtres plus complexes à résumer que leurs seuls mauvais penchants. On en aura plus tard un bel exemple avec son mémorable Underworld U.S.A. (1961 où son impitoyable héros vengeur se montrera finalement plus fragile et faillible que la tentaculaire et glaciale organisation mafieuse.

On en a une première idée ici où nos héros tout hors-la-loi qu'ils sont s'avèrent pourtant bien plus attachant dans le défaut que l'impitoyable ennemi communiste. Depuis le 24 novembre 1947 et la réunion du Waldorf-Astoria, les studios américains dont la Fox s'engagèrent à ne plus employer de communistes et à sortir des productions stigmatisant la menace rouge. Samuel Fuller s'y frottera avec des films de guerre comme J'ai vécu l'enfer de Corée (1951), Baïonnette au canon (1951), Le Démon des eaux troubles (1954) où malgré le sous-texte il réussira toujours à mettre en avant l'humain et ses peurs face au combat. C'est également le cas dans Pickup on South Street où face à un ennemi indéfinissable et menaçant tout comme les soldats anonymes de ses films de guerre Fuller fait de ses laissés pour compte des bas-fonds les vrais héros.

Le scénario montre d'abord les personnages sous leur jour le plus douteux et brutal. Skip Mc Coy (Richard Widmark) pickpocket multi récidiviste commet son dernier méfait en plein métro en dérobant du sac à main de la belle Candy (Jean Peters) un portefeuille contenant le microfilm d'une arme nucléaire. Candy est sans le savoir la passeuse d'un réseau communiste et les attitudes provocantes et l'assurance de Jean Peters nous laisse facilement comprendre qu'un parcours cabossé l'a menée à cette situation. Elle est finalement le pendant féminin parfait de Richard Widmark, les deux étant présentés sous leurs plus mauvais jour en pures créatures de la nuit : sensuelle et au passé probablement peu chaste pour Candy et avide et arrogant pour Skip.

Leurs rencontres sont ainsi violentes et torride en exploitant cette facette d'eux, Candy lascive et séductrice pour soutirer le microfilm à Skip et ce dernier agressif et brutal quand il sent venir la manipulation alors qu'il souhaite titrer un maximum de son butin. L'humanité des personnages avec tous leur défauts et passions nous apparaît avec le contrepoint des communistes, anonymes si ce n'est l'inquiétant et angoissé Joey (Richard Kiley) et n'existant que par leurs objectifs et leurs actions sanglantes.

Widmark dans une performance nerveuse et outrée dont il a le secret est absolument parfait en petite frappe se découvrant progressivement une conscience et Jean Peters est aussi poignante que troublante en Candy magnifiquement passionnée en femme fatale sacrificielle et amoureuse. Fuller joue ainsi habilement des deux tableaux avec un anticommunisme jouant à plein dans l'intrigue mais qui n'est prétexte servant de révélateur aux héros.

La preuve en est la fameuse VF faisant disparaître la trame anti-communiste (la France étant un pays votant alors massivement pour le Parti) pour remplacer le contenu du microfilm par la formule d'une nouvelle drogue et si ce n'est les réactions un peu trop outrées pour un tel enjeu, l'ensemble fonctionne malgré ce changement car c'est avant tout le cheminement de ses petites frappes qui importe à Fuller.

On pourra ainsi voler, se vendre ou dénoncer l'autre en suivant les codes du milieu connus et admis mais ne jamais les abandonner aux mains des vrais monstres que sont ici les communistes. Le superbe personnage de Thelma Ritter et sa fin cruelle l'illustre de la plus belle façon et amorce ainsi la rédemption de Skip et Candy. Un voyage au bout de la nuit où les coups pleuvent, les morts s'amoncèlent et les courses poursuites s'enchaînent dans une urbanité saisissante (alors qu'on devine plus d'une fois les nombreux passages tournés en studio) et le tout sur un rythme trépidant, le film étant d'une densité narrative rare sur 80 minutes. Un grand polar.

  
Sorti en dvd zone  français chez Carlotta

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