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lundi 24 février 2014

La Vie aquatique - The Life Aquatic with Steve Zissou, Wes Anderson (2004)

En ultime croisade vers sa destinée, l'océanographe sur le déclin Steve Zissou part à la recherche du mystérieux requin-jaguar qui a tué son vieux complice. À bord du Belafonte cohabitent ainsi sa femme, une journaliste anglaise enceinte, un équipage cosmopolite et un fils prodigue putatif...

La fascination de Wes Anderson pour le Commandant Cousteau était déjà perceptible dans des allusions dans Rushmore (1999) et plus tard dans le look du personnage de Bob Balaban dans Moonrise Kingdom (2012). Le légendaire océanographe avait même éveillé l'imagination d'un Wes Anderson encore étudiant qui lui consacra une nouvelle où il lui créait un double décalé, Steve Zissou. L'univers et les personnages entourant Zissou s'étofferont au fil des années jusqu'à ce qu'à lui consacrer un film à part entière dont il signera le scénario avec son ami Noah Baumbach.

La Vie aquatique est un prolongement idéal de La Famille Tenenbaum (2001) avec cette même illustration d'une famille dysfonctionnelle. Seulement, la chronique douce-amère du classique de 2001 a été remplacée par le film d'aventure décalé et Bill Murray prend le relai de Gene Hackman en chef de famille indigne et incarnant Steve Zissou tandis qu'Owen Wilson retrouve ce rôle de jeune homme en quête de repères et de modèle et Anjelica Huston de nouveau en matriarche blasée (le mimétisme aurait pu être plus grand encore puisque le rôle tenu par Cate Blanchet était initialement destiné à Gwyneth "Margot Tenenbaum" Paltrow). A nouveau c'est l'immaturité du "père" qui est la source du lent délitement de la famille ici lorsqu'on découvre la carrière en fort mauvaise passe de Steve Zissou. Son couple bat de l'aile, ses dernières productions ont fait un flop et il a perdu son meilleur ami lors de sa précédente expédition. C'est décidé tel le Capitaine Achab chassant Moby Dick, Zissou ira traquer le requin-jaguar qui a dévoré son ami, accompagné d'une journaliste anglaise enceinte (Cate Blanchett) et un fils dont il ignorait l'existence (Owen Wilson).

Wes Anderson multiplie les idées ludiques dans la première partie pour présenter l'environnement de Zissou. On retrouve son sens du détail et son fétichisme des objets et gadget divers dans l'illustration de l'arsenal hi-tech du Belafonte (bateau de Zissou nommé ainsi en hommage à Harry Belafonte et faisant le lien avec celui de Cousteau, le Calypso soit la musique que Belafonte contribua à populariser) et de son île privée. Tous ces éléments supposés mettre en valeur Zissou comporte toujours le petit élément décalé et cartoonesque suscitant plus l'amusement que l'admiration. Cela est en parfait accord avec l'égo surdimensionné de Zissou dont les attitudes fières sont contredites constamment par la décrépitude des fameux équipements et surtout par son incompétence manifeste où la réussite semble plutôt due à son équipe de joyeux drilles. Tout cela atteindra bien sûr des proportions hilarantes une fois l'expédition entamée, le souffle de la grande aventure tournant court très vite.

Anderson use de tous les codes des documentaires de Cousteau avec notamment la construction en chapitre consacrée à chaque étape du voyage, à chaque fois dynamité par l'envers du décor qui révèle les failles de Zissou. Capricieux, égocentrique et autoritaire, Zissou s'avère incapable de répondre à l'affection de son fils (le moment où il ne répond pas à sa demande de l'appeler papa), séducteur maladroit et jaloux avec Cate Blanchett (qui force génialement caricaturale son accent anglais) et surtout navigateur incompétent prenant toutes les mauvaises décisions. La mine triste et le regard conscient de ne plus être que l'ombre de lui-même rend pourtant le personnage de Zissou très attachant, Bill Murray affichant une présence lasse qui ne demande qu'à se déchaîner comme lorsqu'il décime une horde de pirate à lui seul (Anderson ne pouvant le mettre en valeur que sous cette forme délirante).

Evidemment les fonds-marins ne pouvaient être vus de manière réaliste par Anderson et si l'arsenal technologique de Zissou lorgne autant vers Cousteau que le Hergé du Trésor de Rackham le Rouge, la faune marine est complètement bariolée et source avant Fantastic Mr Fox (2009) des premières tentatives en stop-motion (séquences signées par Henry Selick) du réalisateur. Là encore l'absurde se dispute à la vraie poésie avec l'apparition finale du fameux requin-jaguar sur fond de Sigur Ros. Sous le délire ambiant, Anderson laisse poindre peu à peu une vraie émotion et tristesse.

Les jalousies et rancœurs retenues dans cette famille finalement comme les autres (la quête d'attention de Willem Dafoe très attachant en Klaus) et la reconstruction dans l'adversité sont magnifiquement capturées par Anderson, avec une sobriété contrebalançant l'extravagance ambiante (You might be on "B" Squad, But you're the "B" Squad leader. Don't you know me and Esteban always thought of you as our baby brother? lancé par Zissou à Klaus) entre autre lorsque la mort surgit de manière inattendue en conclusion. Un tourbillon de sentiments contrasté qu'illustre finalement bien les reprises brésiliennes de Bowie signée Seu Jorge et qui rythment le film d'une torpeur ensoleillée et mélancolique. En dépit de petit défauts (le rythme un peu brinquebalant), un des opus les plus attachant de Wes Anderson.

  
Sorti en dvd zone 2 français chez Touchstone

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