Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 3 février 2014

Les 5 000 doigts du Dr. T - The 5,000 Fingers of Dr. T, Roy Rowland (1953)

Le jeune Bart prend des leçons de piano avec le Dr Terwilliker, un professeur sans pitié qui lui impose des gammes, encore des gammes, toujours des gammes. Bart, épuisé, s’endort et se rêve dans une cité fantasmagorique, magnifique et inquiétante, sur laquelle règne l’effrayant Dr. T qui prépare un grand concert joué par cinq cents enfants retenus prisonniers. Bart décide de déjouer les plans du tyran et de libérer ses camarades.

Un des films pour enfant les plus étranges jamais réalisés, où la féérie du Magicien D'Oz et le surréalisme d'Alice au Pays des merveilles côtoie une touche plus inquiétante et subversive. Cette touche unique est en grande partie dû au Dr Seuss qui ici au scénario introduit son univers bariolé et ses thématiques anticonformistes tel que la méfiance et la rébellion contre le monde des adultes. Le point de départ est le calvaire de bien des petits garçons contraint de prendre des leçons de piano alors qu'il ne rêve que de s'amuser au grand air, ici avec le jeune Bart (Tommy Rettig) soumis à la pression de son tyrannique professeur le Dr Terwilliker (Hans Conried) et de sa mère (Mary Healy) l'obligeant à refaire ses gammes en vue d'une future représentation.

Son seul soutien est le sympathique plombier August Zabladowski (Peter Lind Hayes), celui-ci représentant le père idéal à l'opposé de Terwilliker, une des peurs sous-jacentes du film étant cette absence de figure paternelle où Bart imagine sa mère sous la coupe du redoutable professeur de piano. Lorsque tous ses éléments se mêlent à l'imagination fertile du garçon, tout cela se trouve exacerbé dans ses rêves fantasmagoriques où dans une cité imaginaire le Dr T a des projets plus grandiloquents et malfaisants encore à savoir soumettre les enfants du monde entier au culte de son instrument.

Dès lors on plonge dans un monde coloré mais également très inquiétant où les peurs enfantines côtoient des éléments bien plus adultes. Les couleurs tapageuses et les décors gigantesques à l'architecture tortueuses suscitent autant l'émerveillement que l'effroi, la mort étant une menace concrète avec cette ville protégée par du fil barbelé électrifié.

On ne saura jamais complètement si l'on est dans le rêve ou dans le cauchemar, les séquences euphorisante (la course poursuite où Bart s'amuse de la conception de la ville et défie les lois de la gravité) alternant avec d'autres peu rassurantes pour le jeune public tel cette visite des cachots où sont emprisonnés les malheureux musiciens jouant d'autres instruments que le piano et qui offriront une chorégraphie aussi belle qu'inquiétante (et où on se dira qu'en plus des influences pour le monde du cinéma on pourrait ajouter un Michael Jackson forcément fasciné par le monde du Dr Seuss).

Le Dr T résume parfaitement cette dualité du film avec le jeu outrancier et grotesque de Hans Conried trouvant le ton idéal entre démesure cartoonesque et une folie douce plus trouble. Les chansons s'ornent également d'un tour baroque et non sensique à la Lewis Carroll sous la plume du Dr Seuss auteur de tous les textes (sur des musiques de Frederick Hollander) où la furie (la chanson de l'ascenseur où chaque couplet dépeint en détail les tortures en cours à chaque étage) peut laisser place à une bouleversante candeur lorsque Bart entonne un magnifique titre sur son dépit de garçonnet chétif soumis à la tyrannie des adultes.

Si cette opposition enfant/adulte captivera les plus jeunes, les adultes s'étonneront du sous-texte où en souhaitant soumettre tous les enfants à son instrument/idéologie le Dr T incarne symboliquement une forme de dictature évoquant le nazisme ou vu la décennie où l'on se trouve le communisme. Malgré tous ces détours plus complexes, la bouille avenante de Bart, les astuces délirantes (l'aspirateur de son et sa fabrication "autre") et les péripéties outrancière ne nous font jamais oublier que tous cela est prétexte de farce et d'évasion à l'image du génial final cacophonique. Un vrai film culte où sont venus piocher bien des talents, du Terry Gilliam de Bandits, Bandits (1982) au Tim Burton de Charlie et la Chocolaterie (2005).

Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side

2 commentaires:

  1. Miracle ! C'est sorti avec sous-titres français ??? Youpie ! Depuis le temps que je rêvais de revoir ce film et de le faire enfin découvrir à ma famille... Je l'avais vu dans les années 80 dans une salle d'Art et Essai parisienne et désespérais de le revoir un jour... Je garde un souvenir émerveillé et admiratif de cet univers onirique entre Helzappopin et Lewis Carroll.
    Merci d'avoir parlé de ce film totalement génial, poétique, loufoque et si profond sur ce blog (toujours aussi passionnant....)

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  2. Hello Emma ! Et oui c'est disponible depuis peu Wild Side l'a réédité en décembre. Ca a dû faire son petit effet toute ces couleurs et décors étranges sur grand écran. D'ailleurs à propos de Lewis Caroll je ne vous avais pas remercié d'avoir évoqué "Dreamchild" en commentaire ce fut une de mes très belles découvertes de l'an passé j'en avais parlé là sur le blog http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.fr/2013/05/dreamchild-gavin-millar-1985.html

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