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lundi 17 février 2014

Tortillard pour Titfield - The Titfield Thunderbolt, Charles Crichton (1953)

Un groupe de villageois essaye d’empêcher les chemins de fer britanniques de fermer la ligne de Titfield

Tout en célébrant et magnifiant un certain état d'esprit typiquement anglais, les films du studio Ealing mêlaient constamment à cette vision une dimension plus ambigüe vantant l'individu contre l'institution, la menace plus indicible. Certains des meilleurs films Ealing obéissent totalement à cet idée, que ce soit Champagne Charlie (1944) et ces chanteurs de music-hall défiant la morale, Whisky à gogo (1949) où la communauté écossaise trafique du whisky au nez et à la barbe de l'autorité anglaise et bien sûr le sombre Went the day well (1942) où un petit village anglais résistait à l'invasion de l'armée allemande infiltrée. A chaque fois la solidarité et l'esprit d'entraide anglais s'opposait à son institution froide, suscitant un propos à la fois critique et élogieux.

The Titfield Thunderbolt est le film qui magnifie ce schéma avec une œuvre drôle, sensible et palpitante. On ne sera pas surpris de retrouver au scénario T. E. B. Clarke qui avait offert un des plus beaux fleurons du studio dans cette veine avec Passeport pour Pimlico (1949) où un quartier de Londres clamait son indépendance et s'établissait en état. Ici ce sera la petite communauté de Titflield qui se soulèvera lorsque la British Railways décide de fermer la ligne ferroviaire liant leur village à Mallingford pour mettre en place un réseau de bus. C'est à la fois un terrible coup pour l'histoire, la ligne étant une des plus anciennes d'Angleterre mais aussi pour l'avenir et le désert rural qu'entraînera cette disparition.

Qu'à cela ne tienne, certains vont se mobiliser pour éviter ce drame et notamment le pasteur Weech (George Relph) passionné de locomotive, Squire (John Gregson) petit-fils d'un des constructeur du chemin de fer local et Walter Valentine (Stanley Holloway toujours aussi truculent) patron de la taverne qui va financer l'affaire afin de gérer de manière autonome la ligne. Cependant entre le gouvernement tatillon qui ne leur laissera pas passer aucune erreur et les manœuvres des agents de la compagnie de bus voyant l'aubaine leur échapper, nos héros auront fort à faire pour réussir leur pari.

Charles Crichton offre d'abord une vision bucolique et idéalisée de ce village et de sa population, nous attachant autant aux personnalités hautes en couleurs qu'aux paysages verdoyant magnifiés par la photo somptueuse de Douglas Slocombe. Cette imagerie atteint des sommets avec la première séquence majestueuse voyant le train traverser vallons, petites maisonnées fermières et champs où s'abreuvent les troupeaux nous marquant d'un éclat indélébile et créant l'empathie quant à la folie de ces villageois téméraires.

L'entrain des héros est mis à rude épreuve autant par le sens des responsabilités très relatives de certains protagonistes (excellent personnage de Dan profitant des trajets pour chasser et récupérer les animaux braconné la veille) certains affrontements épiques comme cet un engin agricole défiant la locomotive sur la voie. Les effets spéciaux sont très réussis pour l'époque, partagés entre la vraie reconstitution d'une voie (la production ayant ranimée la ligne abandonnée de Limpley-Stoke à Camerton et recyclé la locomotive "Lio" remorquée hors champs vu son grand âge) et des incrustations habiles pour intégrer les acteurs aux scènes les plus mouvementées.

On aura ainsi une scène de déraillement sacrément impressionnante et une autre plus délirante où une locomotive volée traverse ville et forêt dans un joyeux splapstick. Les instants les plus palpitants restent cependant ceux où la communauté s'unit pour surmonter les différentes embûches comme cette scène ou passagers et villageois se mobilisent pour faire repartir le train après que la réserve d'eau ait été sabotée, le recyclage et rafistolage comme un symbole de la locomotive du musée et surtout le final réellement haletant où nos héros sont bien mal en point pour satisfaire l'inspection. Système D, ruses et artifices divers se déploient pour un suspense rondement mené par un Charles Crichton très inspirés dans la gestion des péripéties. Un grand moment de bonne humeur et un des films les plus attachants du studio Ealing.

Sorti en blu ray et dvd zone 2 anglais et doté de sous-titres anglais 

Petit making of d'époque avec images de tournages rares

 

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