Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 9 septembre 2014

Le Samouraï - Jean-Pierre Melville (1967)

Jeff Costello, dit le Samouraï est un tueur à gages. Alors qu'il sort du bureau où git le cadavre de Martey, sa dernière cible, il croise la pianiste du club, Valérie. En dépit d'un bon alibi, il est suspecté du meurtre par le commissaire chargé de l'enquête. Lorsqu'elle est interrogée par celui-ci, la pianiste feint ne pas le reconnaître. Relâché, Jeff cherche à comprendre la raison pour laquelle la jeune femme a agi de la sorte.

Le Samouraï est sans aucun doute la pierre angulaire de la filmographie de Melville, l’œuvre qui définit pour de bon un style qui ne doit plus rien à personne. Tous les précédents polars (Bob le flambeur (1955), Deux hommes dans Manhattan (1959), Le Doulos (1962), Le Deuxième Souffle (1966)) du réalisateur tendirent progressivement vers l’épure du Samouraï, l’obsession pour les Etats-Unis et la nature référentielle des intrigues s’estompant pour un style de plus en plus unique. Melville avait rompu dans la douleur avec le partenaire de ses premiers chefs d’œuvre (Léon Morin, prêtre (1961) et Le Doulos), Jean-Paul Belmondo quittant avec fracas le tournage de L'Aîné des Ferchaux (1963) après avoir giflé le réalisateur suite à une agression verbale de trop envers le malheureux Charles Vanel. Si Belmondo représentait la facette amusée et truculente de Melville, celui-ci allait se trouver un autre double de cinéma avec Alain Delon illustrant parfaitement sa facette froide et énigmatique. Melville avait déjà approché Delon pour L'Aîné des Ferchaux qui avait décliné la proposition, tout comme l’adaptation du roman Main pleine de Pierre-Vial Lesou (finalement signé Michelle Deville sous le titre de Lucky Jo (1964). Melville lui propose finalement un scénario original qui dormait dans ses tiroirs et qu’il viendra lire chez la star qui fascinée par l’épure des premières scènes sans dialogues accepte avant même d’être arrivé au bout du script. Melville lui en donnera alors le titre, Le Samouraï et dans la foulée Delon l’emmènera dans sa chambre dont l’austérité et l’ameublement ascétique (et où trône un sabre !) montre bien à quel point les deux semblent s’être bien trouvé.

Le long et lent générique d’ouverture montre Jeff Costello (Alain Delon) allongé le lit de sa chambre grise et austère, immobile. Déjà économe de ses gestes et entièrement dévoué à sa tâche, le personnage ne daigne esquisser un geste avant que film ne démarre réellement. Il s’écoulera ainsi près de sept minutes presque totalement muette où en le voyant constituer les éléments de sa mission à venir (véhicule, armes, alibis) dans des lieux et face à des personnages divers, on devine la nature de ses activités criminelles. Cela se confirmera lorsqu’il s’introduira, silhouette anonyme en feutre et chapeau, pour froidement assassiner un homme dans un club. 

Tous les éléments de son énigmatique périple initial s’emboitent alors pour constituer l’alibi imparable qui le dédouanera, montrant la méticulosité implacable du personnage. Alain Delon est absolument fascinant, à la fois présent et absent. Le professionnel glacial se dispute à l’homme en émoi voyant son organisation rigoureuse mise à mal, puisque le film sera un chassé- croisé entre la police qui le soupçonne sans avoir pu le coincer et ses commanditaires cherchant à l’éliminer. Costello parvient ainsi à imposer une aura insaisissable où il est impossible à des témoins de l’identifier, ce sang-froid inhumain se retournant également contre lui car mettant la puce à l’oreille du commissaire (François Périer) stupéfait par tant de maîtrise.

Melville s’en tient au squelette de cette intrigue qu’il n’étoffe pas plus, que ce soit dans la caractérisation des personnages ou dans l’illustration de l’environnement. Il faut attendre la scène d’interrogatoire pour savoir comment se nomme Delon, tout comme sa dévouée maîtresse Jeanne Lagrange (Nathalie Delon) quand certains sont tout juste réduit à leur fonction comme le commissaire, la pianiste (Caty Rosier) ou l’homme de main (Jacques Leroy). 

On est loin également des cadres urbains vivant et bien identifiable des polars précédents, Melville se partageant entre intérieurs stylisés (tournage dans les Studios Jenner appartenant à Melville) et un Paris fantomatique (où la photo désaturée de  Henri Decaë semble s'être délesté de tout semblant de couleur vive) se résumant à des ruelles désertes à la dérobée où erre comme un spectre Costello. Il y aura bien une haletante scène de filature dans le métro entre Jeff et la police (nul doute que Friedkin a dû s’en inspirer pour son French Connection (1971)) mais là aussi le monde extérieur ne semble pas exister, le moindre figurant dissimulant un policier traquant notre héros et les lieux étant le simple théâtre de cette partie d'échec. Melville s’absout désormais totalement de ses influences passées et du cadre contemporain pour ne plus filmer le monde, mais SON monde. 

C’est un univers aussi abstrait que les figures qui y déambulent, des hommes déterminés et intuitifs entièrement dévoués à leurs objectifs. François Périer, truculent et tenace policier va ainsi se convaincre de la culpabilité de Jeff sans la moindre preuve et usera de tous les moyens pour prouver son intuition (et annonce le Bourvil du Cercle Rouge (1970) tandis que Costello ne pensera jamais à fuir et cherchera jusqu’au bout et maladivement à rétablir son équilibre initial. Celui-ci semble représenter par l’oiseau qu’il abrite dans sa chambre, seul être pour lequel il semble montrer un semblant d’attention. 

L’agitation du volatile lui indiquera ainsi que son sanctuaire a été violé et que plus rien ne sera comme avant. Ne reste plus qu’à faire payer les responsables et disparaître volontairement dans une troublante séquence finale suicidaire. Le score minimaliste, jazzy et psychédélique de François de Roubaix, illustre parfaitement le tourment retenu de Costello par sa froideur synthétique. Un chef d’œuvre du polar à l’influence considérable, de The Killer (1989) de John Woo, The Driver de Walter Hill et sa récentedélicnaison  Drive (2011) de Nicolas Winding Refn.

Sorti en dvd zone 2 français et blu ray chez Pathé dans une restauration discutable donc peut être plus se tourner éventuellement vers l'édition Criterion en zone 1

mercredi 20 février 2013

Le Professeur - La prima notte di quiete, Valerio Zurlini (1972)


Daniele Dominici (Alain Delon) remplace un professeur malade au lycée de Rimini. Bien que séparé de sa femme (Lea Massari), il vit toujours avec elle. Riches et oisifs, ses élèves l'ennuient, exceptée Vanina (Sonia Petrovna), une jeune fille qui éveille son intérêt par la blessure secrète qu'il décèle en elle.

Avec Le Professeur, Valerio Zurlini creuse le même sillon que dans les grands mélodrames qui firent sa renommée comme La Fille à la valise et Été violent. Dans La Fille à la valise, les clivages sociaux brisaient l'histoire d'amour naissante entre Claudia Cardinale et Jacques Perrin tandis quel le contexte historique d'une guerre empêchait la romance entre Eleana Rossi Drago et Jean Louis Trintignant dans Été violent. La différence d'âge des amants relie Le Professeur à ces œuvres mais là où le contexte magnifiait ses histoires d'amour désespérées dans le mélodrame flamboyant, Zurlini nous plonge ici dans un ordinaire sordide et austère.

 Daniele Dominici (Alain Delon) fraîchement intronisé professeur au lycée de Rimini traîne son spleen entre des élèves superficiels dont il se désintéresse, son épouse (Lea Massari) avec laquelle il cohabite plus qu'il ne vit et les parties de cartes jusqu'au bout de la nuit. Ce mal être passif est issu d'une fêlure passée qui ne se dévoilera qu'en toute fin et Daniel en reconnaissant ce même désespoir chez une de ses élèves, Vanina (Sonia Petrovna) va tenter de se rapprocher d'elle.

On sent bien l'esprit des années 70 dans l'absence totale de questionnement moral sur ce professeur s'intéressant d'un peu trop près à l'une de ses (jolies) élèves. On voit surtout deux solitudes se rapprocher et deux acteurs incarnant la dépression et la mélancolie avec une grande force. On a rarement vu Alain Delon aussi fragile et vulnérable qu'ici, trait tirés, tenue négligé et totalement apathique à son environnement. Sonia Petrovna poignante mêle allure virginale et innocente avec le regard de celle qui en a trop vu, trop fait...

Ayant cédé par le seul attrait qu'on semble lui reconnaître elle sera touchée par la délicatesse de Delon (avec cette superbe réplique lorsqu'un amant jaloux l'interroge sur son choix "Il m'a parlé...") qui semble voir au delà de cette beauté.Tous deux sauront se reconnaître et s'aimer peu à peu mais autour d'eux la fange les assaille. Le romantisme est bien plus intermittent ici que dans d'autres Zurlini, la plate réalité amenant moins d'envolée que là la dramatisation exacerbée que su offrir le réalisateur qui nous apparaît bien plus désabusé dans ce qui est son avant-dernier film.

Point de grands conflits et enjeux pour séparer notre couple torturé ici, juste la médiocrité provinciale sordides où entre secrets scabreux, dépravations et flambe ordinaire tous paraissent aussi déplaisant les uns que les autres. Le sexe est déplaisant et glauque, les rares scènes d'amours sont intenses mais brèves comme une courte bouffée d'oxygène (magnifique première étreinte entre Delon et Sonia Petrovna) et chacun, les héros comme les seconds rôles bienveillants semblent dissimuler une part d'ombre peu glorieuse à l'image d'un excellent Giancarlo Giannini. La ville portuaire de Rimini se résume pour Zurlini à son port brumeux, ses soirées grivoises et ses bars et quand on explorera la beauté d'une demeure abandonnée ce sera pour éveiller un douloureux souvenir.

Les obstacles les dépassant intensifiait la flamme des amants de Zurlini autrefois, la nature triviale de ce qui les retient dans Le Professeur semble les clouer au sol sans espoir de se relever. Ce sera évidemment le cas lors de la superbe conclusion où l'on ne sera pas dupe malgré tous les éléments en place pour un nouveau départ. Le malheur surgira de nulle part, agrippant dans la brume, le métal et les flammes notre héros inadapté au bonheur.

Sorti en dvd zone 2 français chez Pathé, dommage tout de même de ne pas avoir la version italienne incluse.

jeudi 31 mai 2012

Mélodie en sous-sol - Henri Verneuil (1963)


Charles, la soixantaine, tout juste sorti de prison, ne se fait plus tout jeune. Il retrouve difficilement son pavillon à Sarcelles, où ont poussé les barres et les tours. Son épouse Ginette lui propose de déménager dans le Sud, de prendre un commerce et de couler des jours heureux, mais Charles ne conçoit qu'un seul genre de retraite : dorée et au soleil. Pour cela, il doit faire un autre coup, le dernier, celui « d'une vie » et cette fois ce sera la bonne : le casino de Cannes. Tout est prêt. Il ne lui manque qu'un complice, il ne peut pas faire le coup tout seul. Il contacte alors un jeune malfrat rencontré en prison, Francis Verlot.
Verneuil réalise avec ce Mélodie en sous-sol le mètre-étalon du polar à la française, bien meilleur que son surestimé Clan des Siciliens divertissant mais souffrant trop de sa volonté de faire « à l’américaine » quand ici on trouve une vraie identité. Le résultat est toujours aussi impressionnant par la grâce d’un travail collectif brillant.


Le scénario (adapté de la série noire The Big Grab de John Trinian) est parfaitement équilibré entre la construction limpide d’Albert Simonin notamment la première partie, modèle du genre dans sa présentation efficace du background des personnages des enjeux et des motivations de chacun, tel le retour de Gabin dans ce Sarcelles déjà hideux de barre d’immeuble impersonnelles. Audiard au dialogues aligne lui les répliques d'anthologies (dont des envolées de machisme typique de l’époque, le passage où la femme d'un ex associé hausse le ton et Gabin qui balance "Tu lui claque pas le beignet ?") tandis Verneuil ne s’en laisse pas compter avec quelque idées de génie puisque le légendaire final dans la piscine serait entièrement son invention.


Gabin déborde de classe en vieux gangster bougon et méticuleux bien décidé à mener la grande vie grâce à son dernier gros coup, avec sous son aile un Alain Delon magistral en jeune vaurien dont la beauté confère une réelle prestance sauvage dans les milieux huppés de la côte d'azur. Maurice Biraud en monsieur tout le monde embarqué dans l'affaire tient un rôle un peu voisin de celui des futurs Cave se rebiffe et La Grande Sauterelle et convainc toujours autant dans ce registre.


La réalisation Verneuil est impressionnante par sa précision et son art d’instaurer la tension notamment lors du braquage avec des cadrages et mouvement de caméra millimétré et un sens du rythme bluffant pour mener les actions simultanées. C’est pourtant lors du final figé et dramatique qu’il atteint des sommets L'Ultime razzia de Kubrick n’est pas loin), captant toute la détresse de Gabin et Delon (magnifiquement stoïque dans la défaite cruelle) par la seule force de sa mise en scène, tout cela en nous ayant stressé un maximum dans tout ce qui précède lorsque les héros essaient de passer inaperçu au milieu des flics. La perfection faite polar, parfois il n’y a juste qu’à aligner les compliments.



Sorti en dvd zone 2 français chez Europa

Extrait

jeudi 18 août 2011

Un Flic - Jean-Pierre Melville (1972)

Edouard Colemann est inspecteur de police. Il mène une vie morose et le début d'une liaison avec Cathy l'aide un peu. Mais Cathy est aussi la petite amie de Simon. Simon, ami de Coleman est trafiquant de drogue. Lorsque Edouard doit enquêter sur un crime impliquant Simon, leur rivalité va éclater.

Melville terminait sa carrière sur une note en demi teinte avec ce Un Flic qui semble montrer l'inspiration du cinéaste comme à bout de souffle et totalement déconnectée. Le script semble vouloir retrouver jusqu'à l'excès l'épure et la froideur du Samouraï ou Le Cercle Rouge mais il y manque l'humanité et la croyance qui donnait à ces derniers leur dimension tragique et les empêchait de n'être que des coquilles vides. Les éléments sont pourtant brillamment mis en place pour cette nouvelle histoire d'hommes et d'amitié où le flic Alain Delon (après foule de rôle de mauvais garçon il est pour la première fois du bon côté de la loi cette facette tournera d'ailleurs à la caricature terrible par la suite) doit s'opposer à son ami gangster Richard Crenna et à la fiancée de celui-ci (Catherine Deneuve) dont avec laquelle il entretien une liaison.

Durant la première partie la sécheresse de Melville fait merveille. Le quotidien morne de Delon se devine en une courte séquence nocturne peuplée de crime sordide, l'amitié et le triangle amoureux Delon/Crenna/Deneuve se comprend sans un mot par quelques regard en une scène et il suffira d'un plan sur le regard tendu de Riccardo Cucciolla lors du hold up d'ouverture pour savoir qui n'est pas un vrai truand dans cette bande malfrat. On appréciera aussi les quelques moments où la finesse d'observation de Delon lui permet de jauger les voyous qu'il interroge tel ce moment où il sait lequel parmi trois suspects est le plus faible et susceptible de lui fournir des réponses.

Malheureusement toute cette belle amorce sera au service du vide, Melville dans une volonté louable de ne pas céder à une psychologie intempestive n'esquisse plus le moindre effort pour faire exister ses personnages qui se résument à des pantins réduit à leur fonction : le flic, le truand, la fille. Si Delon et Crenna sauve les meubles par leur charisme et un plus long temps de présence à l'écran la pauvre Catherine Deneuve est absolument transparente alors qu'elle devrait être le pivot émotionnel du film.

Plus que dans tout autre de ses polars, l'influence américaine déconnecte Un Flic de toute réalité avec son casting international en imper et chapeau stetson, ces grosses voitures évoluant dans une France blafarde que la stylisation rend indéterminée. L'épure se retourne définitivement contre le film avec cette narration aux ellipses intempestive qui rendent Delon quasi omniscient, nous laissant un peu trop souvent combler les trous de ses déductions.

Heureusement malgré ce aspect désincarné Melville orchestre quelques moments brillants comme le long hold up qui débute le film, sa science de la lenteur et son usage des plan séquence faisant très bien monter la tension. Ce qui aurait du être le grand morceau de bravoure s'avère très désuet avec un pourtant très original vol en train où nos gangsters s'immiscent et repartent d'un wagon par un hélicoptère survolant les voies. Les plan s'attardent malheureusement trop longtemps sur les maquettes bien visible et l'ensemble perd toute crédibilité. Un Flic se révèle finalement n'être qu'un squelette Melvillien ne retenant que les éléments les plus visibles et superficiels mais sans la chair autour qui sut si bien provoquer l'intérêt et l'émotion dans ses plus belles réussites. La scène finale voulue comme le pic tragique et qui laisse de marbre par trop de retenue en est la triste illustration.

Sorti en dvd chez Studio Canal

Extrait de la scène d'ouverture

vendredi 11 février 2011

Mort d'un pourri - Georges Lautner (1977)


Cherchant à protéger un ami, le député Philippe Dubaye, Xavier Maréchal rentre en possession d'un dossier compromettant. Des tueurs se lancent à ses trousses pour récupérer ces documents.

Un thriller politique des plus prenant pour Lautner qui retrouvait ici Delon après l'excellent Les Seins de Glace. Le film adapte un roman de Jean Laborde que Lautner avait déjà transposé avec Le Pacha et on lui doit d'autres petits classiques du polar à la française des 70's comme Adieu Poulet. Le grand atout du film, c'est le scénario particulièrement corrosif de Michel Audiard qui s'inspirant des scandales politiques de l'époque comme L'affaire Boulin dresse un portrait particulièrement virulent et pessimiste des hautes sphères de la politique française.

Le personnage de Delon (ici producteur également) , entré en possession d'un document mouillant toute la classe politique se voit ainsi tour à tour menacé, corrompu et épié par les intéressés mais également abordés par l'opposition qui ne vaut guère mieux, Lautner renvoyant tout ce beau monde dos à dos. Une ambiance lourde et désespéré se dégage tout au long du film renforcé par la photo grisâtre de Henri Decaë (étonnant le fidèle Maurice Fellous n'est pas de la partie) et le score dépressif et jazzy de Philippe Sarde. Tout juste reprochera t on quelques longueurs tout de même, mais le courage de la position et l'interprétation impeccable emporte l'adhésion.

Loin de ses rôles de héros, Delon campe un type normal à la droiture morale inflexible et à l'amitié indéfectible tandis que et le casting offre une joyeuse galerie de trognes pour les méchants avec un Klaus Kinski glaçant (et qui a droit à un mémorable monologue glaçant de cynisme) , Julien Guiomar détestable et menaçant et un beau twist final révélant de manière inattendue le plus corrompu de tous. Seule Ornella Muti n'est pas très convaincante, d'autant plus rageant que l'habituée Mireille Darc en quasi rôle de potiche aurait été bien meilleure dans le rôle. Les fantaisies de ses comédies policières ne sont pas de mise ici et Lautner s'efface derrière son récit avec une réalisation sobre (et pas dénuée de faute de goût comme la mort du méchant dans la gare en arrêt sur image) mais qui réserve quelques bon moment comme le surprenant traquenard que subi Delon sur une route de campagne entouré de deux semi remorque. Très bon donc et fort courageux pour l'époque où il fut entrepris.

Sorti en dvd zone 2 chez Fox Pathé Europa

Extrait avec la glaçante tirade de Klaus Kinski tristement d'actualité encore aujourd'hui.



mardi 18 janvier 2011

Borsalino - Jacques Deray (1970)



Marseille, 1930. Roch Siffredi, un jeune voyou récemment libéré de prison, décide de retrouver sa compagne, Lola. Mais pendant qu'il purgeait sa peine, celle-ci s'est entichée d'un certain François Capella, truand lui aussi. Après une rencontre orageuse, les deux hommes deviennent amis ; étant recrutés pour mener des actions douteuses pour le compte de notables peu scrupuleux, ils se rendent compte qu'ils peuvent en faire plus et décident de conquérir la ville ensemble.

Grand classique du polar français en grande partie à cause de la réunion de ses deux monstres sacrés, Borsalino avait vu son aura mythique grandir du fait de son invisibilité. En effet jusqu’en 2009 un conflit juridique entre le studio Paramount et les ayants droit avait bloqué toute sortie dvd ou vhs du film et fortement limité les diffusions tv (la dernière en 2007 ayant même constitué un mini événement).
Enfin disponible en dvd, la déception pouvait donc être grande à la redécouverte d’un film peut être pas à la hauteur de sa réputation. Finalement si on est loin du chef d’œuvre tant vanté, ce Borsalino demeure tout de même une des meilleures fresques criminelles tentées par le cinéma français. Parmi les principaux défauts, on peut regretter un scénario habile sur les situations prises dans leurs individualités (Claude Sautet et Jean Claude Carrière à l'écriture ce n'est pas rien) mais qui peine à donner un vrai fil narratif et une dimension épique au récit.

L'équité au montage exigée par contrat entre Bébel et Delon se fait pas mal ressentir, déséquilibrant un peu le film. Ainsi une intéressante histoire d'amour s'amorce entre Delon et la femme de l'avocat jouée par Corinne Marchant n’est pas exploitée, alors que celle plus légère (même si amenant un gros rebondissement ) de Belmondo et Nicole Calfan est plus approfondie pour une simple question de temps de présence à l’écran. Ce souci d’ego se prolongera d’ailleurs hors écran lorsque Belmondo portera plainte (et gagnera) contre Delon producteur qui n’avait pas respecté l’agencement prévu pour les crédits.*

Pour le reste la reconstitution de ce Marseille des années 30 est fort classieuse, porté par une mise en scène élégante et inspirée de Jacques Deray. C’est particulièrement parlant lorsqu’il s'agit de mettre en valeur son duo vedette, alors à l'apogée de leur charisme et de leur sex appeal (on imagine aisément les évanouissements dans les salles durant la scène où ils sortent tout deux de l'eau en maillot de bain).Parmi les moments inoubliables la bagarre dantesque qui scelle l'amitié entre les deux est toujours aussi efficace, tout comme la fusillade et la course poursuite durant l'incendie de la boucherie et aussi la superbe vendetta finale dans la maison de jeu de Marello.
Le film perdra grandement en se privant de la dimension biopic du projet, à l’origine adapté d'un livre de Eugène Saccomano sur Carbone et Spiritto deux caïds marseillais des années 30 à cause des menaces du milieu qui aurait rendu le tournage (dont le montage financier fut déjà de longue haleine malgré la présence des deux stars) intenable. On perd donc par mal de thèmes intéressant sur la corruption, les liens trouble entre gangster et politique. Du coup bien que très plaisant et agréable à suivre, le film n’existe surtout aujourd’hui que par le face à face légendaire entre Delon et Belmondo, d’autant plus qu’il ne se reproduisit pas jusqu’au Une Chance sur deux de patrice Leconte en 98, sans commune mesure tant dans la qualité que par l’époque qui rendait cette réunion moins évènementielle. Un superbe divertissement donc et un véhicule à star dans le sens le plus noble du terme.

*Alain Delon devait en tant que producteur être crédité en premier au-dessus des noms des acteurs. Belmondo y concéda en échange de voir son nom apparaître avant celui de Delon en tête d’affiche mais dans un grand élan de mégalomanie ce dernier garda son crédit de producteur et se plaça avant Belmondo peu avant la sortie !

Désormais disponible en dvd zone 2 français dans une belle édition


samedi 20 novembre 2010

Notre Histoire - Bertrand Blier (1984)


Abordé dans un compartiment de première classe d'un train par une jeune femme désemparée qui s'offre à lui, un garagiste s'installe dans la vie de celle-ci contre son gré.

Un des Blier les plus déroutants qui trouve en partie les raisons de sa forme atypique dans sa genèse. En effet le réalisateur désireux de longue date de travailler avec Alain Delon, avait finit par avoir l'accord de celui ci par le producteur Alain Sarde avec comme seule condition d'avoir Nathalie Baye comme partenaire. Blier se retrouve ainsi avec un casting en or pour son prochain film mais pas d'histoire, d'autant qu'il doit rédiger son scénario à toute vitesse vu l'emploi du temps de ministre de Delon. Le résultat de cette gestation dans l'urgence va donner un drôle de film, brinquebalant, chaotique et génial.

L'ouverture si elle est surprenante reste encore dans des voies "conventionnelles" comparé à la suite. Alain Delon, quarantenaire dépressif et alcoolique se fait aborder dans le compartiment d'un train par Nathalie Baye pour une étreinte destinée à en rester là. Il n'en sera rien puisque Delon se raccroche maladivement à cette apparition en s'installant chez elle, en vain puisqu'il s'avère que Donatienne (Nathalie Baye) est encore plus torturée et autodestructrice que lui.

Progressivement, la construction est de plus en plus déterminée par les émois des personnages plutôt que par un un fil narratif classique. Si on avait l'habitude chez Blier de cette tonalité entre rêve et cauchemar, réalité et absurde dans Buffet Froid ou Calmos, l'idée est poussée ici au summum de ses possibilités. Alain Delon (qui était encore un très grand acteur à l'époque) malmène brillamment son image en promenant tout du long une mine hébétée et abrutie par les hectolitres de bières qu'il ingurgite. C'est donc du long songe, de la vision hallucinée et des angoisses d'un alcoolique qu'il est question avec son non sens, ses flottements et son rythme laborieux. Cette option laisse plusieurs fois le spectateur dubitatif tant on se demande où Blier veut aller (le long épisode avec Galabru et le voisinage) d'autant qu'il s'amuse constamment à redéfinir le sens de ce qui nous est raconté par l'intermédiaire des personnages qui au coeur même du récit expliquent où se moquent du scénario.

Le coeur du récit, c'est la tour à tour mystérieuse, sensuelle, torturée Nathalie Baye chimère après laquelle court Delon, celle derrière laquelle tous son mal être et besoin d'affection se manifeste. La conclusion semble donner un sens à tout ce qui à précédé, mais rien n'est moins sûr. Amours perdus ou retrouvé, déception amoureuse ou souvenir magnifié, tout est possible tant la douleur de l'absente aura déterminé l'avancée en montagne russe de cette histoire, leur histoire.

Malgré l'insuccès public et critique, les audaces de Blier seront récompensé par un César du scénario et du meilleur acteur pour Delon, et les expérimentations tentées ici trouvant une forme plus accessible dans le plébiscité Trop belle pour toi.

Sorti en dvd chez Studio Canal

Extrait

jeudi 2 septembre 2010

Histoires Extraordinaires - Federico Fellini, Louis Malle, Roger Vadim (1968)


Une coproduction franco-Italienne inspiré plus ou moins fidèlement des nouvelles d’Edgar Allan Poe. D'une très bonne tenue dans l'ensemble même si le sketch de Vadim est un ton en dessous.


Metzengerstein de Roger Vadim

Les étranges rapports d’amour et de haine que la comtesse Frederica (Jane Fonda), cavalière émérite, entretien avec son cheval, un superbe étalon noir qui va s’avérer être la réincarnation de son amant décédé…

Clairement l'opus faible du lot, même si pas dénué de qualité. Le début laisse à penser que Vadim se fait la main pour son futur Barbarella, entre une Jane Fonda filmée sous toutes les coutures une tenue différente à chaque scène et les séquences de luxure et de débauche au château. Une ambiance raffinée et une vraie élégance se dégage de cette vie de château en campagne, Jane Fonda campant une comtesse odieuse et autoritaire, adepte de la torture psychologique et de l'humiliation en tout genre.

Tant que l'on reste dans ce ton, le récit fonctionne mais on tombe dans le ridicule lorsque Fonda découvre l'amour et tue l'homme ayant rejeté ses avances dans un incendie, se dernier se réincarnant en cheval. S'ensuivent d'interminables séquences où Jane Fonda galope en pleine nature à moi nue avec son cheval, le caressant, l'embrassant et lui susurrant à l'oreille, le tout pour en arriver à une conclusion attendue et plate.


William Wilson de Louis Malle

William Wilson (Alain Delon), un officier autrichien despotique, hanté par son double, entame une partie de carte avec la belle Giuseppina(Brigitte Bardot), partie qui va révéler les tendances sadiques de Wilson…

La qualité se réhausse dans ce second sketch. Très grande performance de Delon en officier psychotique et sadique, une vraie ordure à la cruauté inouïe mais perturbé par un double venant régulièrement troubler ses noirs desseins. La réalisation de Louis Malle capte bien le trouble de son personnage principal, entre schizophrénie fantastique ouvertement prononcé.

La partie de carte face à Brigitte Bardot est un grand moment de tension (à la conclusion bien perverses) et la fin ouverte excellente, bien dans le ton trouble où nous laissent les récits les plus déroutants de Poe. A noter un enfant jouant Alain Delon enfant sacrément inquiétant...


Il ne faut jamais parier sa tête avec le diable de Federico Fellini

L’acteur britannique Toby Dammit vient à Rome pour un projet de film, un western à l’italienne. Une soirée médiatique est organisée pour fêter cet évènement. L’attention de Toby, déjà passablement altérée par la drogue et l’alcool, plus que par la bizarre cérémonie romaine où défilent prêtres et journalistes, est surtout attirée par la belle Ferrari qu’on lui fait miroiter pour le séduire et aussi par une étrange fillette qui joue avec une sorte de balle blanche. Hallucination ou réalité ?

Le vraie sommet arrive avec ce récit, sans doute celui qui prend le plus de liberté avec Poe en le situant à une époque contemporaine et dans le milieu du cinéma. Totalement déstabilisant dès les premières secondes en adoptant le point de vue halluciné de Terence Stamp abruti par la drogue et l'alcool.

Un filtre rouge omniprésent, une temporalité des plus étranges et un défilé de situations les plus bizarres les unes que les autres où Fellini recase à coup de référence son univers onirique sur le monde du spectacle de Huit et demi dans une veine plus psychédélique. Un conclusion des plus glaçante et mystérieuse avec un Terence Stamp (le teint blafard et allure de rock star) coincé au milieu de nulle part et hanté par une inquiétante petite fille dont on ne connaitra jamais le rapport avec lui. Le plus intriguant du lot et de loin.

Pas totalement abouti mais au final le film est une vraie curiosité et un témoignage d'une époque où le film à sketch était un genre roi du cinéma grand public.

Longtemps indisponible et enfin sorti cette année dans une belle édition



samedi 26 juin 2010

Les Seins de Glace - Georges Lautner (1975)


François (Claude Brasseur), un écrivain de télévision, est venu travailler à Nice. Au cours d'une promenade sur la plage, il rencontre une femme, Peggy (Mireille Darc). Des meurtres sont commis. Peggy est le suspect numero 1. Deux ans plus tôt, elle avait tué son mari, qui l'avait forcé à se prostituer pour la drogue. Elle ne semble ne pas être guerrie et est suveillée de près par son avocat Marc Rilson (Alain Delon), amoureux d'elle.Adapté du roman de Richard Matheson Someone is Bleeding, le film offre à Georges Lautner une surprenante incursion dans le thriller psychologique. L'ambiance trouble et étrange voit une Mireille Darc froide et distante réveler lun passé mystérieux au fil de la séduction du naïf Claude Brasseur. L'atmosphère se fait oppressante et éthérée avec une photo hivernale et diaphane de Maurice Fellous dans un Nice fantomatique.

Lautner tisse d'intenses moments d'angoisses comme la visite d'un immeuble où Brasseur et Mireille Darc se retrouvent coincés dans un ascenceur puis dans un parking où par le seul sens du cadre et de l'ambiance se dégage une tonalité presque fantastique. D'ailleurs Lautner lorgne assez ouvertement vers le giallo par instant avec des meurtres bien graphiques et sanglant (dont un aux ciseau bien gratiné), des plans signature (la tige de fleur coupé par un rasoir lors du final) et un le beau score mélancolique de Philippe Sarde qui se teinte par instants des lignes de basse et de ce son synthétique typique des thriller transalpins.

Le soufflé retombe un peu dans la deuxième partie surtout à cause du scénario qui répète un peu trop certaines situations (les atermoiements de Mireille Darc entre Delon et Brasseur) mais c'est sans compter un final scotchant de noirceur et de mélancolie. Le personnage de ébranle les certitudes du récit et devient un amoureux tragique bouleversant (le vrai couple qu'il formait avec Mireille Darc contribuant bien sûr à l'intensité de ce retournement final) et le dernier regard de Mireille Darc (fascinante dans ce registre perturbé plus inhabituel) hante longtemps le spectateur. On regrettera juste que la prestation trop décontractée de Claude Brasseur ne soit pas à la hauteur de la vraie noirceur du film (sans parler de quelques écarts comme une scène gratinée où apparait Philippe Castelli).