Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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vendredi 25 avril 2025

Une flic de choc - Zhi fa xian feng, Corey Yuen (1986)

Lors du procès d'un trafiquant de drogue, le témoin principal est abattu et le suspect relâché faute de preuve. Convaincu que la loi doit être appliquée coûte que coûte, le jeune avocat de la défense démissionne et passe à l'action en supprimant le trafiquant. Ce qui n'est pas du goût du chef de la police qui envoie deux inspecteurs pour coincer le justicier hors la loi. Celui-ci est d'autant plus motivé qu'il s'avère être le cerveau du trafique de drogue et le commanditaire du meurtre.

Une Flic de choc est une production mettant en valeur différents aspects du polar martial hongkongais. Il s’inscrit dans une volonté d’asseoir Yuen Biao comme une star d’action hors du giron de ses condisciples Sammo Hung et Jackie Chan. Pour l’américaine Cynthia Rothrock, c’est l’occasion de surfer sur la popularité acquise par sa prestation mémorable dans Le Sensdu devoir 2 (1985) où elle fut révélée par Corey Yuen également réalisateur d’Une Flic de choc. La comédienne venait d’ailleurs de voir s’envoler l’opportunité d’incarner l’antagoniste dans Mister Dynamite (1986) de Jackie Chan, la grave blessure de ce dernier ayant reporté le tournage du film.

Une Flic de choc est un polar assez sommaire dans le déroulé de son récit, mais soulevant quelques thématiques intéressantes dans le contexte de Hong Kong. Le sujet de l’auto-justice est amené par l’existence alternative du procureur incarné par Yuen Biao, en terminant radicalement en coulisse avec les dangereux malfrats que la corruption l’a empêché d’inculper au tribunal. La corruption est à cette période un problème relativement résolu à Hong Kong, au prix de politiques agressives et volontaristes, mais dont le souvenir reste encore vivace pour ceux l’ayant vécu dans les années 60/70. 

Le fait d’imaginer l’ultime recours d’une justice alternative illégale et radicale est donc un argument dramatique efficace, d’autant plus avec un personnage dont le métier détonne des habituels flics que l’on a l’habitude de voir vriller. Yuen Biao se montre très convaincant et va croiser son pendant opposé avec Cynthia Rothrock, policière dure à cuire et croyant encore naïvement à l’application stricte de la loi.

Il est dommage que cette confrontation idéologique n’aille pas assez loin dans les situations proposées et les dialogues, mais cela pose en tout cas une base dramatique plutôt solide. Ce manque de profondeur malgré les possibilités est fort heureusement contrebalancé par un spectacle de très haute volée durant les scènes d’actions. Ces dernières sont conjointement chorégraphiées par Yuen Biao et Corey Yuen, offrant un crescendo impressionnant en termes de combats et cascades. Les cascades les plus périlleuses semblent dévolues à Yuen Biao nous offrant d’authentiques instants kamikazes n’ayant rien à envier à son comparse Jackie Chan (la descente en rappel d’un immeuble, l’esquive de voitures cherchant à le renverser dans un parking, le climax sidérant accroché à un avion dans les airs) tandis que les joutes martiales les plus nerveuses seront l’affaire de Rothrock. 

Le sommet à ce titre survient lors de son duel face à Karen Sheperd (ancienne rivale du temps de leurs compétitions sportives) qui prolonge la tradition des grandes antagonistes féminines étrangères dans le cinéma d’action hongkongais. Usage inventif de l’environnement est des accessoires ordinaires à disposition, bottes secrètes douloureuses et hargne de tous les instants, l’affrontement est un morceau de bravoure époustouflant. La maestria de Cynthia Rothrock, de Yuen Biao (qui la double sur certains mouvements périlleux) et Corey Yuen est à son meilleur et l’étonnante noirceur du récit rend ces moments de plus en plus cathartiques. Melving Wong campe ainsi un méchant délicieusement ignoble et redoutable, et le seul regret du film est de ne jamais voir Cynthia Rothrock et Yuen Biao constituer un vrai team-up pour en venir à bout lors du combat final. 

On peut sans doute soupçonner les agendas et cadences intenables des productions hongkongaises pour nous priver de cela, les deux stars se croisant très peu et vivant leur aventure chacune de leur côté durant le film. Une Flic de choc n’en demeure pas moins un spectacle nerveux et efficace, voire assez nihiliste selon le montage dans lequel on le voit. Le cut hongkongais dispose en effet d’une fin sombre, et le montage international d’un happy-end tourné après la mauvaise réaction du public et ayant nécessité d’expéditifs reshoots – aisément repérables avec la coupe de cheveux différentes de Cynthia Rothrock. 

Sorti en bluray français chez Le Chat qui fume

samedi 2 août 2014

Le Sens du Devoir 2 - Yes, Madam / In The Line Of Duty 2, Corey Yuen (1985)


Un espion britannique est abattu afin de récupérer un microfilm. Suite à un imbroglio avec une bande d'escrocs du dimanche, ce dernier est perdu. Des tueurs vont alors tout faire pour le retrouver, en affrontant le tandem policier de choc que sont Cynthia Rothrock et Michelle Yeoh.

Yes, Madam est le deuxième volet de la saga d’action Le Sens du Devoir après un Royal Warriors (1986) bien qu’il soit chronologiquement tourné avant. La distribution internationale ayant décidé d’en faire une série à partir du troisième épisode les deux premiers films furent donc associés à un ensemble, chose facilité par les particularités de la production hongkongaise où les stars jouent des personnages portant leur propre prénom. Du coup Michelle Yeoh jouant un flic dans les deux films, facile d’en faire artificiellement une suite d’autant que le cocktail de fusillades et d’action extravagante est tout autant respecté dans Le Sens du Devoir 2.

Cette fois l’intrigue est un chassé-croisé entre Michelle Yeoh et un trio d’escroc à la petite semaine, ces derniers ayant dérobé par inadvertance un microfilm appartenant à un parrain de la mafia. Si Royal Warriors était très succinctement parsemé de moment de comédie et s’avérait avant tout un polar hard-boiled très sombre, Yes Madam donne dans un mélange des genres assez anarchique et typique de la série B hongkongaise. Toutes les scènes mettant en scène le trio de voleur maladroit (dont le plus roublard des trois est joué de façon assez déjanté par Tsui Hark en roue libre) donnent donc dans la comédie cantonaise la plus grasse ce qui pourra faire fuir les plus allergiques au genre. Les trois personnages sont cependant très attachants et c’est dans ces moments farfelus qu’ils se construisent même si la lourdeur de l’humour peut franchement lasser et que leur omniprésence met un peu trop Michelle Yeoh de côté.

 Le quota d’action s’avère cependant si nerveux et virtuose que l’on pardonne un peu ces errements comiques. Parallèlement aux facéties de nos trois pieds nickelés, Michelle Yeoh mène donc l’enquête associée à un flic de Scotland Yard joué par Cynthia Rothrock. Celle-ci est une championne d’arts martiaux multi récompensée dans de nombreuses disciplines et qui vint faire carrière dans les années 80 dans la production de Hong Kong et qui trouve son premier rôle dan Yes, Madam. Elle forme un duo de choc avec Michelle Yeoh, les deux rivalisant d’attitude bad ass exacerbée. 

Michelle Yeoh fait sensation lors d’une scène d’ouverture où elle déjoue un gang de braqueur dans un festival de tôle froissée et de coup de feu, multipliant les poses héroïque dont un final qui rejoue même la mythique scène de monologue du Magnum 357 de Dirty Harry (avec une issue plus sanglante). Elle est pourtant la plus flegmatique et réfléchie des deux quand Cynthia Rothrock incarne un véritable bulldozer qui tire/cogne avant de discuter, à l’image d’une mémorable première apparition où un malfrat  inconscient tente de la prendre en otage et s’en voit sévèrement puni. On pense aussi à une scène d’interrogatoire des plus musclée.

Royal Warriors était un vrai bon film rondement mené et prenant quand ici malheureusement on est vraiment dans la grosse série B ou l’on attend impatiemment la prochaine scène de castagne sans trop s’intéresser à l’histoire (plus à cause du ton que de la trame qui se tient assez bien). L’amateur d’adrénaline sera néanmoins plus que récompensé avec un morceau de bravoure final dantesque où Michelle Yeoh et Cynthia Rothrock investissent la demeure du méchant pour un combat à deux contre cinquante truffées de cascade périlleuse et de coups qui font mal, le chorégraphe réalisateur Corey Yuen s’y entendant pour mettre en valeur les capacités dévastatrices de ses héroïnes. 

Un épisode moins essentiel  donc sorti de la baston agrémenté en plus une conclusion étonnamment sombre comparé au reste et preuve du manque de continuité de l’ensemble. Michelle Yeoh bientôt mariée délaissera momentanément les plateaux et laissera sa place sur la série à Cynthia Khan dans le troisième volet.

Sorti en dvd zone 2 français chez Metropolitan