Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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dimanche 6 septembre 2026

Les Week-ends de Néron - Mio figlio Nerone, Steno (1956)

Pour s'éloigner de sa mère Agrippine qu'il a déjà tenté d'assassiner, Néron, empereur romain, séjourne sur le littoral en compagnie de sa maîtresse Poppée et de son conseiller, Sénèque. Malgré les complots organisés par Agrippine qui préférerait voir son fils partir au combat, Néron continue à se distraire en s'adonnant au chant et aux plaisirs faciles. Son esprit reste pourant actif et il tentera une nouvelle fois de se débarrasser de sa mère dans le naufrage du bateau qui la conduit à Capri...

L’âge d’or du péplum italien démarre véritablement avec le succès local et international de Les Travaux d’Hercule de Pietro Franscisi (1958). C’est en grande partie avec ce film que le péplum italien trouve son identité faite d’héros musculeux, de mythologie et d’aventures qui envahiront les écrans jusqu’au moment où le western le supplantera dans l’intérêt des spectateurs. Sans remonter au temps du muet ou même du fascisme durant lequel le péplum eut sa place, la première moitié des années 50 fut déjà fructueuses pour le genre. L’intronisation du cinémascope, réponse à la concurrence croissante de la télévision, ravive l’attrait des majors hollywoodiennes pour la fresque et le gigantisme. 

Elles vont pour des raisons de coût délocaliser leurs productions en Italie où seront tournés des classiques comme Quo Vadis de Mervy LeRoy (1951), Ben-Hur de William Wyler (1959), Hélène deTroie de Robert Wise (1956), Cléopâtre de Joseph L. Mankiewicz (1963). Cela va contribuer indirectement au renouveau du cinéma populaire italien avec notamment la renaissance des studios Cinecittà. Influencés par le cinéma américain et profitant des infrastructures désormais en place, l’Italie produit donc de nombreux péplums durant la première moitié des années 50. On reste cependant grandement dans le sillage des propositions américaines avec des fresques historiques comme Spartacus (1952) et Théodora Impératrice de Byzance (1954) de Ricardo Freda, Attila, fléau de Dieu de Pietro Francisci (1954) ou encore Ulysse de Mario Camerini (1954) – ce dernier étant une coproduction avec les Etats-Unis et précurseur par son thème mythologique.

Les Week-ends de Neron est ainsi une proposition intéressante dans ce contexte, mariant à sa manière les deux mondes. Le choix de Neron et une partie de l’interprétation d’Alberto Sordi résulte de l’incarnation iconoclaste qu’en fit Peter Ustinov dans Quo Vadis. Le casting international et plus particulièrement le choix de Gloria Swanson préfigure la terre d’accueil que constituera l’Italie pour les stars en déclin, Swanson n’ayant étonnamment pas davantage capitalisé sur le regain de Boulevard du crépuscule. La fresque historique est également un choix dans la continuité des productions américaine, mais Steno sans tomber dans la parodie offre un pendant réjouissant dont les racines italiennes sont bien présentes. Le film repose sur un croisement de légende et réalité historique concernant la relation tumultueuse de l’empereur romain Neron et sa mère Agrippine, envahissante par son interventionnisme sur les affaires d’état. Agrippine morte assassinée et supposément sur l’ordre de Neron, est donc le prétexte à des dialogues et situations comiques quant aux tentatives jusque-là manquées de la tuer.

Alberto Sordi s’éloigne de la prestation psychotique de Peter Ustinov pour faire de Neron un homme/enfant frivole dont le pouvoir ne sert que ses aspirations artistiques malgré un talent que l’on découvrira assez vite comme fort limité. L’acteur en fait des tonnes dans son registre fantasque et veule, bombant le torse et menaçant tous ses subalternes, mais redevenant un petit garçon apeuré dès que se profile l’ombre de la mère castratrice. La satire fonctionne à plein pour dénoncer les petites ambitions et lâchetés de l’entourage du duo mère/fils et croquer d’autres figures historiques comme Poppée (Brigitte Bardot) en jeune courtisane ambitieuse ou Sénèque (Vittorio de Sica) conseiller tout en sournoiserie. Les tropismes typiquement italiens instaurent des running gag savoureux, tel cette récurrente mais guère dissuasive quand mère ou fils ourdissent un nouveau complot l’un contre l’autre : La mamma è sempre la mamma/La maman reste la maman.

La veine comique n’empêche pas une belle tenue formelle. Steno installe juste ce qu’il faut d’outrance dans les décors, les costumes et l’atmosphère installée par la belle photo de Mario Bava pour conférer la petite touche décalée qui prête à la dérision. L’inspiration picturale est donne de superbe image telle cette scène où Agrippine débarque dans une salle offrant un saisissant tableau de participants repus après une orgie romaine. Sans être inoubliable, Les Week-ends de Neron est donc un divertissement plaisant, drôle et soigné.

Disponible en bluray français chez Tamasa 

samedi 19 avril 2025

Hercule et la reine de Lydie - Ercole e la regina di Lidia, Pietro Francisci (1959)

Accompagné de son épouse Iole et du jeune Ulysse, Hercule fait halte à Colone, à la demande d’Œdipe, pour régler un différend qui oppose les fils de ce dernier, Etéocle et Polynice. Mais Hercule boit à la source de l’oubli, et tombe prisonnier dans le piège d’Omphale, la cruelle reine de Lydie. Ulysse et ses compagnons, les Argonautes, vont partir à sa rescousse.

Les Travaux d'Hercule fut un immense succès, faisant de Steve Reeves une star tout en installant pour quelques années le filon du péplum aux héros musculeux dans le cinéma populaire italien. La même équipe gagnante est donc rapidement réunie pour un second volet avec Pietro Francisci, Steve Reeves et Mario Bava à la photo et aux effets visuels. Comme le film précédent, le scénario mélange des éléments de l'épopée d'Hercule (cette fois le mythe d’Omphale) qui se greffent à la tragédie grecque (Les Sept contre Thèbes d'Eschyle et Œdipe à Colone de Sophocle). Le mélange opère assez bien pour un scénario poursuivant la réflexion sur la quête d’identité d’Hercule. 

Le premier volet montrait la difficulté du demi-dieu à conjuguer son humanité et sa nature de surhomme qui l’éloignait des autres, admiratifs ou apeurés de lui. La séduction à laquelle il est soumis par Omphale (Sylvia Lopez) et lui faisant perdre la mémoire est ainsi une façon de se délester de ses responsabilités et questionnements. C’est pourtant sur cette dualité et la volonté héroïque qui en découle que repose sa force, dont il se trouvera longuement délesté tant que son esprit restera embrumé. C’est donc très intéressant mais donne pendant longtemps du fait de son héros entravé un film moins généreux en morceaux de bravoure que son prédécesseur.

Pietro Francisci travaille davantage la symbolique et les atmosphères, croisant le classicisme du premier épisode et les excès à venir dans les suivants, Hercule contre les vampires (1961) et Hercule à la conquête de l'Atlantide (1960). Mario Bava s'en donne à cœur joie sur les couleurs outrancières de l'antre souterraine de la Reine de Lydie. Les éclairages de mêmes décors évoluent ainsi constamment selon les sentiments d'Hercule lors de sa captivité, parfois au sein d’une même scène comme lorsqu'il cède pour de bon au charme de la Reine Lydie. L'ambiance se fait gothique à souhait pour illustrer les moments les plus sadiques comme ce musée Grévin humain où la Omphale expose tous ses anciens amants ou encore la cuve égyptienne (dans un hétéroclisme typique du péplum italien) où elle entrepose leurs cadavres pour les soumettre à l'opération. Les décors studios sont très réussis et truffés de pièges transformant une séquence d'évasion en jeu vidéo avant l'heure.

Le climax film offre une splendide (bien que trop courte) scène de bataille finale pour la défense de Thèbes, où le métier de Francisci fait merveille dans l’imagerie grandiloquente. Hercule plus surhomme que jamais fait s'écrouler les tourelles adverses à la force de ses bras, affronte en début de film le fils de Guée dont l'énergie se régénère dès qu'il touche le sol et donc sujet à une difficulté très originale. En revanche le combat de Hercule face à une horde de tigres est plus inégal pour cause de montage hasardeux et d'une peluche un peu trop visible lors des gros plans – alors que le face à face avec le lion de Némée était bien mieux géré de ce côté-là dans le premier film. 

Steve Reeves pour la dernière fois dans le rôle est toujours aussi imposant et charismatique tandis que Sergio Fantoni est un flamboyant Étéocle, méchant bien théâtral. Sylvia Lopez est assez convaincante en Reine de Lydie bien aidée par l’esthétique baroque du film mettant en valeur son physique étrange. Le mélange de manipulation, de désir (les allusions appuyées au plaisir que lui offre Hercule durant leurs nuits) et en définitive de réelle passion amène et ambiguïté inattendue quant à ses objectifs et son sort final tragique. Sylvia Koscina fait les frais de cette rivale, avec une Iole davantage réduite à l’épouse éplorée et en détresse, bien moins complexe que dans le premier film.

Cette suite directe (qui s’ouvre sur la séparation avec les compagnons d’aventures de Les Travaux d’Hercule) sait comme Les Travaux d’Hercule mettre les compagnons d’Hercule en valeur, notamment Gabriel Antonini toujours aussi facétieux en Ulysse. Une belle réussite dont les suites encore meilleures et plus folles se feront sans l’équipe originale – Steve Reeves ne souhaitant travailler qu’avec Francisci passé à autre chose et brouillé avec Mario Bava mécontent de voir sa contribution minimisée au générique – avec La Vengeance d’Hercule de Vittorio Cottafavi (1960), Hercule contre les vampires (1961) et Hercule à la conquête de l'Atlantide (1960).

Sorti en bluray français chez Artus 


dimanche 13 avril 2025

Les Travaux d'Hercule - Le Fatiche di Ercole, Pietro Francisci (1958)


 Le roi de Iolcos, Pellas, fait venir Hercule à sa cour pour lui confier l’éducation de son fils, Iphitos. Ce dernier, jaloux de la force de son précepteur, trouve la mort en affrontant le lion de Némée. Pellas envoie alors Hercule combattre de taureau de Crète. Mais le trône de Iolcos revient de droit à Jason, Pellos n’étant qu’un fourbe usurpateur. Hercule va s’embarquer avec Jason sur l’Argos à la recherche de la Toison d’or afin de l’aider à reconquérir son royaume.

Les Travaux d’Hercule est l’œuvre qui imposa la figure des héros musculeux dans le péplum italien et renouvela le genre. Le regain du péplum en Italie durant les années 50 se fait tout d’abord souvent en écho de son impact dans le cinéma hollywoodien. Soucieux de freiner la concurrence de la télévision en proposant des films spectaculaires dont le visionnage sur un écran de cinéma s’impose, les studios hollywoodiens ravivent la flamme du péplum relativement délaissé depuis les années 30. Samson etDalila de Cecil B.DeMille (1949) lance les hostilités mais c’est surtout le Quo Vadis de Mervyn LeRoy (1951) et La Tunique de Henry Koster (1953), par leurs moyens pharaoniques et leurs innovations techniques (l’introduction du Cinémascope pour le film d’Henry Koster) qui impose leur pour les 15 années à venir (Les Dix Commandements de Cecil B.DeMille (1955), Ben-Hur de William Wyler (1959), Spartacus de Stanley Kubrick (1960)), jusqu’aux excès de Cléopâtre de Joseph L. Mankiewicz (1963) et surtout l’échec de La Chute de l’Empire Romain de Anthony Mann (1964). L’Italie surfe donc sur ce second souffle pour raviver le péplum sur ses terres. Le pays entretient son propre passif avec le péplum, ce qui évitera de faire des productions locales une redites de leurs homologues hollywoodiennes. En effet, certains des péplums pionniers ont été produits en Italie au temps du muet et se distinguant déjà par leur penchant pour le récit mythologique et la figure du surhomme, comme le personnage de Maciste apparaissant dans Cabiria Giovanni Pastrone (1914) puis étendard de l’imagerie fasciste durant les années 20 avec une dizaine de films le mettant en scène. 

Les péplums italiens du début des années 50 entretiennent donc cette identité en s’éloignant de la veine religieuse hollywoodienne (malgré quelques exceptions comme Attila, fléau de Dieu de Pietro Francisci (1954)) pour privilégier le récit picaresque et/ou mythologique dans des réussites comme ThéodoraImpératrice de Byzance (1954) et Spartacus (1952) de Riccardo Freda, ou Ulysse de Mario Camerini (1953), ce dernier tentant d’ailleurs le premier la greffe avec une star hollywoodienne émergente en la personne de Kirk Douglas. Pietro Francisci s’inscrit dans le sillage de tout ces grands artisans du cinéma populaire italien, et va donc bouleverser la production italienne sur le plan artistique et industriel en marquant l’avènement (ou plutôt le retour) des surhommes à la musculature massive.

Le scénario mélange habilement les récits mythologiques, les travaux d’Hercule se greffant à l'épopée de Jason et la toison d'or – et plus particulièrement le poème Les Argonautiques d’Apollonios de Rhodes. Les travaux sont limités à deux à l'écran, le lion de Nemée et le taureau de Crète tandis que certains épisodes Herculéen sont associés à Jason (comme le passage chez les amazones redoutables) et inversement, sans parler de la substitution de personnages avec un tout jeune Ulysse en lieu et place de Iolas, neveu et inséparable compagnon d'Hercule. Loin d’être artificiel, ce choix place Hercule le demi-dieu à la foi comme acteur de sa destinée extraordinaire, et comme spectateur actif de celle des hommes ordinaires réclamant son concours comme Jason. Les situations tragiques placent Hercule à part du commun des mortels dont les joies et les peines lui sont refusées : aimer, avoir des enfants. La romance tourmentée avec Iole (Sylva Koscina) souligne cela, ainsi que réalisation de Francisci renforçant la solitude du demi-dieu lors de la scène où Hercule trône seul en haut des marches du palais de Iolcos après avoir été fustigé par le souverain Pelias (Ivo Garrani) et abandonné par la foule.

Le renoncement à l’immortalité permet ainsi d’humaniser Hercule et d’observer les tourments de l’homme plutôt que du fils de Zeus. Sa participation à l’épopée de Jason va lui permettre de vivre une aventure pleinement, avec le risque partagé de ne pas en revenir sauf et ainsi paradoxalement davantage se sentir vivant. Francisci introduit avec brio toutes ces notions dans les situations et dialogues, entretenant une veine intimiste et épique à la fois. Steve Reeves trouve là le rôle de sa vie. Champion de bodybuilding végétant depuis de longues années à s’imposer acteur, il est propulsé star par le flair de Pietro Francisci l’ayant repéré dans Athena de Richard Thorpe (1954) durant des séquences dans un club de culturisme. Reeves surmonte ses limites dramatiques par un charisme magnétique (renforcé par la suggestion de Francisci et Mario Bava de lui faire pousser la barbe) et une présence physique imposante réellement sublimée à l’écran. Les cadrages iconiques magnifient sa stature lors des morceaux de bravoure les plus marquant, la photo de Mario Bava fait briller ses biceps contractés par l’effort lors des scènes de jour et dessine sa silhouette entre le comic-book et la statue grecque durant les séquences d’intérieurs et studio plus stylisées - dont les élans baroques anticipent la veine gothique plus prononcée instaurée par Bava sur Hercule contre les vampires (1961).

La première apparition d'Hercule qui stoppe des chevaux emballés en soulevant un tronc d'arbre impressionne d'emblée, tout comme le final épique où Hercule décime une armée à lui seul en faisant s’effondrer un palais dans une scène revisitant le climax de Samson et Dalila. L’ampleur de la mise en scène transcende les limites de certains effets spéciaux, même certains trucages optiques de Bava font merveille (l’envergure de l’extérieur du palais, le ciel changeant au-dessus de celui-ci). Francisci offre un spectacle chatoyant, impressionnant et généreux de bout en bout, sachant se faire chatoyant, contemplatif (les séquences maritimes, la langueur sensuelle de l’épisode chez les amazones) ou jouissivement brutal lorsque la fureur d’Hercule se déchaîne. Le film sera un véritable triomphe italien et international qui fera de Steve Reeves une star. Le filon musculeux fera les beaux jours du cinéma d’exploitation italien dans les années suivantes, et notamment pour une suite tout aussi réussie rassemblant la même équipe sur Hercule et la Reine de Lydie (1959).

Sorti en bluray chez Artus 

dimanche 26 mai 2019

Le Géant de Thessalie - I giganti della Tessaglia, Riccardo Freda (1960)


Roi de Thessalie, Jason part à la recherche de la toison d'or. Après avoir affronté une tempête, le navire des Argonautes accoste sur une petite île gardée par un monstre sanguinaire. Pendant ce temps, tout le monde convoite le trône de Thessalie ...

Maître du cinéma d’aventures italien durant les années 40, Riccardo Freda sut brillamment se renouveler avec la bascule des genres populaires de la décennie suivante. Il anticipe notamment la mode du giallo et du film gothique avec Les Vampires (1957). C’est cependant dans le péplum qu’il préfigure le renouveau du genre dans les excellents Spartacus (1953) et  Théodora,impératrice de Byzance (1954). Même si fantaisiste sur plusieurs points, les deux films s’inscrivent plutôt dans le pendant historique du genre. Entre-temps, Pietro Francisi a révolutionné le péplum italien (et du coup façonné une vraie identité face au péplum américain plus porté sur l’historique et le religieux) en l’orientant vers une dimension plus mythologique et fantastique avec son diptyque Les Travaux d’Hercule (1958) / Hercule et la Reine de Lydie (1959) où il fera du culturiste Steve Reeves une star. Si cette bascule est l’occasion de quelques fameux nanars, c’est surtout une possibilité d’emmener le péplum vers des territoires surprenants, notamment dans la série des Hercule avec un fascinant et gothique Hercule contre les Vampires de Mario Bava (1961) ou Hercule à la conquête de l’Atlantide de Vittorio Cottafavi (1961) avec sa réflexion eugéniste.  

Riccardo Freda cherche donc à rattraper ce wagon en réalisant Le Géant de Thessalie qui adapte l'épopée de Jason et ses argonautes avant le film de Ray Harryhausen qui sortira en 1963. Les scénaristes semblent ne pas avoir révisé leur mythologie grecque tant ça s'emmêlent les pinceaux. L'enjeu du voyage de Jason n'est donc plus de ramener la toison d'or pour reconquérir son royaume (du moins au départ) mais d'apaiser la colère de Zeus qui par mécontentement a plongé la Thessalie dans le chaos avec des éruptions volcanique quotidienne (qu'on ne verra jamais question de budget sans doute). En fait bien que gardant certains détails de l'histoire de Jason le film est surtout un décalque médiocre de l'Odyssée et plus précisément du Ulysse de Mario Camerini (1954, coproduction italo-américaine déjà sur ce registre mythologique) auquel il reprend des pans entier de séquences comme le passage avec les sorcières copié sur celui de Circé (et ce jusqu'à utiliser le même artifice avec la même actrice dans un double rôle comme Silvana Mangano qui jouait Circé et Pénélope) ou le final vengeur (seul moment un peu palpitant où Freda retrouve ses réflexe des films de cape et d'épée).

Sinon c'est incroyablement mou, cheap et mal joué. Roland Carey en Jason a le charisme d'une huitre et Massimo Girotti en Orphée, seul personnage intéressant sur le papier, est totalement transparent tandis qu’Alberto Farnese assure le minimum syndical en méchant. Cela n'arrive même pas à avoir le petit degré de naïveté qui donnerait du charme tant certains effet sont laids, voir l'affrontement avec un Cyclope (L'Odyssée encore) qui justifie son nom uniquement par l'œil sur son front, parce que sinon c'est un bon vieux recyclage de costume de gorille (Carlo Rambaldi qui annonçait la catastrophe de ses trucages sur le King Kong de John Guillermin (1976)). C’est donc bien raté dans l’ensemble et la relative bonne réputation du film chez les amateurs de péplum italien demeure étonnante. 

Sorti en dvd zone 2 français chez LCJ 

 Extrait