Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Michael Ritchie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Michael Ritchie. Afficher tous les articles

mardi 29 mars 2011

La Descente Infernale - Downhill Racer, Michael Ritchie (1969)

Pour remplacer son champion qui vient de se casser la jambe, l'entraineur de l'équipe américaine de ski alpin, Eugène Clair (Gene Hackman), propose Brian pour former l'équipe olympique de ski. Mais un jeune fermier du Colorado semble avoir un avenir prometteur, David Chappellet (Robert Redford). Clair lui donne sa chance. Mais lors de sa première course internationale, David refuse de prendre le départ, et crée un conflit dans l'équipe.

Downhill Racer est le premier film de Michael Ritchie qui entamait là sa fameuse trilogie sur la société américaine (bientôt suivie de Votez McKay et Smile) mais même s'il saura y apposer sa touche, le projet est à l'origine avant tout porté par Robert Redford. Révélé par La Poursuite Impitoyable de Arthur Penn et rapidement starisé par le succès de Barefoot in the Park, Redford souhaite utiliser le pouvoir acquis grâce à cette notoriété pour produire ses propres films, plus modestes et risqués que les grosses machines de studios. Son intérêt se porte sur le roman de Oakley Hall Downhill racer se déroulant dans le milieu du ski professionnel. Redford souhaite approcher la description de ce milieu sous un angle critique envers un certaine culte de la victoire et du statut d'icônes des athlètes a qui tout est pardonné tant que les résultats sont là. Il fait appel au romancier James Salter pour peaufiner le script tandis que le projet suscite l'intérêt de Roman Polanski lui-même skieur émérite et ayant déjà les idées les plus folles sur le ton qu'il souhaite donner au film (il souhaitait en faire une sorte de Train sifflera trois fois dans le milieu du ski avec la même unité de temps).

La Paramount jusque là réticente au projet finit par céder en échange de la présence de Redford au casting de Rosemary's Baby dans le rôle du mari finalement tenu par John Cassavetes. Trop accaparé par son film sataniste, Polanski fini par quitter le navire et Redford de même dans l'autre sens et il devra pour finalement convaincre le studio aller filmer sur le vif avec le caméraman Gene Gutowski quelques moments de la grande compétition en cours à savoir les Jeux Olympique de Grenoble en 1968. Immergé dans l'équipe de ski américaine, on lui rapporte les méfaits d'une des grandes star montantes des jeux précédents, le skieur Billy Kidd (médaille d'argent en 1964) dont l'arrogance et l'individualisme nourrira grandement son personnage.

Séduit par son style percutant développé à la télévision, Redford engage finalement Michael Ritchie dont ce sera donc la première réalisation au cinéma. Downhill Racer narre l'irrésistible ascension du jeune David Chappellet (Robert Redford) sélectionné dans l'équipe américaine et qui à force de talent va soudainement engranger les victoires. Loin du "rookie" humble et obéissant, Chappellet n'est pas un cadeau. Imbu de lui-même, arrogant et sûr de sa force, il rue dans les brancards avant même d'avoir fait ses preuves et dès les premiers bons résultats adopte d'une attitude détestable. Dans un premier temps le scénario ménage quelques pistes justifiant ce comportement comme son enfance insignifiante dans un Idaho reculé et l'indifférence d'un père qui souhaite voir fier de ses victoire.

Robert Redford fend légèrement l'armure indestructible du personnage par sa prestation en faisant preuve d'une innocence et d'une candeur qui le rend finalement touchant notamment l'histoire d'amour qu'il entretiendra avec l'employée dsexy d'un équipementier (Camilla Sparv). Chappellet se fait ainsi le successeur d'autres grandes figures de l'insoumission dans le Nouvel Hollywood naissant que ce soit Bonnie and Clyde ou les motards de Easy Rider. Le propos du film est cependant bien plus provocateur que cela quand la vraie nature de Chappellet se révèlera. Sous l'individualisme se cache en fait un profond égoïsme, un mépris de l'autre et de l'esprit sportif entièrement au service d'un profond narcissisme (les femmes sont des objets à consommer, les équipiers des pions à éliminer). L'aspect rebelle dissimule en fait un personnage creux, ignorant et sans conversation.

Les passages d'interviews (qui feront encore merveille dans Votez McKay) se montre d'une terrible vérité pour pour montrer le vide de sa pensée et étend finalement cette idée aux sportif les plus compétiteurs incapable de s'exprimer en dehors de leur discipline. Redford est réellement excellent, dévoilant sans détour toutes les failles de ce "héros" peu recommandable notamment dans toute la gestuelle empruntée et le mutisme niais d'un personnage uniquement capable de communiquer via les pistes enneigées. On se demande alors si c'est bien cette froideur indifférente qui fait l'essence des sportifs les plus chevronnés.

L'autre grand exploit du film c'est sa description saisissante du milieu sportif. Rivalités, coup bas divers et petites phrases assassines sont monnaie courante dans la vie de "l'équipe" (dont une terrible réplique Well it's not exactly a team sport is it ? lancée par Redford lorsqu'on lui reproche son attitude). Ritchie filme avec une inventivité constante les différentes épreuve de descente, alternant reprises des schémas de diffusion sportive tv, caméra embarquée sur les skieurs pour d'haletantes descentes (et chutes) en vue subjective ou carrément un caméraman à ski accompagnant les skieur sur la piste (Robert Redford a d'ailleurs pas mal donné de sa personne même si doublé pour les moments les plus dangereux). Le résultat es bluffant grâce également au montage virtuose de Richard Harris et Ritchie y développe déjà son style documentaire et sur le vif qu'il peaufinera encore mieux par la suite.

La réalité contemporaine du ski américain n'est pas oubliée non plus notamment le grand enjeu d'une première médaille d'or américaine dans la discipline qui pousse à cette rivalité exacerbée, et la recherche de subventions par Gene Hackman plus vrai que nature en entraîneur ronchon. Le film souffre finalement très peu de dramatisation artificielle avec quasiment pas de musique, l'intensité de la compétition passant plus par les éléments extérieurs (commentaires, réactions des spectateur) que la pure mise en scène très naturaliste et documentaire. Ritchie mise uniquement sur ces acteurs pour distiller l'émotion et malgré l'issue faussement heureuse, le temps d'un regard perdu de Redford on comprend aisément tout ce qui lui manque pour être un vrai champion en dépit de la victoire lors d'une saisissante conclusion. Une belle réussite pas totalement exempts de défauts (de petites longueurs) mais annonciatrice du vrai chef d'oeuvre de l'association Redford/Ritchie, Votez McKay et sa description sans concession de la politique américaine trois ans plus tard.

Sorti en dvd zone 2 chez Paramount mais ppour les anglophones mieux vaut s'orienter la très belle édition Critérion parue en zone 1 et dotée de sous titres anglais.

vendredi 25 mars 2011

Smile - Michael Ritchie (1975)


C'est à nouveau l'élection de Miss Amérique, l'évènement le plus important de l'année pour ses deux organisateurs, Big Bob Freelander et Brenda DiCarlo. Mais cette année, Brenda a des problèmes conjugaux et le fils de Bob s'apprête à faire des bêtises.

Smile constitue en quelque sorte pour le réalisateur Michael Ritchie (qui avant se commettre en atrocités durant les 80's comme Golden Child fut un des auteurs les plus prometteurs du Nouvel Hollywood) la conclusion d'une trilogie entamée avec ses deux premier films, Downhill Racer (1969) et Votez McKay (1971). Dans ces deux films, Ritchie développait une thématique passionnantes sur l'ambition galopante au sein de l'Amérique et qui entraînait un conformisme dangereux sur ses figures les plus en vues. Dans Downhill Racer (La Descente Infernale en vf) Robert Redford incarnait un champion de ski ambitieux et individualiste, avant que ces vertus ne révèlent un être profondément creux ne vivant que pour sa discipline. Dans Votez McKay (traité en début de mois sur le blog) Robert Redford à nouveau était un jeune politicien rebelle qui peu à peu gagné par l'ambition finissait par adopter le discours hypocrite des vieux briscards de la politique qu'il dénonçait afin d'obtenir un siège de député aux élections.

Smile va encore plus loin dans ce discours en s'attaquant à un milieu moins noble que le sport ou la politique et encore plus soumis au conformiste, celui des concours de beauté. C'est plus précisément celui des Miss America Junior dont il est question, avec une horde de lycéennes aux dents longues et au discours formaté. Ritchie offre un montage cruel lors des séquences d'entrevue entre les candidates et le jury, toutes souhaitant bien évidemment plus tard avoir une profession où elles peuvent aider leur semblable, nonnes, vétérinaire, missionnaire et on en passe. L'ironie est encore plus grande quand interviennent les différents numéros individuels de chacune. En voulant dénoncer justement le pouvoir du paraître et des artifices pour célébrer la beauté intérieure, une candidate propose (volontairement) l'effet totalement inverse en s'effeuillant de ses fanfreluches sous l'oeil des males concupiscent.

Plus tard c'est une concurrentes mexicaine qui après avoir amené une certaine fraîcheur parmi la population très WASP s'avère avoir une attitude tout aussi calculée en jouant outrageusement sur l'exotisme de ses origines et offrant du guacamole préparé par ses soin au moindre jury qui passe près d'elle. Les quelques personnages sortant du lot finissent noyés par leurs soif de victoire les incitant à adopter la même attitude que les autres. Un discussions entre deux filles enfonce le clou lorsqu'elles se conseillent mutuellement sur les astuces pour gagner : exagérer tout ses sentiments, fondre en larmes à la moindre occasion et surtout, sourire jusqu'à s'en décrocher la mâchoire. La bande son avec le morceau Smile de Nat King Cole en boucle est là pour nous le rappeler.

Cette transparence des enfants est directement issue de celle du monde des adultes, tous parfaitement odieux. Geoffrey Lewis est un président de concours odieux se préoccupant plus des coûts et de la réputation son évènement que du bien être de ses candidates. Bruce Dern est lui un jury terriblement creux dont les slogans positivistes idiots des concours sont devenus le leitmotiv quotidien et Barbara Feldon préfère voir son mariage s'écrouler plutôt que troubler le concours durant la semaine d'épreuve. Heureusement sous ce constat amer le film est aussi très drôle. Le ridicule et le kitsch de ce genre de concours est poussé dans ses derniers retranchements (le présentateur ringard, les entrainements loufoque) et quelques situations annexe sont hilarantes comme ses adolescents en rut tentant d'obtenir une photo dénudé des belles de passages.

Un poil moins brillant que Downhill Racer et Votez McKay (il est absolument impossible de s'attacher à qui que ce soit ici tant règne le cynisme) mais une grande réussite tout de même, peut être une des dernières de Ritchie dont la carrière allait bientôt sombrer. A noter une toute jeune Mélanie Griffiths parmi les concurrentes !

Disponible en dvd zone 1 chez MGM et doté de sous-titres français

mardi 8 mars 2011

Votez McKay - The Candidate, Michael Ritchie (1972)


Afin de s’opposer au conservateur Républicain Croker Jarmon (Don Porter) en vue des élections au poste de sénateur de la Californie, Marvin Lucas (Peter Boyle), à la recherche d’un candidat potentiel pour le parti Démocrate, découvre un jeune avocat Bill McKay (Robert Redford), fils de l’ancien Gouverneur John McKay ( Melvyn Douglas)…

Plongée immersive et parmi les plus crédibles vues au cinéma pour une campagne électorale, Votez McKay entame un vrai cycle politique dans la carrière de Robert Redford (ici producteur et instigateur du projet) bientôt suivis par Les Hommes du président de Alan J. Pakula et Les Trois Jours du Condor de Sidney Pollack. Ce cycle trouvera son prolongement durant sa carrière de réalisateur démarrée entre temps, avec le brillant Quiz Show et le poussif Lions et Agneaux, ces deux films abordant des thèmes déjà contenus dans ce Candidate (manipulations médiatiques et politiques étroitement liées), véritable base cinématographique de l’engagement citoyen de Redford.

Les choix du producteur Redford ne doivent rien au hasard avec comme réalisateur un Michael Ritchie qui venait de filmer pour la télévision la campagne du candidat démocrate John V. Tunne. Loin d'être un simple exécutant au service de la star, Ritchie fut un des plus grands espoirs du cinéma américain, considéré au dessus d'un Scorsese par la critique US de l'époque. Votez McKay s'inscrit d'ailleurs dans sa propre trilogie sur l'individualisme et les mutations de la société américaine avec des film comme Downhill Racer (son film précédent où il rencontra Redford) et Smile (1975). Ritchie a bien déçu depuis (On lui doit le sinistre Golden Child avec Eddy Murphy...) mais à l'époque il représente un atout majeur du projet. Le reste de l'équipe se compose du scénariste Jeremy Larner auteur d’un roman autobiographique sur la campagne du sénateur McCarthy, dont il écrivit les discours durant les présidentielles de 1968. Tout est réuni pour une description minutieuse des arcanes du monde politique, but qu’atteint le film avec brio.

L’importance des éminences grises, ainsi que cette caractéristique typique du système américain de faire surgir un personnage politique de nulle part ou presque (et qui se vérifie encore aujourd’hui), puis de lui faire atteindre les sommets, est montré de manière très intéressante ici avec le personnage de McKay, candidat fabriqué de toute pièce par des démocrates en difficulté. Bien de sa personne, tenant un discours franc et sincère, et surtout descendant d’une lignée politique en tant que fils d’un ancien gouverneur, McKay s’avère l’adversaire idéal face au vieux routier républicain Crocker Jarnon.

Fort de son expérience télévisuelle, Ritchie décrit à merveille le sentiment d’urgence d’une cellule de campagne et du rythme harassant de cette dernière, notamment les séquences montrant McKay sur le terrain, où domine un esprit documentaire pris sur le vif. En témoigne entre autres le passage de cortège de McKay à San Francisco, où la population ayant été prévenue la veille par la production du passage de Robert Redford, la sensation de tumulte et d’excitation s’avère parfaitement réaliste, de même que la confusion lors de la victoire finale, rappelant foules d’images inscrites dans l’inconscient collectif.

Chien fou ruant dans les brancards et mettant systématiquement les pieds dans le plat, la transformation progressive de McKay en bête politique au discours formaté est formidablement bien rendue. Traversé de belles trouvailles de montage pour signifier l'uniformisation progressive de son discours au fil de diverses interventions télévisées (trouvailles qu’on devrait en grande partie à Marcia Lucas, venue donner un coup de main), Votez McKay est un cruel et cynique récit d’apprentissage voyant un jeune homme sincère et idéaliste peu à peu brisé par le système, pour finalement ressembler aux vieux briscards qu’il voulait bousculer.

Pas vraiment tendre avec le citoyen américain, le film montre le travail de longue haleine que représente l’investissement du paysage politique et médiatique par un McKay se faisant les dents lors de pathétiques séquences devant un public inattentif, dans un centre commercial ou une réunion de fermiers hermétiques à son discours vindicatif.

Prestation parfaite et toute en ambiguïté de Robert Redford, candide et calculateur à la fois, dont le formatage est autant dû au travail d'usure de ses conseillers qu’à la perspective du pouvoir à portée de main, et qui devient enfin le candidat lisse et calculateur que l’électeur réclame.
En résultent les manœuvres que l’on connaît bien, comme la récupération roublarde de l’actualité, lors de l’épisode de l’incendie de Malibu, ou la double confrontation télévisée houleuse avec Crocker Jarmon, où McKay encore tendre (et pas au fait de la politique spectacle : « It was a quite show ! »), étale de manière scolaire ses revendications, et se fait dans un premier temps dominer par le candidat républicain stoïque. Puis la seconde où sourire charmeur, costume sombre et discours creux suffisent à prendre le dessus sur son adversaire vieillissant. Les codes visuels du débat télévisé (qui aura son importance deux ans plus tard lors de son introduction en France), où le cadre et le montage saisissent la moindre défaillance, hésitation ou emballement forcé, sont frappants par leur efficacité impitoyable.

Un constat des plus cyniques, résumé par ces mots adressés à son fils par John McKay d'un air complice et entendu « Son...you’re a politician ». Impossible de vouloir bouleverser les choses sans se brûler les ailes…
Un film visionnaire, encore plus d’actualité aujourd’hui, à l’ère de la politique spectacle, les futures élections française et les dernières aux Etats-Unis affirmant cette criante vérité.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner