Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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mercredi 8 mars 2023

Tucker : L'homme et son rêve - Tucker: The Man and His Dream, Francis Ford Coppola (1988)


 En 1948, le jeune ingénieur américain Preston Tucker conçoit une automobile révolutionnaire, la Tucker '48. Le succès prévisible déclenche une contre-attaque immédiate du Big Three — General Motors, Chrysler et Ford — pour tuer le projet dans l'œuf. Mais Tucker est décidé à ne pas se laisser faire et à réaliser son rêve : il doit absolument réaliser cinquante exemplaires de sa voiture pour que celle-ci existe de fait.

Tucker est une des œuvres les plus personnelles de Francis Ford Coppola, un de ses projets de cœur qu’il réalise à point nommé à ce stade de sa carrière. Coppola avec la création de son studio, la réalisation de Coup de cœur (1982) et l’arsenal technologique innovant et en avance sur son temps durant sa production à cherché à bousculer et proposer une alternative au système studio. L’échec commercial du film l’endette pour de longues années et confirme, après le tournage dantesque d’Apocalypse Now (1979), le tempérament de créateur risque-tout et démiurge de Coppola, prêt à tout risquer et emporter avec lui son entourage dans sa vision. On comprend l’identification qu’il va ressentir envers la figure de Tucker, ingénieur-rêveur de génie qui défia l’industrie de l’automobile américaine des années 40 à travers les nouveaux standards innovants de son automobile Tucker ’48. La fascination de Coppola pour Tucker remonte à l’enfance lorsqu’on son père fit partie des investisseurs de la Tucker ’48, tandis que la promotion agressive et promesse de rêves futuristes marqua durablement son imaginaire. 

Il envisage donc dès le début des années 60 un biopic dont la concrétisation se matérialisera au gré de ses échecs ou succès au box-office, avec une approche (il faut longtemps envisagé d’en faire une comédie musicale, Coup de cœur endossera ce rôle finalement) et un casting (Marlon Brando, Jack Nicholson et Burt Reynolds furent envisagé dans le rôle-titre) fluctuant. C’est grâce au support de son ami George Lucas que Coppola parvient enfin à financer le projet, Lucas désormais richissime avec Star Wars lui renvoyant l’ascenseur puisque Coppola produisit son American Graffiti (1973) après l’échec de THX 1138 (1971). Tout comme à l’époque Coppola convaincra Lucas de tourner le dos à la SF froide et cérébrale de THX 1138 pour une œuvre plus populaire qui lui ressemble avec American Graffiti, Lucas incite également son ami à abandonner la comédie musicale pour une approche plus nostalgique et americana. Coppola ayant entre temps nourrit de grands rêves, connut la réussite et les cuisants échecs, le mimétisme est totale avec Tucker, d’autant que lui aussi implique profondément sa famille dans son processus créatif.

Coppola malgré plusieurs arrangements avec la réalité (les évènements du film se déroulent sur un an au lieu de quatre par exemple) cherche à capturer au plus près l’esprit de Preston Tucker. Il échangera beaucoup avec la famille de Tucker, Jeff Bridges étudiera en profondeur la posture, le phrasé et la gestuelle du « personnage ». Plus globalement, et sans compter bien sûr la rutilante reconstitution et la direction artistique de Dean Tavoularis, le ton optimiste du film ainsi que son caractère lumineux cherche littéralement à en faire un pendant fictionnel des spots publicitaires de l’époque dans lesquels Preston Tucker se mettait en scène. C’est tellement vrai que la scène d’ouverture reproduit dans sa voix-off et certaines images le vrai long spot promotionnel de 1948 (visionnable en bonus du blu-ray) qui sert d’introduction accéléré au caractère d’inventeur de génie de Tucker. 

Le récit adopte le même rythme frondeur en montrant l’effet boule de neige entre la naissance de l’idée chez Tucker, puis toute l’énergie qu’il peut déployer pour la mettre en œuvre, la conviction qu’il est capable d’insuffler à tous ses collaborateurs partageant désormais son rêve. La Tucker’48 représente aussi une sorte de fantasme de savoir-faire et d’innovation naïve « à l’américaine » où il s’agit de façonner le meilleur produit possible pour le consommateur, d’imposer de nouveaux standards qualitatifs. Ainsi on savoure la roublardise et les talents de bonimenteur de Tucker lorsqu’il présente son projet accompagné de photos d’accidents de la route sanglantes (tout en les forçant à déguste un rosbeef qu’ils rendront pour la plupart) pour exprimer sa préoccupation d’une sécurité renforcée pour son futur véhicule. Le film semble ainsi avancer comme dans un rêve, le pouvoir de persuasion de Tucker semblant convaincre politiques, financiers, stimuler ses collaborateurs dans la course contre la montre pour concevoir le premier prototype.

L’enthousiasme contagieux et sincère de Tucker va cependant se heurter au cynisme du monde politico-financier. En effet, Tucker a promis de concevoir un produit idéal au service de ses futurs clients, ce qui n’a jamais été le souci des sphères politiques recherchant plus de pouvoir, ni des cercles économiques simplement en quête de profit. Notre héros doit donc lutter face à la collusion de ses entités et corporations (les « Big Three » de l‘industrie automobile Ford, General Motors et Chrysler) qui cherchent entraver sa création, à détourner ses designs sous couvert d’économies. La farouche indépendance de Tucker l’amène s’appuyer sur ses proches pour parvenir à créer sa voiture, mais la compromission semble inéluctable pour démocratiser la Tucker’48 à l’échelle nationale. Concevoir un « bon » produit et seulement cela pour réussir est une chimère que va constater amèrement Tucker, sa droiture se confrontant aux coups bas juridiques et médiatiques divers. Coppola parvient à un superbe équilibre entre grandiloquence et retenue pour accompagner cette épopée, ramenant toujours à une échelle intime et plus particulièrement familiale le rêve de Tucker. 

Plusieurs scènes le soulignent, celle de la présentation du prototype où sous le triomphe il n’oublie pas de faire monter sa femme et sa fille sur scène, et surtout celle où le fait qu’ils changent la couleur de la Tucker’48 (né d’un choix pour plaire à son épouse Vera (Joan Allen) suscite la première altercation entre Tucker et ses mécènes. L’opposition entre le monde du capitalisme le plus vil et celui idéalisé de Tucker se traduit par les bascules de la photo de Vittorio Storaro, chaleureuse, stylisée et chargée de couleurs ou neutre et froide. L’effervescence et le mouvement perpétuel d’un Tucker obsessionnel (en promotion, en famille, dans son entrepôt) alterne avec les entrevues claustrophobes et figées de bureaux entre vieillards décatis ne laissant pas le monde avancer. Coppola évite cependant un manichéisme trop marqué, montrant en filigrane quelques failles de Tucker mais surtout à travers l’ambiguïté des deux mondes. Abe Karatz (Martin Landau) est un pur financier qui s'est laisser contaminer par la fièvre de Tucker, tandis que l’entrevue avec Howard Hughes (Dean Stockwell) laisse voir un pendant négatif de Tucker, un créatif qui s’est néanmoins laisser happer par sa part d’ombre.

L’épilogue judiciaire et la magnifique tirade finale de Tucker entérine le propos. L’ambition de Tucker est morte mais certainement pas l’accomplissement de son rêve, matérialisé par les 50 modèles de Tucker’48 qu’il a néanmoins réussi à faire construire, et dont toutes les innovations techniques seront reprises par ses concurrents et adversaires – un peu comme les idées du Coppola de Coup de cœur imprègne la confection du cinéma contemporain. Jeff Bridges est vraiment fabuleux et parfaitement soutenu par le beau casting. Le film ne rencontrera malheureusement un succès mitigé à sa sortie mais demeure une merveille en forme d’autoportrait masqué de son auteur. 

Sorti en bluray anglais chez Lions Gates, doté de sous-titres anglais et d'une vf

 
 

vendredi 19 août 2022

The Outsiders - Francis Ford Coppola (1983)


 À Tulsa dans l'Oklahoma en 1961. Deux bandes rivales, qui se détestent, s'affrontent régulièrement. Il y a les jeunes des quartiers pauvres, les Greasers, avec Ponyboy Curtis et des frères plus âgés Darrel Curtis, dit Darry et Sodapop Curtis, dit Soda, ainsi que Johnny Cade, Dallas Winston, dit Dally, Keith Matthews, dit Two-Bits, et Steve Randle (Tom Cruise). Face à eux se dressent les Socs (abréviation de « Social »), issus de familles bourgeoises. Ponyboy rencontre alors Sherry Valance, surnommée « Cherry » à cause de ses cheveux rouges. Elle tente de lui prouver que les Socs ne sont pas tous pareils. Lors d'une bagarre, Johnny, le meilleur ami de Ponyboy, tue un Soc, Bob.

Outsiders est l’occasion pour Francis Ford Coppola de s’atteler à un projet plus modeste après l’échec commercial du dispendieux Coup de cœur (1982) qui l’endetta lourdement. Le film est l’adaptation du roman éponyme de S. E. Hinton publié en 1967. Le projet attire l’intérêt de manière fort originale. Le roman étant très populaire auprès des adolescents américains, les élève de l’école élémentaire Lone Star de Fresno (en Californie) vont adresser avec l’aide de la bibliothécaire, une lettre à Francis Ford Coppola car ils le voient comme le réalisateur idéal pour une adaptation. Le courrier parvient au réalisateur très touché par l’attention, et qui va du coup lire le roman et effectivement y trouver matière à un film. Il va travailler en étroite collaboration avec l’autrice S. E. Hinton et mettre en place un casting de rêve avec la crème des jeunes premiers masculins les plus prometteurs de l’époque tant dans les engagés (C. Thomas Howell, Tom Cruise, Patrick Swayze, Matt Dillon, Emilio Estevez, Rob Lowe, Ralph Macchio) que les refusés ou ceux qui déclineront la proposition (Val Kilmer, Mickey Rourke, Sarah Jessica Parker, Dennis Quaid). 

Sous cette dimension modeste, Outsiders prolonge les questionnements thématiques et les expérimentations visuelles de Coup de cœur, mais d’une façon moins spectaculaire. Dans un premier temps on retrouve la dimension nostalgique et référentielle du film précédent. Ces aspects s’illustraient par l’imagerie de comédie musicale pour Coup de cœur, et le socle est tout aussi cinéphile dans Outsiders. L’antagonisme entre bandes rivales de milieu sociaux différents ainsi que le fétichisme de la bande-originale, tenues et coiffure des protagonistes lorgnent largement (entre autres) sur West Side Story de Robert Wise (sorti d’ailleurs la même année que la trame de Outsiders). Le personnage de Johnny Cade (Ralph Macchio) lorgne quant à lui largement par sa nature chétive, sensible et vulnérable sur Platon (Sal Mineo) dans La Fureur de vivre de Nicholas Ray (1955). De manière général la nature torturée, l’incompréhension et le conflit des jeunes héros avec leurs parents démissionnaires et aînés sévères est aussi une variation sur plusieurs protagonistes de l’instabilité très théâtrale de Jim (James Dean) dans le film de Ray. Si l’inspiration est bien là, Coppola ne s’appuie pas pour autant sur des archétypes et va creuser sa propre voie.

Formellement Coppola cherche à traduire la dichotomie entre l’environnement social et violent des personnages et leur quête d’ailleurs. Le travail sur les compositions de plan des scènes intimistes qui instaure comme un fossé « mental », par l’image, entre des personnages physiquement proches est une idée brillante (et une fois de plus dans la continuité de Coup de cœur) qui permet de comprendre le mal-être commun de Ponyboy (C. Thomas Howell) et Johnny Cade. Le sinistre quartier pauvre de Tulsa dessine la nuit venue une ville fantôme et sans vie, si ce n’est les conflits qui se jouent pour nos adolescents dans les demeures, que ce soit Ponyboy et son frère Darry (Patrick Swayze) ou pire les parents absents à l’image d’un Johnny Cade meurtri qui préfère encore dormir à la belle étoile. Le seul refuge repose sur les copains, l’amitié fusionnelle, la bienveillance des « grands » qui eux aussi sous la virilité sont hantés par des démons autodestructeurs tel Dallas (Matt Dillon fabuleux). 

Dès lors Coppola convoque des visions sublimant le réel pour faire échapper les personnages à leur condition. Lors de leur nuit à l’extérieur, une nuit aux lueurs quasi féériques vient accompagner les discussion naïves et existentielles de Johnny Cade et Ponyboy. Plus tard lors de leur cavale les élans littéraires et rêveurs de Ponyboy transforment littéralement un décor devenant un espace rougeoyant et baroque qui convoque le Victor Fleming de Autant en emporte le vent (1939) ou le King Vidor de Duel au soleil (1947) dans un écrin intime et mythologique. L’abstraction est de mise et les émotions des personnages soumettent totalement la matérialité de l’environnement pour le rendre plus beau, plus ouvert sur l’horizon et un avenir différent possible. Sur le fond, tous les jeunes héros du film vont tenter, en vain pour certains, d’exprimer dans leur quotidien, la sensibilité qu’ils ont pu extérioriser dans ces instants-là. C’est pour eux que, par sa fibre artistique, Ponyboy va rendre hommage dans le bel épilogue du film.

Francis Ford Coppola signe une fois de plus une œuvre innovante où de façon plus introspective que Coup de cœur il se situe entre naturalisme et expérimental, très en avance sur son temps (les écrans verts lors des fameuses scènes d’épiphanies émotionnelles). La stylisation la plus prononcée s’entrecroise à un sentiment écorché et cathartique (Ralph Macchio et Matt Dillon bouleversant), une certaine mélancolie sur les déceptions inéluctables (la romance avec Diane Lane) mais surtout un vrai espoir et une envie d’aller de l’avant. Stay gold. Dans la foulée de ce beau Outsiders, Coppola signera une autre adaptation de S. E. Hinton avec le tout aussi beau Rusty James. 


 Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Pathé

jeudi 24 juillet 2014

Jardins de pierre - Gardens of Stone, Francis Ford Coppola (1987)


En 1966, le sergent Clell Hazard (James Caan) et le sergent-major Goody Nelson (James Earl Jones), déjà vétérans de la guerre du Vietnam, sont cantonnés au bataillon de parade à Washington. Ils ont sous leurs ordres de jeunes recrues qui officient aux innombrables enterrements de soldats morts au Vietnam au cimetière militaire d’Arlington. Quand débarque un jeune soldat militaire jusqu'au bout des ongles, Jackie Willow (D.B. Sweeney), fils d’un vieil ami de Hazard, celui-ci le prend sous son aile malgré leurs divergences d’opinion sur la guerre en cours.

Huit ans après son mythique Apocalypse Now, Francis Ford Coppola abordait de nouveau la Guerre du Vietnam dans ce plus sobre et intimiste Jardin de pierre. Adapté d'un roman de Nicholas Proffitt, le film dans son traitement s’avère être l'anti Full Metal Jacket dont on pourrait le rapprocher et sorti en cette même année 1987. L'intrigue se déroule également dans une sorte d'antichambre de la Guerre du Vietnam avec un bataillon de transition pour de jeunes soldats avant une éventuelle affectation sur le terrain. C'est la section "Parade" où de jeunes recrues officient aux enterrements des soldats mort au front dans le cimetière militaire d'Arlington.

Une manière d'échapper momentanément à l'épreuve du feu pour les jeunes soldats avec une formation sévère mais bon enfant tandis que les officiers chevronnés et ayant fait leur temps y trouvent également un forme de retraite paisible. Tout le monde n'y trouve pourtant pas son compte te le jeune soldat Jackie Willow (D.B. Sweeney), fils de soldat aux rêves de grandeur, médailles et héroïsme. Il va se lier d'amitié avec le Sergent Clell Hazard (James Caan) qui n'aura de cesse de refréner ses ardeurs. Hazard est revenu de deux longues affectations au Vietnam et vit mal sa position privilégiée. Il vit une situation contradictoire puisque tout en n'approuvant pas ce conflit aux enjeux incertain, il pense néanmoins que sa place est sur le terrain et ronge son frein dans ce quotidien trop paisible.

Les personnages semblent être des anachronismes dans cette Amérique post-Kennedy désillusionnée où le temps des héros et des guerres justes semble révolu. Le film n'est donc pas antimilitariste mais s'interroge à travers le personnage de Caan respectueux de l'institution mais mitigée quant à ses objectifs. Caan est excellent pour exprimer cette dualité, capable de nouer une relation amoureuse avec une pacifiste farouche (Anjelica Huston) tout se confrontant violemment à un civil critiquant le corps de l'armée. On a donc une vision chaleureuse de cette corporation, constituant un beau récit initiatique pour Willow moqué, encouragé et au final soutenu par ses supérieurs (James Earl Jones est des plus savoureux également) reconnaissant ses qualités.

Willow est la droiture et franchise incarné, autant par la conviction de sa vocation militaire que par ses amours avec la très belle romance entretenu avec Mary Stuart Masterton. Willow est un héros en puissance dans une époque et un conflit qui n'en a pas/plus besoin et ce sera son drame, toute la dimension romanesque du personnage étant vouée à un brutal retour à la réalité. Ne montrant la guerre que via des images d'actualités, Coppola fait pourtant courir ce désenchantement tout au long du film. L'issue cruelle est connue dès le départ et n'en rend que plus tragique les grandes aspirations de Willow, cette désillusion se traduisant par sa voix-off des lettres qu'il envoie à Hazard du Vietnam et où l'on constate une amertume et impuissance loin de l'exaltation de départ.

Coppola retrouve vraiment la tendresse et la veine intimiste de ses meilleurs films des 80's (Peggy Sue s'est mariée (1986), Outsiders (1983)), délaissant les expérimentations pour une sobriété au service des personnages. Les beaux moments ne manquent pas : Willow apprenant la mort de son père, le rendez-vous amoureux de Willow contrariée par une manœuvre militaire impromptue ou la première rencontre entre James Caan et Anjelica Huston. Tout cela fonctionne dans une sorte d'attente, d'aparté idéalisé (la photo de Jordan Cronenweth baigné du voile du souvenir, le thème musical mélancolique de Carmine Coppola) avant qu'une impitoyable réalité reprenne ses droits.

Sorti en dvd zone 1 et doté de sous-titres français

vendredi 22 novembre 2013

Coup de cœur - One From the Heart, Francis Ford Coppola (1982)

Un 4 juillet, deux habitants de Las Vegas, Hank et Franny, un peu usés par leur vie de couple, se séparent le jour anniversaire de leur cinq ans de rencontre et partent chacun de leur côté. Ils se retrouveront au bout de la nuit, après avoir fait chacun une rencontre.

Certains des meilleurs films de Francis Ford Coppola donnèrent souvent un entre-deux passionnant où se disputaient l’intime et le monumental, la modestie et la mégalomanie du réalisateur. La trilogie du Parrain sous le contexte criminel était ainsi une saga familiale, l’arrière-plan réaliste d’Apocalypse Now (1979) servait une odyssée intérieure hallucinée, la paranoïa du thriller Conversation secrète (1974) était le reflet du déséquilibre de son héros, et dans un tout autre registre Peggy Sue s’est mariée (1986) usait de son postulat extraordinaire pour un poignant portrait de femme. Malgré toutes leurs réelles qualités, il semblait parfois manquer un petit quelque chose aux célébrés mais plus uniformes Dracula (1992), tout en excès extravagants, ou Rusty James (1983), touchant mais sans doute un peu forcé dans son épure arty. Tout l’intérêt de Coup de cœur est d’entretenir constamment le doute quant à sa place dans la filmographie de Coppola. Tient-il de l’équilibre miraculeux des grands chefs-d’œuvre ou creuse-t-il un même sillon sans plus de richesse que sa prouesse technique ?

Le film arrive à un moment charnière de la carrière de Coppola. Le réalisateur s’était sorti miraculeusement du cauchemar Apocalypse Now (1979) où après le tournage rocambolesque et les péripéties que l’on sait, le succès fut au rendez-vous avec en point d’orgue une Palme d’or à Cannes. De cette aventure éprouvante naît chez Coppola à la fois une volonté de plus grand contrôle, et surtout d’un film plus intimiste avec cette ode à l’Amérique et cette histoire d’amour classique que constitue Coup de cœur. Ces aspirations s’avéreront contradictoires lorsque Coppola fera l’acquisition d’un immense studio à l’abandon de Los Angeles et y déplacera le siège de sa société de production American Zoetrope.

Renfloué par les recettes d’Apocalypse Now, il souhaite y produire non seulement Coup de cœur, mais aussi tous les futurs projets de la compagnie afin de nourrir son grand dessein d’une alternative crédible à la puissance des Majors. Le tournage est ainsi prévu entièrement en studio et le seul excès sera dans la reconstitution d’une rue de Las Vegas gorgée d’éclairages tapageurs et de néons. L’effervescence ambiante va pourtant nourrir la folie des grandeurs de Coppola et le projet de prendre des proportions monumentales avec ce parti pris s’étendant à tout le film.

Tout le faste déployé par Coup de cœur sert donc ici à nous baigner dans une expérience intime à travers la destruction puis la reconstruction du couple formé par Hank (Frederic Forrest) et Frannie (Teri Garr). L’intrigue se déroule à Las Vegas, cité de tous les artifices dont l’environnement surchargé peut autant nourrir le rêve que le cauchemar. Coppola procède donc à ce décalage au cœur du cadre du récit pour montrer les dissensions latentes de ses héros. Dans la séquence où ils se retrouvent dans leur maison, avant même que le moindre dialogue ne fasse découvrir la crise du couple, Coppola nous la fait comprendre par l’image.

Chacun arrive séparément et vaque à ses occupations comme s‘il vivait seul, les paroles de la chanson de Crystal Gayle contredisent ces retrouvailles tendres et la photo se nimbe de rouge durant la scène d’amour, couleur à la fois synonyme d’abandon aux sens mais aussi d’hypocrisie tout au long du film. Ici elle viendra donc illuminer une scène d’amour qui ne résoudra pas la dispute qui a précédé, plus tard elle nimbera le regard vide et teinté de regret de Frannie après sa première nuit avec Ray (Raul Julia).

Hank aspire à s’installer, donner une assise à son couple symbolisée par le cadeau d’anniversaire de leur rencontre : l’acte de propriété de leur maison. A l’inverse, ce toit ne semble être qu’une étape pour Frannie rêvant d’un ailleurs détaché du quotidien là aussi s’incarnant dans son cadeau : des vacances à Bora Bora. La séparation inéluctable verra leur voyage étrange le temps d’une nuit aux côtés de personnages chimères répondant mieux à leurs aspirations.

Le parcours, les rêves et les désillusions de chacun seront ainsi mis en parallèle dans un foisonnement visuel convoquant la comédie musicale ou encore le conte. Le latin lover mystérieux, incarné par un Raul Julia tiré à quatre épingles, est donc synonyme d’évasion pour Frannie. Loin des aspirations terre à terre de Hank, il est prêt à lâcher un job médiocre dans la minute pour passer la soirée avec elle, leur relation étant basée sur le mouvement perpétuel à travers deux extraordinaires scènes de danse, d’abord un tango aussi nerveux que langoureux et tout en jeu d’ombres puis une orgie dionysiaque en pleine rue où les corps s’entremêlent sur fond de disco.

Pour le plus réservé Hank, ce bonheur s’affirmera dans les traits juvéniles et innocents de Leila (Nastassja Kinski). Lassée de la vie agitée du monde du cirque, elle aspire à une même tranquillité que lui par son caractère doux et rêveur. Coppola nimbe leurs scènes d’une teinte bleutée qui les isole dans un monde féérique où rien n’importe plus que le regard de l’autre, magnifié sous toutes les coutures (le visage de Nastassja Kinski en perspective immense face à un Frederic Forrest subjugué). C’est un lieu de tous les possibles qui n’appartient qu’à eux, où les klaxons de voitures font office d’orchestre, où les étoiles filantes surgissent dans une nuit irréelle...

Tout au long du récit, Coppola nous aura pourtant bien signifié que le lien entre Hank et Frannie ne s’est jamais vraiment rompu. Les chansons dépeignent les mêmes états d’âme dans leurs aventures respectives, où au plus classique montage alterné le réalisateur substitue des fondus enchaînés à déflagration lente qui figent nos personnages ensemble à l’image pour des compositions de plan somptueuses convoquant le collage Pop Art.

L’expérimentation est ici au service de l’émotion et va déteindre sur cet environnement plié aux affres sentimentales des personnages, comme ce ciel aux textures changeantes lors du mouvement de grue qui voit Frannie quitter Hank une seconde fois. Comme cela a pu arriver souvent, l’innovation esthétique doit se conjuguer à un récit et des personnages simples, et c’est ce à quoi tend Coppola ici en mélangeant les techniques avec cette modernité s'ornant d'artifices plus anciens magnifiés comme le matte painting. Les traits tristes, le caractère mélancolique et emporté de Frederic Forrest le rendent immédiatement attachant et proche du spectateur en working class hero cherchant à cimenter sa relation.

Teri Garr suscite tout autant d’empathie par ses envies d’ailleurs, Coppola la magnifiant autant en vamp sexy désirable et à la robe écarlate telle qu’elle se rêve qu’en jeune femme à la beauté simple aimée de Hank. Si Raul Julia, aussi à l’aise soit-il, est un prétexte séduisant en forme de tentation, Nastassja Kinski et ses airs angéliques rendent cet amour de passage (élément confirmé par une astuce visuelle et narrative) fort touchant en une poignée de scènes qui constituent les meilleurs moments du film.

L’équilibre est cependant ténu et Coup de cœur n’est jamais loin par moments de basculer dans la virtuosité vaine où, malgré le parti pris sensoriel de l’ensemble de la direction artistique (des décors de Dean Tavoularis à la photo de Vittorio Storaro), l’esbroufe se ressent néanmoins dans ses mouvements de caméra complexe et son imagerie noyée de néons flashy. La magnifique bande-son de Tom Waits, entre hommage tonitruant à la comédie musicale et élans jazz élégants, ne peut totalement atténuer ce sentiment malgré l’esthétique réellement novatrice du film. Coup de cœur est ainsi un film très touchant mais imparfait, où Coppola s’est par instants perdu dans son impressionnante machinerie.

Le public sera d’ailleurs tout aussi décontenancé face à ce spectacle singulier, et après un tournage une nouvelle fois compliqué le film sera un échec retentissant précédé par une désastreuse campagne de presse. Michael Cimino avait clos l’hégémonie des réalisateurs avec l’échec de La Porte du Paradis (1980) et Coppola fut pendant un court instant en position de reconquérir ce pouvoir. Il n’en fut rien, ce qui sonnera le glas des rêves de grandeur d’American Zoetrope qui fermera une fois de plus ses portes tandis que Coppola passera comme il le dira sa quarantaine à rembourser les pertes de Coup de cœur. Reste un beau livre d’images, souvent poignant et toujours éblouissant, qui sera le dernier et définitif vestige du Nouvel Hollywood.

Sorti en dvd zone 2 français chez Pathé
 

samedi 22 décembre 2012

Peggy Sue s'est mariée - Peggy Sue Got Married, Francis Ford Coppola (1986)


1985 : les anciens du lycée Buchanan, classe 1960, se retrouvent pour leur vingt-cinquième réunion. Ce soir, ils sont venus en habit d'époque, jupes gonflantes, robes des sixties, brosse et nœuds pap' pour les garçons. Peggy, très populaire en 1960, se retrouve reine de la soirée avec pour partenaire son mari, Charlie, le rocker. Mais ce tandem si brillant jadis est sur le point de se séparer. Revoyant son mari dans sa prime jeunesse, Peggy, encore amoureuse, s'évanouit. Elle s'enfonce dans le rêve et revit ces fameuses années 1960...

Perdu dans des projets mastodontes où sa mégalomanie et un public changeant provoquèrent les échecs (le superbe Coup de cœur, le raté Cotton Club, le semi échec du retour aux sources du Parrain 3), Coppola su pourtant retrouver un vraie fraîcheur à travers de plus modeste films comme l'enchaînement Rusty James/Outsiders et ce Peggy Sue s'est mariée, charmant conte moderne.

Le poids du passé, le regret de ce qui aurait pu être, (lourdement) au cœur du Parrain 3 à venir sont abordés avec une grande délicatesse ici. Peggy Sue (Kathleen Turner) est une quarantenaire à la croisée des chemins. En instance de divorce avec Charlie(Nicolas Cage), l'amour de sa vie, Peggy Sue s'interroge sur ses choix. De ses rêves juvéniles d'ailleurs d'aventures, il ne reste pas grand-chose puisqu'elle est demeurée dans sa ville où elle tient une boulangerie et qu'en se mariant jeune elle n'a connu qu'un seul homme et raté la révolution sexuelle des 60's.

Toutes ces questions remontent à la surface lors de la réunion de lycée où elle va croiser d'anciens camarades dont Charlie où la joie des retrouvailles se dispute à la nostalgie et surtout fait resurgir la question : sachant de quoi l'avenir est fait, agirait elle de la même façon ? Fantasme dû à cette angoisse ou vrai phénomène surnaturel, suite à un malaise Peggy Sue se réveille 25 ans plus au temps de son adolescence au début des 60's. Tout va donc pouvoir recommencer, ou se rejouer.

L'ambiance 50's naïve et la performance touchante de Kathleen Turner confère un attrait irrésistible à l'ensemble. L'émerveillement et la nostalgie de l'héroïne sont aussi ceux du spectateur, qu'il ait vécu ou fantasmé cette période que la mise en image de Coppola capture dans des vignettes "americana" façon Norman Rockwell avec son cadre pavillonnaire immaculé , ses bar à jukebox, ses garçons gominés... Coppola donne chair à ce chromo rétro à travers les attitudes de Peggy Sue où les retrouvailles avec les êtres chers supposés disparus (de manière sous-jacente pour la petite sœur ou la mère, plus explicite pour les grands parents) font retrouver une innocence et une candeur surprenante à l'adulte éteinte vue en début de film.

 Cette innocence se traduit dans ce jeu de recommencement où Peggy Sue va contourner ses habitudes d'antan en forçant des évènements seulement rêvés alors : sortir avec le bel intellectuel ténébreux qui la fascinait, dire ses quatre vérités au professeur d'algèbre... Pourtant tout la ramène toujours à Charlie, joué par un Nicolas Cage débutant (pas le seul avec un casting comptant des jeunes Jim Carrey, Helen Hunt ou Joan Allen) qui confère une candeur romantique surprenante à cet apprenti musicien notamment par l'usage risqué (qui rendirent Coppola et le studio furieux) d'un timbre cartoonesque chevrotant qui ne ridiculise jamais le personnage mais le rend d'autant plus fragile et touchant.

Le film baigne dans un espoir et une quiétude idéalisant ce passé rêvé (et quel score délicat de John Barry) où finalement le présent est plus à réparer que ces doux souvenirs comme l'apprendra Peggy Sue sortie de cette illusion. Kathleen Turner trouve là un de ces tout meilleurs rôles et Coppola signe un de ses films les plus enchanteurs et positifs dont Noémie Lvosky aura tiré un sympathique remake officieux récemment avec Camille redouble.

Sorti en bluray français chez Carlotta

Pour les fans de Coppola la vidéo de sa masterclass au Forum des images en lien ici

jeudi 13 décembre 2012

Dracula - Bram Stoker's Dracula, Francis Ford Coppola (1992)


Transylvanie, 1462. Le comte Vlad Dracula, chevalier roumain, part en guerre contre les Turcs en laissant derrière lui sa femme Elisabeta. Cette dernière met fin à ses jours lorsqu'elle apprend la fausse nouvelle de la mort de son bien-aimé. Fou de douleur, Vlad Dracul renie l'Église et déclare vouloir venger la mort de sa princesse damnée à l'aide des pouvoirs obscurs, devenant ainsi un vampire sous le nom de Dracula.  Quatre siècles plus tard, en 1897, Jonathan Harker, un jeune clerc de notaire, est envoyé en Transylvanie afin de succéder à son collègue Renfield, devenu fou, pour conclure la vente de l'Abbaye de Carfax à un mystérieux comte qui n'est autre que Dracula. Au moment de la signature finale de la vente, Dracula découvre un portrait de Mina, la fiancée de Harker, semblable en tous points à sa défunte épouse Elisabeta. Dracula décide d'aller la retrouver à Londres et se fait transporter sur le Demeter dans des caisses remplies de sa terre natale.


Cette flamboyante adaptation du roman de Bram Stoker signifiait un retour en force pour Francis Ford Coppola après des années 80 difficiles. Le réalisateur avait continué à y délivrer des œuvres passionnantes,, entre épure formelle sophistiquée (le diptyque Rusty James/Outsiders),  pétages de plomb mégalo et expérimental dont il a le secret (Coup de cœur) et œuvres plus intimiste et sensible avec Peggy Sues’est mariée. Problème pratiquement tous ces films avaient été des échecs cuisant au box-office (on peut y ajouter l’échec artistique également de Cotton Club) et le retour aux sources raté du Parrain 3 (malgré de vraies belles fulgurances) n’avait pas redoré le blason de Coppola au box-office. Dracula sera donc le dernier vrai grand succès commercial du réalisateur tout en étant un film aussi génial que discutable sur le plan artistique.

Sur le papier, c’est sans doute l’adaptation la plus fidèle dans son déroulement au roman de Stoker mais  néanmoins elle souffle vraiment le chaud et le froid. La réussite est en premier lieu visuelle avec une esthétique gothique parmi les plus flamboyantes jamais vu notamment grâce à une direction artistique à tomber. La première partie est ainsi truffée d’images forte imprimant durablement la rétine, entre l'ouverture narrant l'histoire de Vlad l'Empaleur sa bataille puis ses cadavres de ses adversaires empalés sous un soleil rougeâtre, le voyage puis l'arrivée de Harker en Transylvanie,  enchaînements prodigieux au montage, les compositions de plan sublime et les décors studios impressionnants.

 Le film pêche en fait par sa profonde schizophrénie. Les costumes d'Eiko Ishioka (qui a œuvrée sur le Mishima de Paul Schrader et plus récemment associée à Tarsem sur The Fall et The Cell) sont d’une audace rares (l’armure façon chair à vif écarlate au début) et se marient fort bien à l’apparat gothique classique des décors de Thomas E. Sanders certes déjà vus mais d’un aboutissement et raffinement impressionnant. La note d’intention de Coppola était de transcender une inspiration issue du gothique des grandes heures de la Universal mais aussi du fantastique poétique français avec La Belle et la Bête de Jean Cocteau. Coppola travaillant toujours en famille aura cependant beaucoup délégué, notamment à son fils Roman ici réalisateur de seconde équipe et qu’on pourrait presque qualifier de réalisateur officieux.
Les influences de Roman Coppola sont toutes  autres (se souvenir de sa seule réalisation officielle le sympathique CQ hommage au cinéma pop 60’s et notamment le Barbarella de Vadim) puisque lorgnant plus vers le cinéma bis avec une esthétique très rococo au croisement des productions Hammer et Mario Bava (on est même pas loin du Caligula de Tinto Brass lorsque les femmes vampires séduisent Harker dans une scène à l’érotisation brûlante où on reconnaîtra une toute jeune Monica Bellucci) jurant avec le classicisme revendique par Francis (Todd Browning, James Whale).  Tout cela traduit la mainmise invisible de Roman Coppola et déteint sur l’ensemble du film ne sachant choisir une direction claire sous dans toutes ses facettes.

Le romantisme le plus éclatant côtoie donc ainsi le grotesque,  le génie alterne avec le franchement risible (le cocher de Dracula qui soulève Harker pour le mettre dans sa voiture) parfois dans la même scène tel ce face à face entre un Harker apeuré et Dracula ultra maniéré et provoquant plus les gloussements que l’effroi. 

L'interprétation est du même ordre et sans juste milieu :  Keanu Reeves est insipide en Jonathan Harker (mais tout terne qu’il soit il est paradoxalement le plus juste face aux excès des autres) tandis qu’Anthony Hopkins délivre un cabotinage honteux en Van Helsing faisant  le film dans la pantalonnade. Le Dracula transformiste incarné par Gary Oldman est une fausse bonne idée vu l’option romantique prononcée car difficile pour provoquer l’empathie (humain/animal, jeune/vieux, amoureux/monstrueux qu'est il vraiment au fond ?) nécessaire à un personnage qui n’a pas d’image réellement définie. 

Malgré tout l'histoire d'amour est vraiment belle et cette orientation romanesque plus marquée touche vraiment dès que Mina (Winona Ryder superbe) et Dracula (Gary Oldman habité, quand on distingue ses trait en tout cas) sont réunis, que ce soit  la première rencontre au cinématographe, le dîner romantique où la poignante scène où Mina s'abandonne à Dracula et boit son sang. Coppola a vraiment réussi à faire de Dracula un monstre et un personnage tragique à travers cette histoire et provoquer un sentiment mitigé où l’on souhaite autant le voir périr pour ses exactions (les débordements sanglants sont particulièrement réussis) que de retrouver Mina.

Dracula est donc une œuvre très inégale mais captivante même dans ses défauts et de toutes façon traversée de fabuleux moments de cinéma et porté par un score inoubliable de Wojciech Kilar C’est aussi le dernier vrai bon film de Coppola avant son retour en grâce récent dans des œuvres plus modestes car la suite des 90’s allait s’avérer sinistre (Jack, L’Idéaliste). Le grand écart entre excès et classicisme manqué par Coppola ici serait par contre brillamment réussit par Kenneth Branagh et son Frankenstein d'ailleurs produit par Coppola qui devait le réaliser au départ. 


Sorti en dvd zone 2 français chez Sony