Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram
Golden Lotus est une femme assassinée qui pour
se venger de ses meurtriers va se réincarner en Chine juste avant la
Révolution Culturelle. Sa réincarnation a beaucoup de similitudes avec
sa vie passée.
The Reincarnation of Golden Lotus est un
mélodrame surnaturel tout à la gloire de la beauté de Joey Wong.
Celle-ci incarne une figure féminine damnée dont le destin tragique se
rejoue à travers les âges et de ses différentes réincarnations. La
narration et la mise en scène de Clara Law joue à la fois sur la notion
de karma et une approche plus sensorielle pour traduire les
réminiscences de la vie de Lotus (Joey Wong). Des séquences hallucinées
et oniriques dans une Chine moyenâgeuse montre ainsi une Lotus avide de
vengeance qui provoque la répétition des drames dans chacune de ses
réincarnations, tandis qu'une séquence du passé plus classique dans la
Chine maoïste la voit dans une de ses "vies" victime de l'abus et de la
lâcheté des hommes. La part principale du récit se déroule à la période
contemporaine et va ainsi narrer l'illustration moderne et complète des
drames entrevus dans les flashbacks.
On constate des éléments que l'on retrouvera dans le film suivant de Clara Law, le très sombre Farewell China
(1990). Dans ce dernier, une narration fragmentée permettait
progressivement de brosser un portrait de femme meurtrie incarnée par
Maggie Cheung où sa personnalité vacillait face à la solitude et les
abus subis dans son exil new-yorkais. Clara Law procède de même ici avec
Joey Wong à la fois victime et actrice de son malheur, la notion de
karma l'incitant à rejouer malgré elle les errances de ses malheurs
passés. Clara Law multiplie les trouvailles formelles pour traduire cet
état mental agité, dans la manière d'introduire les bribes de flashbacks
et en traduire des échos par le montage, ainsi que par la photo
stylisée de Jingle Ma qui fait basculer les atmosphères de façon
déroutante.
Le film est adapté d'un roman de Lilian Lee (qui en signe aussi le
scénario) et on sent clairement sa patte dans l'art de manier le
mélodrame torturé (Adieu ma concubine de
Chen Kaige est adapté d'un de ses romans), de jongler avec les
temporalités sur ce thème de la réincarnation (le chef d'œuvre Rouge de Stanley Kwan (1987), Terracotta Warriorde Ching Siu-Tung (1990) là aussi adaptés de ses ouvrages) et de marier le tout à une tonalité décalée (Green Snake
de Tsui Hark (1993) qui adapte sa relecture contemporaine de la légende
du Serpent blanc). On retrouve d'ailleurs de ces films la licence
poétique qui voit les personnages contemporains progressivement
conscients de leur identité passée (la romance impossible avec Wilson
Lam) mais incapable de réfréner leurs pulsions et d'empêcher l'éternel
recommencement de leur malédiction.
Si Clara Law n'égale pas ces
prestigieuses transpositions, elle propose un film prenant porté par une
Joey Wong, à la fois mystérieuse, vénéneuse et fragile. Elle est de
presque tous les plans et totalement magnifiée par la mise en scène. Le
mélange des genres (drame en costume, wu xia pian sur la fin, comédie)
aurait été presque parfait sans les très poussives scènes de couple avec
le personnage de Eric Tsang plus grotesque que touchant et qui alourdit
grandement l'ensemble.
La femme d’affaires Ah Moon doit se rendre à
Taiwan pour son travail, mais meurt dans un accident d’avion. Son mari,
l’informaticien Ah Wai, est inconsolable. Il envisage de vendre leur
appartement commun et fait alors appel à l’agent immobilier gay Tong. Ce
dernier n’est pas le seul à tourner autour du veuf obnubilé par le
chagrin, puisque le maître-nageur Dou Jie entretient lui aussi un lien
trouble avec le couple brisé à jamais par la catastrophe.
Hold you tight est une sorte d'œuvre somme
pour Stanley Kwan, qui entrecroise les environnements contemporains et
les questionnements existentiels urbain de ses premiers films (Women (1985), Love unto wastes (1986)) avec une vision de la sexualité crue stimulée par le coming-out qu'il fit dans son documentaire Yang ± Yin: Gender in Chinese Cinema
(1995). Le point de départ du récit est cet aéroport de Hong Kong où
deux femmes à l'étrange ressemblance s'apprêtent à prendre le même
avion. L'une Ah Moon femme d'affaire et jeune mariée (Chingmy Yau) va le
prendre et périr dans un crash tandis que l'autre, Rosa (Chingmy Yau)
femme mûre et divorcée va rater le vol et survivre. Dès lors Stanley
Kwan construit une narration décousue entre passé et présent autour de
l'entourage des deux femmes (mais plus particulièrement Ah Moon) dans
une sorte de kaléidoscope de ce qui fut, de ce qui aurait pu être et de
ce qui ne sera jamais.
Le passage entre les époques ne suit pas une
logique narrative linéaire et il faut parfois quelques minutes au
spectateur pour saisir la bascule. Le fil rouge semble être la nature
d'exilé ou en transit des personnages, originaires de Taiwan ou en passe
d'y retourner même brièvement (la cause du voyage fatal initial).
Chaque protagoniste vit ainsi dans une forme de solitude urbaine qu'il
cherche inconsciemment ou pas à combler. Ah Moon est délaissée par son
époux Fun Wai (Sunny Chan) et se réfugie dans les bras du maître-nageur
Dou Jie (Lawrence Ko), sans doute le plus déraciné de tous. Après le
décès de Ah Moon, c'est au tour de Fun Wai d'être aux abois et de
trouver le réconfort dans le giron intéressé de l'agent immobilier gay
Tong.
La solitude ne se surmonte que dans une forme de pulsion charnelle que
Stanley Kwan filme avec une sensualité frontale. Chaque scène d'amour
est portée par une fièvre qui révèle en creux la volonté de s'accrocher
désespérément à quelque chose, de se prouver que l'on existe. Si la
rencontre de l'aimé s'avère impossible, cette sensualité revêt un tour
plus pathétique, capturé toujours aussi crûment par le réalisateur,
entre la scène de masturbation de Dou Jie ou le passage dans les
backrooms gay pour Tong - l'homosexualité filmée sans fard annonçant le
superbe Lan Yu (2001) à venir pour Stanley Kwan.
Avant ces explosions charnelles, le réalisateur sait également filmer la
frustration, accompagner les regards qui s'attardent sur les corps et
brouiller nos attentes comme avec le personnage de Dou Jie dont on ne
sait s'il désire l'épouse Ah Moon ou le mari Fun Wai. Dans condition
esseulée au fil du récit, la porte est ouverte par le réalisateur à
toutes les situations, à toutes les combinaisons amoureuses, même celles
qui ne se concrétise pas dans le temps du film. Il s'agit selon les
temporalités ou niveau narratif de surmonter un vide existentiel, une
séparation, une déprime passagère dans cette cité de Hong Kong où chacun
est livré à lui-même. Chingmy Yau et sa superbe prestation est le
visage de tous ces maux, en attente lorsqu'elle incarne Ah Moon ou
solide réconfort lorsqu'elle est Rosa. Pas forcément l'opus de Stanley
Kwan le plus accessible par sa construction étrange, mais assurément
l'un des plus attachants.
XiaoJun Li, jeune homme un peu simplet natif de
Wuxih, débarque à Hong Kong dans le but de commencer une nouvelle vie,
pour la partager par la suite avec sa petite amie XiaoTing Li, restée
pour l'instant dans leur ville natale. Jun ne parle que le mandarin, ce
qui rend difficile un quotidien dans une ville où les langues parlées
sont le cantonais et l'anglais. Recueilli par sa tante Li, il trouve
très vite un boulot en tant que livreur. Un soir, en quête de nouveauté,
il rencontre dans un McDonald's une jeune caissière du nom de Qiao Li.
Se faisant passer pour une fille native de Hong Kong, cette immigrante
cantonaise va aider le jeune homme à s'intégrer dans un environnement
encore tout inconnu pour Jun.
Comrades, Almost a Love Story
est un magnifique mélodrame qui offre à Maggie Cheung un de ses plus
beaux rôles et compte parmi ses plus gros succès à Hong Kong. Cette
popularité est sans doute due à la romance du film qui se conjugue à une
belle ode au migrant chinois qui sut parler à la communauté exilée
hongkongaise. Le récit débute au milieu des années 80 quand le jeune Li
Xiao-Jun (Leon Wai) débarque de sa Chine natale à Hong Kong pour
démarrer une nouvelle vie. Le rythme urbain effréné, la barrière de la
langue (il ne parle que mandarin quand le cantonais et l'anglais sont de
rigueur) et la modernité croissante de la péninsule le dépasse
rapidement, alors qu'il se tue à la tâche entre divers job de labeur.
Alors que son statut de migrant saute aux yeux dans sa gaucherie
constante, Li Xiao-Jun va rencontrer Qiao Li (Maggie Cheung) chinoise
comme lui mais déjà parfaitement assimilée à Hong Kong. La première
rencontre l'explicite de manière amusée quand Li Xiao-Jun voulant
s'offrir un repas au Mac Donald avec son premier salaire peine à
énumérer sa demande et que Qiao Li repérant le "plouc" révèle son
invisible nature de migrante chinoise pour lui dire en mandarin. C'est
ainsi que va débuter une relation tendre entre deux protagonistes aux
antipodes l'un de l'autre.
Qiao Li n'aspire qu'à la réussite
matérielle, multipliant les petits boulots, le système D et les affaires
plus ou moins rentables. Li Xiao-Jun est plus flou dans ses objectifs
si ce n'est faire venir un jour sa fiancée (XiaoTing Li). Il suit donc
naïvement Qiao Li dans toutes ses combines et accepte docilement de se
faire parfois exploiter par elle. La force de Peter Chan est de parvenir
à mêler dans un même élan l'urgence du quotidien harassant de ses héros
prolo avec un romanesque qui s'installe sans prévenir. L'humour sert
ainsi à éclairer la dimension réaliste par la répétitivité de certaines
situations, les cavalcades à vélo de Li Xiao-Jun pour ses livraisons ou
le rituel de la consultation du solde de son compte pour Qiao Li.
Cette
répétitivité fonctionne par le montage où au fil des mois, des saisons
et des années les tâches, les quartiers traversés forment une boucle du
quotidien qui façonne la complicité des personnages par un habile
travaille sur le montage et le mouvement. Peter Chan pour amorcer la
romance fige le duo dans une énième situation de galère (un job
laborieux un soir de nouvel an) et use des même outils narratifs mais
dans une volonté plus immédiate. L'urgence s'estompe sous la monotonie
de ce nouvel an pluvieux et les confidences peuvent se faire (Maggie
Cheung avouant enfin être chinoise et venir de Guangzhou). Le
rapprochement intime se fait également par cet art du montage et du
fondu poétique, d'abord par ces confidences (le jeu sur le temps qui
passe dans les ellipses sur les postures figés des personnages) puis
celui plus physique avec cette magnifique scène où une scène de
séparation débouche sur une proximité sensuelle en diable. Li Xiao-Jun
voulant couvrir Qiao Li avant qu'elle sorte sous la pluie l'habille
d'une veste, puis de deux, les corps, puis les visages se rapprochent,
avant de céder au désir galopant.
La romance ne peut totalement
s'accomplir cependant à cause de protagonistes qui regarde encore trop
derrière (Li Xiao-Jun et sa fiancée) ou devant (Qiao Li et ses rêves de
richesse) eux. Ils symbolisent à eux deux le drame de l'exilé qui vit
dans le souvenir de ce qu'il a laissé et le profond désir de réussite
justifiant son départ. Le fossé va ainsi se creuser dans une intrigue
qui va progressivement se faire plus ample et jouer sur des codes plus
classiques du mélodrame. Les idées formelles et narratives de Peter Chan
transcendent pourtant la deuxième partie plus classique du film. La
nostalgie des premiers temps difficiles est ainsi le ciment de l'amour
entre Li Xiao-Jun et Quiali, même quand il seront éloignés humainement
comme géographiquement.
Lors du fameux soir de nouvel an, le couple
vendait des disques de Teresa Teng, chanteuse chinoise immensément
populaire qui réchauffe le cœur de la diaspora chinoise à Hong Kong et à
travers le monde. L'artiste est ainsi un fil rouge (le titre original du film est d'ailleurs celui d'une de ses chansons) parfois
physique mais surtout musical qui constituera à chaque fois des
retrouvailles amoureuses poignantes. Le film lui est d'ailleurs dédié
puisqu'elle décèdera prématurément en 1995, un an avant la sortie en
salle. Peter Chan travaille donc constamment en alternance un lyrisme de
l'instant sur la montée du sentiment et l'assouvissement du désir (la
magnifique scène en voiture en la connexion semble brisée entre les
amants et se ravive par une maladresse, les retrouvailles dans l'ancien
logis miteux) et une fatalité qui dessine un espace plus vaste, un décor
qui écrase les personnages. Toute la répétitivité visuelle joue sur le
premier point quand les plans et compositions plus inattendues (Maggie
Cheung seule au monde en plongée au milieu de Madison Square)
travaillent le second.
L'interprétation est au diapason. On a beau fantasmer en occident la Maggie Cheung papier glacée de In the Mood for love
(2000), elle n'est jamais plus poignante que dans le registre plus
naturel, gouailleur et authentique de la girl next door hongkongaise
(Tsui Hark l'avait perçu dans L'Auberge du Dragon (1992) voire Green Snake (1993) où elle est bien délurée, Wong Kar Wai aussi dans As tear go by et Nos années sauvages(1990)).
Elle offre donc une prestation magnifique ici, vulnérable, intense et
superbement mise en valeur par les gros plans de Peter Chan scrutant
chacune de ses nuances. Leon Wai n'est pas en reste et on retiendra
aussi un étonnant Eric Tsang en petit ami gangster. Une belle réussite
qui sera un temps invisible, puisque (au vu de la toile de fond) le
gouvernement chinois interdira un temps son exploitation après la
rétrocession avec une ressortie en 2013.
Sorti en blu ray et dvd hongkongais doté de sous-titres anglais