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vendredi 28 août 2020

Hold you tight - Yue kuai le, yue duo luo, Stanley Kwan (1998)

La femme d’affaires Ah Moon doit se rendre à Taiwan pour son travail, mais meurt dans un accident d’avion. Son mari, l’informaticien Ah Wai, est inconsolable. Il envisage de vendre leur appartement commun et fait alors appel à l’agent immobilier gay Tong. Ce dernier n’est pas le seul à tourner autour du veuf obnubilé par le chagrin, puisque le maître-nageur Dou Jie entretient lui aussi un lien trouble avec le couple brisé à jamais par la catastrophe.

Hold you tight est une sorte d'œuvre somme pour Stanley Kwan, qui entrecroise les environnements contemporains et les questionnements existentiels urbain de ses premiers films (Women (1985), Love unto wastes (1986)) avec une vision de la sexualité crue stimulée par le coming-out qu'il fit dans son documentaire Yang ± Yin: Gender in Chinese Cinema (1995). Le point de départ du récit est cet aéroport de Hong Kong où deux femmes à l'étrange ressemblance s'apprêtent à prendre le même avion. L'une Ah Moon femme d'affaire et jeune mariée (Chingmy Yau) va le prendre et périr dans un crash tandis que l'autre, Rosa (Chingmy Yau) femme mûre et divorcée va rater le vol et survivre. Dès lors Stanley Kwan construit une narration décousue entre passé et présent autour de l'entourage des deux femmes (mais plus particulièrement Ah Moon) dans une sorte de kaléidoscope de ce qui fut, de ce qui aurait pu être et de ce qui ne sera jamais.

Le passage entre les époques ne suit pas une logique narrative linéaire et il faut parfois quelques minutes au spectateur pour saisir la bascule. Le fil rouge semble être la nature d'exilé ou en transit des personnages, originaires de Taiwan ou en passe d'y retourner même brièvement (la cause du voyage fatal initial). Chaque protagoniste vit ainsi dans une forme de solitude urbaine qu'il cherche inconsciemment ou pas à combler. Ah Moon est délaissée par son époux Fun Wai (Sunny Chan) et se réfugie dans les bras du maître-nageur Dou Jie (Lawrence Ko), sans doute le plus déraciné de tous. Après le décès de Ah Moon, c'est au tour de Fun Wai d'être aux abois et de trouver le réconfort dans le giron intéressé de l'agent immobilier gay Tong.

La solitude ne se surmonte que dans une forme de pulsion charnelle que Stanley Kwan filme avec une sensualité frontale. Chaque scène d'amour est portée par une fièvre qui révèle en creux la volonté de s'accrocher désespérément à quelque chose, de se prouver que l'on existe. Si la rencontre de l'aimé s'avère impossible, cette sensualité revêt un tour plus pathétique, capturé toujours aussi crûment par le réalisateur, entre la scène de masturbation de Dou Jie ou le passage dans les backrooms gay pour Tong - l'homosexualité filmée sans fard annonçant le superbe Lan Yu (2001) à venir pour Stanley Kwan.

Avant ces explosions charnelles, le réalisateur sait également filmer la frustration, accompagner les regards qui s'attardent sur les corps et brouiller nos attentes comme avec le personnage de Dou Jie dont on ne sait s'il désire l'épouse Ah Moon ou le mari Fun Wai. Dans condition esseulée au fil du récit, la porte est ouverte par le réalisateur à toutes les situations, à toutes les combinaisons amoureuses, même celles qui ne se concrétise pas dans le temps du film. Il s'agit selon les temporalités ou niveau narratif de surmonter un vide existentiel, une séparation, une déprime passagère dans cette cité de Hong Kong où chacun est livré à lui-même. Chingmy Yau et sa superbe prestation est le visage de tous ces maux, en attente lorsqu'elle incarne Ah Moon ou solide réconfort lorsqu'elle est Rosa. Pas forcément l'opus de Stanley Kwan le plus accessible par sa construction étrange, mais assurément l'un des plus attachants.

 Sorti en dvd hongkongais

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