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samedi 22 août 2020

Cherry Blossoms : When Tat Fu Was Young - Yu Ta Fu chuan ji, Eddie Fong (1988)

Au début du XXème siècle, le jeune Yu Dafu part faire des études de médecine au Japon alors que les nationalistes monte en puissance. Rapidement, il est davantage attiré par les jeunes femmes et la poésie.

Cherry Blossoms est la seconde réalisation d'Eddie Fong, surtout connu à Hong Kong pour son travail de scénariste où il brille autant pour la Nouvelle Vague hongkongaise (L'enfer des armes de Tsui Hark (1980), Nomad de Patrick Tam (1982)) que dans le cinéma d'auteur notamment pour sa femme la réalisatrice Clara Law (Farewell China (1990)) ou le grand mélo populaire comme le superbe A Fishy Story de Antony Chan (1989) qui fera de Maggie Cheung une star. Dans Farewell China et A Fishy Story, on trouve deux héroïnes (incarnées par Maggie Cheung dans chacun des films) chinoises exilée ou aspirant à l'être, exprimant ainsi une forme de schizophrénie entre amour de la patrie et une volonté de la fuir pour des raisons sociales ou économiques. Cherry Blossoms explorait déjà ce motif, mais sous la forme du récit initiatique et du film historique.

Le film adapte la jeunesse du poète chinois Yu Dafu et notamment de la période où il poursuivit ses études au Japon entre 1913 et 1922. L'œuvre de Yu Dafu se caractérise par sa nature introspective, autobiographique et existentielle, notamment dans son plus célèbre roman Le Naufrage (paru en 1921) qui fit scandale par sa description sans fard de la sexualité. Le film d'Eddie Fong, sans être un biopic à proprement parler parvient en tout cas par sa narration en voix-off, son récit en flashback et le lyrisme de sa mise en scène à traduire l'esprit de Yu Dafu tout en explorant des thèmes propres au réalisateur.

Le récit nous fait passer d'un Yu Dafu adulte et mélancolique (Chow Yun Fat) à son incarnation adolescente (Tat Wah Fok), jeune homme envoyé par sa famille au Japon pour y suivre des études de médecine. Même si tourné sous forme de scènes potaches, le poids de l'exigence parentale et des soubresauts politiques en Chine pèsent sur tous ses étudiants chinois exilés appelés à occuper des postes important à leur retour. Yu Dafu plutôt que le sérieux et "l'utilité" des études de médecine est attiré par les lettres et la poésie, ce qui se répercute dans son quotidien de jeune homme en proie à ses premiers émois amoureux et sexuels. Il va ainsi tomber sous le charme de la belle Lung, fille d'un opposant politique chinois exilé. Cette famille représente la schizophrénie de cette identité chinoise puisque par crainte pour sa vie et celle de sa fille, le père de Lung souhaite désormais en faire une japonaise assimilée en changeant son nom et voit donc d'un mauvais œil le rapprochement avec Yu Dafu.

Les étudiants chinois subissent de leur côté le racisme des japonais mais Eddie Fong évite de se montrer manichéen dans son observation. Le quotidien de notre héros à l'école, son amitié avec un aîné (et rival amoureux) japonais montre l'esprit belliqueux et nationaliste qui régnait alors au Japon. L'exhortation à montrer sa force et sa virilité via les harangues des professeurs de sport en uniforme militaire, un film de propagande au cinéma o tous les spectateurs se dresse pour hurler les vertus supérieures du Japon, tout dans l'atmosphère impose une volonté (de tout temps mais particulièrement féroce alors) de rentrer dans le rang, d'obéir et de ne pas se poser de question. Les jeunes chinois exilés aspirent à importer cette supposée grandeur à leur retour, mais souffre de cet autoritarisme fanatique.

L'échappée ne peut se faire que dans l'insouciance des premiers amours et Eddie Fong déploie une mise en scène qui dénote du film historique classique. Le travail sur la couleur, la fougue des mouvements de camér ( le style caméra à l'épaule ou l'usage du grand angle durant le marivaudage pastoral) et l'érotisme troublant constituent une bulle de modernité et d'espièglerie dans ce cadre oppressant. Tous les instants de triangle amoureux font preuve d'un charme où soudain les clivages sociaux (la modernité et le bagout du personnage féminin) et culturels s'estompent pour simplement observer des jeunes gens qui s'épanouissent. La réalité va vite les rattraper et le drame sera autant dû au complexe d'infériorité chinois d'alors qu'au sentiment de supériorité et à l'aveuglement japonais.

Notre héros s'élèvera donc au-dessus des problématiques idéologiques qui rongent son temps pour se plonger dans son art, les évènements auxquels on vient d'assister étant supposé lui avoir inspiré son roman Le Naufrage qui narre les amours d'un étudiant. Les jeunes acteurs sont excellents et Chow Yun Fat (un peu trop mis en avant dans la promo et les affiches vu son temps de présence à l'écran) exprime magnifiquement la mélancolie et les regrets des temps passés, dévorant l'épilogue de son charisme. Le film produit en 1985 par la Shaw Brothers restera malheureusement trois ans dans les tiroirs pour ne sortir qu'en 1988 (agrémenté de quelques scènes de nu pour attirer le chaland), le fondant plus dans l'esthétique émergente des Wong Kar Wai qu'il a pourtant précédé. Ces mésaventures ne suffisent pourtant pas à dénaturer le très beau film qu'est Cherry Blossoms.

Sorti en dvd et bluray hongkongais dotés de sous-titres anglais

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