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mercredi 12 août 2020

Oh Rosalinda ! - Michael Powell et Emeric Pressburger (1956)


Dans la Vienne d'après-guerre, découpée en quatre zones d'occupation, et sous la férule du Docteur Falke, le meneur de jeu, les amours de Rosalinda Eisenstein, partagée entre le capitaine américain Alfred et son mari. Bal masqué, champagne et quiproquos...

Oh Rosalinda ! est l’œuvre qui entame la fin des Archers et donc de l’association entre Michael Powell et Emeric Pressburger. Deux derniers films suivront avec La Bataille du Rio de la Plata (1956) et Intelligence Service (1956), des œuvres qui se tiennent dans la maîtrise et le savoir-faire mais dont le génie d’antan est absent. C’est un constat que l’on peut malheureusement déjà faire aussi pour Oh Rosalinda ! malgré l’attente immense qui suscite le fait de voir le duo redonner dans le film musical après les chefs d’œuvres Les Chaussons Rouges (1948) et Les Contes d’Hoffman (1951). Le film adapte Die Fledermaus (La Chauve-Souris), opérette viennoise composée par Johann Strauss en 1874. Cette dernière était déjà une adaptation d’une pièce autrichienne de 1851 intitulée Das Gefängnis (La Prison). 

Le scénario est très fidèle au matériau d’origine qu’il transpose cependant dans un cadre contemporain où les prétendants de Rosalinda (Ludmilla Tcherina) représentent également quatre forces politiques d’alors se partageant la ville de Vienne. Le mari de Rosalinda est donc le français Eisenstein (Michael Redgrave), on croisera un ancien amant américain avec le Capitaine Westerman (Mel Ferrer), mais aussi l’anglais Major Frank (Dennis Price) et enfin le général russe Orlovski (Anthony Quayle). Eisenstein est condamné à 5 jours de prison pour outrage à un fonctionnaire, ce qui laissera le champ libre à tous les autres pour tenter leur chance avec Rosalinda. Eisenstein avant de purger sa peine s’éclipse pour se rendre à un bal costumé peuplé de belles jeunes femmes, manipulé qu’il est par le sournois Docteur Falke (Anton Walbrook). On voit donc bien venir une intrigue légère, riche en rebondissement et quiproquos divers.

Avec Les Chaussons Rouges, Powell et Pressburger avaient pour ambition d’étendre l’espace scénique avec les moyens du cinéma pour en faire un véritable prolongement mental des pensées de son héroïne Moira Shearer, mais également un environnement onirique permettant de déployer pleinement la trame du conte d’Andersen. Les Contes d’Hoffman cherchait au contraire à retranscrire dans le ton l’emphase dramatique de l’opéra, mais également dans la forme par ses cadrages hiératique figurant la position du spectateur de théâtre, ainsi que par des idées poétiques reproduisant au cinéma les habituelles conventions scéniques trahissant la facticité des décors. Oh Rosalinda ! semble être dans cette continuité en cherchant à retraduire visuellement la tonalité guillerette de l’opérette.
Le jeu outrancier des acteurs est dans cet esprit, et tout le jeu de mensonge et de faux-semblant passe par l’artificialité assumée des environnements conçus par Hein Heckroth (déjà à la direction artistique sur Les Contes d’Hoffman et en partie pour Les Chaussons Rouges). Le problème est que le ton léger ne semble pas appeler à l’émerveillement et à la sidération des deux précédents films et que l’on ne retient que le « faux » de chaque décor ou arrière-plan sans être particulièrement frappé par la beauté (ou même la laideur si c’était le parti-pris) de ce que l’on voit. On observe juste des acteurs s’agiter et cabotiner dans un environnement toc que ne transcende pas une mise en scène statique sortie de quelques idées amusantes (la bibliothèque peinte d’Orlovski) et quelques compositions de plans somptueuses comme l’arrivée de Rosalinda au bal masqué (et un travail inventif sur les caches et matte-painting).

L’apport du langage cinématographique faisait des films précédents de vraies portes d’entrées (en particulier Les Contes d’Hoffman) à l’art musical scénique, son absence ou du moins sa pauvreté dans Oh Rosalinda ! ferait plutôt office de repoussoir. On se désintéresse vite de ce marivaudage hystérique, les fulgurances formelles manquent et les chansons (réarrangées par L’Orchestre symphonique de Vienne et aux paroles réécrites par Dennis Arundell, tous le casting étant bien sûr doublé lors des scènes de chant) sont monotones et peu mémorables dans leur interprétation pour le néophyte. On s’ennuie donc beaucoup malheureusement et voici donc la preuve que Powell et Pressburger étaient bien humains après tout et capables eux aussi parfois de rater un film.

Sorti en bluray anglais chez Network et doté de sous-titres anglais

 

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