A Reno, Roslyn
s'apprête à divorcer. Fasciné par la beauté de la jeune femme, un cow-boy entre
deux âges lui demande de partager son existence. Elle se lie également d'amitié
avec un riche éleveur et un garagiste veuf. Ils paraissent comblés mais subissent
en fait une misère affective et intellectuelle.
Film crépusculaire par sa thématique, Les Désaxés endosse cette dimension de façon plus puissante encore
à postériori de par le destin tragique de ses interprètes et son statut symbole
de la fin de l’âge d’or Hollywoodien. Le film est l’adaptation d’un roman d’Arthur
Miller par lui-même et constitue un cadeau à son épouse Marilyn Monroe, un
écrin à son talent avec un personnage largement inspiré de sa vie. C’est aussi
une tentative de faire se ressaisir une Marilyn à la dérive depuis quelques
années entre addictions aux médicaments, mal de vivre et un mariage qui se délite. Plutôt qu’une thérapie, Les
Désaxés constituera surtout un
testament pour la star qui tourne là son dernier film (terminé puisque le Something got to give de George Cukor
restera inachevé) tout en trouvant un de ses rôles les plus touchant.
Roslyn (Marilyn Monroe) est une jeune femme se trouvant à
Reno pour divorcer. Mélancolique, déçue par les hommes et ne sachant que faire
de sa vie, elle va faire la rencontre du cow boy vieillissant Gay (Clark Gable)
et de son ami Guido (Eli Wallach). Elle va les suivre pour un temps et
découvrir les plaisirs d’un Nevada sauvage oublié, tout en cédant au charme
viril de Gay. Ce paradis perdu va pourtant montrer progressivement son envers
plus torturé, tandis que ce révèle les fêlures des protagonistes. Marilyn
Monroe arrive comme déjà dit sur le tournage dans un état physique et
psychologique désastreux et qui sur confirmera durant la production difficile
entre ses nombreux retards, les absences et les interruptions de tournage comme
lorsqu’en aout 1960 elle doit être admise en cure de désintoxication pour deux
semaines.
Ce rythme épuisera un Clark Gable vieillissant et en perte de vitesse
qui depuis quelques années accepte enfin son âge dans le choix de
ses rôles. Les nombreuses prises dues aux atermoiements d’une Marilyn ne
sachant pas et/ou remaniant son texte, le choix courageux de réaliser lui-même
ses cascades, tout cela conduira à le faire vaciller et il mourra deux semaines
après la fin du tournage. Montgomery Clift apporte également ses démons sur le
plateau, sa dépression et son alcoolisme s’ajoutant à un visage abimé par un
terrible accident de voiture en 1956 après lequel il ne sera plus jamais le
même à l’écran. Jamais aussi à l’aise que dans ce type de chaos, John Huston
dirige l’ensemble avec le sens de l’anarchie qu’on lui connaît, arrivant fin
saoul certain matin de tournage et accumulant les dettes de jeu que la
production doit couvrir.
L’usine à rêve se montre sous un jour fort déplaisant
derrière les paillettes et offre un pendant réel à la dérive de l’autre terre
de légende dépeinte dans l’intrigue, l’Ouest. La vie au grand air, l’abandon de
soi et l’amour passionné semble ainsi faire renaître une Roslyn rayonnante
auprès d’un Gay attentionné. Les personnages doivent pourtant se reconstruire d’une
manière plus profonde car l’existence qu’ils poursuivent est une illusion.
Ils
s’y raccrochent tous pour des raisons que l’on découvrira progressivement :
Perce (Montgomery Clift) est un éleveur dépossédé de son domaine errant de
ville en ville, Guido ne s’est jamais remis de la mort de sa femme ainsi que de
son expérience de la guerre et Gay sous la désinvolture souffre de ne plus voir
ses enfants. Dès lors chacun s’agrippe à son mirage avec la force du désespoir,
quitte à se perdre.
Le visage défait de Montgomery Clift et son allure frêle
viennent ainsi se frotter aux rigueurs du rodéo où chaque choc est une façon de
mieux oublier les douleurs présentes. Guido n’aura de cesse d’observer Roslyn d’un
désir brûlant et angoissé, sans oser franchir le pas si ce n’est de façon
révoltante dans la dernière partie. Enfin Gay poursuit le geste valeureux des
pionniers en partant à la chasse de chevaux mustang dans le désert du Nevada.
Mais quand cette chasse (qui n'a plus rien de valeureux dans son procédé) se justifiait par les services que rendaient les bêtes
et le plaisir de les chevaucher, l’issue ne servira qu’à en faire de na la
nourriture en boite pour chien. A quoi bon si les derniers vestiges d’un temps
révolus ne reposent plus sur rien ? Le western crépusculaire et
post-moderne naît en partie ici et trouvera son essor avec le tout aussi
nostalgique et réussi Seul sont les indomptés (1962) de David Miller.
Marilyn Monroe, fragile comme une feuille d’arbre et d’une
sensibilité à fleur de peau semble prête à s’effondrer au moindre désagrément.
Ayant toujours su exprimer cette vulnérabilité même dans ces rôles les plus
comique, elle fascine et émeut comme jamais ici en se mettant à nu (au propre
comme au figuré, sa beauté n’ayant jamais été plus palpable et naturelle) avec
un naturel confondant. Les fêlures se devinent douloureusement sous l’attrait,
tout comme l’usure sous la présence virile de Gable et le mal-être dans le
visage refaçonné et le regard perdu de Montgomery Clift. Les icônes sont à bout
de force, le Hollywood de l’âge d’or touche à sa fin et ils sont enfin libres
de prolonger cette faiblesse à l’écran dans une approche nouvelle.
L’Ouest est un
cimetière, un mirage dont les héros doivent s’échapper s’ils veulent renaître
et après l’ouverture idéalisée, Huston capture cet espace d’une façon funèbre à
travers le somptueux noir et blanc de Russel Metty. S’il laisse une chance de
renouveau à ses personnages dans un magnifique final, la vie n’en laissera
guère à ses acteurs qui disparaitront tous dans des circonstances tragiques
(hormis Eli Wallach mort récemment à l’âge vénérable de 98 et dont le meilleur
était devant lui contrairement à ses partenaires).
Sorti en dvd zone 2 et en bluray chez MGM














