Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram
Septembre 1940, le régime de Pétain se met en place. Henri Marre, 49 ans, débarque à Vichy sans le sou, sans contact, loin de sa femme et ses enfants. Il voit dans la nouvelle administration l’opportunité de trouver enfin la place qu’il mérite. Dans sa valise, son traité politique édité à compte d’auteur, Notre Salut, où il défend ses convictions patriotiques et ses méthodes d'ingénieur. Son credo : « gagner en efficacité » pour relever la France de la débâcle. Mais peut-être qu’Henri cherche avant tout à fuir sa propre débâcle…
Signe des temps politiques troubles actuels, la période de l’Occupation et plus particulièrement la collaboration obsède le cinéma français en 2026 puisqu’après Les Rayons et les ombres de Xavier Gianolli, voici Notre salutde Emmanuel Marre. Ce dernier s’inspire de la correspondance entre son arrière-grand-père et arrière-grand-mère durant l’occupation pour dépeindre le quotidien d’un collaborateur incarné par Swann Arlaud. A l’inverse du romanesque et de la veine opératique de Giannoli, Marre opte pour le versant purement « administratif » de la collaboration, les réunions, la mesquinerie et ambitions des petits fonctionnaires.
Le style désarçonne par son humour décalé donnant parfois le sentiment de regarder une version de The Office sous Vichy. Le miroir au présent est bien là avec des discours technocrates hors sol et une prétention « macroniste » (entre autres) avant l’heure pour remettre le pays en ordre de marche économique.
Marre assume les anachronismes avec l’irruption de tubes New Wave à des moments inattendus, et se montre grinçant lorsque des décisions ignobles se débattent comme des actions administratives ordinaires telles ces rafles de juifs dont il faut négocier le carburant et les véhicules nécessaires. Swann Arlaud est absolument extraordinaire de veulerie et de lâcheté dans une prestation sidérante. Indéniablement un des chocs de la sélection officielle.
Saigon, 1974. Alors que le Vietnam sombre dans le chaos,
Mark Cheung débarque de Hong Kong pour rapatrier son oncle et son cousin.
Contraint de se livrer au marché noir pour réunir les fonds nécessaires au
voyage, Mark entre en contact avec Kit, une redoutable trafiquante d'armes.
Le socle de l’immense réussite de Le Syndicat du crime
(1986) reposait, devant et derrière la caméra, sur la profonde amitié entre
Tsui Hark et John Woo respectivement à la production et à la réalisation. Ce
lien va se distendre une première fois lorsque Woo sera contraint de signer Le Syndicat du crime 2 (1987) pour de pures raisons commerciales, sa
virtuosité formelle surmontant à peine les scories béantes d’un script boiteux.
La rupture serait consommée avec The Killer (1989), où Tsui Hark se
désolidarisera de l’approche de John Woo sur l’œuvre qui allait façonner la renommée
internationale de ce dernier. L’association allait donc se rompre, chacun
retournant à ses projets respectifs. Ou presque. Parmi les possibilités
envisagées pour faire Le Syndicat du crime 2, John Woo avait proposé de
faire un préquel au Vietnam centré sur le personnage de Mark, ce qui permettrai
de faire revenir Chow Yun-fat.
Un autre choix plus bancal sera fait, mais l’idée
d’un récit au Vietnam demeure. Tsui Hark va s’approprier le postulat de John
Woo pour en quelque sorte lui voler sa franchise en revenant à la réalisation
(il n’avait « officiellement » plus réalisé depuis Peking Opera Blues (1986)) pour Le Syndicat du crime 3. John Woo de son côté
allait livrer sa version partant des mêmes bases avec Une Balle dans la tête
(1990). Les méthodes discutables de Tsui Hark et cette amitié rompue ont
longtemps entretenues la passion des fans de cinéma hongkongais, et entraîné un
désamour très injuste envers Le Syndicat du crime 3. Pourtant à la
revoyure rapprochée de la trilogie, ainsi que d’Une Balle dans la tête,
le constat s’impose : Le Syndicat du crime 3 est indéniablement le
plus réussi du lot.
Les origines communes des projets amènent forcément un
certain mimétisme sur certaines séquences. C’est le cas lors de l’arrivée de Mark
(Chow Yun-fat) et Man (Tony Leung Ka-fai) à Saïgon, lorsque deux jeunes femmes
qu’il viennent de draguer son abattues quelques instants plus tard dans une
émeute. La même scène existe dans Une Balle dans la tête, mais Woo fait
des jeunes femmes de pures victimes alors qu’elles jouent un rôle plus actif
chez Tsui Hark. La spirale criminelle emportant les personnages en plein
tumulte de la Guerre du Vietnam est l’autre point commun principal, mais Tsui
Hark prend ensuite une autre direction. Enfant de la diaspora chinoise au
Vietnam, il y vécu jusqu’à ses 14 ans avant que sa famille ne migre à Hong
Kong. Cette expérience personnelle imprègne grandement le personnage du père de
Man (Kien Shih), vieil homme ayant construit sa vie au Vietnam et réticent à le
quitter alors que la situation sur place devient dangereuse. A travers se protagoniste
s’exprime l’incertitude de l’exilé chinois, dans l’impossibilité de retourner
en Chine continentale et à cet âge avancé hésitant à tout reconstruire dans un
Hong Kong où tout va plus vite.
L’identité chinoise est un des thèmes majeurs
de Tsui Hark et c’est en partie par elle qu’il construit dans un premier temps
les liens de ses héros. Il y a le lien familial entre Mark, son cousin Man et
le père de celui-ci, alors qu’il a perdu trace de son propre père en Chine. Ils
constituent le seul lien à sa patrie inaccessible, alors encore en plein dans
la Révolution Culturelle. Ce lien entre exilés chinois s’exprime aussi par les
rencontres supposées de passage, dans la très belle scène où Mark sollicité l’aide
de Chow Ying Kit (Anita Mui) afin d’obtenir les fonds pour payer un passeport
et quitter le Vietnam. Le ton s’adoucit en évoquant ces racines communes, même
si sous cette solidarité se devine déjà un sentiment plus tendre entre Mark et Chow
Ying Kit. Mark est ici encore une page blanche, un jeune homme inexpérimenté,
alors que Chow Ying Kit traîne déjà toute l’amertume de l’être déraciné qui a
perdu un peu de lui-même dans sa quête de réussite en terre étrangère. Cela
donnera une très belle scène de confession durant laquelle Chow Ying Kit fend l’armure
de l’aventurière implacable.
En effet, la grande idée de ce préquel est de montrer que le
modèle du Mark élégant, désinvolte et impitoyable du Syndicat du crime
est une femme. L’approche romantique permet d’introduire sans lourdeur les
différents éléments iconiques du personnage tel qu’on l’a découvert ébahit dans
le film de 1986 : l’imperméable, les lunettes noires… Elle apprend
littéralement le tir à Mark, et durant une scène d’action arbore sa fameuse
posture héroïque deux pistolets à la main. Tsui Hark n’égale pas la virtuosité
des gunfights hypertrophiés de John Woo, mais, quand ces derniers pouvaient presque
constituer des apartés s’appréciant pour le seul morceau de bravoure détaché du
récit, l’implication émotionnelle est constante dans Le Syndicat du crime 3.
Tsui Hark construit un passionnant personnage féminin, complexe et tourmenté,
porté par la magnifique interprétation d’Anita Mui. Cette femme qui a fondé
toute son existence sur le pouvoir de l’argent, se trouve rattrapée par ce
dangereux monde criminelle devenu le sien alors qu’elle s’éveille enfin au vrai
amour. Ho Cheung Ching (Saburô Tokitô), antagoniste également piégé entre deux
identités et contrées, bénéficie d’ailleurs d’une écriture tout aussi
pertinente jusqu’au bout même si son parcours lui fait associer l’amour et la
possession.
La profondeur des figures féminines et la capacité à façonner
de flamboyantes romances accompagne toute la filmographie de Tsui Hark, Peking
Opera Blues, Green Snake ou encore The Lovers en incarnant
les sommets. C’est sans doute là que se joue la différence et sans doute l’avantage
sur John Woo. L’amitié virile est bien plus réussie que la romance notamment
dans The Killer, notamment dans la posture unidimensionnelle et
victimaire du personnage de Sally Yeh. Les liens masculins sont ici intenses
également entre Mark et Man, mais il y a un vrai supplément d’âme dans le
souffle épique, romanesque et intimiste ajoutée par la romance agitée entre
Chow Yun-fat (qui livre une de ses plus belles interprétations) et Anita Mui.
L’accalmie
des moments heureux se dispute à l’incompréhension d’un baiser manqué, d’un
triangle amoureux trop respectueux où chacun veut se retirer, et les vrais
sentiments ne pourront s’affirmer que dans le sang et les larmes. La photogénie
d’Anita Mui, capable d’incarner par une tenue, une posture ou une moue des
affres de mélancolie (atouts venant de sa carrière parallèle de popstar de la
Cantopop) inspire à Tsui Hark quelques somptueux tableaux comme lorsqu’il la
filme attendant de nuit dans un temple.
Comme évoqué plus haut, les gunfights n’ont pas l’inventivité
d’un John Woo mais Tsui Hark endosse une grandiloquence formelle et une emphase
dramatique magnifiée par la photo de Horace Wong et le souffle du score
synthétique de Lowell Lo (le thème bien connu de Joseph Koo faisant son
apparition ici et là). Le climax est ainsi un sommet pyrotechnique par son
haletant face à face avec un tank, et mélodramatique par son dénouement
déchirant. L’apparition héroïque d’un Mark toujours plus proche de son
incarnation future, dans la pénombre, portant un long imper et mitrailleuse à
la main, façonne une destinée double. Celle du héros dont nous connaissons déjà
le sort funeste, et celle de l’homme qu’il aurait pu devenir sans la perte
tragique de son grand amour. Tsui Hark signe un grand film trouvant un
équilibre inattendu la dimension sociale, politique et intime au milieu du
chaos.
Un patron new-yorkais se mêle incognito à ses ouvriers mécontents pour découvrir les raisons de leur colère.
The Devil and Miss Jones est une superbe comédie sociale qui semble être une des rares à explicitement célébrer l'union syndicale dans un film hollywoodien de l'époque. L'heure n'est pas encore au Maccarthysme mais le script malin oriente clairement le message sur l'entraide entre les travailleurs plutôt que sur un message communiste. Cet équilibre est grandement dû au scénariste Norman Kasna qui a souvent excellé à mêler dynamique de comédie et vrai propos social dans des films commeJeux de mains de Mitchell Leisen (1935) ou Mademoiselle et son bébé de Garson Kanin (1939). La belle idée est ici de faire descendre le patron de sa tour de privilégié pour se mêler au dénuement de ses employés en s'infiltrant dans le magasin où gronde la fronde syndicale.
John Merrick (Charles Coburn) n'a pas le charme du Joel McCrea de Les Voyages de Sullivan, ni même sa compassion condescendante mal placée. Son but sera clairement de repérer les dissidents de l'intérieur pour mieux les licencier. Le début du film est hilarant pour montrer le caractère tyrannique et hors-sol de Merrick, telle cette première apparition retardée pour bien montrer ses directeurs trembler comme des feuilles en prévision de sa fureur. L'autre moment hilarant de ce type sera celui où il recevra le détective privé supposé initialement s'infiltrer dans l'entreprise, Sam Wood jouant de la différence d'échelle et du jeu sur les plongées et contre-plongées pour montrer comment Merrick organise physiquement sa domination sur les autres.
Cela n'en sera que plus savoureux lorsqu'on verra Merrick déployer des trésors de self-control lorsqu'il est à son tour rudoyé en tant que simple vendeur. Ces moments ponctuant le film sont certes très drôles, mais ce n'est pas seulement en prenant la place peu enviable du faible que Merrick pourra changer. Ce sera surtout par l'esprit de solidarité, l'amitié et l'amour au sein des démunis que Merrick sera ébranlé. Le scénario a l'intelligence de ne montrer qu'une seule scène de réunion syndicale qui crispe d'ailleurs le patron infiltré, et dissémine tout au long du récit les attentions dont ses collègues vont le gratifier, le prenant pour un vieil homme sans ressources. Jean Arthur comme toujours est l'incarnation même de la candeur et de la bienveillance, sans jamais tomber dans la niaiserie et l'alchimie avec Charles Coburn sera de nouveau exploitée par la suite dans d'autres belles réussites comme Plus on est de fousde George Stevens (1943) et The Impatient Years d'Irving Cummings (1944).
Robert Cummings est épatant aussi en syndicaliste gouailleur, s'offrant un grand moment durant la scène où il met en boite des policiers au comportement injuste. Le propos social sait alterner la satire mordante malmenant Charles Coburn en lui faisant découvrir toutes les strates de désagrément rencontré par le pauvre (la stigmatisation policière) et vraie belle émotion. La scène de renoncement amoureux entre Robert Cummings et Jean Arthur, faute de moyens, est très touchante en exposant une autre conséquence de la pauvreté, l'impossibilité de s'unir faute de perspectives matérielles futures. On pardonnera une fin un peu expédiée pour saluer le message social forcément utopique.
Dans les "barrios", quartiers populaires de la
grande ville, une bande de jeunes voyous traîne une vie oisive et misérable. Au
début, les vols n'avaient pour but que se procurer de la nourriture, mais
bientôt les ambitions naissent : une guitare, une fille, le café... Et puis,
comme Juan veut devenir toréador, la bande décide de lui procurer l'argent
nécessaire à son premier combat.
Los Golfos est le premier long-métrage d’un Carlos
Saura qui s’inscrit là dans la continuité sociale et documentaire de ses
premiers courts-métrages. Le film par sa veine réaliste est assez éloigné de l’approche
plus stylisée et allégorique de l’œuvre à venir de Saura, les démêlés avec la
censure sur ce galop d’essai ayant sans doute justifié l’évolution. Ici Saura s’inscrit
dans la continuité du néoréalisme italien, et dans un mouvement plus global au
sein des cinématographies mondiales abordant par une approche formelles
novatrices le mal-être d’une jeunesse désœuvrée : Nouvelle Vague
française, Free Cinema anglais…
Le récit s’attarde sur la dérive de jeunes voyous issus de
quartiers pauvres madrilènes. Le film s’ouvre sur un larcin qui met d’emblée à
mal la potentielle empathie que l’on pourrait avoir pour les personnages,
puisqu’ils y dérobent la caisse d’une vendeuse de tabac aveugle. Le contrepoint
sur leurs environnements misérables, faibles perspectives et pour certains
ambitions contrariées (Paco et son rêve de devenir toréador) durant les
séquences suivantes compensent à peine cette gêne initiale. Los Golfos
est à l’image de l’horizon flou de ses héros, et tourne en rond volontairement
jusqu’à l’impasse.
Tous poursuivent des plaisirs superficiels et immédiats, et
le désir louable d’aider Paco à se réaliser ne passera que par les mêmes
chemins de traverses criminels. La narration alterne accalmies hédonistes avec
l’urgence brutale des larcins pour l’essentiel commis avec violence sur des
innocents. Carlos Saura se montre inventif dans le choix des décors où opèrent
nos délinquants, usant de la caméra à l’épaule pour faire grimper la tension en
lieu confiné (l’agression dans l’ascenseur) ou accompagner la fuite dans l’urbanité
madrilène par un vrai sens de la topographie.
L’absence de morale, si ce n’est par une solidarité bien
fragile, est un des éléments les plus frappants. Les rares vacillement pouvant
amener un arrêt ou du moins ralentissement des activités illégales ne vient pas
d’une prise de conscience, mais simplement d’une peur d’être pris à cause de la
trop grande proximité temporelle des vols. Saura dans sa manière de filmer le
groupe capture un certain virilisme où il est difficile d’être celui qui se « dégonflerait ».
Il y a plusieurs bascules de ce type durant lesquelles Saura saisit l’unité du
groupe par un plan d’ensemble (la séquence de sortie de fête) où un seul
récalcitrant sortant momentanément du cercle est malgré tout convaincu de
poursuivre. Lors d’une autre séquence où certains admettent leurs craintes, c’est
cette fois un découpage enchaînant les gros plans et les champs contre champs
qui exprime une division.
L’ironie tient aux moyens employés pour cette entraide, mais
surtout l’objet de cette dernière. Paco laisse ses amis foncer dans l’escalade
criminelle, se dérobe quand il doit y participer à son tour, et subit une
correction en cherchant à se défendre lorsque sa lâcheté lui est reprochée.
Tout cela prépare une cruelle issue illustrant la vacuité du rêve, et les finalement
faibles aptitudes de l’intéressé pour les réaliser durant la corrida finale. La
laborieuse joute de Paco alterne avec les railleries du public et le regard
consterné de ses amis, rendant les « sacrifices » et la punition
imminente d’autant plus terribles. L’élégance formelle se conjugue à une
certaine aridité dans un équilibre idéal dans l’approche de Saura, qui échaudé
par la censure (le film restera longtemps amputé d’une dizaine de minutes avant
la reconstruction proche du montage initial sur l’édition proposée par Tamasa)
ne reviendra aux forfaits des petites frappes espagnoles que bien plus tard qu’avec
Vivre vite (1981) dans un tout autre contexte socio-politique.
Été 1976. Luis Forest (Lautaro Murúa) est un écrivain au passé politique phalangiste, qui vit isolé à Sitges, un village de la côte catalane, écrivant ses mémoires (en fait les réécrivant et adaptant sa biographie aux temps nouveaux), et pensant à son mariage raté. Sa sœur (Hilda Vera) s'inquiète pour lui et décide d'envoyer sa fille Mariana (Victoria Abril) prendre de ses nouvelles. Mariana arrive en ville et ébranle le monde stable de Luis avec sa personnalité libre et désinhibée. Bientôt commence un jeu de séduction qui finit par démasquer le jeu intellectuel de Luis.
La Fille à la culotte d'or est une œuvre amorçant les années 80 de Vicente Aranda, période durant laquelle il va enchaîner les adaptations littéraires prestigieuses. La Fille à la culotte d'or le voit justement adapter le roman éponyme de Juan Marsé, auteur qu'il transposera à deux reprises durant les années suivantes avec Si te dicen que caí (1989) et El amante bilingüe (1993). La Fille à la culotte d'or fut un des romans les plus plébiscités de Juan Marsé, notamment lauréat du Prix Planeta, une des prix littéraires les plus prestigieux d'Espagne. Le livre s'inscrit dans un courant de l'œuvre de Marsé où il s'inspire souvent de son enfance dans sa ville natale de Barcelone, durant et après la Guerre d'Espagne. Le postulat du livre et du film d'Aranda fait cependant un certain pas de côté, en se déroulant à l'époque contemporaine et posant un regard fait de recul sur cette période chère à l'auteur.
Luis Forest (Lautaro Murúa) est un écrivain en train d'écrire ses mémoires, lorsque sa nièce Mariana (Victoria Abril) vient s'installer pour quelques jours chez lui. Le récit va se diviser entre les interactions ambiguës de Mariana et Luis, et les souvenirs de ce dernier expliquant le désenchantement et la mélancolie qui semblent le ronger. On peut regretter que les deux temporalités soient aussi déséquilibrées. L'intrigue contemporaine tourne assez vite en rond, opposant la sexualité libre et dissolue de Mariana tentant de défier et finalement séduire son oncle impassible et éteint. A l'inverse les flashbacks sont passionnants et expose toutes les contradictions et regrets de Luis.
L'intrigue se situe durant la transition démocratique en Espagne et l'opposition assez schématique entre Luis et sa nièce représente ainsi le passage de l'ancien au nouveau monde, plus libre. Luis se voit en partie reprocher son passé de phalangiste, cette organisation espagnole fasciste fondée en 1933 puis intégrée au régime franquiste après la guerre civile. Luis semble avoir ainsi trahit la cause familiale, alors que son père était un activiste prônant l'indépendance de la Catalogne. La présence de Mariana et le souvenir de la romance avortée 20 ans plus tôt avec sa mère va révéler une autre vérité sur ce qui put sembler de l'opportunisme politique à l'époque.
Aranda mélange les révélations des flashbacks avec la séduction entre Mariana et Luis, les monologues intérieurs de ce dernier passent peu à peu à des confidences à sa nièce qui tape les pages manuscrites de son oncle. On devine progressivement qu'un lien trouble unit les deux périodes, mais l'intrigue contemporaine assez gratuitement provocante (tout le jeu formel sur l'absence de sous-vêtement de Mariana et le sens de la fameuse "culotte d'or") tourne en rond alors qu'un vrai souffle romanesque anime les flashbacks.
On comprend les compromis et renoncement de Luis, forcé de renoncer à ses véritables sentiments, de s'engager par convention dans une cause qu'il ne soutient pas. Alors qu'il semble avoir renoncé aux plaisirs simples de l'existence, une nouvelle voie s'ouvre pour lui, avant d'être rattrapé par le passé. La révélation finale est des plus transgressive, mais paradoxalement Aranda l'introduit sobrement, sans effet choc, comme pour enfoncer encore un peu plus le vieil homme dans sa culpabilité. C'est donc très inégal, mais pas inintéressant, et donne très envie de voir les deux autres adaptations de Juan Marsé par Aranda.
Takuro, après huit ans passés en prison pour le meurtre
de sa femme adultère, est mis en liberté conditionnelle. Il ouvre un salon de
coiffure mais reste obstinément taciturne ne se livrant qu'à une anguille
apprivoisée durant sa captivité. Keiko, une jeune femme qu'il sauve du suicide,
devient son assistante et égaie bientôt le salon et la vie tranquille du
solitaire Takuro. Mais le passé ressurgit pour chacun d'eux, avec ses démons...
L’Anguille est une œuvre actant une renaissance
artistique de plus pour Shohei Imamura. Le réalisateur fut tout au long de sa
carrière toujours constant dans les audaces thématiques et stylistiques de ses œuvres
et, selon les contextes de sorties, célébré ou totalement rejeté pour cela. Cochons
et cuirassés (1961) portrait cinglant du Japon d’après-guerre qu’Imamura
considère comme son premier film vraiment personnel lui vaudra ainsi d’être mis
à l’écart durant deux ans par le studio Nikkatsu, avant un retour avec La Femme insecte (1963) ne montrant aucune volonté d’apaisement. Profonds
désirs des dieux (1968), envoutant fable naturaliste, est un échec cuisant
au box-office japonais entraînant un exil de 10 ans à la télévision pour
Imamura qui revient avec un pourtant bien plus mal aimable La Vengeance est
à moi (1979) cette fois couronné de succès. Ce schéma se répètera plusieurs
fois et notamment au moment où Imamura va signer L’Anguille. Les
précédents films fonctionnaient souvent en réaction du contexte
socio-économique du Japon d’alors. Au Japon en plein redressement économique
des années 60 répond les portraits peu reluisants d’ambitieux ou de nantis de Le Pornographe (1966). Le conte rural austère La Balade de Narayama
(1983) dénote alors que le Japon s’apprête à entrer dans le faste de la bulle
économique des années 80, et avec le glaçant Pluie Noire (1989) Imamura
montre en quelque sorte les cendres morbides sur lequel est né le Japon
hédoniste contemporain.
Avec L’Anguille, Imamura s’inscrit dans un même
contrepoint, mais paradoxalement pour donner une vision de l’existence plus
lumineuse que la réalité du Japon d’alors. Le pays est en effet alors plongé en
plein ce qui est appelé la « décennie perdue ». L’effondrement de la
bulle économique a entraîné une profonde récession remettant en question le
modèle social capitaliste japonais, que ce soit pour les adultes voyant la vacuité
de cette course à la réussite et dévotion à l’entreprise, ou la jeunesse
aspirant à d’autres perspectives que le seul accomplissement carriériste et
financier. L’échappée se fait par la tentation sectaire qui conduira à l’empoisonnement
au gaz sarin du métro tokyoïte par la secte Aum, sans parler de la nature
instable se retournant contre les Japonais avec le tremblement de terre de Kobé
en 1995. Plusieurs productions japonaises de cette période traduisent plus ou
moins directement cette angoisse latente mais Imamura va proposer un contrepied
laissant naître l’espoir justement quand tout s’écroule.
Alors qu’il ne parvient pas à monter son projet de cœur Dr
Akagi (qu’il réalisera finalement en 1998), Imamura voit la possibilité de
sortir de sa retraite forcée lorsque le studio Shochiku va souhaiter travailler
avec lui. Imamura va alors leur proposer une adaptation du roman Liberté
Conditionnelle d’Akira Yoshimura, publié en 1983. L’œuvre de Yoshimura se
partage entre une dimension sombre, mystique et obsédée par le motif de la
mort, et une veine plus réaliste, précise où la force de la fiction s’entremêle
à une volonté réaliste. On retrouve de cela, notamment dans l’introduction
particulièrement éprouvante montrant le coup de folie du héros Yamashita (Kōji
Yakusho) brutalement assassiner sa femme qu’il a surpris en plein ébats avec un
autre homme. Imamura s’attarde longuement sa la violence de l’acte, la sidération
du coupable, le corps nu et ensanglanté de la victime. L’instant et la crudité
des images doit nous être aussi indélébiles que pour Yamashita qui sera hanté
par son acte, encore 8 ans plus tard au moment de sa sortie de prison. Cette
culpabilité l’amène à vouloir s’isoler du monde et n’avoir plus pour compagnie
qu’une anguille qui a adopté durant son emprisonnement. Reconverti au métier de
coiffeur qu’il a appris derrière les barreaux, la vie, l’amour et la possible
rédemption vont pourtant bien le rattraper.
Imamura ne s’intéresse pas à l’aspect procédurier et
judiciaire qui prenait plus d’importance dans le livre, passant de la
dénonciation volontaire de Yamashita à sa sortie de prison 8 ans plus tard, éteint,
taciturne, fuyant la compagnie. Le réalisateur met en place des réminiscences
formelles qui rappellent à Yamashita son crime passé, tout en lui donnant les
clés de le surmonter. Lorsqu’il va découvrir en pleine nature le corps inerte
de Keiko (Misa Shimizu) venant de se suicider, cela le ramène au souvenir de
celui de son épouse. Il va fuir les lieux avant de se raviser et d’alerter les
autorités, la jeune femme étant sauvée in extremis. Plus tard l’apprentissage
de la pêche aux anguilles par harpon va là aussi raviver la routine de son
geste fatal 8 ans plus tôt. Ces deux contacts avec la mort en forme de piqûres
de rappel d’un passé douloureux vont pourtant le ramener à une interaction aux
autres.
Plusieurs éléments symboliques expriment cette dualité entre
quête de solitude expiatoire et retour à la vie. Le salon de Yamashita se
trouve dans une zone rurale isolée, mais néanmoins traversée d’une route où
passent des quidams, des voitures, comme pour maintenir un contact presque
forcé avec la vie qui l’entoure – même le choix d’un métier de service comme la
coiffure est un aveu implicite de ce souhait de contact malgré le choix d’emplacement.
Keiko en entrant à son service au salon y introduit également la vie, mais
aussi la possibilité d’un nouvel amour qu’il se refuse. Son empressement à ce
qu’elle se soigne lorsqu’elle se blessera au doigt est un autre fantôme d’un
passé qu’il veut effacer. Quand elle viendra de nuit du haut d’un pont lui
transmettre un repas alors qu’il revient d’une partie de pêche dans sa barque,
le bento suspendu à une corde qu’elle lui tend est une invitation à ne pas se
laisser emporter par le courant de sa culpabilité, dépression et de s’accrocher
à cette « bouée » pour remonter parmi les vivants. A deux reprises cependant
il se refusera à accepter ce don, jusqu’à la belle scène finale.
Tout ces éléments ne sont jamais appuyés, et se fondent dans
une narration simple, une atmosphère apaisée et loin de la furie du Imamura des
années 60/70. Le contexte social évoqué plus s’intègre d’ailleurs parfaitement
dans le cheminement de Keiko, entretenant une liaison avec un homme d’affaire
véreux profitant des économies de sa mère. Ce personnage correspond aux types d’individus
douteux et prêts à tout pour réussir omniprésents au cœur de la bulle
économique et de la parution du livre en 1983. Imamura à travers la figure de
Keiko réinstalle aussi le récit au cœur du désenchantement de la « décennie
perdue » quand les individus se détournaient de ces objectifs matériels
pour rechercher une vie plus simple, loin des injonctions de la vie urbaine.
Imamura
ravive sobrement certains socles de la culture animiste et shintoïste japonaise
rattachée à la figure de l’anguille, qui rejoignent les différents dilemmes des
personnages. L’anguille peut y être symbole de purification et de réussite (ce
qui correspond à la rédemption possible de Yamashita), mais aussi de fertilité
ce qui va concerner le personnage de Keiko. Le motif omniprésent de l’eau
préfigure d’ailleurs en grande partie De l'eau tiède sous un pont rouge (2001),
sorte de film jumeau de L’Anguille où l’on retrouve le couple Koji
Yakusho/ Misa Shimizu, des thèmes voisins sur l’échappée de la vie urbaine pour
la nature, l’analogie animiste/shintoïste cette fois plus sexuée.
Imamura doit renoncer à de nombreuses scènes (la partie du
roman se déroulant aux Philippines est notamment abandonnée) face au budget
réduit de cette production, et sera même réticent lorsque Shochiku décidera d’envoyer
L’Anguille en compétition officielle à Cannes. Une initiative gagnante puisque
le film remporte la Palme d’or (ex-aequo avec Le Goût de la cerise
d'Abbas Kiarostami), faisant entrer Imamura dans le cercle très fermé des
doubles palmés. Ce sera une résurrection de plus pour Iui, qui amorcera sa
superbe fin de carrière avec ses deux long-métrages suivants.
Shohei Narumi est un tueur à gages indépendant, engagé
pour libérer la fille d'un homme politique victime d'un enlèvement. Très vite,
la mission révèle un réseau complexe mêlant entreprises, politiciens et
organisations criminelles. Narumi comprend qu'il n'est qu'un pion dans un jeu
de pouvoir qui le dépasse...
Le Jeu le plus dangereux est une œuvre qui inaugure
la « trilogie du jeu », série de films qui va donner un nouveau
souffle au polar hard-boiled japonais, mais aussi donner une tout nouvelle
impulsion à l’industrie locale. A la fin des années 70, un nouvel acteur vient
bouleverser l’équilibre déjà fragilisé des studios japonais tout au long de la
décennie. L’éditeur Kadokawa Shoten se lance dans la production
cinématographique et inaugure un stratégie transmédia agressive voyant l’adaptation
prestigieuse de ses ouvrages phares, ainsi que le prolongement sur le grand
écran de ses vedettes musicales dans des œuvres attirant un nouveau public.
Kadokawa révolutionne aussi le modèle de distribution, privilégiant les grosses
productions onéreuses propices à réquisitionner les écrans les plus prestigieux
en première exploitation.
Le studio Toei est ainsi débordé, car jusque-là il
accordait une grande place au double programme et à la série B, dont il doit
désormais réduire la production pour suivre le nouveau modèle imposé par
Kadokawa. Problème, Toei dispose d’un important réseau de distribution dédié
aux petites salles qu’alimentaient les doubles programmes dont la réduction
risquent de les faire péricliter. Toei va alors créer une nouvelle structure « indépendante »,
Toei Central Film, uniquement chargée de produire des films de genre à petit
budget pour maintenir l’activité de ces salles. Pour ce faire le studio va
engager le producteur Mitsuru Kurosawa dont les états de service en font l’homme
de la situation.
Ancien du studio Nikkatsu, Kurosawa fut la plaque tournante
du virage de ce dernier vers le Roman Porno au début des années 70. Il sut
voir, contre l’avis des syndicats de Nikkatsu, les possibilités de ce changement
et installa tout le système de codification et de production de ce sous-genre
sulfureux, tout en ayant un flair considérable pour dénicher de nouveaux
talents. Parmi ceux-ci, Toru Murakawa se fit remarquer en réalisant trois Roman
Porno à la Nikkatsu dont un premier particulièrement salué par la critique, Les
Doigts blancs de l’extase (1972). L’insuccès de ses deux films suivants l’incite
à retourner dans sa province natale de Yamagata, mais il est sollicité quelques
années plus tard pour réaliser l’épisode pilote de la série Big City. Rompu
aux méthodes à l’économie de la Nikkatsu, Murakawa impose un standard technique
innovant et réaliste qui contribue au succès du show. Il va durant la seconde
saison se lier d’amitié avec Yusaku Masuda, acteur dont la présence magnétique
et virile, ainsi que l’intensité du jeu vont faire une vedette.
Lorsqu’il prend
la direction de la succursale Toei Central Film, Mitsuru Kurosawa a donc la
judicieuse idée de faire appel à son ancien protégé, et engage également toute
l’équipe technique de la série Big City. En effet, Toei impose à sa
branche Toei Central Film d’énormes contraintes de production que seul le
savoir-faire de Murakawa peut aider à tenir : budget réduit, quinze jours
de tournages, pour l’essentiel en décors naturels. Le polar n’est pas
initialement supposé être le genre de prédilection de Toei Central Film, mais des
imprévus vont amener Le Jeu le plus dangereux à être le premier film de
la firme, et son succès en fera le modèle à suivre pour l’essentiel des
productions à suivre. Ce contexte va permettre au film et à l’identité de Toei
Central Film de nettement se distinguer des codes du film de yakuza de la
maison-mère Toei et d’au contraire offrir un savant mélange de l’expérience de
ses participants.
Ainsi le héros tueur à gage Shohei Narumi (Yusaku Masuda)
est un pur électron libre imprévisible dans la lignée des chiens fous vus dans
les polars sixties de la Nikkatsu, tel le Joe Shishido filmé par Seijun Suzuki
dans Detective bureau 2-3(1963) ou La Jeunesse de la bête
(1963). Il nous est introduit comme un pur loser en errance, adepte des tables
de mahjong et buveur invétéré dont on a du mal à déceler les aptitudes d’homme
de main redoutable. Le postulat rappelle les polars d’espionnage industriels produit
par la Daei durant les années 60 (façon Black Test Car de Yasuzo Masumura (1962)), avec ses histoires d’enlèvements, rançon et
concurrence entre deux entreprises se disputant un contrat de défense. Narumi
est engagé dans une intrigue nébuleuse dont il s’avérera vite n’être qu’un
pion, lui et une jeune femme (Keiko Tasaka) également sous la coupe d’un
criminel. L’intrigue emprunte quelques raccourcis et ruptures de ton
inattendus, et c’est avant tout à son héros et à sa tenue formelle que Le
Jeu le plus dangereux tient son attrait. Le style caméra à l’épaule nerveux
impose un chaos virtuose lors des scènes d’action, la photo assume des
partis-pris radicaux telle cette fusillade entièrement filmée dans la pénombre,
et l’économie de moyens exploite des décors nous proposant un Japon aux
bas-fonds désertiques (entrepôts abandonnés, docks insalubres, immeubles en
destruction) loin de l’imagerie pop et néons.
Shohei Narumi est un anti-héros surprenant, alternant héroïsme
et veulerie, bienveillance et brutalité, flegme et ridicule, parfois dans une
même séquence. Yusako Masuda lui confère tout son charisme et sa présence
animale, ce qui sera pour beaucoup dans le succès inattendu du film qui se
verra donc ajouter deux suites, Le Jeu de la mort (1978) et Le Jeu de
la destruction (1979). Quant au label Toei Film Central, il va imposer
toute une imagerie, ton et standard de production tout au long des années 80 et
prolongés, toujours sous la férule de Mitsuru Kurosawa, dans le V-Cinema durant
la décennie suivante.
Gabrielle se consacre corps et âme à son métier.
Chirurgienne et cheffe de service dans un hôpital public, elle court et se
démultiplie, assaillie de responsabilités. Il lui reste peu de temps pour sa
vie privée — un mari qui l’aime et une mère dont elle doit s’occuper.
Lorsqu'une romancière vient passer quelques semaines dans son service pour les
besoins d’un livre, son équilibre vacille. Dans le quotidien que Gabrielle
s’est construit, y a-t-il de la place pour l’inattendu ?
La Vie d’une femme de Charline Bourgeois-Tacquet est
au premier abord le portrait d’une « workaholic » dans l’urgence constante, à
travers son métier de chef de service chirurgienne, et propageant dans sa vie
personnelle cette nécessité de contrôle absolu. Le début du film est à ce titre
assez lassant par sa narration chapitrée trop saccadée, où le professionnel (le
quotidien médical et son exigence envers ses collaborateurs) fonctionne sur le
même rythme que l’intime, notamment une mère déclinante souffrant de la maladie
d’Alzheimer.
On comprend bientôt que cette entame agaçante est voulue,
pour mieux nous happer quand le rythme daigne se ralentir. La romance lesbienne
entamée avec Mélanie Thierry suspend le temps durant une scène de séduction en
plein spectacle de danse, le fige lors d’une scène de sexe où l’érotisme
importe moins que le lâcher prise de la control freak magnifiquement
incarnée par Léa Drucker. Il y a là un beau questionnement sur la solitude, la
manière dont un mode de vie se retourne contre nous alors que l’on se sent prêt
à changer. Loin de la déprime, La Vie d’une femme nous dépeint une
héroïne égale à elle-même, pour le meilleur et à ses dépens.