Au fil d'une journée, un boulanger parcourt les routes du Gard au guidon d'une moto en compagnie de sa mère assise dans un side-car, tuant des personnes de façon insolite, pour une raison bien précise et selon un itinéraire bien établi.
Avant même sa réussite en tant qu’acteur, l’ambition initiale de Jean-Louis Trintignant était de devenir réalisateur. Cette opportunité ne se présentera que bien plus tard, le temps d’une discussion avec le producteur Jacques-Éric Strauss auquel il confie ce désir jusque-là avorté. Ce dernier le prend au mot et lui propose de produire son premier film, qui deviendra Une Journée bien remplie sur un scénario également écrit par Trintignant.
Il s’agit d’une œuvre insaisissable à l’image de l’acteur que peut être Jean-Louis Trintignant. Il peut en effet arborer un masque froid, distant et pince-sans-rire dont les émotions ne se révèlent que subtilement. C’est le cas ici avec un jeu de massacre dont on se délecte de la mécanique fonctionnant sur l’humour noir et les situations décalées. Il faut voir ces images improbables de Jean Rousseau (Jacques Dufilho) sillonnant les routes de campagne aux commandes de sa side-car, accompagné de sa mère (Luce Marquand), sur fond de musique classique grandiloquente. Avare en dialogues, le récit avance selon un jeu de massacre au départ opaque voyant Rousseau assassiner méthodiquement une série d’individu dans la même journée selon un programme bien établit. Trintignant réalisateur épate par la facture technique de l’ensemble. Cadrage millimétré, sens du timing comique irrésistible pour faire grimper la tension et mettre en valeur l’extravagance des différentes mises à mort. Alors que la structure pourrait finir par lasser, la machine se grippe lors d’un énième assassinat et les révélations se font jour quant aux motifs des crimes, même si certains éléments laissaient supposer une vengeance. Les flashbacks amorcent cet aspect tandis que des flashforwards parfois plus formels et sensoriels que narratifs, forment des transitions à la fois limpides et presque expérimentales pour passer d’un meurtre à un autre. Ces ruptures de tons reposent notamment sur la musique puisqu’à la solennité décalée des morceaux de classique répond la bande-son guillerette et ludique de Bruno Nicolai qui dynamise le propos et souligne cette veine d’humour noir. Les rebondissements et morceaux de bravoures abondent telle cette formidable poursuite en voiture dans un village, et surtout un suspense génial qui s’étire lorsqu’une victime désormais prévenue de la menace voit se désamorcer plusieurs morts imminentes pour finalement la voir surgir là où elle ne l’attend pas. Il y a presque une logique de cartoon et de splapstick dans cette approche (appuyé par les expressions aussi tordantes qu'ambiguës de Dufilho), même si Trintignant n’a pas particulièrement fait de confidences sur ses influences. On aurait d’ailleurs aimé voir cette carrière de réalisateur se prolonger après pareil réussite, mais l’échec cuisant de son film suivant, Le Maître-nageur (1978), signera malheureusement le glas de ce pan de la carrière de Trintignant.Sorti en bluray français chez StudioCanal
















