Au début des années 80, le studio Shaw Brothers tente de prendre le train de la nouvelle vague hongkongaise en marche avec le recrutement de certaines de ses figures les plus prometteuses. Clifford Choi est de ceux-là, avec un parcours similaire passant par des études aux Etats-Unis puis un retour à Hong Kong où il travailler au sein de la chaîne de télévision TVB. Ses premiers faits d’armes passent par l’écriture avec le scénario du fabuleux The Sword de Patrick Tam (1980), sommet fondateur de la nouvelle vague hongkongaise. Clifford Choi est cependant au départ assigné aux bluettes adolescentes avec Encore (1980), et ce Jeunes rêveurs (1982) où il va révéler un tout jeune Leslie Cheung.
Le film est un coming of age naïf et coloré qui témoigne néanmoins d’une certaine réalité de la jeunesse, et plus globalement de la société hongkongaise. Un peu à la manière d’une grande partie de Nomad de Patrick Tam (1982), mais ici dans le cadre lycéen, on baigne dans une sorte de roman-photo stylisé suivant les pérégrinations de quatre camarades de lycée. L’espièglerie juvénile est encore là durant les amusantes et turbulentes scènes de classe, on sent déjà de nouvelles préoccupations agiter les jeunes filles. L’intérêt naissant pour les garçons est là, fait de naïveté pour certaines ou d’audace pour d’autres, avec aux deux spectres un personnage s’interrogeant sur les différentes significations du mot climax, tandis qu’une autre arbore déjà fièrement des pilules contraceptives dans son sac. Les examens de fin d’année et la perspective d’une représentation de la pièce Roméo et Juliette répétée en commun avec la section des garçons va catalyser tous ces questionnements. Les différentes héroïnes incarnent toutes les strates sociales de la société hongkongaise et la bascule en cours de celle-ci. La somptueuse photo toute en teinte pastel de Chen Chung-Chui installe le film dans cette parenthèse presque publicitaire de l’adolescence, notamment pour illustrer la romance qui va se nouer entre Ting-ting (Elaine Chow Sau-Lan) et Jackson (Leslie Cheung). Doux baisers sur fond de couché de soleil, regards complices sous une pluie battante et déambulations urbaines dans un Hong Kong de rêve sous des douces mélopées de cantopop sirupeuse, l’envers radieux des amours adolescents est ici magnifié comme rarement. Néanmoins le clinquant de l’ensemble dissimule la course au consumérisme pour les plus démunies comme le personnage incarné par Chan Pui-Sai, ou la solitude des nanties comme Shan-shan (Rowena Cortes) se réfugiant dans les excès alcoolisés. Cette course aux plaisirs fragilise également les modèles adultes, Shan-shan déchantant lorsqu’elle découvre que le jeune et charismatique professeur tentant de la remettre sur la voie des études est un adepte des maisons de plaisirs. La romance entre Ting-ting et Jackson est l’emblème de cette désillusion, et de la découverte des premiers maux adultes. Il y a d’une part le désaveu tristement ordinaire qu’une jeune fille peu ressentir quand, après avoir franchi le pas de coucher avec un garçon, elle voit ce dernier prendre ces distances avec elle. Le propos du film va cependant plus loin puisque précisément Jackson va préférer la légèreté sans attache des jeunes filles occidentales plutôt que la passion sincère de Ting-ting. De plus la perspective de ses futures études universitaires aux Etats-Unis l’incite à se libérer de toutes attaches encombrantes. On voit là l’ambition, les perspectives de réussites et une logique précocement capitaliste prendre les pas sur les sentiments. Leslie Cheung ici au sommet de sa photogénie, ébauche déjà les contours de son personnage de séducteur taciturne et tourmenteur des jeunes femmes que l’on retrouvera dans Nos années sauvages de Wong Kar Wai (1990). Déjà sacrément charismatique, il transcende complètement ce qui sur le papier n’aurait pu être qu’un personnage de bellâtre. A la manière de La Boum, Jeunes rêveurs transcende totalement les possibles clichés surannés par sa profonde sincérité. La dernière séquence montrant l’interprétation scénique de Roméo et Juliette revisité la pièce à l’aune des amours adolescentes conflictuelles de ses acteurs, et l’émotion est palpable au moment du lâcher-prise de Ting-ting, raidie par les larmes alors qu’elle doit dire adieu à son Roméo/Jackson. Une belle réussite que Clifford Choi confirmera avec son magnifique troisième film, le bien plus sombre et tourmenté Hong Kong, Hong Kong (1983).Sorti en bluray français chez Carlotta














































