Un patron new-yorkais se mêle incognito à ses ouvriers mécontents pour découvrir les raisons de leur colère.
The Devil and Miss Jones est une superbe comédie sociale qui semble être une des rares à explicitement célébrer l'union syndicale dans un film hollywoodien de l'époque. L'heure n'est pas encore au Maccarthysme mais le script malin oriente clairement le message sur l'entraide entre les travailleurs plutôt que sur un message communiste. Cet équilibre est grandement dû au scénariste Norman Kasna qui a souvent excellé à mêler dynamique de comédie et vrai propos social dans des films comme Jeux de mains de Mitchell Leisen (1935) ou Mademoiselle et son bébé de Garson Kanin (1939). La belle idée est ici de faire descendre le patron de sa tour de privilégié pour se mêler au dénuement de ses employés en s'infiltrant dans le magasin où gronde la fronde syndicale.
John Merrick (Charles Coburn) n'a pas le charme du Joel McCrea de Les Voyages de Sullivan, ni même sa compassion condescendante mal placée. Son but sera clairement de repérer les dissidents de l'intérieur pour mieux les licencier. Le début du film est hilarant pour montrer le caractère tyrannique et hors-sol de Merrick, telle cette première apparition retardée pour bien montrer ses directeurs trembler comme des feuilles en prévision de sa fureur. L'autre moment hilarant de ce type sera celui où il recevra le détective privé supposé initialement s'infiltrer dans l'entreprise, Sam Wood jouant de la différence d'échelle et du jeu sur les plongées et contre-plongées pour montrer comment Merrick organise physiquement sa domination sur les autres.
Cela n'en sera que plus savoureux lorsqu'on verra Merrick déployer des trésors de self-control lorsqu'il est à son tour rudoyé en tant que simple vendeur. Ces moments ponctuant le film sont certes très drôles, mais ce n'est pas seulement en prenant la place peu enviable du faible que Merrick pourra changer. Ce sera surtout par l'esprit de solidarité, l'amitié et l'amour au sein des démunis que Merrick sera ébranlé. Le scénario a l'intelligence de ne montrer qu'une seule scène de réunion syndicale qui crispe d'ailleurs le patron infiltré, et dissémine tout au long du récit les attentions dont ses collègues vont le gratifier, le prenant pour un vieil homme sans ressources. Jean Arthur comme toujours est l'incarnation même de la candeur et de la bienveillance, sans jamais tomber dans la niaiserie et l'alchimie avec Charles Coburn sera de nouveau exploitée par la suite dans d'autres belles réussites comme Plus on est de fous de George Stevens (1943) et The Impatient Years d'Irving Cummings (1944). Robert Cummings est épatant aussi en syndicaliste gouailleur, s'offrant un grand moment durant la scène où il met en boite des policiers au comportement injuste. Le propos social sait alterner la satire mordante malmenant Charles Coburn en lui faisant découvrir toutes les strates de désagrément rencontré par le pauvre (la stigmatisation policière) et vraie belle émotion. La scène de renoncement amoureux entre Robert Cummings et Jean Arthur, faute de moyens, est très touchante en exposant une autre conséquence de la pauvreté, l'impossibilité de s'unir faute de perspectives matérielles futures. On pardonnera une fin un peu expédiée pour saluer le message social forcément utopique.
Disponible en streaming sur MyCanal












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