Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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dimanche 3 juillet 2022

Les Roseaux sauvages - André Téchiné (1994)

En 1962, en pleine guerre d'Algérie, alors que les attentats OAS se multiplient, l'intrusion d'un garçon pied-noir exilé va bouleverser la vie paisible de l'internat du lycée où il est accueilli.

Les Roseaux sauvages est un des films les plus personnels et réussis d'André Téchiné pendant sa fructueuses période des années 90. Il s'agit au départ d'un projet modeste répondant à une commande d'Arte pour leur cycle Tous les garçons et les filles de leurs âge. Il s'agissait de téléfilms proposant différents portraits de l’adolescence, ouverte à des réalisateurs débutant comme confirmés en leur laissant le choix de la période où se déroulerait l'histoire (et facilitant ainsi un traitement souvent autobiographique). Les réalisateurs devaient néanmoins se plier à certaines contraintes économiques et techniques - livrer une fiction d’une heure, d’un budget restreint de 5 millions de francs, se soumettre à un tournage de 25 jours et de tourner en format super 16 - et narrative avec l'obligation d'inclure une scène de fête. 

André Téchiné relève le défi et se montre très inspiré avec un scénario écrit de son propre aveu à une vitesse record, pour une version téléfilm baptisée Le Chêne et le Roseau. Cependant Téchiné est frustré de ne pas avoir pu développer davantage les situations et personnages (le téléfilm se conclut lorsque François lit la fable de La Fontaine en classe et laisse encore les protagonistes dans une certaine confusion), notamment celui d'Élodie Bouchez. Suit à un accord avec Arte, Canal+ et le producteur Alain Sarde, Téchiné obtient de pouvoir en faire une version longue pour le cinéma, partageant cet honneur avec L'Eau froide d'Olivier Assayas (1994, La Page blanche pour la version téléfilm) ou encore Travolta et moi de Patricia Mazuy (1994) qui obtinrent aussi un montage cinéma augmenté ainsi qu'une vraie reconnaissance.

Les Roseaux sauvages nous dépeint comment les soubresauts historiques d'une époque viennent bousculer les certitudes de la société française et par extension de ses adolescents. Ces certitudes peuvent être liées à l'identité sexuelle pour le personnage de François (Gaël Morel) qui prend conscience de son homosexualité, au contraire de l'absence ou la fuite du désir pour son amie Maïté (Élodie Bouchez), ses perspectives et cette même orientation sexuelle avec Serge (Stéphane Rideau) ou encore les opinions radicales du pied-noir exilé Henri (Frédéric Gorny). L'élément perturbateur par la piqûre de réel qu'il constitue viendra en ouverture avec le frère aîné de Serge, mobilisé en Algérie et revenant en permission pour se marier, espérant que cette union l'empêchera d'y retourner. Ce protagoniste furtif et au sort funeste amène dans le récit et par son statut l'interaction initiale entre les héros, annonçant leur mue mais aussi les démons qui hanteront les plus solides d'entre eux en apparence, telle la professeur madame Alvarez (Michèle Moretti) impuissante à sauver un ancien élève. 

François est le symbole de cette confusion tout en étant celui qui l'assume le plus, laissant son désir naviguer sans toujours franchir le pas entre les différents camarades qui l'entoure. Téchiné excelle à filmer cette promiscuité masculine trouble et ambigüe, mélange de retenue, de gêne, puis à l'inverse de pulsions crûment assouvies ou de dialogues directs pour évoquer l'interdit. L'expérience difficile de leur jeune vie et le contexte socio-politique incitent les personnages à l'intransigeance. Abandonnée par son père et ayant vue souffrir sa mère Maïté ressent comme une gêne la moindre proximité d'un garçon (sauf François forcément inoffensif) susceptible de lui témoigner du désir, Serge ayant perdu vainement un frère n'attend plus que de s'établir dans la ferme de ses parents et épouser la première venue. 

Le plus fascinant reste le Henri, rappel constant du réel par ses opinions extrémistes, sa rancœur et fascination pour l'OAS. Frédéric Gorny est absolument magnétique par son regard glacial, sa vision prématurément désabusée de l'existence, qui imprègne toute sa gestuelle raide, son phrasé cinglant et contamine même ses rédactions scolaires. Téchiné construit une narration où le sentiment d'impasse semble dominer, tout en laissant une lueur d'espoir dans l'incarnation des personnages bien moins figée qu'elle n'en a l'air. La camaraderie se ressent à travers l'alchimie des acteurs, et l'humain est toujours plus complexe que la simple idée qu'il croit poursuivre comme le montrera la belle dernière demi-heure transcendant le déterminisme social comme la radicalité politique.

Les deux protagonistes les plus opposés en apparence, Maïté (fille de professeur communiste) et Henri (pour toutes les raisons évoquées) voient leur route se croiser et l'amour naître entre eux malgré les différences. Téchiné sème un doute idéologique et charnel chez les deux protagonistes (la très belle scène où Maïté lit une lettre de sa mère à Henri) qui oublient leurs supposées convictions pour se rapprocher. Téchiné orchestre cela dans un cadre naturaliste, primitif et quasi hors du temps lors d'une scène de baignade qui les éloigne de l'école et des résultats du bac, de la ville et de ses actualités, pour laisser en parallèle les deux couples du film s'accepter. C'est assez captivant et il semble que le tournage à l'économie ainsi que le contact d'acteurs quasis débutants aient contribué à une forme de spontanéité de Téchiné qui évite toute lourdeur dans cet équilibre entre autobiographie, récit d'apprentissage et capsule temporelle d'un moment complexe de la société française (l'instant presque muet où Jacques Nolot présente son épouse algérienne). Belle réussite qui récoltera pas moins de quatre César : Meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario et Meilleur espoir féminin pour Élodie Bouchez.

Sorti en dvd zone 2 franaçais chez Studiocanal

mercredi 29 juin 2022

La Maison des bories - Jacques Doniol-Valcroze (1970)

Julien Durras est un professeur d'université géologue, qui décide de passer une année en Haute-Provence avec sa femme Isabelle et ses deux enfants avec lesquels il est un époux et un père sévère et intransigeant. Il accueille un étudiant allemand en géologie, Carl-Stephan, qui doit l'aider à traduire ses travaux et qui apporte légèreté et détente à la maisonnée.

Jacques Doniol-Valcroze, à l’origine journaliste membre fondateur de la revue Les Cahiers du cinéma, va initier à la fin des années 50 le mouvement voyant d’anciennes plumes de celle-ci passer à la réalisation. Il s’avère cependant moins chantre de la modernité que les Godard/Truffaut avec des œuvres caustiques ou d’autres plus surannées comme ce La Maison des bories adapté du roman éponyme de Simonne Ratel publié en 1932. 

L’histoire nous plonge dans un cadre hors du temps, tant dans les mœurs des protagonistes que dans l’espace où ils évoluent. Nous suivons la famille Durras exilée dans une maison de campagne en Haute-Provence le temps que le père Julien (Maurice Garrel) finalise ses travaux de géologie. Pendant ce temps, son épouse Isabelle (Marie Dubois) trompe son ennui tandis que les enfants Laurent (Jean-François Vlérick) et Lise (Marie-Véronique Maurin) entre deux cours particuliers, s’évadent dans le vaste terrain de jeu que constitue la campagne environnante. Julien, patriarche austère et sévère jette cependant un voile d’ombre par ses manières rustres sur la quiétude de la famille. Carl-Stephan (Mathieu Carrière) jeune assistant allemand venu traduire les écrits de Julien, va amener bonheur et quiétude aux enfants, et sans doute aussi à leur mère.

Le film est une petite merveille d’atmosphère, tissant des moments espiègles, contemplatifs et envoutants dans la langueur de l’été et une nature magnifiée par la photo de Ghislain Cloquet. La bande-son portée par le concerto pour piano n° 21 de Mozart accentue cette dimension naïve, rêveuse et sobrement sensuelle quand se révèle progressivement l’attirance entre Isabelle et Carl-Stephan. Jacques Doniol-Valcroze par de menus détails dans les dialogues (le simple fait qu’Isabelle appelle Carl-Stephan par son prénom amène une intimité inattendue), les regards et les situations anodines crée une tension sexuelle accentuée par la photogénie de son casting. La blondeur solaire et éthérée de Marie Dubois étincelle et traduit le trouble face à cet homme qui représente tout ce que son époux n’est pas. Jeune, espiègle, l’allure élancée et le muscle saillant, Carl-Stephan entretient aussi une complicité avec les enfants que leur père n’a jamais recherché, les voyant comme des fardeaux encombrants et bruyants. 

Tout ce climat fonctionne à merveille, le côté certes désuet et suranné participant aussi au charme. Le problème sera de rester jusqu’au bout dans cette surface sans amener un point de rupture à l’intrigue. Jacques Doniol-Valcroze ne choisit pas entre l’amour platonique non consommé et l’adultère explicite pour opter pour un entre deux frustrant. La première option aurait accentué le drame, la deuxième créée une certaine tension sensuelle et dramatique intéressante quant à l’issue du couple et de la cellule familiale. A la place, l’adultère reste « subliminal » par une jolie astuce formelle, mais tout de même désuète cette fois dans le mauvais sens à l’heure de la libération sexuelle. Plus que la frustration de ne pas voir l’union des deux personnages, c’est surtout le sentiment de conformisme qui gêne un peu, la femme ne pouvant exister (même le temps d’une nuit) au-delà de son statut de mère et d’épouse. Le côté bourgeois corseté que le récit semblait vouloir délicatement bousculer au départ se maintient jusqu’au bout, malgré une très légère altération finale (mari et femme qui se tutoient enfin dans la dernière scène). Dommage. 

Sorti en bluray et dvd zone 2 français aux Editions Montparnasse

mardi 28 juin 2022

Terre jaune - Huang tudi, Chen Kaige (1984)


 En 1939, en Chine, un soldat de l'Armée populaire de libération est envoyé dans la campagne de la province du Shaanxi pour recueillir des chants traditionnels. Il rencontre Cuiqiao, jeune adolescente de 13 ans qui vit avec son frère Hanhan et son père fermier. Ce dernier l'a promise en mariage à un homme qu'elle ne connaît pas.

Terre jaune est la première réalisation de Chen Kaige, et un des films emblématiques et fondateurs de la « cinquième génération » du cinéma chinois. Cette dernière vaudra à travers également la filmographie de Zhang Yimou une vraie reconnaissance internationale pour le cinéma chinois. La cinquième génération se caractérise par le fait d’avoir des réalisateurs ayant vécus, subit et/ou participés à la Révolution Culturelle, entretenant donc un rapport ambigu avec cette dernière dans leurs films où se dispute un certain recul, parfois une critique larvée (dans les limites de la censure) ou du moins un droit d’inventaire au sein de grandes fresques tout comme des œuvres plus intimistes. Dans ce contexte, Chen Kaige a une expérience particulière qui donne une teneur autobiographique à Terre jaune

Chen Kaige vient d’un milieu aisé et a étudié dès l’enfance dans les hautes sphères des établissements réservés aux familles de dignitaires chinois. Cela va nourrir une solitude qui amènera une volonté chez lui de s’inscrire dans un collectif et à s’investir passionnément dans la Révolution Culturelle puisqu’il fera partie des gardes rouges. Il se retournera même contre sa famille en la dénonçant, ce qui éveillera plus tard un profond sentiment de culpabilité qui hante certains de ses films comme Adieu ma concubine (1993). Une partie de sa filmographie est donc une manière d’expier et dans Terre jaune, même si le film se déroule dans les années 30, on peut deviner une part d’autobiographie notamment les travaux forcés à la campagne qu’il effectua en 1968 ou encore son passage dans Armée populaire de libération en 1971. Le personnage de Gu (Wang Xueqi) est une sorte de double de Chen Kaige, jeune soldat venu recueillir les chants traditionnels dans la campagne de la province de Shaanxi.

L’objectif est de changer les paroles de ces chansons afin d’en faire des odes patriotiques propres à galvaniser l’Armée populaire de libération dans ces manœuvres, et de manière sous-jacente d’insuffler l’attrait de l’idéal communiste au sein de ces populations rurales qui pensent d’abord à survivre avant de réfléchir politique. Gu est logé auprès d’une famille pauvre où un père (Tan Tuo) vit misérablement avec sa fille adolescente Cuiqiao (Xue Bai) et t son fils cadet Hanhan (Liu Qiang). Gu va s’attacher à eux, découvrant les rites locaux et une certaine forme de résignation des autochtones quant à leurs conditions de vie, tout en faisant miroiter un ailleurs meilleur et plus égalitaire aux deux enfants. Cuiqiao, promise à un mariage arrangé au plus jeune âge, est particulièrement sensible au discours de Gu lorsqu’il lui évoque la parité de l’Armée populaire de libération, quand il effectue lui-même des tâches supposées « féminines » sous ses yeux comme la couture. Le père, sans mauvaise intentions mais soumis à son environnement, ne voit pas l’extérieur comme échappatoire à la pauvreté et ramène sa fille à la condition subalterne que sera le reste de sa vie dans sa place d’épouse. En définitive, Gu parti sous d’autres cieux ne reviendra pas à temps pour sortir la jeune fille de sa triste destinée. 

Formellement Chen Kaige oscille entre poésie et une austérité presque documentaire. La caméra arpente les vaste espaces montagneux et arides, filme les moments rituels avec une immersion totale telle la séquence de mariage d’ouverture ou le chant collectif pour appeler la pluie. Dans ces séquences-là, la communauté ne fait qu’un et chacun se soumet à ses traditions. L’individualité ne peut surgir que dans les cadres isolés, souvent nocturnes pour Cuiqiao, et c’est là que sa voix se déploie pour entonner des mélopées sur son existence sans perspectives. Cela se passe durant les moments de labeurs comme les longs trajets qu’elle effectue pour aller chercher de l’eau, ou au terme d’une journée harassante alors qu’elle s’apprête à se coucher. Chen Kaige ne montre jamais directement la jeune fille chanter à l’écran, la comptine s’entame dans des plans larges où elle n’est que silhouette, ou face caméra laissant la musique intervenir de façon extradiégétique. Une grande poésie se dégage de ces moments où la voix haut-perchée, lancinante et mélancolique s’élève parmi les grandes étendues désertiques. Cuiqiao chante non seulement pour elle, mais pour toutes les femmes chinoises de sa condition dont le destin laborieux est tout tracé.

L’interprétation de la conclusion s’avère donc ambigüe. D’un côté on peut imaginer que Cuiqiao se libère de ses entraves pour adopter le rêve communiste dans sa fuite finale. De l’autre cet idéal n’est peut-être qu’une illusion vaine, Gu n’est en définitive pas le sauveur attendu et la fin ouverte ne nous dit pas (et laisse plutôt deviner le contraire) si la jeune fille a rejoint cet ailleurs de tous les possibles. Une œuvre captivante, partagée entre réalisme et formalisme (un certain Zhang Yimou officie en tant que directeur photo), une belle promesse pour un regard novateur. 

Sorti en dvd chinois

dimanche 26 juin 2022

Loving you - Mou mei san taam, Johnnie To (1995)


 Lau, inspecteur de l’anti-drogue, est arrogant avec son équipe et irrespectueux envers sa femme qu’il trompe lors de ses sorties. Cette dernière tombe enceinte d’un autre homme et se résout à quitter son mari. Alors que cette décision semble irréversible, Lau est grièvement blessé.

On considère que la mue officielle de Johnnie To de touche à tout inclassable vers l’auteur de polar singulier intervient lors de la fondation de sa société de production Milkyway Image, avec Beyond Hypothermia de Patrick Leung en tant que producteur et A Hero Never Dies (1998) si l’on évoque sa carrière de réalisateur. Cependant avant la mise en place de sa structure, Loving you fait clairement office d’œuvre charnière annonçant l’évolution à venir de Johnnie To. Certains collaborateurs emblématiques sont déjà de la partie comme le scénariste Yau Nai-hoi, le directeur photo Cheng Siu-keung où le charismatique Lau Ching-wan dans le rôle principal. 

Il s’agit déjà pour Johnnie To de se placer à contre-courant des codes classiques du polar hongkongais qui à cette époque oscille entre les dernières braises du heroic bloodshed cher à John Woo, et une veine du tout spectaculaire, que ce soit dans la série B et les girls with gun ou alors les productions plus nanties d’un Jackie Chan. Le film débute d’ailleurs sous ces auspices avec une impressionnante scène d’embuscade où l’inspecteur Lau (Lau Ching-wan) tente de piéger un dangereux groupe de dealers dont le chef va lui échapper. Tout est là, urgence urbaine, cascades kamikazes et héros faisant figure de mâle alpha en puissance avec un Lau buvant, vociférant et distribuant les coups mâchoires serrées. Dans ce contexte, les interventions de son épouse (Carman Lee) sont comme des anomalies venant perturber le spectacle attendu, et c’est ainsi que le vit Lau qui la délaisse et ne rentrant jamais au foyer conjugal. Lorsque le couple se croise enfin, c’est pour un douloureux aveux (un adultère et une grossesse) qui scelle leur incompréhension et séparation à venir. Un terrible rebondissement va cependant laisser Lau terriblement diminué, permettant ainsi les retrouvailles progressives du couple.

Dès lors Johnnie To développe peu à peu le sentiment inverse, la romance prend le pas dans l’intrigue et c’est au contraire le retour des éléments de polar qui nous paraissent malvenus. Le héros est certes affaibli mais conserve ses penchants machistes, touché par l’attention de son épouse mais toujours rancunier de la tromperie. Les sentiments changeants se capturent dans une recherche de raviver un quotidien, une complicité, plutôt que de donner dans la grande scène romantique démonstrative. Lau réapprend à côtoyer et comprendre son épouse, et cette dernière retrouve un homme tout simplement présent et attentif. L’enjeu n’est donc pas de pardonner à l’autre, mais de remodeler cette cellule du couple.Formellement cela se traduit par une première partie où les personnages apparaissent constamment séparés, que ce soit en évoluant dans des espaces différents où, lorsqu'ils sont ensemble physiquement, par le découpage comme l'entrevue au restaurant où il ne se font jamais face dans le même plan. 

La seconde partie amène une promiscuité tactile où chacun veille sur l'autre (lui d'abord diminué physiquement, elle enceinte), et un travail sur les raccords regards où cette attention, cet intérêt pour l'autre se fait plus important.Johnnie To exprime magnifiquement cela en restant avare de mot et en laissant les situations parler d’elle-même, comme lors de la belle scène où après avoir vu son épouse s’entretenant avec son amant, Lau rentre préparer le dîner. Pour la retenir, il doit se montrer digne d’elle. Ce romantisme feutré est réellement novateur, plus authentique les penchants surannés de John Woo et plus adulte que les polars romantiques juvéniles et fougueux comme As tears go by de Wong Kar Wai (1988) ou A Moment of Romance de Benny Chan (1990) – même si quelques exceptions demeurent tel Rose de Samsom Chiu (1992).

Le retour à l’action pure dans le climax final est ainsi à deux doigts de paraître artificiel, mais d’une la virtuosité de Johnnie To en espace clos rend le tout haletant et de deux tout l’attention de la mise en scène porte sur l’inquiétude mutuelle du couple plutôt que la revanche sur le méchant dont le sort est expédié. L’enjeu principal repose sur leurs retrouvailles définitive et, de façon logique, l’implication émotionnelle procède à la fusion des deux mondes, celui du polar échevelé et celui de la romance introspective. Lau Ching-wan est aussi convaincant en flic badass et taciturne qu’en mari vulnérable, tandis que Carman Lee crève l’écran dans ce beau rôle sensible et subtil. 

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Spectrum Films