L’école de la beauté est une œuvre marquant les derniers feux de l’ère Pré-Code puisque sortant trois mois avant l’application désormais stricte du code Hays. Il y a vraiment un passionnant parallèle à faire entre ce contexte, le propos du film et la nature des productions Pré-Code les plus provocantes. La production est au départ un coup publicitaire du studio Paramount qui va lancer un concours de beauté international dans les pays anglo-saxons, dont les lauréats seront les heureux participants au film. Quelques futures stars se glissent parmi les gagnants (Ann Sheridan qui fait une apparition, Ida Lupino tout juste âgée de 16 ans en héroïne) pour une intrigue qui, s’inspirant du Mouvement Santé et Fitness créé et promu par Bernarr Macfadden aux Etats-Unis durant les années, prétend vanter les vertus de l’exercice et dénoncer la luxure.
Ce stupre est ici représenté par un trio de canailles qui utiliser justement deux sportifs symbole de ce culte de l’effort et perfection physique pour vendre un magazine à scandale. Buster Crabbe, authentique athlète reconverti acteur incarne le nageur Don Jackson tandis qu’Ida Lupino est Barbara Hilton, plongeuse. Les personnages sont introduits à travers l’usage d’authentiques images des Jeux Olympiques de 1932. Il y a une mise en abyme aussi habile que cynique dans le propos du film. Lorsque les escrocs détournent le magazine pour en faire un torchon racoleur, ils y insèrent des récits moraux plongeant des innocentes dans la perdition, photos aguicheuses à l’appui, mais se terminant par la rédemption et le retour dans le droit chemin. C’est précisément la structure d’un grand nombre de productions Pré-Code qui, aussi loin allaient-elles dans la provocation, usaient mécaniquement et de façon assez hypocrite de happy-end recollant avec le bon sens moral. Si cette démarche est pratiquement verbalisée dans L’école de beauté, le film est encore plus captivant et audacieux quand il passe uniquement par l’image pour exprimer la dualité de son propos. Toutes les séquences mettant en valeur le culte de la beauté et forme physique débordent de sexualité outrée. Cela commence lorsque Sally (Toby Wing) lorgne la silhouette sculpturale de Jackson aux jumelles, et s’attardent un peu trop longuement sur son entrejambe. On peut d’ailleurs dire que hommes et femmes sont placés à égalité dans la mise en évidence de leurs attributs, entre scènes de vestiaires masculines laissant voir des fessiers nus, demoiselles en sous-vêtements, et un rebondissement final renvoyant dos à dos les deux sexes quant à leurs penchants concupiscents face à un beau corps dévêtu. Ce sont cependant les séquences de démonstration sportives qui sont les plus éloquentes. On y déploie des exercices physiques collectifs filmés dans des chorégraphies lorgnant sur Busby Berkeley, le grain de folie onirique de ce dernier en moins mais une métronomie et symétrie mettant en valeur torses masculins, poitrines rebondies, jambes sveltes et autres attributs sensuels dans un vertige parfaitement hypnotique et affriolant. Les vertus célébrées par la séquence vont de façon roublarde dans le sens de celles qui sont dénoncées lorsque la seule dimension sexuelle est poursuivie par les escrocs. Ida Lupino promène ici un talent entre candeur et charme mutin, tandis que Buster Crabbe incarne au premier degré l’impossible jonction entre perfection physique et morale. Muscles saillants, visage carré, il est le modèle de tous les surhommes de bande-dessinées à venir, Superman en tête, et incarnera d’ailleurs Tarzan et autres Flash Gordon dans de nombreux serials. Le Pré-Code tire son baroud d’honneur sur un beau coup d’éclat tout en corps charnus.Sorti en bluray français chez Elephant Films
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