Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram
Juin 1943, Jean Moulin, chef de la Résistance, est arrêté alors qu'il tente de réunifier les forces de l’Armée Secrète. Interrogé par Klaus Barbie, le chef de la Gestapo de Lyon, Moulin est entraîné dans une confrontation implacable. Son ultime combat face à la manipulation et la brutalité commence. Le destin de la France libre en dépend.
László Nemes fut révélé par Le Fils de Saul,
suffocante plongée dans les camps de la mort qui tétanisa à sa sortie.
Retournant au contexte de la Deuxième Guerre Mondiale avec Moulin, Nemes
confirme sa capacité à nous baigner dans des atmosphères infernales dans cette
évocation des derniers jours du chef de la résistance Jean Moulin, ici incarné
par Gilles Lellouche. Avant la capture fatale par la Gestapo dont il ne
ressortira pas vivant, Moulin est déjà un homme contraint, écrasé par les
responsabilités. La première partie du film nous le montre navigant entre
réunions et rencontres clandestines, sous pression constante dans son rôle
d’unificateur de toutes les factions de la résistance.
Le visage opaque et aux
aguets de Lellouche n’est que le reflet d’un monde dangereux sur lequel est
versée une chape de plomb ne faisant plus différencier les lieux clos de
l’extérieur, uni par la seule menace tout d’abord invisible, hors-champs, mais
sournoise. Lorsque Moulin est capturé, la tension va graduellement monter entre
torture essentiellement psychologique quand il s’agit seulement de l’identifier
pour les Allemands, puis physique lorsqu’il est démasqué et qu’il faut lui
soutirer des informations.
Le dispositif claustrophobe initial se décuple, prenant un
virage presque mythologique dans l’approche formelle de Nemes. Durant les
tourments qu’il inflige à Moulin, Klaus Barbie (Lars Eidinger) lui affirme
qu’eux, les Allemands, se voient désormais comme des demi-dieux par le pouvoir
de vie et de mort dont ils se sentent investis dans leur toute-puissance.
Durant un moment-clé dans les supplices de Moulin, Nemes capture effectivement
Barbie et ses sbires comme des créatures infernales dans une composition de
plans majestueuse et cauchemardesque, porté par les teintes ocres de
l’impressionnante photo de Mátyás Erdély.
Nemes évite fort heureusement la
complaisance et les débordements sanglants dans sa démarche : Moulin n’est pas
ici un martyre idéalisé et sanctifié dans sa souffrance, mais un homme
ordinaire soumis à un terrible défi pour surmonter une faiblesse bien légitime
qui pourrait faire basculer la tournure du conflit s’il y cède. Mieux, Nemes en
fait une sorte de vainqueur moral dans la conclusion presque apaisée, qui
laisse entrevoir les bonheurs auxquels sa responsabilité lui a fait renoncer.
Alors que les secours sont mobilisés ailleurs et que
toute communication est interrompue, les habitants de Hope doivent faire face
seuls à une menace grandissante. Tandis que certains tentent de protéger le
village, d’autres s’aventurent dans la montagne… mais deviennent à leur tour
des proies. L’ignorance et la peur déclenchent une spirale incontrôlable aux
conséquences dévastatrices.
Après nous avoir glacé dans The Chaser, ému dans The
Murderer et littéralement tétanisé dans l’incroyable The Strangers, Na
Hong-jin est entré dans un long hiatus de dix ans. L’attente était donc immense
avec Hope, qui le voit cette fois s’orienter vers un blockbuster fantastique
spectaculaire opposant d’étranges créatures aux habitants d’un modeste village
coréen. La première heure est à ce titre haletante et impressionnante,
véritable jeu de chat et de souris dans les décombres du village où une
créature a fait un massacre.
Les ruptures de ton typiques du cinéma coréen fonctionnent à
plein, nous faisant passer de l’effroi à l’hilarité dans une même séquence (à
ce titre, le récit rapporté d’un vieillard de sa rencontre avec les créatures
est un morceau de choix) et Na Hong-jin, par sa virtuosité et générosité dans
les multiples climax, nous récompense d’une quinzaine d’années de blockbusters
américains insipides. La teneur très sombre des films du réalisateur nous avait
presque fait oublier le narrateur efficace et implacable qu’il est dans la
construction du récit, la montée en puissance du suspense et de la tension. En
se mettant cette fois au service d’un pur ride d’action, ces qualités sont
décuplées et nous laisse à bout de souffle entre révélations et morceaux de
bravoures dantesques.
En revanche, Na Hong-jin était aussi capable d’intriguer,
d’émouvoir, bref de secouer son spectateur au-delà du grand spectacle. On reste
sur notre faim de ce côté-là malgré les amorces d’un discours plus riche que le
seul divertissement (la fin ouverte, le fait que les créatures ne réagissent
qu’aux attaques belliqueuses des humains, les villageois tous surarmés) ; tout
cela est un peu trop sur des rails. Alors que le sens de la conclusion de The
Strangers dix ans après hante encore les spectateurs, et stimule les
conversations cinéphiles quant à son sens, il n’est pas certain que malgré le
très bon moment passé, Hope connaisse cette postérité.
Un pasteur suisse a recueilli et élevé une petite fille
aveugle, parlant et marchant avec difficulté. Devenue une femme, Gertrude est
courtisée par le fils du pasteur, Jacques. Mais la jalousie pousse le pasteur à
refuser cette union. Gertrude subit une opération et retrouve la vue...
La Symphonie Pastorale est un des grands classiques
du cinéma français d’après-guerre, et qui assoit le statut d’alors de Jean
Delannoy après les grands succès rencontrés durant l’Occupation avec Pontcarral,
colonel d'Empire (1942) et L'Éternel Retour (1943). Ce dernier avait
contribué à auréoler Delannoy d’un souffle de modernité, par sa rénovation d’un
conte traditionnel sous la plume inspirée de Jean Cocteau. Le réalisateur est
alors encore loin de l’étiquette « Qualité Française » dont l’affublera
la Nouvelle Vague, et poursuit cette fibre romanesque en adaptant un classique
de la littérature contemporaine, publié en 1919. La Symphonie Pastorale
a à ce moment déjà bénéficié d’une première adaptation au Japon, en 1938,
signée Satsuo Yamamoto et interprétée par la grande Setsuko Hara – les Japonais
qui produiront d’ailleurs une version plus récente en 2013 réalisée par Yoichiro
Hayama.
Au moment de la production du film, la carrière littéraire d’André
Gide est à son crépuscule, il décèdera d’ailleurs 5 ans après la sortie de La
Symphonie Pastorale. Malgré un bref soutien initial à Pétain, il ne s’est
pas avili durant l’Occupation, période qu’il vivra en exil en Côte d’Azur, en
Tunisie puis en Algérie avant un retour en France en mai 1946. Sa liberté de
penser lui vaudra autant d’attaques durant l’Occupation où s’émeut de la montée
de l’antisémitisme, qu’à son retour lorsqu’il sera horrifié des excès de l’épuration.
Il vit donc des dernières années solitaires saluées par des récompenses
prestigieuses comme le prix Nobel de littérature qu’il reçoit en 1947. Dans ce
contexte, une adaptation de son roman le plus célèbre constituerait donc un bel
accomplissement et Gide sera moteur du projet. Il rédige un premier scénario
qui ne satisfait pas complètement Jean Delannoy, et ce dernier fera appel au
célèbre duo Pierre Bost/Jean Aurenche afin de le réviser. Aurenche reconnaîtra
plus tard les grandes qualités du premier jet de Gide, mais il y avait une
volonté de Delannoy d’apporter une autre dimension au roman. Gide, tout d’abord
vexé du choix de Bost et Aurenche pour reprendre son travail, révisera son
jugement à la vision du film et remerciera chaleureusement Delannoy du
résultat. L’un des changements majeurs concernera le point vu, qui est celui du
pasteur Martens (Pierre Blanchar) dans le roman, alors que l’attention se porte
bien plus sur Gertrude dans le film, afin de mettre en valeur son interprète
star Michèle Morgan.
L’un des éléments forcément controversés du récit sera le croisement
ambigu d’affection, attirance et reconnaissance entourant la relation entre le
pasteur Martens et Gertrude, la jeune femme qu’il a recueilli et élevé. Enfant
sauvage coupée du monde par sa cécité, elle est éduquée, choyée et civilisée
par un Martens que l’on pense animé d’un pur amour paternel. La gestuelle
presque brutale par laquelle il l’arrache enfant à son misérable environnement
préfigure l’instinct de protection et d’exclusivité discutable qui suivra.
Delannoy joue de cela en jetant un trouble sur des étapes de bonheurs paternels
classiques. Il y a notamment la séquence lors de laquelle Gertrude effectue ses
premiers pas debout, en descendant une rampe d’escalier. Une ellipse nous la montre
ensuite un peu plus âgée, apprenant à se guider dans une pièce et nommant les
objets par le touché. Elle va buter sur le seul objet dont la nature lui est
inconnue du fait de sa cécité, un miroir, et Martens refuse de le lui dénommer
clairement, ainsi que de lui expliquer l’usage. Le miroir la renvoie à un
reflet d’elle-même que Gertrude ne peut pas voir, à une conscience de soi et de
sa beauté que Martens lui interdit implicitement en la gardant prêt de lui.
Annotant chaque progrès de Gertrude, Martens affiche même une préférence
douteuse à ses propres enfants en écrivant puis raturant la remarque « Gertrude
semble plus intelligente que Charlotte », sa fille.
Le sujet pourrait paraître plus sensible à un spectateur
contemporain, mais il pouvait l’être aussi à l’époque du fait de certains écrits
controversés d’André Gide. Homosexuel assumé bien que marié à sa cousine
Madeleine, Gide a signé avec Corydon (publié en 1924) un ouvrage défendant
la pédérastie. Le terme, à différencier de la pédophilie, désigne plus
spécifiquement la relation d’emprise entretenue par un homme adulte sur un
garçon plus jeune. Partant d’une base éducative, cette emprise débouche ainsi
sur une relation sexuelle dans le contexte de la Grèce antique. Si l’on substitue
cet argument à une attirance hétérosexuelle, on se trouve précisément dans la
situation de La Symphonie Pastorale, avec un Martens père de
substitution, mentor, et potentiel amant. Toutes les situations sociales,
amicales et possiblement sentimentales pouvant soustraire Gertrude de sa
protection/son emprise sont vues comme une menace par Martens.
Jean Delannoy joue habilement des émotions contrastées se
jouant quand l’épanouissement de Gertrude se heurte au désarroi de Martens, ou
à l’inverse quand la détresse de Gertrude provoque la satisfaction implicite de
son mentor. La scène de bal voyant Gertrude danser avec Jacques (Jean Desailly)
est un éveil sortant la jeune femme de sa coquille, et lui provoquer un sourire
radieux qu’elle n’a jamais affiché pour Martens qui ne manque pas de le
remarquer. Plus tard la perte et la blessure lors d’une promenade du fils cadet
de Martens donne à Gertrude un sentiment d’inutilité, que s’empresse d’apaiser
le pasteur. Elle n’est point inutile puisqu’elle est près de lui, si ce n’est à
lui. L’épouse de Martens, Amélie (Line Noro), n’est pas dupe, même si l’intéressé
semble se voiler la face quant à ses sentiments réels. On le voit empêcher un
rapprochement plus tendre entre Jacques et Gertrude, et freiner ce qui pourrait
déboucher sur son émancipation, le fait qu’elle retrouve la vue.
Pierre Blanchar livre une prestation fascinante dans ce rôle
complexe. On pourrait penser que la censure empêche Jean Delannoy de rendre l’attirance
de Martens plus explicitement sexuelle, mais il n’en est rien. Tant que le
personnage se ment à lui-même sur ses intentions, le réalisateur le filme dans
une certaine distance, hauteur stoïque dénuée de désir. Il fait face à Gertrude
dans le cadre, la surplombe, lui prend chastement le bras et ne semble incarner
qu’une figure protectrice. Ce sont les expressions de Martens, ses manigances,
son phrasé troublé, qui trahissent ses sentiments. Ce n’est que durant sa
dernière interaction avec Gertrude que Delannoy le capture dans la réalité de
cette attirance, non pas comme un amant possible, mais comme un prédateur. En
verbalisant son désir, en manifestant son amour, Martens s’expose aussi à une
réponse que la vue retrouvée de Gertrude autorise. Elle n’a plus besoin d’être
protégée, enfermée, et peut exprimer à son mentor vers qui se dirige son
véritable amour.
Si Pierre Blanchar est bouillonnant sous le stoïcisme de
façade, Michèle Morgan affiche une joie éteinte et mélancolique, une
résignation visible alors que son cœur ne demande qu’à s’enflammer. L’étincelle
d’émotions plus fortes se laisse entrevoir dans son regard aveugle pour
disparaître aussitôt avec la certitude qu’elle n’a pas droit au bonheur. Ce n’est
qu’en retrouvant la vue qu’elle s’autorise et entrevoit la liberté d’être et d’aimer.
Delannoy travaille le mimétisme de la séquence initiale des premiers pas lorsqu’elle
quitte la clinique en descendant les escaliers, et déploie une sidérante
épiphanie religieuse quand Gertrude va traverser, voyante désormais, les
arpents de l’église face à des fidèles sidérés. Le plus grand moment est
cependant le plus trompeur, lorsque le premier regard de Gertrude se pose sur
Jacques auquel elle va offrir un baiser. La sensation d’emprise a aussi bien fonctionné
sur le spectateur qui, comme Jacques, croit que l’ardence de ce baiser, la
ferveur de ce regard, ne lui était pas destiné.
Delannoy revisite brillamment le fond discutable du roman et
du passif de Gide pour parvenir à exprimer une certaine empathie envers
Martens, tout en le renvoyant à ses manques. La conclusion tragique va dans ce
sens, voyant Martens retrouver la « possession » de sa protégée tout
en la perdant pour toujours.
New York, 42ème rue, une troupe de comédiens s’apprête à
répéter la pièce de Tchekhov, Oncle Vanya, au cœur d’un théâtre abandonné. Les
répétitions, dirigées par le metteur en scène André Gregory, révèlent
progressivement les tensions et les affinités entre les acteurs, tandis que les
lignes entre leurs vies personnelles et leurs personnages s'estompent.
Vanya 42e rue est le dernier film de Louis
Malle, et l’occasion pour lui d’achever sa magnifique carrière sur un projet
des plus singuliers. Malle y retrouve le metteur en scène André Gregory et l’acteur/scénariste
Wallace Shawn, avec qui il collabora sur un autre objet hors-normes, My
Dinner with Andre (1981). André
Gregory s’attaque en 1989 à une nouvelle version scénique d’Oncle Vanya de
Tchekhov, d’après une adaptation revisitée par David Mamet. L’approche de
Gregory détonne cependant sur plusieurs points. Il y aura notamment le choix d’une
partie du casting, novice voire carrément réfractaire à une expérience de
théâtre comme Wallace Shawn et une jeune Julianne Moore.
André Gregory les convainc
en leur expliquant l’originalité de son approche, dont la particularité d’absence
de public, ou du moins la nature restreinte de ce dernier par rapport à une
représentation classique. En effet, une vingtaine de personnes vont assister
aux répétitions dans le cadre inédit du Victory Theatre à New York, ancienne
salle de cinéma abandonnée. Le dispositif scénique est minimaliste et les
acteurs y portent leurs propres vêtements. L’exercice va captiver les milieux
intellectuels et être réitérer un an plus tard, cette fois au New Amsterdam
Theatre, et remporter de nouveau un grand succès.
Parmi les spectateurs privilégiés, on trouve un Robert
Altman qui va y repérer Julianne Moore plus tard révélée dans son Short Cuts
(1993), et donc Louis Malle qui se voit proposer par André Gregory et Wallace
Shawn d’en offrir une version cinématographique. Les contraintes sont pourtant
difficilement surmontables, puisque Louis Malle doit respecter à la fois l’adaptation
de David Mamet, mais également tout le dispositif de la pièce. Il va à peine
étoffer le matériau original d’une introduction durant laquelle le casting se
retrouve dans la rue avant de pénétrer dans le théâtre, ainsi que d’une scène
de pause où l’équipe se détend. Hormis cela, Malle se déleste de tous les
avantages ou artifices dont se dote le cinéma pour enrichir une pièce de
théâtre à l’écran : pas d’ellipses, de scènes en extérieur, ni le moindre
effet de mise en scène trop ostentatoire. Il semble là retrouver une position
de documentariste qu’il connaît bien pour avoir signé six films dans ce
registre : Le Monde du silence coréalisé avec Jacques-Yves Cousteau
(1955), Calcutta (1969), Humain, trop humain (1973), Place de
la République (1974), God's Country (1985) et À la poursuite du
bonheur (1986).
Cette distance documentaire prend le risque de faire de
Malle un illustrateur certes pas neutre, mais pas pleinement connecté
émotionnellement à ce qu’il filme. Le réalisateur avait cependant largement
échappé à cet écueil dans ses documentaires, mais avait même parfois pu
appliquer ce parti-pris dans ses fictions. Toute l’absence de jugement aux
errances du jeune collabo de Lacombe Lucien (1974) saisissait ainsi une
vérité crue de cette période sombre de l’histoire de France, mais aussi de l’attrait
du mal dans sa plus simple et presque « innocente » expression. Vanya
42e Rue opère la même magie en assumant le minimalisme du
dispositif d’André Gregory pour saisir sans fard l’émotion de la pièce de
Tchekhov et éventuellement d’en exposer des pans moins visibles dans d’autres
versions.
Il y a tout d’abord une vraie grâce et inventivité dans la
transition de la répétition à la pièce, des acteurs aux personnages. Une des
premières scènes voit Larry Pine, l’interprète du docteur Astrov, se plaindre
de son agenda harassant puisqu’il sort d’une précédente répétition pour venir à
celle de Vanya 42e Rue. Il ne semble pas le seul à être
fatigué puisque Wallace Shawn, qui joue Vanya somnole pas loin de là sur un
banc. La discussion se poursuit avant que l’on constate avec surprise que le
sujet de la discussion n’a pas forcément changé, mais qu’il concerne désormais
les personnages de Tchekhov puisque Astrov partage désormais son sentiment d’usure,
et va involontairement réveiller Vanya.
La fluidité de cette bascule est
exemplaire et, tout au long du film, la mise à nu fonctionne parfaitement
puisque l’austérité du décor amène à se concentrer avant tout sur les dilemmes,
interrogations et des protagonistes. Il n’y a pourtant jamais de sentiment de
théâtre filmé, Malle ne cherche jamais à capturer un espace scénique mais les
interactions des personnages dans ses choix de cadrages, composition de plan où
ils sont au centre de l’attention.
L’approche d’André Gregory a permis de gommer les éléments théâtraux
trop visibles, et Malle a épuré sa réalisation des outils de cinéma les plus
marqués. Ce parfait équilibre entre les deux trouve de vrais moments de grâce
comme le magnifique échange à cœur ouvert entre Yelena (Julianne Moore) et
Sonya (Brooke Smith). Une connaissance préalable de la pièce sera certes un
vrai plus pour l’immersion, mais même le novice se surprendra à être
progressivement happé par les questionnements en définitive universels de la
pièce de Tchekhov. Louis Malle termine sa carrière sur une curiosité et
inspiration intactes.