Hishakaku sort de prison après avoir purgé sa peine pour avoir tué le chef de clan Narahei. Il part à la recherche d'Otoyo, mais celle-ci a pris la fuite. Hishakaku se lie d'amitié avec Sakata, une petite frappe du clan Kikyō et aide ses derniers à retrouver une place dans la vente de coton sur les marchés qui leur avait été spoliée pour le puissant clan Dōmoto.
Theater of Life fut un immense succès dans les salles japonaises, poussant le studio Toei à rapidement mettre en route un second volet. Ce dernier sort à peine deux mois après Theater of life, preuve de l’impressionnante capacité de réaction de la Toei. Le premier film était, malgré une certaine bascule de point de vue, une assez fidèle adaptation du roman de Shiro Ozaki. Cela restait néanmoins une adaptation de plus parmi les innombrables qui précédaient puis suivraient le film de Tadashi Sawashima. Ce deuxième film a ainsi pour originalité d’avoir une trame totalement indépendante du roman, sur un scénario de Tadashi Sawashima et Naoyuki Suzuki.
Theater of life avait marqué par sa fin ouverte laissant en suspens le grand combat final. L’ellipse ouvrant ce nouveau film nous fait comprendre que Hishakaku (Koji Tsuruta) en a été le vainqueur, et nous retrouvons le héros sortant de prison quelques années après les évènements. Le drame sentimental est tout d’abord laissé en suspens avec la fuite d’Otoyo (Yoshiko Sakuma), son grand amour rongé par la culpabilité, et une nouvelle intrigue se met en place. Hishakaku va venir en aide au clan Kikyo, qui aida Otoyo durant son incarcération, empêché par des rivaux réaliser la vente de coton le faisant subsister. Le scénario déroule de façon plus marquée encore que le premier film sa dimension Ninkyo Eiga, avec un Hishakaku dont le charisme, la force et la droiture morale vont faire plier les plus récalcitrant. Sawashima le capture dans tout sa puissance le temps d’un plan en plongée où il malmène les hommes de main du clan Domo venu le menacer. Plus tard ce seront ses sages paroles qui feront vaciller l’immature Osumi (Yoshiko Sakuma), fille du chef de clan ennemi qui tombera amoureuse de lui. Chaque protagoniste recelant encore un soupçon de sens de l’honneur en lui, se range à de plus nobles intentions dès lors qu’il croise le chemin de l’incorruptible Hishakaku. Un des apports de ce second film est de s’inscrire plus spécifiquement dans l’histoire du Japon – les Ninkyo Eiga se déroulant rarement dans le Japon contemporain des années 60. Ainsi dès la sortie de prison d’Hishakaku, on sent clairement un changement d’atmosphère, une modernité plus prononcée. Le paysage urbain parait différent, et au sein de celui-ci se multiplie les silhouettes de soldats en uniforme. Le monde des yakuzas paraît être un vase-clos, mais il est pourtant bien rattrapé par le poids de l’histoire et le virage nationaliste et belliqueux du Japon des années 30. Cela reste tout d’abord un arrière-plan, notamment les départs vers la terre promise ou maudite de la Mandchourie, envahie par le Japon en 1931. Le romanesque se lie ainsi à la grande Histoire lorsque Hishakaku se rend en Mandchourie pour retrouver Otoyo qui y a fuit afin d’en faire son purgatoire. Ce nouvel environnement renouvelle habilement les codes du Ninkyo Eiga, film de yakuza chevaleresque. En effet les habituels félons soumis au profit généralement associés à la perversion occidentale se muent ici en opportunistes cédant au banditisme le plus vil dans l’espace sauvage de Mandchourie. Hishakaku en croise un spécimen avec Kurakata (Mikijirō Hira), mais va aussi de nouveau se lier avec des rebelles partageant sa noblesse d’âme. Sawashima excelle vraiment lorsqu’il fait lorgner le film vers le pur mélodrame (qui était déjà la grande réussite du premier film), orchestrant des moments déchirants telle que les brèves retrouvailles et l’agonie tragique d’Otoyo dans une superbe composition de plan. Il y a une sorte d’éternel recommencement dans le destin d’Hishakaku, replongé constamment dans le cycle de violence des affrontements de clans yakuzas. Une manière poétique de signifier cela sera de faire jouer par la même actrice l’amour perdu d’Hikashaku et le nouveau, et la manière dont les codes yakuzas débouchent toujours sur le sacrifice de ses proches, l’incapacité d’une vie sentimentale épanouie. Il y a véritablement une dichotomie entre ce sens de l’honneur faisant office de sacerdoce pour Hishakaku, et la déliquescence du monde qui l’entoure signifiée par la déshumanisation capitaliste à laquelle s’ajoute désormais le la politique belliqueuse japonaise. Sawashima se montre relativement avare en action, la silhouette stoïque et habitée d’Hishakaku suffisant à convaincre les indécis, et à dissuader les corrompus. Il semble naviguer dans une utopie où ses valeurs morales et humaines semblent suffire. Le face à face avec Kurakata durant lequel le regard déterminé d’Hishakaku suffit à freiner les ardeurs de son ennemi, s’oppose à la tragique conclusion où il faut tirer dans le dos pour éviter un jugement qui ne manquerait pas d’éteindre le geste. Ce second film achève de faire de Theater of life un diptyque majeur et fondateur du Ninkyo Eiga.
Sorti en bluray français chez Roboto
























