Yuko Moriguchi a arrêté de vivre depuis que sa petite fille de quatre ans, Manami, a été retrouvée noyée dans la piscine de l’école où elle enseigne. D’après le rapport de police, il s’agirait d’une mort accidentelle. Mais l’institutrice n’est pas dupe et suspecte deux de ses jeunes élèves…
Tetsuya Nakashima a l’habitude de naviguer entre l’amertume des adultes et la mélancolie des adolescents pour creuser le sillon thématique des espoirs déçus des uns, et de l’avenir incertain des autres. Kamikaze Girls (2004) et Memories of Matsuko (2006) avait représentés un virage tonal et formel majeur dans l’exploration de ce thème. La dimension introspective et retenue des inauguraux Happy-Go-lucky (1997) et Beautiful Sunday (1998) s’estompaient complètement pour laisser place au trop-plein d’effets, de couleurs et d’émotions exacerbées de Kamikaze Girls et Memories of Matsuko. Cet excès servait un propos lumineux et une veine bondissante pour servir les émois des jeunes filles hyperlookées de Kamikaze Girls, quand au contraire il nous noyait dans la dépression de la quinquénaire de Memories of Matsuko.
Confessions (adapté d’un roman de Kanae Minato, autrice également de Shokuzai brillamment adapté par Kiyoshi Kurosawa) procède aussi d’un parti-pris radical, mais de manière inversée aux deux films précédents. Cette fois la noirceur du sujet se conjugue à la dévitalisation des images, l’excès repose cette fois sur le profond nihilisme des péripéties, tandis que adultes et adolescents sont cette fois sur un pied d’égalité dans un même désespoir. La longue scène d’ouverture nous soumet à un électrochoc comme l’on a rarement l’occasion de l’expérimenter aussi tôt dans un film. Yuko Morigochi (Takako Matsu), professeur de collège tente de s’adresser tant bien que mal à sa classe bruyante et dissipée. Elle va soudain capturer leur attention, non pas en leur annonçant son départ prochain de l’établissement, mais plutôt en en révélant les raisons. Quelques semaines plus tôt, sa petite fille de cinq ans est décédée d’un supposé accident dans l’enceinte du collège, mais a en réalité été assassinée par deux élèves de la classe. Les élèves stupéfaits n’en sont pas au bout de leurs peines, puisque Yuko va désigner les deux coupables et exécuter une vengeance plus psychologique que physique dont nous garderons la surprise. Où aller après une aussi sidérante entrée en matière ? La professeure vengeresse disparait un temps du récit et nous laisse observer les conséquences des évènements, pour la classe et plus particulièrement les deux coupables dont l’un, Naoki (Kaoru Fujiwara) se terre désormais chez lui, terrifié, tandis que l’autre Shuya (Yukito Nishii) assume ses actes et continue de venir en cours – les deux n’étant pas menacés puisque leur culpabilité ne peut pas être prouvée. Plutôt que de séparer en deux niveaux de récits (Happy-Go-Lucky) ou en deux œuvres différentes (Kamikaze Girls et Memories of Matsuko) les maux adultes et adolescents, les traumatismes précoces qui nous forgent et les erreurs tardives qui nous figent, Nakashima choisit d’entremêler les deux. Chacun des deux assassins juvéniles tient ses terribles actes futurs à une relation maternelle trouble. Pour Naoki, nous verrons seulement que sa mère (Yoshino Kimura) trop protectrice l’a gâté et couvert aveuglément au point d’encore le défendre face à Yuko lorsque sa responsabilité sera avérée. C’est au contraire l’absence de sa mère qui détruit Shuya. Scientifique de génie ayant mis de côté un avenir prometteur pour fonder une famille, elle n’a jamais pardonné à son fils d’avoir dévié sa trajectoire et éteint ses ambitions. Elle va donc l’abandonner, et Shuya de mettre son intelligence au service de desseins criminels et nihiliste dans l’espoir d’attirer l’attention de sa mère. Le récit distille avec fluidité cette somme d’informations à travers une narration justement construite sous forme de confessions des différents personnages, déployés en voix-off dans une suite de flashbacks. Il y a la confession frontale et poignante de la professeure en ouverture, celle dans le pur déni de la mère de Naoki, et également celle glaçante d’un Shuya mégalomane et dans la seule détestation du monde qui l’entoure. Nakashima installe une atmosphère proprement étouffante, nous enfermant dans des lieux clos (salle de classe, demeure familiale irrespirable) où surnage la photo bleutée, neutre et métallique de Masakazu Ato. Le réalisateur, en ces prémices de l'émergence des réseaux sociaux, prolonge le geste de Shunji Iwai dans All About Lilly Chou-chou (2001) en capturant le web comme espace cathartique et destructeurs des maux adolescents, tout en décrédibilisant les clichés de figures positives de fiction comme ce professeur à la bonne volonté vaine façon GTO. Les rares respirations s’incarnent par le filmage de ciel partant de la grisaille printanière au semblant de couleurs crépusculaires, exprimant l’hésitation du réalisateur entre cette noirceur totale et un vague espoir. Le trop-plein mélodramatique de Memories of Matsuko laisse place à son pendant versant nihilisme ici, comme si les personnages devaient descendre dans les tréfonds des abîmes, tout perdre, pour très incertainement se reconstruire. Le climax nous laisse d’ailleurs dans cette expectative par l’interprétation que l’on en fera. La vengeance y est assouvie jusqu’à la dernière goutte, mais l’épreuve aura peut-être enfin éveillé une conscience chez la victime/coupable, libre de renaître ou de s’autodétruire définitivement. La trajectoire est presque inversée par rapport aux œuvres précédentes, le traumatisme de l’adulte pouvant remettre l’adolescent perdu sur les rails.
Sorti en bluray anglais doté de sous-titres anglais chez Third Window Films
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