Après avoir lancé sa carrière de réalisateur dans son Allemagne natale où il signera 8 films (dont le célèbre Les Hommes le dimanche (1930) coréalisé avec Edgar G. Ulmer et scénarisé par Billy Wilder deux ténors de la présence germanique hollywoodienne), Robert Siodmak choisit l’exil après l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Avant le grand saut de l’aventure hollywoodienne au début des années 40, il va tout d’abord travailler en France où il va réaliser 10 films en 6 ans.
La Crise est finie est le second de ce cycle et va aborder un genre vers lequel il ne reviendra plus, la comédie musicale. L’arrivée du parlant avait néanmoins contribué à introduire par opportunisme des scènes chantées dans certaines de ses œuvres allemandes comme L'Homme qui cherche son assassin (1931) et Tumultes (1932). Après avoir filmé les derniers feux de l’Allemagne prospère et hédoniste de la république de Weimar dans Les Hommes le dimanche, Siodmak observe la France de la crise économique par le prisme d’une troupe de music-hall. Le modèle est très clairement les productions et réalisation hollywoodiennes de Busby Berkeley qui alliaient rudesse du contexte social et euphorie des séquences musicales dans des chefs d’œuvre comme 42e rue (1933), Prologue (1933) ou encore Chercheuses d’or de 1933 (1933). La construction narrative et la dynamique des personnages rappellent en tout point les films de Berkeley, que ce soit la première tout en comédie de situation et quiproquos, ou le couple juvénile vachard souvent formé de Dick Powell et Ruby Keeler, ici remplacé par Albert Préjean et Danielle Darrieux. Nous ne sommes cependant pas dans un simple décalque et Siodmak parvient à conférer une identité profondément française au projet. La solidarité unissant la troupe et l’antagonisme très concret représenté par les nantis (que ce soit le patron de la troupe ou l’affreux commerçant Monsieur Bernouillin (Marcel Carpentier)) anticipe grandement l’esprit du cinéma du Front Populaire. La prise en main des artistes montant contre vents et marées leur spectacle annonce bien sûr les prolos de Le Crime de Monsieur Lange de Jean Renoir (1936) et La Belle équipe de Julien Duvivier (1936). Siodmak distille simple ici un soupçon de fantaisie supplémentaire jouant sur la nature fantasque des artistes, et fait montre d’un timing comique et d’une fluidité idéale dans son découpage et sa mise en scène. On rit beaucoup et l’on ne s’ennuie jamais dans ce récit alerte et inventif (l’idée pour faire arriver un public massif lors de la première) jusqu’à l’apothéose attendue du spectacle scénique. Alors bien sûr la séquence n’a pas le gigantisme et le grain de folie de Busby Berkeley mais Siodmak s’amuse follement dans le jeu de transition des décors, l’usage des maquettes et trompe-l’œil et propose quelques moments de danse enlevés. Conscient du pastiche de Berkeley offert, Siodmak détourne même explicitement certaines de ses techniques comme lorsqu’il montre ouvertement l’astuce pour démultiplier les visages des danseuses mais sent l’effet de foule qui distrayait le spectateur du trucage. Le titre et thème du spectacle, « La crise est finie » s’amuse avec brio de la course à la richesse, de la cupidité, et célèbre dans le dénuement l’expression de sentiments plus sincères, en l’occurrence amoureux. C’est ce que nous ont prouvé les protagonistes par leur solidarité et joie de vivre. On retrouvera ici et là d’autres moments musicaux dans les œuvres françaises de Siodmak, mais vu le talent déployé dans La Crise est finie, il y a un vrai rendez-manqué durant sa période hollywoodienne où l’on aurait aimé le voir aux commandes d’une fastueuse comédie musicale produite par la MGM. Sorti en dvd français chez Gaumont


























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