Los Golfos est le premier long-métrage d’un Carlos Saura qui s’inscrit là dans la continuité sociale et documentaire de ses premiers courts-métrages. Le film par sa veine réaliste est assez éloigné de l’approche plus stylisée et allégorique de l’œuvre à venir de Saura, les démêlés avec la censure sur ce galop d’essai ayant sans doute justifié l’évolution. Ici Saura s’inscrit dans la continuité du néoréalisme italien, et dans un mouvement plus global au sein des cinématographies mondiales abordant par une approche formelles novatrices le mal-être d’une jeunesse désœuvrée : Nouvelle Vague française, Free Cinema anglais…
Le récit s’attarde sur la dérive de jeunes voyous issus de quartiers pauvres madrilènes. Le film s’ouvre sur un larcin qui met d’emblée à mal la potentielle empathie que l’on pourrait avoir pour les personnages, puisqu’ils y dérobent la caisse d’une vendeuse de tabac aveugle. Le contrepoint sur leurs environnements misérables, faibles perspectives et pour certains ambitions contrariées (Paco et son rêve de devenir toréador) durant les séquences suivantes compensent à peine cette gêne initiale. Los Golfos est à l’image de l’horizon flou de ses héros, et tourne en rond volontairement jusqu’à l’impasse. Tous poursuivent des plaisirs superficiels et immédiats, et le désir louable d’aider Paco à se réaliser ne passera que par les mêmes chemins de traverses criminels. La narration alterne accalmies hédonistes avec l’urgence brutale des larcins pour l’essentiel commis avec violence sur des innocents. Carlos Saura se montre inventif dans le choix des décors où opèrent nos délinquants, usant de la caméra à l’épaule pour faire grimper la tension en lieu confiné (l’agression dans l’ascenseur) ou accompagner la fuite dans l’urbanité madrilène par un vrai sens de la topographie. L’absence de morale, si ce n’est par une solidarité bien fragile, est un des éléments les plus frappants. Les rares vacillement pouvant amener un arrêt ou du moins ralentissement des activités illégales ne vient pas d’une prise de conscience, mais simplement d’une peur d’être pris à cause de la trop grande proximité temporelle des vols. Saura dans sa manière de filmer le groupe capture un certain virilisme où il est difficile d’être celui qui se « dégonflerait ». Il y a plusieurs bascules de ce type durant lesquelles Saura saisit l’unité du groupe par un plan d’ensemble (la séquence de sortie de fête) où un seul récalcitrant sortant momentanément du cercle est malgré tout convaincu de poursuivre. Lors d’une autre séquence où certains admettent leurs craintes, c’est cette fois un découpage enchaînant les gros plans et les champs contre champs qui exprime une division. L’ironie tient aux moyens employés pour cette entraide, mais surtout l’objet de cette dernière. Paco laisse ses amis foncer dans l’escalade criminelle, se dérobe quand il doit y participer à son tour, et subit une correction en cherchant à se défendre lorsque sa lâcheté lui est reprochée. Tout cela prépare une cruelle issue illustrant la vacuité du rêve, et les finalement faibles aptitudes de l’intéressé pour les réaliser durant la corrida finale. La laborieuse joute de Paco alterne avec les railleries du public et le regard consterné de ses amis, rendant les « sacrifices » et la punition imminente d’autant plus terribles. L’élégance formelle se conjugue à une certaine aridité dans un équilibre idéal dans l’approche de Saura, qui échaudé par la censure (le film restera longtemps amputé d’une dizaine de minutes avant la reconstruction proche du montage initial sur l’édition proposée par Tamasa) ne reviendra aux forfaits des petites frappes espagnoles que bien plus tard qu’avec Vivre vite (1981) dans un tout autre contexte socio-politique.Sorti en bluray français chez Tamasa








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