Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram
Enrico Rossini est professeur d'Italien dans une école
pour filles à Londres. Délaissé par son épouse, il vit une histoire d'amour
épanouie avec Elizabeth, une de ses élèves. Au cours de l'une de leurs
escapades bucoliques, la jeune femme croit être témoin d'une agression. Enrico
ne la prend pas au sérieux, jusqu'à l'annonce du meurtre sadique dans les
médias.
Mais... qu'avez-vous fait à Solange ? est sans doute
l’œuvre la plus célèbre du maniériste Massimo Dallamano qui signe l’un est des
plus fameux giallo. Le film inaugure la « trilogie des lycéennes », série
de film où l’argument criminel tourne autour de la sexualité d’adolescentes. Il
sera suivi de La Lame infernale (1972) toujours réalisé par Dallamano et
Énigme rouge dont il signe uniquement le scénario et délègue la
réalisation à Alberto Negrin.
Mais... qu'avez-vous fait à Solange ? s’ouvre sur un
meurtre dont l’exécution est nébuleuse pour le spectateur et pour l’héroïne
Elizabeth (Cristina Galbó) pas tout à fait certaine de ce qu’elle a vu. Le
mystère ne reposera pas sur le mode opératoire dont la barbarie est rapidement
éventée, un coup de poignard dans le vagin. Le sadisme du geste relève du
meurtre et du viol dans un démarche punitive simultanée. L’enquête finira par
révéler les mœurs dissolues des lycéennes subissant ce terrible sort, le puritanisme
se disputant à la vengeance. Les amours interdites traversent le récit tel
Rossini (Fabio Testi), professeur d’italien entretenant une liaison avec une de
ses élèves. Sa propre transgression met en porte-à-faux et fait de son amante
une victime potentielle.
Le scénario est très ambigu dans son message, d’un côté
fustigeant ce qui semble relever d’un extrémisme religieux (le tueur s’habille
en soutane et exécute ses victimes après qu’elles se sont livrées à la
confession) et de l’autre remettant les unions du film sur des voies
respectables « grâce » ou à cause des meurtres. En effet, une sombre
histoire d’avortement clandestin est la source du drame et le message est pour
le moins flou quand au point de vue du récit sur le sujet.
Dallamano ménage ses
effets habilement, restant dans le récit de mœurs et l’enquête policière
relativement classique mais soudainement interrompu par de de saisissants
éclats de violence. Il ose des images certes furtives mais très graphiques ne
ménageant rien de l’horreur des crimes, et installe une atmosphère trouble et
inquiétante. Les lycéennes en quête de sensations ne trouvent pas de garde-fou
mais au contraire des adultes libidineux prêts à exploiter leur curiosité, ce
que Massimo Dallamano exprime par un regard voyeuriste sur les jeunes filles.
Malgré quelques petites longueurs, le suspense est rondement
mené jusqu’à une surprise finale reposant plus sur l’émotion que la pure
tension. En découvrant le sort de la fameuse Solange (Camille Keaton célèbre
plus tard pour le tout aussi choquant I Spit on your grave de Meir
Zarchi (1978)), toute l’ambiguïté du propos s’entremêle à l’authentique
compassion ressentie pour le personnage.
Au coeur d'un hiver rude dans le New Hampshire,
l'officier de police Wade Whitehouse (Nick Nolte), enquête sur la mort d'un
riche entrepreneur au cours d'une partie de chasse lors de laquelle un ami de
Wade était guide. Bien que ce dernier parle d'un accident, Wade doute de la
véracité des faits. Durant ses investigations, ce sont ses propres traumatismes
ainsi que sa vie personnelle en pleine déliquescence qu'il doit affronter et
surtout l'ombre d'un père tyrannique et alcoolique (James Coburn) ....
Affliction est une œuvre qui à sa sortie permit un
certain regain critique voire artistique pour Paul Schrader. Il adapte ici pour
la première fois le romancier Russell Banks, vers lequel il reviendra pour une œuvre
plus récente avec Oh, Canada (2024). Schrader va d’ailleurs par la suite
se lier d’amitié avec l’auteur qui en cette année 1997 bénéficiera d’une autre
adaptation remarquée, De Beaux lendemains d’Atom Egoyan. Schrader
partage avec Banks un passif familial difficile, cloisonné et marqué par une
intimidante figure paternelle. Ces éléments se manifestent dans Affliction,
Schrader y trouvant d’ailleurs d’autres résonnance par ces figures de frères à
la réussite diamétralement opposée qui pouvait lui rappeler sa propre relation
avec son frère Leonard Schrader – collaborateur précieux qui écrivit avec lui les
scénarios de Yakuza (1975), Blue Collar (1978) et Mishima
(1982).
Affliction fonctionne sur une dynamique double. D’un
côté il y a un postulat maintes fois exploré par Schrader sur un héros brisé,
humilié, outré par son environnement déliquescent avançant telle une
cocotte-minute prête à exploser dans une intrigue où tout pousse à ce dérapage.
De l’autre côté le passif familial, les milieux fermés à la culture ou
modernité, constituent un obstacle pesant que les personnages ne pourront
jamais surmonter. Schrader inscrit ces facettes à des degrés divers au sein d’un
cinéma de genre, un environnement urbain oppressant, et un contexte politique
très marqué dans ses scénarios et/ou réalisations comme Taxi Driver
(1975), Légitime violence (1977), American Gigolo (1980) ou
encore Light Sleeper (1992). On trouve tout cela dans Affliction,
mais sous une forme totalement dévitalisée.
Wade Whitehouse (Nick Nolte) est un homme qui semble avoir
raté sa vie à tous les niveaux, professionnel et personnel. Le film s’ouvre sur
une soirée qu’il passe avec sa petite fille qui ne semble avoir aucune envie de
partager sa compagnie. Il va difficilement contenir son désarroi quand elle va
téléphoner à sa mère (dont il est divorcé) pour venir le chercher, ce qui
résume son quotidien : prendre sur soi. Dénigré dans son rôle d’officier
de police, pris de haut par les notables de la région et moqué par les quidams
connaissant les pires souvenirs de son enfance difficile, Wade n’a de cesse de
prendre sur lui.
Ce sentiment remonte à bien loin, lorsqu’il encaissait les
coups de son père (James Coburn) alcoolisé, quand il voyait ce dernier rudoyer
sa mère sans pouvoir la défendre. Souvent chez Schrader ce type de protagoniste
aux abois trouve une catharsis dans une explosion de violence à la morale
ambiguë par laquelle il a l’illusion d’avoir rétabli un certain ordre (Taxi
Driver, Légitime Violence). Alors que Light Sleeper tout en
reproduisant cette trajectoire avait poussé le héros vers une forme d’apaisement
et de rédemption, tout n’est que désespoir et amertume dans Affliction.
La voix-off de Willem Dafoe, dans le rôle du frère cadet qui
a réussi, pose une distanciation funeste aux évènements, et lors de ces rares
apparitions à l’écran, il est en partie l’instrument de la perte de son aîné. L’intrigue
se déroule dans le New Hampshire mais le film a été tourné au Canada, Schrader se
plaisant à capturer les paysages enneigés et désertiques à perte de vue. La
photo de Paul Sarossy oscille entre les teintes immaculées et sans vie des
extérieurs et celles ocres et mornes des intérieurs. Wade voit dans un possible
crime teinté de corruption la possibilité d’une rédemption aux yeux de la
communauté et des siens, mais l’ambiguïté sur la réalité des faits est là pour
éteindre les attentes d’un renouveau, même discutable.
Il est amusant de
constater que le film est sorti la même année que Copland de James
Mangold, dans lequel même en éternel paria Sylvester Stallone gagnait quand
même ses galons de héros westernien. Rien de tout cela dans Affliction
qui, s’il laisse effectivement exploser la cocotte-minute durant sa conclusion,
fait de cette violence extériorisée le point final d’une existence sans but. Plus
que la rage désespérée du final, c’est la terrible image de Wade côte à côte de
son père tyrannique et partageant une bouteille avec lui marque. Les
bas-instincts ne corrigent rien et ne ramènent qu’à un mimétisme, un
déterminisme auquel l’on n’a jamais pu échapper. C’est sans doute l’œuvre la
plus sombre de la pourtant peu joyeuse filmographie de Schrader, et une de ses
plus belles réussites.
Un été d’ennui, Doraemon propose à Nobita et leurs amis
d’aller faire du camping sous la mer. En explorant les fonds marins, la bande
découvre une épave et fait la rencontre des Thalassiens. C’est alors qu’une
annonce très inquiétante survient : « Le Château sous-marin s’est réveillé ! ».
Nobita et ses amis doivent se lancer dans une bataille qui décidera du sort de
la Terre !
Ce nouveau film Doraemon est une nouvelle occasion de faire
connaître en France une véritable icône de la pop culture japonaise. Il y a à l’origine
un manga créé par le duo Fujiko Fujio publié entre 1969 et 1994 (et en France aux
éditions Kana entre 2007 et 2018), et dont le succès va se prolonger dans une
adaptation animée au long cours pour la télévision diffusée entre 1979 et 2005
sur plus de 1700 épisodes - une seconde série étant produite depuis 2005. Entretemps
Doraemon est devenu une véritable franchise déclinée également sous forme de
film, jeux vidéo et autre goodies, tous les enfants japonais ont grandi avec
lui et sa popularité peut se mesurer au choix de l’avoir pour représenter la
ville de Tokyo en 2013 lors de sa candidature d’organisation aux Jeux
Olympique.
Mais qu’est-ce que Doraemon ? C’est le nom d’un
facétieux chat robot venu du futur pour aider Nobita, petit garçon de dix ans,
et ancêtre de son créateur dans un avenir lointain. Tout au long de leurs
multiples aventures, les inventions farfelues de Doraemon vont entraîner Nobita
et ses amis dans des situations toujours plus surprenantes. C’est sur ces bases
que s’ouvre ce nouveau film (le 45e de la franchise Doraemon) partant
d’une base très triviale de l’enfance avec Nobita souhaitant partir en
camping avec ses amis mais contraint par les devoirs de vacances.
Une fois cet obstacle
difficilement franchit, Doraemon va à l’aide d’un véhicule sous-marin entraîner
Nobita dans une odyssée semée d’embuche dans les profondeurs des océans.
Franchise bien connue oblige, le récit ne s’embarrasse pas d’une introduction
aux personnages que tout bambin nippon connaît déjà. Cela peut être surprenant
pour un spectateur adulte, mais assez fluide même pour un enfant occidental. Les
personnages secondaires sont les seuls à en souffrir, gardant un côté assez unidimensionnel,
d’autant que les allusions amusantes à leurs traits de caractères passeront au-dessus
d’un non-initié (les talents très relatifs de Gian pour la chanson, sujet de
vexation pour lui).
Le film est réalisé par Tetsuo Yajima, coutumier de l’univers
de Doraemon puisqu’il a travaillé sur de nombreux épisodes de la série ainsi
que sur de précédentes itérations cinématographiques du personnage. Il est
aussi rompu aux cahiers des charges de ce type de franchise transmédia en ayant
participé à plusieurs film Pokémon. Ici le récit débute donc dans la veine
enjouée et inventive de Doraemon lors des premières pérégrinations maritimes,
avant d’installer un certain mystère lorgnant sur L’Île Mystérieuse de Jules
Verne, puis d’embrasser un ton plus ouvertement épique qui revisite le mythe de
l’Atlantide et la mythologie grecque avec Poséidon comme antagoniste.
Les
enjeux grimpent progressivement, le ton se fait plus sombre et Yajima parvient
à conférer à l’ensemble une belle ampleur cinématographique, que ce soit dans
le foisonnement des fonds marins durant la première partie d’exploration, ou
lors des grandes batailles dans le climax haletant. On sera même surpris par l’irruption
d’une certaine noirceur avec la disparition assumée jusqu’au bout d’un nouveau
protagoniste attachant. Malgré quelques tentatives comme une diffusion de la
série à la télévision française dans les années 2000 (sur M6 notamment), la
greffe n’a jamais vraiment pris entre Doraemon et la France alors que le
personnage est culte dans d’autres contrées occidentales dont l’Espagne et l’Amérique
du Sud. Ce nouveau film constitue une indéniable et plutôt réussie porte d’entrée
pour les novices.
Joan Marés (anagramme de l'auteur), un homme d'origine modeste, parvient à épouser Norma, une catalane de la haute société. Le mariage échoue parce qu'elle lui est infidèle. Marés doit quitter son domicile et se retrouve sans ressources en jouant de l'accordéon dans les rues de Barcelone. Un jour, lors d'une manifestation, un cocktail Molotov lui tombe dessus et son visage est défiguré, mais il profite de cette circonstance pour se faire passer pour un trafiquant de drogue appelé Faneca, afin de récupérer sa femme.
El amante bilingüe voit Vicente Aranda adapter pour la troisième fois le romancier Juan Marsé après La Fille à la culotte d'or(1980) et Si te dicen que caí (1989). Le registre historique et politisé cher à l'auteur et bien retranscrit par Aranda dans La Fille à la culotte d'or est ici bien plus en retrait même si bien présent. On retrouve ici le cadre de la Catalogne et Barcelone, où Marsé passa son enfance, avec en toile de fond l'opposition entre les indépendantiste catalans et les nationalistes espagnols. C'est cependant davantage une bien étrange comédie du remariage qui se joue ici. Joan (Imanol Arias) rentré plus tôt chez lui, a le malheur de trouver son épouse Norma (Ornella Mutti) au lit avec un autre homme.
La dynamique même de cette séquence de vaudeville, où Norma assume avec aplomb sa tromperie et Joan semble presque se morfondre en excuse, traduit le fossé social du couple. Lorsque Joan se rappelle leur rencontre et la manière dont ils sont tombés amoureux, on comprend que Joan est d'extraction modeste tandis que Norma vient de la haute société catalane. Après la rupture, chacun remonte ou redescend d'où il vient, notamment Joan sombrant dans une totale déchéance de musicien de rue puis défiguré par des nationalistes.
Joan désormais méconnaissable ne peut plus observer que de loin celle qu'il n'a jamais oublié. L'argument est prometteur, d'autant plus lorsque le scénario lorgne vers du Darkman/Le Fantôme de l'Opéra sauce comédie du remariage ibérique. Joan va en effet s'inventer un alias au nouveau visage, Faneca, pour reconquérir Norma. Malheureusement le grotesque paillard de la comédie tue toute implication, avec des personnages tous plus caricaturaux les uns que les autres. La dimension socio-politique est trop opaque pour un spectateur francophone, notamment tous les jeux sur le langage (justifiant le titre original) exprimant le schisme entre catalans et espagnol.
On ne sait pas si Aranda a voulu verser dans la pure satire ou néanmoins conserver une part de romantisme, en tout cas faute de choisir les deux approches sont ratées. La forme est aussi étonnamment laide dans le choix de photo criarde et surexposée de Juan Amorós et Luigi Martin. C'est donc très poussif et on retiendra seulement l'érotisme outrancier cher à Aranda qui nous réserve une scène de sexe finale dantesque où une Ornella Muti incendiaire donne de sa personne. Un cru à oublier.
Nami apprend la mort de son mari policier, qui
appartenait à la brigade des stupéfiants. Mais au lieu d'être enterré avec les
honneurs, celui-ci est accusé d'être impliqué dans le crime organisé...
Alone in the night est une des œuvres les plus
brillantes mettant en scène Nami, figure récurrente de la filmographie de
Takashi Ishii. Ce dernier à promené Nami du format papier de ses travaux en
manga au grand écran, d’abord en tant que scénariste au sein du studio Nikkatsu
dans le cadre de leur Roman Porno (Angel Guts : High-School Co-Ed (1978)
et Angel Guts : Red Classroom de Chusei Sone (1979), Angel Guts :
Nami de Noboru Tanaka (1979) et Angel Guts : Red Porno de Toshiharu
Ikeda), puis en passant à la réalisation dans un cinéma moins orienté « exploitation »
et plus mature. Original Sin (1992) et A Night in Nude (1993) avaient
constitué de brillantes réussites, montrant toute la profondeur dont Ishii
était capable une fois délesté de ses excès. Nami n’est pas un personnage
unique traversant les différents films, mais une représentation de la féminité
dont la personnalité, et la manière de traverser les épreuves sordides des
intrigues d’Ishii, en font une héroïne idéale entre profonde vulnérabilité,
force de caractère et résilience.
Alone in the Night s’avère une passionnante réflexion
autour de la corruption morale et physique. On a initialement l’impression de
se trouver dans une trame de film d’exploitation assez basique, quand Nami (Yui
Natsukawa) décide se venger d’Ikejima (Minori Terada), chef de clan yakuza
responsable de la mort de son mari (Toshiyuki Nagashima) démasqué en tant que
flic infiltré. Nami est cependant loin des héroïnes vengeresses iconiques et
plus grande que nature du cinéma japonaise telle la Meiko Kaji de la saga La Femme Scorpion. C’est une jeune femme désespérée dont l’univers entier s’est
effondré avec la disparition et le déshonneur de son mari. Cette dépendance s’est
révélée par la tendresse de leur seule scène commune en ouverture avant le
drame, et par la volonté d’en finir de Nami se tranchant symboliquement les
veines avec les résidus d’os de l’incinération de son époux. Dès lors sa vengeance
n’a rien de réfléchi, et obéit à une pulsion suicidaire. Muraki (Jinpachi Nezu),
un membre du clan Ikejima, va tenter de freiner cet élan sans pouvoir
complètement l’empêcher.
Nami semble revivre à son échelle bien plus vulnérable l’expérience
de son mari disparu en s’infiltrant à son tour au sein du clan. Elle va y subir
l’avilissement et la dépravation, ses tentatives d’assassinat du boss
fonctionnant comme des actes manqués. Elle n’a pas suffisamment vécu les affres
de cette corruption morale et physique pour franchir le pas d’être une
meurtrière. Original Sin et A Night in Nude étaient des
productions V-Cinema destinées au marché de la vidéo.
Alone in the night
était destiné au même circuit mais au moment de caster Nami, Takashi Ishii est
subjugué par le charisme de Yui Natsukawa, parfaite pour le rôle. Cette
dernière, pas impressionnée par les scènes de nudité ou les outrages très
graphiques subit par son personnage, n’a qu’une exigence : que le film
soit distribué en salle.Cela va
bouleverser l’économie habituelle d’Ishii et son producteur Yu Okada (le V-Cinema
ne nécessitant pas d’un budget de promotion ou d’affiches) mais Ishii va
utiliser la manne financière gagnée après une récompense au Festival de
Sundance pour parvenir à ses fins.
Le film est produit dans les conditions
modestes du V-Cinema avec un tournage en dix jours, mais cette rallonge va en
faire la réalisation la plus formellement chiadée d’Ishii à ce stade. Original
Sin et A Night in Nude avaient révélés les aptitudes de mise en
scène d’Ishii, mais essentiellement par le choix de ses cadres, compositions de
plan et angle singulier. Alone in the night ajoute à ces qualités un
véritable sens de l’atmosphère. La photo de Norimichi Kasamatsu et Yasushi
Sasakibara installe une tonalité urbaine menaçante et funeste par ses teintes
bleutées capturant les panoramas tokyoïtes. A d’autres moments la symbolique
onirique traverse l’image, tel ce rayon « céleste » dissimulant l’intimité
de Nami flottant dans un bassin, ou illuminant sa scène d’amour avec Muraki
comme pour raviver un soupçon d’humanité dans ce milieu sordide.
Les intérieurs enfumés des bas-fonds sont eux capturé par
une caméra subjective et mobile saisissante lorsque Muraki vient arracher Nami
à une maison de passe. La longue séquence toute en ellipses et plans fixes
lorsque Muraki doit sevrer Nami installe une proximité, intimité et affection
progressive d’une délicatesse dont on n’aurait pas cru capable le Ishii
provocateur des débuts. Tout le récit laissait croire à un mimétisme entre l’expérience
éprouvante de Nami et celle de son mari infiltré, mais cette thématique de
souillure morale et physique se rattachera au contraire à celle d’un autre
protagoniste.
L’instinct de vengeance, l’amour et la compréhension après avoir
vécu un voyage au bout de la nuit similaire se disputent ainsi lors d’un climax
intense sur les toits. L’épure du décor se disputent à l’excentricité de
certains éléments de décors, comme pour signifier la confusion entre les
sentiments nobles et la déchéance traversée par les personnages. Un grand drame
qui voit Ishii signer un de ses meilleurs films.
Julie sort de la clinique psychiatrique où elle était
placée depuis cinq ans. Guérie, elle est engagée comme gouvernante du petit
Thomas Mostri, l'héritier d'une riche fortune. Lors d'une promenade, Julie et
Thomas sont kidnappés...
Folle à tuer est un pour Yves Boisset une commande
qui s’intercale entre certains des brûlots les plus marquants de sa
filmographie, suivant L’Attentat(1972) et R.A.S. (1973), et
précédant Dupond Lajoie (1975) et Le Juge Fayard dit « le Shériff »
(1977). Il s’engage sans conviction sur un projet qu’il prend en cours de
route, remplaçant un Jean-Pierre Mocky renvoyé après une altercation avec la
tête d’affiche Marlène Jobert. Boisset portait dès lors peu d’estime pour le
film sur lequel il ne reviendra pas dans son autobiographie, et aurait
apparemment eut une attitude exécrable durant le tournage.
La réussite du film n’en est que plus agréable et
surprenante, comme si même en prenant un projet par-dessus la jambe, Boisset
était incapable de mal faire. Le film est l’adaptation du roman Ô dingos, ô
châteaux ! de Jean-Patrick Manchette, publié en 1972 et récompensé du Grand
Prix de littérature policière. Cette adaptation s’inscrit dans une décennie
glorieuse pour Manchette qui va voir nombre de ses romans transposés à l’écran
en l’espace de quelques années : Nada de Claude Chabrol (1972), Trois
Hommes à abattre de Jacques Deray (1980), Pour la peau d'un flic
d'Alain Delon (1981), Le Choc de Robin Davis (1982) et Polar de
Jacques Bral (1983).
On accompagne ici Julie (Marlène Jobert) jeune femme fragile
et vulnérable qui s’apprête à quitter l’asile psychiatrique où elle était
internée pour s’occuper du petit garçon d’un famille riche. Nous ne connaîtrons
que bien plus tard les raisons pour lesquelles Julie était internée mais, dès
ses premiers pas à l’extérieur, celui-ci paraît bien plus fou et déréglé que l’institution
qu’elle vient de quitter. Entre le chauffeur libidineux incarné par Victor Lanoux,
Thomas (Thomas Waintrop) petit garçon très agité, et les évènements tragiques
qui vont la frapper, le vrai asile semble bien être le monde réel. De la
froideur des tours du quartier de La Défense à une folle cavale à travers la France,
le passé de Julie lui est renvoyé comme une preuve de culpabilité établie, mais
la jeune femme va déjouer tous les pièges.
Boisset distille quelques moments de tensions bien sentis,
notamment lorsque Julie et Thomas sont séquestrés, notamment grâce au
personnage inquiétant et taiseux incarné par Tomás Milián. Le talent de l’acteur
parvient à tisser une ambiguïté et un mystère autour d’un protagoniste qui
aurait pu être un méchant simpliste. Davantage que le pur suspense qui
fonctionne néanmoins très bien, c’est la reconstruction morale, l’estime de soi
et la confiance retrouvée progressivement par Julie qui constitue le fil rouge
du récit.
Victime apeurée et chétive, elle prend son destin en main et celui de
l’enfant dont elle a la responsabilité, gagnant en initiative et assurance au
fil des différentes péripéties. Marlène Jobert est excellente pour exprimer
cela, habituée à donner vie à des personnages bien plus fort que ce que son
allure frêle laisse supposer comme dans Dernier Domicile Connu (1970).
Le récit est rondement mené, la complicité croissante avec l’enfant est le vrai
socle émotionnel du film jusqu’à une haletante conclusion. Des œuvres « mineures »
de ce calibre, on en redemande !
Biographie de Winston Churchill, de ses premiers pas jusqu'aux campagnes aux Indes et en Afrique, qui précèderent son entrée à l'Academie Royale Militaire, et au Parlement.
Sept ans après sa disparition, Winston Churchill, monument national anglais, se voyait offrir son biopic cinématographique. Le producteur Carl Foreman rapporte qu'il fut invité en 1961 par Churchill après que celui-ci eut eu apprécié sa production à succès Les Canons de Navarone. C'est ainsi Churchill lui-même qui suggéra à Foreman que My Early Life, autobiographie sur ses années de jeunesse, serait la matière à un bon film. Son souhait se réalise onze ans plus tard quand Foreman va monter l'opulente production de Young Winston, dont il écrit le scénario et confie la réalisation à Richard Attenbrough.
Ce dernier s'était familiarisé avec les coulisses quelques années plus tôt, d'abord en montant une société de production avec Bryan Forbes dont sortiront quelques classiques du cinéma anglais sixties comme Le Silence de la colère (1960) et Le Vent garde son secret (1961). La compagnie est dissoute en 1964 mais, tout en poursuivant sa carrière d'acteur, il se lance dans la réalisation en signant la comédie musicale Oh! What a Lovely War (1969). Si son titre majeur sera bien sûr Gandhi (1982), succès public et critique lauréat de 8 Oscars, Young Winston montre déjà ses aptitudes pour le biopic sachant conjuguer ampleur, épique et intimisme.
Passé quelques images d'archives sur les moments glorieux du Winston Churchill que l'on connaît tous, le film s'ouvre sur une image d'un jeune Churchill sur un cheval blanc, surplombant une colonne armée avant une embuscade durant une campagne indienne. Le commentaire d'un officier raille d'ailleurs ce jeune blanc-bec dont la posture trahit une évidente quête d'attention. La joute armée qui suit et l'attitude de Churchill, entre héroïsme mal placé et pur opportunisme, révèle d'ailleurs ces intentions ambiguës. C'est le moment où le récit choisit de revenir en arrière, à l'enfance même de Churchill. La narration en voix-off exprime le recul sarcastique et adepte du bon mot du Churchill mature, reprenant les passages de My Early Life qui fut d'ailleurs écrit en 1930, moment de creux politique où il perdit son siège au parlement après une défaite électorale en 1929.
Ce ton distancié offre un habile contrepoint avec le jeune coq ambitieux qui aurait éventuellement pu paraître antipathique. Le visage poupin et la candeur de Simon Ward participe à l'attachement au "personnage", et la première partie du film nous dépeint les difficultés de son enfance et environnement familial. Enfant d'une grande famille aristocratique, il est délaissé par son père (Robert Shaw) dédié à ses ambitions politiques et par sa mère (Anne Bancroft) courant les mondanités. La quête d'attention vient de ce sentiment d'abandon initial, le seul réconfort venant de l'amour de sa nourrice "Womany» (Pat Heywood). Attenborough met en parallèle les difficultés de Churchill à répondre aux attentes de ce cadre pesant au niveau scolaire, et les échecs politiques de son père Lord Randolph Churchill, mis de côté de ses fonctions de ministre quand il s'opposera à la politique militaire votée par la chambre des Lords.
Même si le contexte est très bien posé, le film souffre de quelques raccourcis malheureux, surtout dans sa première partie. Le lien à la nourrice est survolé, édulcore sa mort plus sombre (elle fut congédiée et mourut dans la misère pendant que Churchill faisait ses classes militaires, même s'il vint la voir dans ses derniers instants), et surtout la conscience sociale que sa fin éveille chez Churchill lorsqu'il votera en 1908 les lois sur la retraite à 70 ans. Robert Shaw est excellent en père charismatique dont on assiste au lent et terrible déclin physique et mental, tout comme Anne Bancroft en mère intrigante pour son fils, plus soucieuse de ses ambitions adultes que pour représenter une présence aimante durant son enfance. C'est vraiment durant les différentes campagnes militaires de Churchill que le film trouve une vraie verve picaresque.
Les situations et dialogues soulignent le mélange de courage et d'arrivisme d'un Churchill aux dents longues, et offre quelques beaux morceaux de bravoures. Sans atteindre le génie d'un David Lean, les moyens déployés sont spectaculaires entre l'assaut à cheval au Soudan, le siège épique d'une voie ferrée durant la Guerre des Boers et surtout l'évasion puis la longue cavale de Churchill qui fait de lui un héros national. Simon Ward est impressionnant dans tous les registres, que ce soit en arriviste mal dégrossi, héros plein de panache, et l'on voit progressivement le phrasé, la posture et l'éloquence du Churchill historique se dessiner dans sa prestation.
C'est notamment le cas lors de son discours final à la Chambre des Lords (où il réussit à défendre le point de vue économique qui avait coûté la carrière de son père), et même lorsqu'il écrase par le verbe un journaliste cherchant à le déstabiliser. Attenborough essaie ici et là d'inscrire d'autres pans de personnalité de Churchill comme son amour des lettres (la leçon de latin au début) mais cela reste un peu superficiel, même si la voix-off et sa correspondance tentent de l'exprimer. Les velléités sociales et la rupture générationnelle que représente le jeune Churchill dans l'entre soi de la Chambre des Lords aurait été intéressant à développer aussi, tant les prémices esquissées ici sont assez passionnants. Cela reste tout de même une belle réussite, montrant la statue du commandeur sous un jour neuf.
Sorti en bluray anglais chez Indicator avec sous-titres anglais, en dvd anglais chez Sony avec sous-titres français et en dvd français chez Sony également
Septembre 1940, le régime de Pétain se met en place. Henri Marre, 49 ans, débarque à Vichy sans le sou, sans contact, loin de sa femme et ses enfants. Il voit dans la nouvelle administration l’opportunité de trouver enfin la place qu’il mérite. Dans sa valise, son traité politique édité à compte d’auteur, Notre Salut, où il défend ses convictions patriotiques et ses méthodes d'ingénieur. Son credo : « gagner en efficacité » pour relever la France de la débâcle. Mais peut-être qu’Henri cherche avant tout à fuir sa propre débâcle…
Signe des temps politiques troubles actuels, la période de l’Occupation et plus particulièrement la collaboration obsède le cinéma français en 2026 puisqu’après Les Rayons et les ombres de Xavier Gianolli, voici Notre salutde Emmanuel Marre. Ce dernier s’inspire de la correspondance entre son arrière-grand-père et arrière-grand-mère durant l’occupation pour dépeindre le quotidien d’un collaborateur incarné par Swann Arlaud. A l’inverse du romanesque et de la veine opératique de Giannoli, Marre opte pour le versant purement « administratif » de la collaboration, les réunions, la mesquinerie et ambitions des petits fonctionnaires.
Le style désarçonne par son humour décalé donnant parfois le sentiment de regarder une version de The Office sous Vichy. Le miroir au présent est bien là avec des discours technocrates hors sol et une prétention « macroniste » (entre autres) avant l’heure pour remettre le pays en ordre de marche économique.
Marre assume les anachronismes avec l’irruption de tubes New Wave à des moments inattendus, et se montre grinçant lorsque des décisions ignobles se débattent comme des actions administratives ordinaires telles ces rafles de juifs dont il faut négocier le carburant et les véhicules nécessaires. Swann Arlaud est absolument extraordinaire de veulerie et de lâcheté dans une prestation sidérante. Indéniablement un des chocs de la sélection officielle.