Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Yaphet Kotto. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Yaphet Kotto. Afficher tous les articles

mardi 9 mars 2021

Brubaker - Stuart Rosenberg (1980)


 Arrivé incognito parmi d'autres détenus à la prison de Wakefield, Henry Brubaker observe et étudie ce qui se passe autour de lui. Il découvre un monde fait de brimades, de sévices et de corruption de la part des gardiens. Après quelques jours, il révèle sa véritable identité. Il n'est autre que le nouveau directeur, nommé par le gouverneur de l'État pour procéder à d'importantes réformes. Fort de son expérience, Brubaker se propose d'assainir Wakefield, d'en extirper les multiples violences. Mais les prévôts, qui eux-mêmes purgent leur peine, ne lui facilitent pas la tâche et voient avec inquiétude leurs prérogatives disparaître.

Brubaker est une œuvre dans la continuité de l’orientation engagée de la carrière de Robert Redford, soucieux d’imprégner de sa conscience démocrate et humaniste ses rôles à partir de Votez McKay de Michael Ritchie (1972). Brubaker est l’adaptation romancée du livre Accomplices to the Crime: The Arkansas Prison Scandal de Thomas Murton et Joe Hyams paru en 1969. Il dépeignait le combat acharné de Thomas Murton face à l’administration de l’état de l’Arkansas, ce dernier mettant des bâtons dans les roues de Murton dans sa volonté réformatrice du système pénal dans la prison Cummins State Prison Farms qu’il dirigeait. Devenu trop gênant, Murton fut renvoyé mais son initiative mena à un procès en 1970 qui déclara l’établissement comme corrompu et anticonstitutionnel et l’amena à enfin subir une profonde réforme. 

 Le film reprend donc la réalité des évènements tout en comme dit plus haut romançant certains éléments, notamment pour magnifier la dimension vertueuse de Brubaker/Murton (Robert Redford). C’est de là que vient la longue introduction qui voit Brubaker se faire passer pour un détenu afin d’observer la prison de l’intérieur avant d’investir son rôle de directeur. D’ailleurs même si inventé pour le film, cet acte relève d’une réalité puisque c’est ce que fit Thomas Mott Osborne, ancien directeur de Sing Sing, lorsqu’il prit ses fonctions au pénitencier de Auburn. Cette introduction est saisissante et nous introduit dans un véritable cauchemar. Violence physique, agressions sexuelles, exploitation mercantile des prisonniers comme main d’œuvre, le tout dans un environnement insalubre, c’est d’un glauque assez difficilement soutenable où l’on est heureux du retournement de situation qui permettra de ne pas étendre cet enfer sur toute la longueur du film. 

Un leitmotiv qui que l’on ressassera souvent à Brubaker sera qu’il ne réussira pas à transformer ce qui se passe à l’intérieur de la prison sans s’occuper aussi de l’extérieur. L’établissement fonctionne sur une sorte de principe d’autogestion des prisonniers où certains sont nommés « prévôts » et doivent encadrer leurs codétenus. Cet idéal n’existe que sur le papier et la vérité consiste en des abus de pouvoirs divers, des châtiments corporels arbitraires et des avantages divers que s’octroient les prévôts. Ce jeu de domination à l’intérieur n’est qu’un écho plus explicitement violent à ce qui se déroule à l’extérieur. Malgré sa nomination pour faire évoluer les choses, Brubaker comprend vite qu’il n’est qu’un prétexte à la bonne conscience et aux futurs électeurs du gouverneur, et que la situation en place arrange tout les notables (qui profite de la main-d’œuvre des prisonniers pour leur affaires courantes) ainsi que les prévôts qui savoure une peine confortable, sur le dos des plus faibles.

 Une des qualités et défauts du film est la nature opaque du personnage de Brubaker. C’est intéressant quand le récit reste flou quant à ses liens avec Lilian Gray (Jane Alexander), chef des relations publiques du gouververneur qui a contribué à la nomination de Brubaker. Elle semble animée du même idéal que lui mais est finalement trop rattachée à ce système vicié, trop prompte au compromis quand il faudrait trancher dans le vif comme le souhaite Brubaker. Lilian Gray est donc une figure ambigüe qui semble plus soutenir Brubaker pour une possible attirance physique que Stuart Rosenberg suggère discrètement sans aller plus loin. Cette épure est aussi intéressante pour Brubaker lui-même dont on apprendra peu du passé, des motivations à cette soif de justice. C’est assez jubilatoire de le voir ainsi redistribuer les cartes, démanteler les forces tyranniques en présence par ses initiatives. Le problème est que malgré tout le charisme de Robert Redford le personnage est finalement sans aspérités, c’est un véritable tract progressiste qui assène des vérités à tous ses interlocuteurs (et on peut supposer que Bob Rafelson réalisateur initial congédié par la Fox aurait mieux su creuser cet aspect). On retiendra tout de même cette excellente scène où, n’ayant pu sauver un détenu du meurtre, il va dans une volonté presque masochiste brièvement s’infliger la douleur qui a tué le malheureux. 

Toutes les nuances qui manquent à Brubaker existe cependant dans la fascinante galerie de prisonniers (avec un sacré casting de trognes). Les causes de leur présence en ces lieux n’est jamais contestée, mais le système qui les y fige, les endurcit et les corrompt définitivement est quant à lui largement remis en question. On pense notamment à Bullen (David Keith) jeune prisonnier condamné à perpétuité pour trois crimes mineurs selon la loi pénale en cours dans l’état. Sinon tous sont capables de se montrer tour à tour soumis ou défiants du système, l’instinct de survie prévalant en toute circonstances.

Brubaker va tenter de rendre à certains leur humanité, les forcer à ne plus accepter résignés les failles d’une organisation. Yaphet Kotto est excellent à ce titre dans un rôle tout en énergie et doute. Au final Brubaker va se heurter au mur des petits arrangements et de la corruption, mais aura gagné le respect des détenus qu’il a regardé autrement que du bétail. Et fort heureusement on sait que la réalité dépeinte dans le film a été brisée au moment de sa sortie, même si bien sûr entretemps d’autres problèmes et violences ont surgit dans le monde pénitentiaire américain - la division ethnique n'est absolument pas évoqué dans le film par exemple.

Sorti en dvd zone 2 français chez Fox

vendredi 5 mars 2021

La Fin de Freddy : L'Ultime Cauchemar - Freddy's Dead: The Final Nightmare, Rachel Talalay (1991)


 L'abominable Freddy Krueger a finalement réussit à tuer tous les jeunes de sa ville natale John Doe, le dernier adolescent de Springwood subit un accident et ne se rappelle plus de rien. Après avoir été retrouvé inanimé sur la route par le psychiatre pour enfants Maggie Burroughs, il est placé dans un hôpital psychiatrique où il se plaint de cauchemars répétés et de sa mémoire défaillante. John retourne à Springwood avec Maggie et trois autres adolescents. Bientôt, le groupe se rend compte qu'il ne peut plus quitter la ville et qu'ils sont la nouvelle proie de Freddy Krueger.

La noirceur et les thèmes dérangeants du cinquième volet L’Enfant cauchemar (1989) en avaient fait le premier échec commercial de la saga. Ce sixième épisode devait donc en apporter le point final. Rachel Talalay assistante de production sur les deux premiers films puis productrice exécutive sur Les Griffes du cauchemar (1987) et productrice de Le Cauchemar de Freddy (1988) est ici promue à la réalisation pour ce qui sera son premier film. Un premier scénario dans la continuité de l’arc narratif entamé dans Les Griffes du cauchemar et poursuivi dans les deux films suivants est abandonné, tout comme un autre écrit par Peter Jackson reposant sur une idée géniale (les jeunes fascinés par Freddy allant d’eux-mêmes le rejoindre dans leurs rêves, ce qui aurait pu être une belle réflexion sur la popularité du boogeyman). Rachel Talalay fait table rase de tout cela en signant un scénario original qui, s’il ne manque pas de vraies bonnes idées, pèche par un ton inapproprié et une exécution laborieuse. 

L’histoire nous projette dans un futur où Freddy a décimé la population juvénile de Springwood, en faisant une ville fantôme où perdure son mythe. Ce postulat permettait un vrai retour aux sources et la possibilité de de refaire de Freddy une légende urbaine, un croquemitaine de comptine à la réalité trouble et terrifiante. Le problème sera de jongler entre cela et le tournant montagnes russes à l’humour noir qu’a pris la sa saga, bien loin du minimalisme de l’original de Wes Craven. La première partie est malgré tout plutôt réussie tant que Freddy est absent, n’est qu’une évocation prononcée dans un murmure d’effroi. Le casting adolescent relativement convaincant ramène ce sous-texte récurrent de la saga de parents démissionnaires et irresponsable (y compris pour Freddy dont nous découvrons le passif familial en flashback) et comme souvent laisse deviner les maux qu’exploitera le croquemitaine dans leurs rêves. 

Le personnage de la psychologue jouée par Lisa Zane instaure même un mystère habilement développé par fragment sur le lien qu’elle entretient avec Freddy. Le scénario est coécrit par Michael de Luca qui y développe nombre d’idées qu’il injectera dans celui de L’Antre de la folie de John Carpenter (1994). Le lien poreux entre rêve et réalité, la manière dont la folie du premier investit le second à travers la peur, la superstition et la croyance à travers le personnage de Freddy, tout cela est déjà là et certaines scènes sont même identique (mais pas filmées avec le même talent) comme la boucle qui ramène constamment les héros à Springwood, ville maudite dont ils sont prisonnier.

Toute cette approche intéressante est gâchée dès la première apparition de Freddy. Robert Englund sous les punchlines bien senties parvenait à conserver un côté intimidant dans les précédents volets mais est en roue libre totale ici. Cela amuse sur une seule scène où il tourmente un adolescent aux troubles auditifs en lui assénant des bruits stridents (l’apparition du tableau de classe fait son petit effet en pic de la séquence). Pour le reste c’est malheureusement catastrophique malgré des idées pourtant inventives comme lorsque Freddy piège un adolescent dans un jeu vidéo, mais la pauvreté esthétique (on est loin de l’incroyable scène voisine du quatrième film où Freddy emprisonne une victime dans un comic book) et la mise en scène basique ne font jamais décoller la scène. 

Quelques concepts sont introduits sans être vraiment exploité (la méditation permettant d’intégrer le monde des rêves, l’inconscient à libérer pour vaincre Freddy avec Tracy s’avouant l’inceste dont elle a été victime, une rare trace du côté malsain disparu de la saga) et les coups de théâtres dramatiques, intéressant sur le papier (la filiation comme perpétuation de la criminalité qui introduirait Freddy dans le réel) sont ridicule à l’écran. Alors que la saga a toujours été un passionnant laboratoire formel pour mettre en scène l’horreur onirique, c’est la paresse qui domine ici. Le maquillage de Robert Englund est le plus laid des 6 films, l’arrivée des effets numériques fait perdre la dimension organique trouble de la série et l’usage de la 3D dans les dix dernières minutes est des plus honteux. Un beau gâchis car en théorie le film avait tout pour être à la hauteur de ses prédécesseurs. Fort heureusement, Wes Craven viendra laver l’affront dans un ultime volet qui rendra de sa superbe à sa création. 

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Metropolitan

dimanche 19 août 2018

Vivre et laisser mourir - Live and let die, Guy Hamilton (1973)


007 est appelé pour enquêter à propos de l'hécatombe meurtrière qui décime les agents secrets britanniques ces derniers jours. Enquêtant à New York, dans le quartier de Harlem, puis en Jamaïque et en Louisiane, il affronte un caïd de la drogue international, le redoutable Kananga et sa comparse, l'étrange blanche Solitaire...

Sean Connery avait au gré d’un salaire mirobolant tiré sa révérence au rôle de James Bond (même s’il se dédira pour les mêmes motifs pécuniaires avec Jamais plus jamais (1983)) dans le poussif Les Diamants sont éternels (1971). Les producteurs se trouve alors face à une impasse, le public n’ayant pas accepté un Bond sous de nouveaux traits dans Au service secret de sa majesté (1969) avec George Lazenby. Alors que l’erreur de cet opus avait été d’avoir un interprète restant dans le sillage (vestimentaire, physique et jeu) de Sean Connery, le choix est fait ici de s’en éloigner d’autant que Bond à l’heure de la contre-culture et des mouvements hippie semble un vestige dépassé des années 60.

Guy Hamilton de nouveau à la réalisation décide de poursuivre l’ancrage américain de ses opus à succès (Goldfinger (1964) et Les Diamants son éternels) au point de sérieusement proposer Burt Reynolds aux producteurs qui (fort heureusement) ne démordront pas de la volonté de conserver un Bond britannique. Roger Moore avait été envisagé dès l’époque de Dr No (1962) mais sous contrat sur la série Le Saint il devra renoncer. L’acteur a un défi de taille à relever, l’avantage de sa notoriété déjà établie l’oblige à effacer à la fois le souvenir de Simon Templar et le Brett Sinclair de la série Amicalement votre en plus de l’incarnation de Sean Connery en James Bond. Il va s’en sortir avec brio et sera le principal atout d’un épisode parmi les plus faibles de la saga.

Avec Vivre et laisser mourir James Bond cesse de lancer les modes pour désormais les suivre. Les antagonistes noirs sont donc prétextes à surfer sur la vague de la Blaxploitation tandis que les scènes d’action à New York lorgnent sur les polars urbains à succès tels qu’Inspecteur Harry de Don Siegel (1971) ou French Connection de William Friedkin (1971). L’autre erreur dans cette volonté d’américanisation cela d’éliminer les spécificités british de la série et du personnage. Bond fume donc désormais le cigare, boit du bourbon en lieu et place du fameux vodka-martini, délaisse son légendaire Walter PPK pour le Magnum 357 de Dirty Harry - sans parler de Q et des gadgets quasi absent hormis une montre-aimant.   

Au niveau du ton Roger Moore bien conscient qu’il ne pourra égaler le mélange de séduction et d’animalité d’un Sean Connery parvient à imposer un séduisant flegme britannique. Après un Connery empâté et peu concerné sur Les Diamants sont éternels, Moore apporte un vraie panache dans les scènes d’actions (il donne notamment de sa personne lors de la poursuite en bus impérial ou lors de la scène des hors-bords, l’occasion de contredire la triste réputation que ses dernières interprétations vieillissantes de Bond lui vaudront injustement), distille les bons mots avec un irrésistible timing comique (même si cet aspect deviendra trop envahissant par la suite) qui fait passer toutes les scènes de séduction plus amusées (le jeu de carte truqué bien sûr) que la virilité toute puissante de Connery. L’autre atout sera la présence sensuelle et virginale de Jane Seymour en James Bond girl, la médium Solitaire constituant son premier rôle majeur.

Pour le reste l’ensemble s’avère bien décevant. Le film frise souvent le racisme involontaire avec tous les protagonistes noirs grossièrement caractérisés, le moindre quidam étant en mèche avec le bad guy Kananga (Yaphet Kotto tout juste convaincant) entre hommes de main, traitres et adepte du vaudou. Cela gâche quelques belles idées comme les enterrements à la Nouvelle-Orléans ou le personnage haut en couleur du Baron samedi. Le plus gros souci reste cependant l’approche de Guy Hamilton et cette volonté de prendre les choses à la légère. La force des meilleurs James Bond est de trouver l’équilibre entre univers extravagants de bd et vrai tonalité à suspense maintenant l’implication du spectateur. Là Hamilton poursuit les errements entraperçu dans Les Diamants sont éternels avec un humour balourd et forcé qui gâche et rallonge plus que de raison une course poursuite en hors-bord dans les bayous avec un insupportable personnage de flic redneck. 

La mise en scène mollassonne et sans idées casse ainsi le potentiel de quelques idées folles (la scène des crocodiles dont la cascade suicidaire est bien réelle) et fait peine à voir lorsqu’Hamilton rejoue le légendaire duel de train de Bons baisers de Russie sans approcher le suspense et la brutalité au cordeau de Terence Young. Au final un Bond très mineur mais qui se laisse encore regarder en comparaison de la catastrophe à venir, L’Homme au pistolet d’or (1974) qui en amplifiera tous les défauts. Le film (porté par la chanson-titre tubesque de Paul MacCartney) sans atteindre les hauteurs de Sean Connery au box-office sera néanmoins un succès qui installera enfin un nouveau visage pour James Bond avec Roger Moore. 

Sorti en bluray et dvd zone 2 chez Sony/MGM