Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram
Harry, un écrivain absorbé par son travail, trompe sa
femme avec Natalie. Le mari de cette dernière n'ignore rien des infidélités de
sa femme. Débordé de travail, Harry est sujet à des confusions et n'arrive
bientôt plus à faire la part des choses entre la fiction qui se joue dans son
esprit et la réalité de sa vie quotidienne.
L’Impossible objet est la tentative de John Frankenheimer
de s’affirmer comme « auteur » européen avec un projet indépendant.
Le réalisateur sort alors de plusieurs échecs publics lui faisant perdre de sa
superbe affichée durant ses réussites du début des années 60 : Le Prisonnier d’Alcatraz (1962), Un crime dans la tête (1962), Sept
jours en mai (1964), Le Train (1964). Malgré la faillite
commerciale, des œuvres comme Les Parachutistes arrivent (1969), Le
Pays de la violence (1970) ou Les Cavaliers (1971) montraient un
talent intact, et L’Impossible objet s’avère le premier vrai ratage artistique
de Frankenheimer.
Le film est une manière pour Frankenheimer de marcher sur
les traces de ce qui est peut-être son modèle en tant qu’américain ayant gagné
ses galons d’auteur en Europe, Joseph Losey. Il s’agit en effet d’un projet
initial de ce dernier avec cette adaptation du roman éponyme de Nicholas Mosley.
Losey avait en effet brillamment adapté Accident (1967) mais ne
parvenant pas à financer ce nouveau projet (envisagé avec Dirk Bogarde et
Catherine Deneuve) il l’abandonne – il retrouvera Moseley plus tard pour le
script de L’Assassinat de Trotsky (1972). Frankenheimer, francophile
émérite et en quête d’un projet européen entrera alors en scène.
On retrouve
dans L’Impossible objet nombre d’éléments thématique au cœur de sa filmographie
récente. La quête existentielle, l’identité masculine interrogée étaient au cœur
des questionnement de Seconds (1966), Les Parachutistes arrivent,
Les Cavaliers et Le Pays de la violence. Cela s’inscrivait
cependant au cœur d’un contexte spécifiquement américain que Frankenheimer
savait interroger dans le fond et la forme, et Les Cavaliers certes hors
des frontières US trouvait un juste équilibre entre son introduction
spectaculaire puis son errance.
L’Impossible objet est une œuvre bien trop
explicitement consciente dans l’esprit du réalisateur d’être son « projet
européen ». La relation adultère passionnel et torturée entre Harry (Alan
Bates) et Natalie (Dominique Sanda) noie ainsi toute émotion et implication
dans des affèteries formelles et narratives prétentieuses. Les voix-offs littéraires
surlignent le propos, tandis que la narration s’égare entre temporalité et
niveau de réalité supposés perdre et envouter, mais qui ennuient profondément
avant tout. L’excès de scène de nu et d’onirisme symbolique lassent
profondément aussi sur la longueur, Frankenheimer n’exploitant guère les possibilités
de ce cadre français. Quand intervient enfin le drame final, il est trop tard
et notre implication est déjà perdue. Une belle déception.
Le pilote de dirigeable Michael Lander, qui a enduré les
horreurs de la guerre du Vietnam, est devenu psychotique. Désireux de se
suicider en grande pompe, il s'associe à la terroriste palestinienne Dahlia,
qui prévoit d'utiliser Lander pour faire exploser une bombe lors du Super Bowl
en faisant s'écraser son avion sur les gradins bondés. Alors que des milliers
de vies sont en jeu, l'agent militaire israélien Kabakov fait équipe avec le
FBI pour tenter d'empêcher le meurtre-suicide de Lander.
Black Sunday peut être vu comme un des derniers, si
ce n’est le dernier réel coup d’éclat d’un John Frankenheimer qui par la suite
rentrera tristement dans le rang, tant au niveau des faveurs du public que de
l’inspiration artistique. Issu de cette génération de réalisateurs (Sidney
Lumet, Arthur Penn) ayant fait leurs armes à la télévision sur des
« dramatiques » laissant le temps et la marge de manœuvre pour expérimenter, Frankenheimer est identifié dès ses premières grandes réussites.
Les heureuses rencontres (Burt Lancaster avec qui il tournera cinq films),
l’inventivité formelle et l’audace de ses sujets le mettent sur les radars de
la critique (notamment française). C’est notamment le cas pour une sorte de
trilogie paranoïaque comprenant Un crime dans la tête (1962), Sept
jours en mai (1964) et L’Opération Diabolique (1967). Tout en
s’appuyant sur les tensions d’un Guerre Froide vivace,Frankenheimer finissait par capturer un mal
plus intérieur, par ses peurs activées (Un crime dans la tête) ou du
moins stimulées par les menaces extérieures (Sept jours en mai), jusqu’à
l’épure existentielle et désespérée du fabuleux L’Opération Diabolique.
Les productions de la fin des années 60 et du début des années 70 contiendront encore
leur lot d’excellents film, mais les divergences avec les studios (la sortie
sabordée par MGM de Les Parachutistes arrivent (1969)) , les vedettes récalcitrantes
(Gregory Peck sur Le Pays de la violence (1970)), les insuccès
injustes (la fresque épique Les Cavaliers d’après Joseph Kessel),
placent progressivement le réalisateur à la marge d’une industrie ne jurant
plus que par la modernité d’Easy Rider.
Lassé des Etats-Unis, Frankenheimer s’imagine un destin à la
Joseph Losey et s’installe à Paris, séjour durant lequel il signera le méconnu L'Impossible
Objet (1973) exercice justement bien trop appliqué et déférent à ce cinéma
européen auquel il aspire. Il va en partie se remettre en selle en réalisant French
Connection 2 (1975), très solide suite du classique de William Friedkin. Ce
sont certainement les aptitudes, connues mais rondement exploitées dans
French Connection 2 (immersion documentaire, action filmée sur le vif) qui
convaincront Robert Evans qu’il est l’homme de la situation pour adapter Black
Sunday, premier roman d’un encore inconnu nommé Thomas Harris. Le projet
est entamé alors que le contexte du conflit israélo-palestinien est dans un de
ses moments les plus délicats, notamment la prise d'otages des Jeux olympiques
de Munich. On imagine Frankenheimer creuser encore davantage les jeux de
paranoïas et de faux-semblants de ses films des années 60, mais l’approche sera
différente.
Frankenheimer était un vrai artiste politisé, les penchants
progressistes de son cinéma se prolongeant dans la réalité puisqu’il eut la
charge de réaliser les films promotionnels de la campagne de primaire de Robert
Kennedy. Très lié à ce dernier, il l’aida à gagner en assurance face aux
caméras et s’apprêtait à venir le chercher le soir où il fut assassiné par
balles le 5 juin 1968. Cet évènement tragique ajouté au déconvenues professionnelles
évoquées plus haut affectèrent profondément, Frankenheimer, dans sa vie personnelle
(avec de longs épisodes d’alcoolisme et de dépression) et son art, notamment
sur Black Sunday.
Par de nécessaires précautions (qui n’empêcheront pas les
incidents en amont, durant et après le tournage, tout comme les controverses à
la sortie), le film fait une forme de choix apolitique dans son approche. La
narration avance en mettant en parallèle le projet terroriste de Septembre Noir
et l’enquête du Mossad pour le contrecarrer. Plutôt que d’opposer les groupes
et les idéologies, Frankenheimer observe les individus. Opération Diabolique
avait ouvert chez le réalisateur une réflexion sur le mâle américain, sa place
dans une société en mutation qui se prolongerait par l’immersion dans l’Amérique
profonde de Les Parachutistes arrivent et Le Pays de la violence.
Cela passait par l’interprétation de stars à la splendeur fanée dans ces trois
films (Rock Hudson, Burt Lancaster et Gregory Peck), et le constat d’un supposé
âge d’or révolu. Lander (Bruce Dern) est une figure bien différente, rattaché aux
maux profondément contemporains de l’Amérique. Brisé par son expérience de
prisonnier au Vietnam et trahi par des troubles de stress post-traumatique,
Land est un être déclassé par son ancien corps d’armée, et déconsidéré par les
institutions du pays censées l’accompagner – la cruauté du rendez-vous médical,
entre le mépris d’une assistante et l’impréparation du médecin devant le
suivre. La manière de retrouver sa dignité et prendre sa revanche consiste donc
en le projet fou d’être à l’initiative d’un attentat de Septembre Noir sur le
sol américain. Frankenheimer, qui fut par la suite longtemps attaché au projet
Rambo, se montre clairement visionnaire sur ce thème avant qu’il ne devienne
plus commun au sein du cinéma américain.
La double narration est captivante en mettant dos à dos les
individus, dans leurs errements comme leurs failles, à des instants décalés. La
barbouzerie d’ouverture nous introduit Kabalov (Robert Shaw), agent du Mossad
dont les états de services lui ont valu le doux surnom de « solution
finale ». Durant l’opération, sa volonté va pourtant faillir au moment d’abattre
Dahlia (Marthe Keller), membre de Septembre Noir à sa merci. Les révélations
progressives sur le passé de Kabalov et Dahlia en font des personnages miroir,
ce que souligne bien la mise en scène de Frankenheimer lors de leurs deux
face-à-face. Dahlia est animée d’une rage, d’un ressentiment, d’une soif de
sang et d’un fanatisme qui devaient certainement être ceux de Kabalov à ses
débuts. Kabalov quant à lui témoigne d’une usure, lassitude, qui seront
probablement ceux de Dahlia après 20 ans de campagnes sanglantes, sans avoir
fait évoluer les choses.
Frankenheimer fait habilement osciller notre empathie
de l’un à l’autre, dans de superbes scènes introspectives (les confessions de
Kabalov à l’hôpital, celles entre Dahlia et Lander) ou des moments d’action où
le réalisateur nous pousse vers une jubilation coupable – la séquence durant
laquelle Lander et Dahlia échappent aux garde-côtes. Cet humanisme est
cependant mis à mal constamment lorsque chacun des deux camps renoue avec les
méthodes les plus abjectes durant leurs pérégrinations. La joie démente
manifestée par Lander après le test de sa bombe durant lequel il a sacrifié un
innocent, l’indifférence à tirer dans la foule de Fasil (Bekim Fehmiu) durant
une course-poursuite urbaine à pied, tout cela finit par sceller notre choix
pour ceux privilégiant la vie dans le cadre du récit.
Après deux heures d’un pur récit d’espionnage rondement mené
et captivant, Frankenheimer va amorcer le grand morceau de bravoure du film. Le
montage d’une précision métronomique, le déluge d’action insensé et les visions
dantesques (le dirigeable piquant du nez au-dessus d’une tribune de stade)
mènent à un suspense haletant soutenu par le score anxiogène à souhait de John
Williams. Quelques imperfections techniques ici et là ne sauraient remettre en
question le sommet de tension de ce climax, lorgnant sur le film
catastrophe et paradoxalement presque trop spectaculaire en comparaison du ton
introspectif qui précède. Malgré toutes ses qualités, le film (dont l’originalité
sera émoussée par la sortie quelques semaines plus tôt d’Un tueur dans la
foule de Larry Peerce (1976) au sujet voisin) ne remportera pas le succès
escompté et Frankenheimer ne se retrouvera plus aux rênes d’un projet aussi
ambitieux. Les évènements du 11 septembre 2001 limiteront désormais les
diffusions du film, l’irréalisme spectaculaire du moment de sa sortie étant
désormais auréolé d’une authenticité visionnaire fort dérangeante.
Profitant de leur passage dans la petite ville
provinciale de Bridgeville dans le Kansas, la veille du 4 juillet,
Malcolm et deux de ses amis parachutistes d'exhibition de la Gypsy Moths
rendent visite à sa tante et son oncle. Elizabeth se sent immédiatement
et irrémédiablement attirée par Mike malgré le cynisme de ce dernier
qui semble poursuivre une quête existentielle vers la mort.
Durant les années 60, John Frankenheimer avait signé une sorte de trilogie paranoïaque avec Un crime dans la tête (1962), Sept jours en mai (1964) et L’Opération Diabolique
(1967). L’ombre de la Guerre froide, l’assassinat de JFK et la peur du
putsch militaire planait sur les deux premiers films, tandis que L’Opération Diabolique prenait un tour plus existentiel sous ses motifs de thriller, questionnant la vacuité de l’American Way of life. C’est ce sillon que semble creuser de nouveau Les Parachutistes arrivent,
la chronique prenant cependant le pas sur le suspense. Au départ il y a
un roman de James Drought publié en 1955, sur lequel un Kirk Douglas
intéressé va poser une option en 1966. Il en perd les droits lors de la
rupture avec son partenaire de production Edward Lewis, ce dernier
poursuivant le projet avec John Frankenheimer qui était le premier
réalisateur envisagé.
Le récit nous fait suivre trois parachutistes d’exhibition parcourant
l’Amérique profonde pour leurs spectacles. Mike Rettig (Burt Lancaster)
est le plus expérimenté du trio, un cynique désabusé qui ne vit que pour
l’adrénaline des sauts durant lesquels il se plaît à défier la mort en
ne déclenchant son parachute qu’à l’ultime seconde. Browdy (Gene
Hackman) est le boute-en-train et businessman de la bande, son énergie
et sens de la communication dissimulant une angoisse sans doute plus
profonde, exposé par ses visites à l’église avant chaque grand show.
Enfin Malcolm (Scott Wilson) est paradoxalement le plus vulnérable de
tous en apparence, mais le plus solide psychologiquement, ne masquant
pas son appréhension avant les sauts mais solide et fiable en situation.
De passage dans une petite ville du Kansas où Malcolm passa une partie
de son enfance, les personnages vont y être confronté à leurs
contradictions.
Si le trio fuit la monotonie d’une existence conformiste dans leur
périlleux métier, les personnalités croisées ne sont pas davantage
satisfaites dans leur quotidien rangé. Frankenheimer installe une
atmosphère de tension érotique et de secret sous le vernis bienséant,
notamment avec Elizabeth (Deborah Kerr), tante de Malcolm éprouvant une
attirance pour Rettig. La pulsion de vie et de mort se disputent chez
celui-ci, dans le jeu dangereux auquel il s’adonne durant ses sauts,
l’approche du sol interrogeant en lui le désir de s’y écraser dans
l’oubli ou d’y atterrir pour peu que quelqu’un et une vie l’y attendent.
Burt Lancaster retrouve Deborah Kerr après leurs collaborations sur Tables séparées de Delbert Mann (1958) et surtout Tant qu’il y aura des hommes
de Fred Zinnemann (1953). Leur alchimie opère à nouveau, mais ici dans
une sorte de lassitude désabusée de l’âge mûr, dans un climat de
renoncement dont les élans tendres semblent être les derniers
soubresauts avant la « chute ». Cela va introduire une belle et
étonnante scène d’amour durant laquelle Deborah Kerr se montre nue pour
la seule fois de sa carrière.
Les autres protagonistes ont droit à un traitement passionnant
également. Il faut toute la finesse de jeu de Gene Hackman pour deviner
les espoirs déçus de Browdy, lui aussi en quête impossible d’une épaule
sur laquelle poser sa tête mais condamné par son attitude fanfaronne et
sa vie d’erranc à des interactions superficielles – le bel instant de
confidences avortées avec son coup d’un soir. Scott Wilson est marqué
par un drame d’enfance et un sentiment d’abandon (dont les raisons se
révèleront) qui font du groupe formé avec ses acolytes une sorte de
famille de substitution. La prestation toute en retenue de Wilson fait
mouche, et rend d’autant plus intense les instants durant lesquels son
tempérament prudent vacille. Frankenheimer capture parfaitement
l’atmosphère de cette Amérique profonde, son vernis sage se confrontant à
la révolution sexuelle avec les ruelles sages du jour laissant place
aux néons du club de strip-tease local la nuit venue.
Cette dualité
existe aussi chez les habitants, telles les membres du club d’Elizabeth
toutes émoustillées par la présence virile de Burt Lancaster durant sa
présentation. La pulsion de mort et de vie des sauteurs se mue en
pulsion morbide chez les spectateurs des spectacles, émerveillé autant
qu’avide de l’odeur du sang en cas d’incident, les nombreux contrechamps
de foules yeux rivés ne laissant aucun doute. Frankenheimer a eu tout
le sentiment d’observer ce sentiment en réalisant Grand Prix (1966) film consacré à la Formule 1.
Les scènes de sauts en parachute sont particulièrement novatrices et
spectaculaire. Le filme démocratise les pratiques du base-jump et du
skydiving, dans des séquences aériennes filmées en 35 mm avec des
caméras accrochées aux casques des cascadeurs. Une demi-douzaine de
spécialistes se partagent les sauts, entre les filmeurs et les
doublures, tandis que l’expérience de Frankenheimer sur Grand Prix permet d’insérer de manière crédible et fluide des plans de coupe sur
le visage des acteurs.
Après une première heure introspective, les
quarante dernières minutes enchaînent les séquences de sauts
spectaculaires et ludique, presque avec monotonie et détachement afin de
mieux nous cueillir lorsque l’impensable se produit. Une nouvelle fois
la question de ce qui nous attends au sol se pose, et la raison de
freiner la descente ou de la laisser s’amorcer sans retenue. Dans les
deux situations clés mettant ce doute en jeu, l’issue dépendra à chaque
fois d’une sensation du présent, d’une espérance de futur, et la survie
comme la mort ne tient qu’à un réflexe presque machinal. Un grand film
qui sera pourtant un gros échec commercial, mais que Frankenheimer
tenait pour sa plus grande réussite.
Robert Stroud, un
prisonnier condamné à perpétuité, recueille un oiseau blessé et se passionne
pour l'ornithologie.
En 1955 l’auteur Thomas E. Gaddis rédigera une biographie à
succès sur Robert Stroud, meurtrier condamné à perpétuité qui trouvera la paix
en se découvrant une passion pour l’ornithologie. Beau récit de rédemption et
vision sans concession de la rigueur pénitentiaire, l’ouvrageappelait bien sûr une transposition
cinématographique qui verra le jour en 1962. Ce sera la première grande
réussite du début de carrière exceptionnelde Frankenheimer (les très paranoïaque Un crime dans la tête (1962) L’Opération diabolique (1966)) et sa
première collaboration avec Burt Lancaster, association qui donnera les
classiques que sont le film de guerreLe Train (1964) ou encore l’espionnage deSept Jours en mai (1964).
Le récit narre la rédemption d’un supposé irrécupérable,
placé en isolement au sein même de la redoutable prison d’Alcatraz qui en
soignant un jour un oisillon, se découvrira une passion et un vrai talent dans
cette activité. Tout en trouvant un vrai exutoire à sa violence, Stroud va devenir une vraie autorité
scientifique en la matière et bouleverser grandement l'organisation pénitentiaire.
Passant du chien fou indomptable au vieux sage enfin apaisé, Burt Lancaster offre
une de ses interprétations les plus habitées.
Frankenheimer use d'une sobriété
et efficacité exemplaire lorgnant par instant sur le documentaire, notamment grâce
à l'ouverture sur l’auteur Thomas E. Gaddis (joué par Edmond O'Brien dans le
film) puis ses interventions en voix off tout au long du récit. La description
du temps qui passe se ressent par un
montage des plus rigoureux, que ce soit pour montrer l'ennui de l'isolement
conduisant Stroud au bord de la folie puis pour décrire la méticulosité et la
passion qui anime Lancaster ensuite dans sa tâche. On ressent le poids de la lourde peine dans sa manière de se
lancer à corps perdu dans certains travaux, comme les sept mois qu'il passe à
fabriquer une cage avec un carton. Cette échappatoire au quotidien sinistre
devient ainsi une vraie raison de vivre où il gagnera progressivement en
érudition. Cette nouvelle et salvatrice passion va pourtant s’avérée inadaptée
à une vie en détention.
Le filmdénonce
ainsi un système pénitentiaire aliénant et ne donnant aucune possibilité de
réhabilitation, aspect très bien illustré à travers les divers obstacles que
l'administration met sur la route d'un détenu bien gênant désormais. Après tout
la prison d’Alcatraz était surtout vantée pour sa sécurité rigoureuse, le peu
de privilèges accordés aux prisonniers soit autant d’élément expliquant entretenant
la légende qu’il est impossible de s’en évader (jusqu’aux évènements narrés
dans L’évadé d’Alcatraz (1979) de Don
Siegel du moins et qui ont ironiquement lieu l’année de sortie du film de
Frankenheimer).Stroud n'est d’ailleurs pas
montré comme un saint loin de là et privé de ses amis à plumes peine à apaiser
la fureur qui le consume.
Passé le début du film où il n’est que haine et
violence, on aura quelques éléments de réponses quant aux raisons de son sort
avec le rapport fusionnel qu'il entretient avec sa mère (Thelma Ritter glaçante
en mère abusive). On saluera également parmi les seconds rôles un formidable Neville
Brand en maton humain (la scène où il vide son sac à Sproud et celle de la
séparation pour Alcatraz sont bouleversantes) et Karl Marlden en directeur de
bonne volonté mais aux méthodes inappropriée. Un film magnifique qui aurait
vraiment dû valoir l’Oscar à Burt Lancaster.
En juillet 1944, le colonel Von Waldheim fait évacuer les tableaux de maîtres de la Galerie nationale du Jeu de Paume pour les envoyer en Allemagne. Labiche, un cheminot résistant, est chargé de conduire le train transportant ces objets d'art. Avec l'aide de ses compagnons résistants, il va chercher à faire en sorte que le train et les tableaux n'arrivent jamais à destination.
Le Prisonnier d'Alcatraz, Sept jours en mai, les collaborations entre John Frankenheimer et Burt Lancaster sont toujours synonyme de qualité, ce que confirme cet excellent The Train. Formidable ode aux cheminots français résistants de Deuxième Guerre Mondiale, le film a un pitch des plus séduisants. Face à la débâcle de l'armée allemande et à l'arrivée imminente des alliés, un officier allemand amateur d'art décide d'embarquer en Allemagne tous les fleurons de la peinture française qu'il s'est plu à emmagasiner durant l'occupation. Seulement il va trouver sur sa route une horde de cheminots bien décidé à empêcher les toiles d'arriver à bon port.
Le film offre un questionnement intéressant à travers le rapport qu'entretiennent les deux héros au chargement prestigieux qu'ils se disputent. Pour Von Waldheim, cela est de l'ordre de l'obsession et fini par aller au-delà même de ses obligations envers son armée. Paul Scofield délivre une prestation fiévreuse et compose un personnage aussi captivant et énigmatique qu'Alec Guiness dans Le Pont de la rivière Kwai. A l'inverse le chef de gare résistant incarné par Lancaster est plus pragmatique et au départ préfère privilégier des actions plus utiles voire carrément le chargement. Ce qu'il n'a pas compris, la conservatrice de musée jouée par Suzanne Flon puis tous ses camarades sacrifiés (courte mais formidable prestation de Michel Simon en Papa Boule) tout au long du film lui feront saisir. Ces peintures représentent le patrimoine français, son histoire et son honneur et à l'heure d'une libération à venir il est impensable de le laisser partir chez l'ennemi.
Quand la seule passion élitiste et individualiste guide les actions de Von Waldheim (ce que confirme une superbe tirade finale), celles des français qu'ils soient en mesure d'apprécier cet art ou pas va bien au-delà. La séquence finale voyant montrant en montage alterné un monceau de cadavres de cheminots avec les caisses de tableaux simplement marqués du nom des artistes expriment magnifiquement cet idée. Dès lors la quête de Lancaster vire à la même obsession et détermination que son ennemi avec climax éreintant qui n'est pas sans rappeler dans l'idée ce que fera Frankenheimer à la fin de French Connection où un Gene Hackman traquait Charnier jusqu'au point de rupture.
En plus de soulever ces thèmes passionnants le film n'en oublie pas d'être hautement spectaculaire, chose réclamée par Lancaster qui souhaitait un vrai film d'aventure et renvoya Arthur Penn (qui débuta le film et fit la pré production) au profit du bien plus efficace Frankenheimer. Ici donc les moyens sont là avec un tournage dans divers poste ferroviaire aux quatre coins de la France où on retiendra une dantesque séquence de bombardement (que sillonnent le train conduit par Michel Simon) et impressionnante collision de locomotive.
Le suspense est rondement mené et inventif (la longue traversée où les cheminots trompent les allemands sur les parcours en changeant le nom des gares) pour un formidable morceau de cinéma à la conclusion parfaite. Un des meilleurs Frankenheimer.
Sorti en dvd zone 2 français chez MGM
Bande-annonce
Et une jolie curiosité un making-of d'époque réalisé par la SNCFet narré par Michel Simon
Le général américain James Mattoon Scott (Burt Lancaster), hostile à un traité de désarmement nucléaire avec la Russie, projette de renverser le gouvernement des Etats-Unis. Son bras droit, le colonel Casey (Kirk Douglas), pressentant le danger, décide d’avertir le Président.
Après son magistral Un Crime dans la tête, Frankenheimer offrait là son second très grand thriller politique avec cette oeuvre visionnaire puisque anticipant autant l'esthétique du cinéma paranoïaque des 70's que les soubresauts politiques bien réels des décennies à venir.
L'histoire (situé dans un futur proche) dépeint une société américaine sur des charbons ardents car divisées par la décision de son Président (Fredric March) de mettre un terme à la Guerre Froide en signant un traité de désarmement nucléaire avec la Russie. La scène d'ouverture du film montre d'emblée un pugilat devant la Maison Blanche entre manifestants pour et contre la réforme dans le style sec du réalisateur faisant écho aux manifestations anti Vietnam de l'époque.
Le parti pris du film est intéressant puisque au sortir du Mcarthysme probablement beaucoup de spectateurs américains partageaient les idées du personnage de général dissident incarné par Burt Lancaster. Frankenheimer évite donc le cliché d'en faire un fou exalté mais au contraire un être glacial froid, calculateur et parfaitement conscient de ses actes. On ne peut d'ailleurs s'empêcher de faire le rapprochement avec les méthodes récentes d'un Bush pour rallier l'opinion a sa cause en invoquant Dieu et le drapeau américain lors d'une scène de meeting télévisé. Le sentiment d'insécurité des américains face aux dangers du monde et les extrêmes qu'il provoque fait également miroir à une actualité proche soulignant les comportements adoptés en périodes politique troublée. Presque tout les personnages sont entourés de cette dimension ambiguë, notamment Kirk Douglas qui mettant à jour le complot va dénoncer son supérieur Lancaster (dont on découvrira qu'il soutient les idées et qu'il admire) au Président du fait que celui ci veuille bafouer la constitution par son coup d'état.
De même son attitude face à Ava Gardner (déjà un peu fanée et d'autant plus émouvante) qu'il est contraint de manipuler est largement discutable même si pour la bonne cause. A l'opposé de ses figures d'ombres et lumière, le Président joué par Fredric March est une des incarnations les plus droites vue dans cette fonction dans un film américain. Profondément croyant en ses idées mais toujours dans le doute quant au méthodes, il refuse même dans les dernières minutes de commettre un acte révoltant qui lui aurait permit d'obtenir un avantage décisif.
Le scénario est dû au créateur de LaQuatrième Dimension Rod Serling et sa patte est largement identifiable. La première partie distille minutieusement les indices du complot en marche à travers la suspicion naissante chez Kirk Douglas face à des faits étranges : l'existence d'une base militaire d'entraînement absente des budgets officiels, la connivence étranges entre les sénateurs les plus radicaux et Lancaster, l'importance acquise par un simple exercice d'alerte. Frankenheimer dans une mise en scène sobre et finalement claustrophobe et étouffante distille un suspense discret et sans morceaux de bravoure spectaculaire par la simple tension sous jacente qui se dégage des multiples faux semblants et mensonges. La seconde moitié est ainsi un jeu d'échecs diabolique sous forme de compte à rebours où le Président et son équipe doivent déterrer les indices quelque jours avant la tentative de coup d'état, la tentative étant choisi à un moment où le président est isolé.
Les péripéties se limitent quasiment uniquement à des échanges entre personnes assises à leurs bureau sans que l'ennui ne s'installe jamais et le tout s'avère passionnant de bout en bout. On en arrive au sommet du film avec la joute verbale opposant Fredric Marc à Burt Lancaster, ce dernier perdant soudain son masque pour dévoiler toute sa mégalomanie. Casting brillant (et qui montre une nouvelle fois le flair incroyable de Kirk Douglas ici producteur), thème audacieux et mise en scène inspirée (et quel montage de Ferris Webster déjà à l'oeuvre sur Un Crime dans la tête) un des très grands films de Frankenheimer.
Sorti en dvd zone 2 français chez Warner et disponible dans la collection Fnac