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lundi 9 février 2026

L'Impossible Objet - Impossible Object, John Frankenheimer (1973)

 Harry, un écrivain absorbé par son travail, trompe sa femme avec Natalie. Le mari de cette dernière n'ignore rien des infidélités de sa femme. Débordé de travail, Harry est sujet à des confusions et n'arrive bientôt plus à faire la part des choses entre la fiction qui se joue dans son esprit et la réalité de sa vie quotidienne.

L’Impossible objet est la tentative de John Frankenheimer de s’affirmer comme « auteur » européen avec un projet indépendant. Le réalisateur sort alors de plusieurs échecs publics lui faisant perdre de sa superbe affichée durant ses réussites du début des années 60 : Le Prisonnier d’Alcatraz (1962), Un crime dans la tête (1962), Sept jours en mai (1964), Le Train (1964). Malgré la faillite commerciale, des œuvres comme Les Parachutistes arrivent (1969), Le Pays de la violence (1970) ou Les Cavaliers (1971) montraient un talent intact, et L’Impossible objet s’avère le premier vrai ratage artistique de Frankenheimer.

Le film est une manière pour Frankenheimer de marcher sur les traces de ce qui est peut-être son modèle en tant qu’américain ayant gagné ses galons d’auteur en Europe, Joseph Losey. Il s’agit en effet d’un projet initial de ce dernier avec cette adaptation du roman éponyme de Nicholas Mosley. Losey avait en effet brillamment adapté Accident (1967) mais ne parvenant pas à financer ce nouveau projet (envisagé avec Dirk Bogarde et Catherine Deneuve) il l’abandonne – il retrouvera Moseley plus tard pour le script de L’Assassinat de Trotsky (1972). Frankenheimer, francophile émérite et en quête d’un projet européen entrera alors en scène. 

On retrouve dans L’Impossible objet nombre d’éléments thématique au cœur de sa filmographie récente. La quête existentielle, l’identité masculine interrogée étaient au cœur des questionnement de Seconds (1966), Les Parachutistes arrivent, Les Cavaliers et Le Pays de la violence. Cela s’inscrivait cependant au cœur d’un contexte spécifiquement américain que Frankenheimer savait interroger dans le fond et la forme, et Les Cavaliers certes hors des frontières US trouvait un juste équilibre entre son introduction spectaculaire puis son errance.

L’Impossible objet est une œuvre bien trop explicitement consciente dans l’esprit du réalisateur d’être son « projet européen ». La relation adultère passionnel et torturée entre Harry (Alan Bates) et Natalie (Dominique Sanda) noie ainsi toute émotion et implication dans des affèteries formelles et narratives prétentieuses. Les voix-offs littéraires surlignent le propos, tandis que la narration s’égare entre temporalité et niveau de réalité supposés perdre et envouter, mais qui ennuient profondément avant tout. L’excès de scène de nu et d’onirisme symbolique lassent profondément aussi sur la longueur, Frankenheimer n’exploitant guère les possibilités de ce cadre français. Quand intervient enfin le drame final, il est trop tard et notre implication est déjà perdue. Une belle déception. 


 Sorti en bluray anglais chez Indicator

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