Martin, professeur de philosophie à la dérive, est possédé par une passion charnelle tournant à l'obsession sexuelle pour une femme-enfant ; obsession dont il ne peut sortir sans dégât ni douleur.
L'Ennui est un de ces exemples d'adaptations presque littérale mais qui paradoxalement passent totalement à côté du roman. Le roman d'Alberto Moravia, publié en 1960, est ici transposé dans la France contemporaine de la fin des années 90. Le livre appartenait à la plus introspective et existentialiste de Moravia dans sa description de la liaison torride entre un trentenaire et une femme-enfant. Le premier problème est que l'on ne gagne rien dans la bascule du contexte contemporain, soit par l'absence d'un nouveau cadre intéressant, soit par le stricte suivi de mœurs logiques en 1960 mais hors-sujet en 1998 - les subterfuges qu'invente supposément Cécilia (Sophie Guillemin) pour voir Martin (Charles Berling) ne tiennent pas la route pour une jeune fille de 17 ans dans un cadre moderne. Cédric Kahn enlève toute la dimension sociale, le rejet de son milieu nanti et le rapport conflictuel à sa mère du personnage de Martin pour en faire un simple dépressif narcissique assez antipathique. Les longs monologues intérieurs où il s'interroge sur son désir et amour ambivalent envers Cécilia sont transposés tels quels, et alors qu'un usage de la voix-off aurait déjà été fort redondant, le scénario fait un choix pire encore en inventant le personnage prétexte d'Arielle Dombasle auprès duquel Martin vient se plaindre et laisser Charles Berling déclamer des paragraphes quasi entiers du livre.
Ce côté sur explicatif joue aussi sur les nombreuses scènes de sexe, certes frontale mais qui ne disent rien sur le lien des amants. Cédric Kahn préfère faire décrire verbalement à Martin la manière dont Cécilia se nourrit de son désir dans ses mouvements au lit, plutôt que de l'expliciter par l'image durant les scènes de sexe. Les circonstances limpides de la rencontre du couple dans le roman (Cécilia amante du voisin peintre décédé de Martin) est remplacé par une laborieuse mise en place là aussi prétexte à du crapoteux vain en nous faisant visiter un Pigalle interlope. Le film mérite assez vite son titre dans le mauvais sens du terme, tant par l'indigence formelle de son Paris grisâtre et de ses intérieurs ternes, que la sensualité morne des étreintes ne vient pas relever. Si Charles Berling passe à côté en confondant obsession et hystérie, en revanche Sophie Guillemin est une vraie révélation. Son visage poupin et formes voluptueuses offrent un contraste entre un corps offert mais un esprit qui restera irrémédiablement opaque à son amant. Elle l'incarne avec naturel, suscitant paradoxalement le mystère sans rien cacher certes de son corps mais surtout de ses pensées, ce qui désarçonne Martin cherchant la faille pour la dominer par la jalousie, l'argent, la brutalité mais se heurtant toujours à un mur. Un des rares moments du livre bien rendu à l'écran sera d'ailleurs la scène où Martin agace Cécilia en lui délégant des tâches diverses pour retarder le moment de coucher avec elle, sans pour autant avoir prise en définitive. Le détachement de l'une s'oppose à l'ébullition cérébrale de l'autre, la délectation du présent face à son incapacité. Un beau ratage, Moravia a été autrement mieux servi précédemment par le cinéma.
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