Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 19 mars 2020

Mona Lisa - Neil Jordan (1986)

George vient de sortir de prison et recherche du travail. Il finit par dégotter un boulot comme chauffeur, le chauffeur de Simone, une call-girl de luxe. Entre George et Simone, des liens se tissent. Puis Simone s'attire des ennuis…

Il y a dans les meilleurs films de Neil Jordan souvent un jeu de va et vient entre réel et imaginaire, dans les postulats des récits comme dans les aspirations des personnages. Des protagonistes surnaturels s'immiscent dans notre réalité pour s'y fondre ou s'en défier avec créature marine de Ondine (2009), les vampires de Entretien avec un vampire (1994) et Byzantium (2013). Le mysticisme s'invite dans la romance tragique de La Fin d'une liaison (1999) et La Compagnie des loups (1984) joue littéralement les émois de l'adolescence dans jeu entre rêve teinté de conte et réalité. Mona Lisa s'avère étonnant pour exprimer cela puisque contrairement aux autres films évoqués, il est totalement dénué tout moindre élément fantastique (puisque même le mélo La Fin d'une liaison pouvait entretenir une certaine ambiguïté).

Le personnage d'ancien taulard de George dans un Londres contemporain réveille les souvenirs du fameux The Long Good Friday (1980), d'autant qu'il est incarné par le charismatique Bob Hoskins. George sort de sept ans de prison (ce qui ajoute à la continuité avec The Long Good Friday) et se trouve livré à lui-même tant du côté familial avec une ex épouse qui le rejette et sa fille qu'il ne peut voir, que de celui de ces anciens acolytes qui l'ont oublié durant sa peine. Il va subsister en devenant le chauffeur de Simone (Cathy Dyson), call-girl de luxe qu'il conduit d'un client nanti à un autre dans les plus prestigieux hôtels londoniens. Ces deux caractères bien trempés mais authentiques vont s'opposer puis se rapprocher dans une première partie prenante. Les hautes sphères qu'elle fréquente à sa façon vont amener Simone à "civiliser" un George mal dégrossi qui de son côté va dérider sa passagère par sa gouaille et lui donner une vision moins cynique des hommes. Seulement Simone cache une profonde douleur, elle recherche une ancienne compagne d'infortune exploitée par d’ignobles proxénètes locaux et George, amoureux va l'y aider.

L'environnement du film a un pied dans une certaine tradition du polar anglais et l'autre dans la modernité. Le final sanglant à Brighton lorgne évidemment sur le légendaire Brighton Rock de John Boulting (1947) et la trame évoquant l'exploitation sexuelle sur certains point le Get Carter de Mike Hodges (1971). Par contre le Londres melting-pot est un choc pour le personnage de George (ce Where they do come from ? lorsqu'il est pris à parti par des noirs dans son ancien quartier, quelques saillies xénophobes qui lui échappe plus par inculture que racisme) qui est vraiment une réminiscence dans de plus petites sphères et la folie meurtrière en mois que le Shand de The Long Good Friday. On sent également une influence des polars new-yorkais glauques des 80's (notamment ceux d'Abel Ferrara) dans la manière de filmer les bas-fonds londoniens, que le Kings Cross interlope où tapinent de trop jeunes prostituées ou alors un Soho sordide à souhait et tout en néon où doit s'enfoncer George pour retrouver la disparue.

Dans tout ce milieu, une seule logique existe, celui du dominant vieux, nanti et libidineux et des dominées jeunes, brutalisées et conditionnées à la soumission. Si Simone est aguerrie à cette mentalité, le dur à cuire George s'avère finalement le plus innocent. La dimension de conte intervient à travers ce personnage se rêvant en chevalier blanc qui extraira la femme qu'il aime de cette fange. Seulement il s'avèrera peut-être lui aussi une pièce aussi exploitable et sacrifiable comme il le constatera tardivement à ces dépens.

Le gimmick des intrigues policières farfelues que George invente avec son ami Thomas (Robbie Coltrane) anticipe ainsi le monde imaginaire qu'il se rêve George face au réel sinistre. Le personnage sous ces airs taciturne est un amoureux naïf et attachant aspirant lui aussi à l'affection, ce qui le rend bouleversant grâce à l'interprétation habitée de Bob Hoskins. Les interactions avec Simone transpirent l'authenticité et la facette fantastique de Jordan transparait dans sa description des méchants.

Tous les clubs de strip-tease, sex-shop et autres hôtel de passe pouilleux sont filmés et éclairés comme l'antichambre des enfers dont le mac violent Anderson (Clarke Peters) est le cerbère tandis que le patronyme gothique et les airs démoniaques élégants de Mortwell (Michael Caine glaçant à souhait) en font la figure du mal absolu. C'est le cœur brisé mais la pureté d'âme intacte (le sentiment amoureux s'avérant toxique au final) que George pourra réchapper de ces lieux où il n'a pas sa place. Une grande réussite souvent trop oubliée dans la filmo de Neil Jordan même si la prestation de Bob Hoskins marquera les esprits avec un Prix d'interprétation masculine à Cannes 1986 (ex æquo avec Michel Blanc pour Tenue de soirée), un BAFTA du meilleur acteur en 1987 et une nomination aux Oscars.

Sorti en bluray et dvd zone 2 anglais chez Arrow et doté de sous-titres anglais 

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