Un riche homme d'affaires lassé
par son travail, sa famille et son milieu part avec un ami en Afrique à
la recherche d'un autre ami disparu dans des circonstances
mystérieuses. Ils le retrouvent... en chef de tribu, entourée de ses
nombreuses femmes aux formes généreuses. Vont-ils parvenir à ramener
leur ami ?
Scénariste émérite ayant déjà participé à des
réussites majeures de la comédie italienne (en particulier chez Risi
dont le fameux
Le Fanfaron (1962), Ettore Scola était passé à la réalisation presque contraint et forcé sur le film à sketch
Parlons Femmes
(1964). Son ami Vittorio Gassman coincé sur ce projet soudainement
dépourvu de réalisateur l'avait ainsi incité à prendre sa chance dans
cette œuvre inégale mais présentant déjà son lot de tableaux hilarants
notamment un sketch d'introduction parmi les plus drôles jamais vus dans
la comédie italienne. Il signerait cependant son premier classique et
obtiendrait son premier grand succès avec ce
Nos héros réussiront- ils à retrouver leur ami mystérieusement disparu en Afrique ?.
Le titre à rallonge résume déjà bien la promesse d'aventure et de
distance amusée qui constituera cette féroce fable anticolonialiste.
Le
riche éditeur Fausto Di Salvio (Alberto Sordi) s'ennuie ferme entre son
métier stressant, la vie mondaine insipide et une famille aux abonnés
absents. La monotonie de la vie urbaine lui pèse et il va trouver un
prétexte à y échapper en s'envolant pour l'Afrique rechercher son ami et
beau-frère qui y est porté disparu depuis trois ans déjà. Il emmène
avec lui son comptable et souffre-douleur Ubaldo (Bernard Blier) qui se
serait bien passé de cette expédition. Scola déploie alors un bien
curieux film d'aventures, à la fois parodie du genre et vraie évasion
servant un propos intelligent et corrosif.

Le film sur des tableaux
d'imageries colonialistes sur fond de rythmiques tribales africaines,
plaçant l'époque de ces hauts faits dans une sorte de mythologie dont
Scola n'aura de cesse de se moquer. Ainsi Fausto à peine le pied posé en
Afrique se voit affublé en pleine ville d'une ridicule panoplie
d'explorateur. Le dépaysement est bien là mais le script (co-écrit par
Scola et les célèbres Age et Scarpelli) s'amuse des réactions
disproportionnées de Fausto durant son périple. Notre héros s'est nourri
de toute la littérature et imagerie de ces grands récits d'exploration
et entre envolées lyriques passionnées, citations en latin et larmes
versées à la vue d'une cascade, il frise le ridicule plus d'une fois.

Le
personnage est sincère dans son enthousiasme forcé et souhaite
s'inscrire dans la lignée des grands voyageur d'antan mais est
constamment ramené à la dure réalité. D'abord par l'attitude très terre à
terre et les remarques acerbes d'Ubaldo (Bernard Blier pince sans rire
absolument génial) qui ne pense qu'à sortir indemne de ce guêpier mais
surtout par la vraie Afrique qui s'offre à lui. Scola fait le choix de
tourner dans une Angola encore portugaise où se dessine un colonialisme
hors d'âge et à bout de souffre. Cela ira de la cruauté révoltante (le
voyageur portugais sollicitant tout un village pour soutenir un pont
afin que sa voiture puisse traverser un fleuve) au pathétique
(l'allemande ayant perdue la raison dans son domaine désert) tout en
faisant passer le pire avec humour comme ces mercenaires tristement au
chômage dans un continent sans guerre à mener désormais.

Le
regard de Fausto change ainsi peu à peu, s'arrêtant de rêver cette
Afrique pour la regarder enfin. Scola joue également le double-jeu de la
parodie/sincérité par les références dont il use. Le rythme trépidant
et le ton picaresque fait ainsi penser à une sorte de
Tintin au Congo
dépourvu du regard condescendant et donc colonialiste envers les
autochtones, toujours orné d'une distance, d’un mystère et d'un port
respectueux. A l'inverse les européens sont au mieux ridicules à l'image
de nos deux héros et pour le pire réellement abjects comme ce le
contremaître portugais lors du passage de fleuve. L'autre grande
influence ouvertement citée est
Au cœur des ténèbres de
Joseph Conrad.
Le disparu Oreste (Nino Manfredi) dieu vivant au cœur de
la jungle évoque bien sûr Kurtz tandis que le périple de Fausto est
également intérieur puisqu'il se cherche autant lui-même que son ami
dans son voyage. Lorsque Conrad est littéralement cité, l'effet est
ridicule (Fausto se mettant même un nota-bene en voix off relire
Au cœur des ténèbres )
car nous nageons encore dans le fantasme mais le changement va
néanmoins s'opérer dans le comportement de Fausto.
En début de film il
s'adressera à un indigène pour lui dire à quel point ils sont égaux
malgré leur couleur différente mais le paternaliste de l'homme blanc
employé tue toute l'ouverture de la tirade. A l'inverse quand plus tard
sans un mot il refusera de remonter en voiture avec le contremaître
portugais ayant soumis un village, on devinera son indignation et le
vrai respect qu'il a pour les africains. De même le rapport changeant
entre Sordi et Blier de plus en plus sur un pied d’égalité dans
l'adversité montre une vraie évolution, marquée par la défense Fausto
plongeant dans la bagarre pour aider son comptable.

Tout cela est
finalement magnifiquement contenu dans le personnage d'Oreste, Manfredi
avec ses gris-gris de sorcier de pacotille passant d'abord pour un
charlatan (d'autant que le voyage nous a fait découvrir ses différentes
carrières et vies sur le continent noir) qui profite de la crédulité des
locaux. On découvrira pourtant un être naïf et sincère sous
l'excentricité, la dernière scène montrant son réel attachement à cette
Afrique qu'il ne peut quitter. Alberto Sordi si à l'aise pour incarner
les êtres veules et pathétiques fait montre d'une vraie noblesse et
offre une de ses prestations les plus positives avec un personnage qui
pour une fois s'améliore et devient meilleur au fil de l'intrigue. On
donc déjà là le ton bienveillant de Scola capable de poser un contexte
sinistre mais avec des personnages qui ne le sont certainement pas (
Nous nous sommes tant aimés (1974),
Une Journée Particulière (1977) même le très glauque
Affreux, sales et méchants (1976)) et loin des tableaux entièrement désespéré d'un Risi par exemple.
Sorti en dvd zone 2 français chez SNC/M6 Vidéo
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