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samedi 26 juin 2010

Les Seins de Glace - Georges Lautner (1975)


François (Claude Brasseur), un écrivain de télévision, est venu travailler à Nice. Au cours d'une promenade sur la plage, il rencontre une femme, Peggy (Mireille Darc). Des meurtres sont commis. Peggy est le suspect numero 1. Deux ans plus tôt, elle avait tué son mari, qui l'avait forcé à se prostituer pour la drogue. Elle ne semble ne pas être guerrie et est suveillée de près par son avocat Marc Rilson (Alain Delon), amoureux d'elle. 

 Les Seins de glace fait partie du court mais solide corpus rassemblant le réalisateur Georges Lautner à la star Alain Delon, suivi plus tard par l’excellent thriller politique Mort d’un pourri (1977). On peut globalement constater que l’exigence d’Alain Delon, producteur sur les deux films (et particulièrement inspiré dans ses choix tout au long des années 70), aura su, parfois avec brutalité (forçant Lautner à travailler sans son directeur photo emblématique Maurice Fellous sur Mort d’un pourri) sortir Lautner de sa zone de confort pour le meilleur. Les deux films les réunissant traversent mieux l’épreuve du temps que la plus longue et lucrative collaboration avec Jean-Paul Belmondo (Flic ou voyou (1979), Le Guignolo (1980), Le Professionnel (1981), Joyeuse Pâques (1984), Les Inconnus dans la maison (1992)). On peut être curieux de qu’aurait pu donner d’autres films les réunissant, mais Delon verra comme une trahison le fait que Lautner aille faire Flic ou voyou avec Belmondo et en restera là.

Les Seins de glace, adapté du roman Someone is bleeding de Richard Matheson, est avant tout une volonté d’Alain Delon producteur d’offrir un grand rôle dramatique à sa compagne d’alors, Mireille Darc. Celle-ci est véritablement l’actrice-fétiche de Lautner qui a d’ailleurs su tirer d’elle des prestations plus graves dans Galia (1966) ou Fleur d’oseille (1967), mais l’exploitant davantage dans un registre séduisant et facétieux. Cette facette plus rieuse typique de Lautner est représentée ici par Claude Brasseur, scénariste en manque d’inspiration et bientôt sous le charme de la mystérieuse Peggy (Mireille Darc). Alors que l’originalité de Mireille Darc chez un Lautner ou Yves Robert est de mélanger l’éclat du sex-symbol et la proximité de la bonne copine, l’atmosphère du film brise cette image. La gouaille joyeuse et familière de Brasseur se heurte aux silences anxieux de Mireille Darc, à ses sourires timides et angoissés. La malice charmeuse et complice habituelle de l’actrice s’estompe comme pour dissimuler quelque chose de plus inquiétant. Toute l’ambiguïté du film viendra du questionnement sur le fait que ce malaise se dégage d’une menace extérieure, ou d’un véritable trouble émanant de Peggy.

Lautner travaille cela par l’ambiance hivernale pesante se dégageant d’une ville de Nice rarement filmée de cette manière blafarde. Les émotions semblent comme engourdies dans ce contexte, convoquant le thriller plus classique et physique en usant de cet environnement le temps d’une course poursuite sur les routes enneigées. Pourtant, comme pour nous prévenir de la teneur plus cérébrale du danger, les moments les plus inquiétants se joueront essentiellement en intérieur. La visite d’un immeuble vide, entre la promiscuité d’un ascenseur bloqué puis les ténèbres menaçantes d’un parking, démontre des aptitudes jusque-là insoupçonnées chez Lautner à dresser un véritable climat d’angoisse et de frayeur. La bande-originale de Philippe Sarde va dans ce sens avec ces nappes de synthé et ligne de basse lorgnant sur le giallo, influences que revendique explicitement Lautner à travers quelques plans signatures comme cette tige de fleur coupée par un rasoir lors de la conclusion. 

Le film pèche à n’assumer que par intermittences cet aspect. Si formellement cette tension fonctionne, le scénario se montre trop rationnel et dispersé pour la maintenir. Les dialogues livrent trop vite les clés du mystère, quelques longueurs et apartés incongrus (l’apparition forcément loufoque de Philippe Castelli) cassent le suspense savamment mis en place. Le triangle amoureux est réussi et complémentaire, la légèreté de Brasseur contrastant avec la gravité de Delon, tout deux démunis face à la nature torturée de Mireille Darc. L’erreur du film sera de traduire cela par de longs et répétitifs atermoiements jouant avant tout sur le dialogue, alors que les pas de côté plus imprévisibles reposant sur la vraie nature de Peggy s’avèrent constamment saisissants.

Même s’il est donc maladroitement et laborieusement amené, l’épilogue ébranle enfin les certitudes par sa noirceur désespérée et l’élan tragique qu’il donne à la relation entre Mireille Darc et Delon. La décontraction de Brasseur appelant à un retour à la vie est glacée par la pulsion de mort, seule échappatoire possible de la psyché tourmentée de Mireille Darc et là où seul son autre prétendant est déterminé à la suivre. Malgré ses imperfections, Les Seins de glace est donc un passage plutôt réussi de Lautner par le thriller que l’on aurait aimé voir renouvelé.

Sorti en bluray chez Studiocanal


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