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jeudi 5 août 2010

Obsession - Brian De Palma (1975)


Nouvelle Orléans, 1959. Michael Courtland investisseur, perd dramatiquement sa femme et sa fille dans un incendie, à la suite d'un enlèvement raté.
Vingt ans plus tard, le veuf fait la connaissance en Italie de Sandra, une jeune étudiante qui ressemble incroyablement à son épouse décédée. Après l'avoir conquise, Courtland l'emmène vivre avec lui à la Nouvelle-Orléans. Mais le jour du mariage, Sandra est enlevée contre une demande de rançon. Le cauchemar recommence...



Obsession est (avec un peu aussi Soeurs de sang qui a précédé) le film qui lance De Palma dans son cycle de variations/réintérprètations autour des classiques de Hitchcock, suivront notamment plus tard Pulsions (reprise extraordinaire de Psychose) et Body Double (le De Palma le plus fou décalque virtuose et pervers de Fenêtre sur cour). Ces deux films voient le réalisateur pousser l'outrance sadique et sexuelle toujours plus loin, alors qu'au contraire Obsession a réellement pour démarche de retrouver l'élégance feutrée et classique du Hitchcock de Vertigo.

L'idée du film vient en effet à De Palma et Paul Schrader suite à une vision du chef d'oeuvre de Hitchcock en salle, émerveillés comme au premier jour il ont l'idée de raconter une nouvelle histoire à partir des thème développés dans son film par le Maître du suspense.
De Palma jette les base de l'histoire que Schrader reprend en y ajoutant le mélange de stupre et de moralité qui le caractérisent. La boucle sera bouclé lorsqu'il parviendront à obtenir Bernard Herrmann pour un score aussi troublant et hypnotique que celui de Vertigo.
L'obsession de l'autre disparu se fait cette fois par le biais d'un riche homme d'affaire rongé par la culpabilité d'avoir mal gérée le kidnapping qui couta la vie à sa femme et sa fille. Jusqu'au jour où il rencontre le sosie de sa femme, occasion de se racheter. La poids du souvenir et la fascination morbide de Vertigo peuvent reprendre leur droit, ajouté à une gamme de sentiments troubles et interdits...

Le film retrouve avec majesté la tonalité de rêve diffus et hypnotique de Vertigo, avec la photo diaphane de Vilmos Zsigmond et les mouvements de caméra sophistiqué et fluide à la fois de De Palma. La manière dont sont amenée les transitions, les ellipses et les non dit par la seule image renforce l'étrangeté de l'atmosphère et la manière dont l'intrigue forme une boucle mélangeant passé et présent. Cliff Robertson en veuf inconsolable est excellent, arborant cette allure de héros classique américain qui sied bien au raffinement du film, avare de mots et exprimant tout son amour fou et son désir par le regard, notamment la première rencontre à Florence.

De Palma prolonge d'ailleurs l'obsession à la "victime" (et tourne le film vers un autre grand Hitchcock Rebecca) puisque Geneviève Bujold (dans le double rôle de la femme décédée et la fiancée) étant tout autant obnubilée par le souvenir de la femme que Cliff Robertson. Une saisissante révélation en conclusion remettra tout en cause de manière magistrale, où les erreurs passées pourront être réparées ou réitérées selon que l'ultime transgression (on en dira pas plus) soit effectuée ou pas.

On sent là tout le génie du De Palma de l'époque qui ose les idées les plus folles, à la frontière du ridicule mais dont la mise en scène brillante donne une force inoubliable. La régression enfantine de Genevieve Bujold, la course finale au ralenti dans l'aéroport et la reprise du fameux panoramique de Vertigo lorsque les identités se révèlent tout cela s'élève à une puissance dramatique incroyable pour ce qui s'avèrera un drame familial. Seul petit reproche, le connaisseur de De Palma qui découvre le film peut avoir la puce à l'oreille à cause de la présence de John Lithgow habitué au double rôle louche.

Je continue à préférer Vertigo (et le fou furieux Body Double en De Palma Hitchcockien) mais cela reste tout de même une des grandes réussites du réalisateur. Un 3e acte abandonné au scénario nourrira bien plus tard en partie Femme fatale.

Sorti en dvd zone 2 dans une belle édition chez Opening.

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