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mercredi 27 décembre 2017

Scandale à Paris - A Scandal in Paris, Douglas Sirk (1946)


Vidocq naît en prison en 1775. Après une jeunesse faite d'expédients, il devient, grâce à une bande d'escrocs, sous-lieutenant dans l'armée de Bonaparte. Le nom de Vidocq, il le fera sien après l'avoir emprunté à une pierre tombale. Séducteur par tempérament, escroc par hérédité, sa connaissance du crime en faisait le préposé idéal aux fonctions de Chef de la Sûreté…

Troisième film hollywoodien de Douglas Sirk, Scandal in Paris était son œuvre favorite de sa période américaine et avec son adaptation de Tchekhov L’Aveu (1944), une des rares vraies réussites d’un difficile apprentissage hollywoodien. C’est sur le tournage de L’Aveu que Sirk fait la rencontre et se lie d’amitié avec George Sanders avec lequel il collabore à nouveau ici. L’Aveu et Scandal in Paris constitue les deux revers d’une même pièce par leur nature atypique mais pour des raisons différentes. Les deux projets sont des productions indépendantes faisant la part belle à travers leur sujet, traitement et même équipe technique à une veine plus européenne qu’américaine. La réflexion sociale et la tragédie de Tchekhov illustre cette veine pour L’Aveu tandis que Scandal in Paris l’affirme par une audacieuse causticité. Le film est une très libre adaptation des mémoires d’Eugène-François Vidocq, aventurier à la tumultueuse existence qui le vit passer de criminel, bagnard évadé à chef de la sûreté de la police de Paris.

Le scénario d’Ellis St. Joseph dépeint donc ce parcours atypique en jouant grandement du charme et du panache de George Sanders dans le rôle de Vidocq. La scène d’ouverture dans le décor austère d’une prison est ainsi porté par la brillante voix-off de Sanders avec un Vidocq narrant avec ironie sa naissance derrière les barreaux et le « bonheur » de retrouver ces lieux familiers à l’âge adulte. La schizophrénie entre sa nature de coquin et son cheminement vers la probité qui en fera le chef de sûreté constitue donc le fil rouge d’un récit riche en rebondissement. Sirk use de divers motifs pour exprimer cette dualité, parfois purement formels et symboliques, d’autres fois narratifs. Evadé  en cavale, Vidocq est ainsi choisi par un religieux pour ses traits avantageux à servir de modèle pour une iconographie religieuse de Saint-Georges et le dragon (ce dernier arborant les traits de son acolyte Emile (Akim Tamiroff)). Le malfrat sous les traits d’un saint dans un tableau montrant d’ailleurs ce saint face au démon, voilà une image chargée d’ironie que Sirk conclut de façon plus cinglante encore puisque le vol du cheval sur lequel était juché Vidocq conclut la séance de pose. 

L’autre attrait sera le triangle amoureux dans lequel sera englué Vidocq. D’un côté l’oie blanche Therese De Pierremont (Signe Hasso) noble tombée fort peu chastement sous le charme du tableau, et de l’autre Loretta (Carole Landis) fille de cabaret et croqueuse d’hommes riches. Comme le soulignera un dialogue, les deux femmes représentent l’homme vertueux que Vidocq aspire éventuellement à être et la canaille qu’il est indiscutablement encore - in her eyes I see myself as I am, in your eyes I see myself as I could be, as I hope to be. Sirk multiplie les dialogues piquants, les situations osée et multiple les ruptures de ton inattendues. Le savoir-faire de l’équipe technique fait des miracles pour mettre en valeur une direction artistique chatoyante de Frank Paul Sylos qui masque brillamment les moyens limités, bien aidé par l’inventivité de la mise en scène de Sirk. On pense à la scène de spectacle qui introduit Loretta avec ses superbes jeux d’ombres, les intérieurs de la demeure des De Pierremont ou la magnifique scène romantique du carrousel. 

Le cheminement de Vidocq affirme en fait un propos où le bien et le mal se confondent et s’intervertissent au gré des situations, et de l’inconséquence de la nature humaine. D’une identité et mensonge à l’autre, Vidocq se rachète de manière factice puis sincère une « virginité » au point de métaphoriquement devenir Saint-Georges et affronter son dragon lors du final intense (où l’on voit déjà Sirk brillant illustrateur mais piètre filmeur de l’action). Tous les autres personnages fonctionnent ainsi, cette inconséquence pouvant se faire charmante (Therese prête à endosser la carrière criminelle par amour, Loretta usant de la rouerie pour les sentiments pourtant sincères qu’elle a envers Vidocq) ou tragique avec le revirement du policier Richet (Gene Lockhart). De même la famille d’Emile trouvant finalement un certain confort à une profession honnête hésitera à mettre en œuvre le projet criminel lors du final. Œuvre assez injustement oublié dans la filmographie de Sirk, Scandal in Paris est un objet charmant et atypique au regard de ce qui fera la postérité du réalisateur. 

 Sorti en dvd zone 2 français chez Artus

 

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