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jeudi 11 novembre 2010

Un Lion en hiver - The Lion in winter, Anthony Harvey (1968)


Déchaînement d'intrigues (romancées) autour du problème de la succession d'Henri II d'Angleterre au XIIe siècle. On est à la cour du château de Chinon, en période de Noël 1183. Aliénor d’Aquitaine, après plusieurs années d’emprisonnement par son mari Henri II, est délivrée par ce dernier afin d'étudier ensemble lequel de leurs trois fils serait le successeur idéal au trône d’Angleterre. La décision va s’avérer difficile compte tenu de l’enjeu et des dissensions qui existent dans la famille. Sont présents : le prince Richard (futur Cœur de Lion), le duc Geoffroy II de Bretagne et le prince Jean (futur Jean sans Terre). Sont également présents le roi Philippe II de France alias Philippe Auguste et sa demi-sœur Adèle de France alias Alix, deux enfants de Louis VII de France (ex-mari d'Aliénor, mais qui ne proviennent pas de leur lit). Alix est fiancée à Richard mais, dans la réalité, elle est la maîtresse du roi Henri et, de ce fait, a également des prétentions au trône…

Adapté de la pièce de théâtre (jouée à Broadway) de James Goldman, Un Lion en hiver dépeint avec une verve peu commune les évènement ayant secoués la difficile succession de Henri II d'Angleterre. Les premiers instants du film présentant les principaux protagonistes avec leur reconstitution minutieuse (décor, costumes impressionnant), la réalisation élégante de Anthony Harvey et la musique majestueuse de John Barry (Oscar à la clé) laisse à croire qu'on va assister à un film hollywoodien luxueux de plus. Il n'en sera rien.

Les différentes force en présence se retrouvent rapidement réunies au château de Chinon pour fêter Noël et surtout régler le problème de la future succession de Henri (Peter O'Toole). Parmi les trois prétendants, Richard le guerrier au coeur fragile (Anthony Hopkins dans son premier rôle cinéma grâce à Katharine Hepburn qui l'a imposé), le stratège glacial Geoffroy et le trop jeune et immature Jean (Nigel Terry qui retrouvera la couronne bien des années plus tard avec plus de prestance en Roi Arthur dans Excalibur). Cette succession dépasse pourtant la simple ambition et rivalités entre les trois fils, simple prétexte à un duel stratégique entre Henri et son épouse déchue Alienor (Katharine Hepburn) emprisonnée par lui depuis de longues années. Chacun d'eux vise un fils différents pour la couronne d'Angleterre, plus par volonté d'embêter l'autre que par grande vision future.

La première partie s'avère sacrément déroutante pour qui s'attend à une atmosphère noble et courtoise. Que ce soit dans les relations père/fils, mari/femme ou fraternelles tout transpire la haine et le ressentiment farouche mûrit depuis de longues années. Les joutes verbales brillantes et les répliques assassines font feu de tout bois, les plus savoureuses étant celles entre O Toole et Hepburn, vieux couple complices dans le mépris réciproque et dont le plus grand plaisir est de contrarier les projets de l'autre.

Ce bel esprit et cette aisance révèlent pourtant bientôt son envers, à savoir une famille brisée. On apprend ainsi progressivement les maux qui rongent la cour depuis des années. Henri las de sa femme aurait pris une concubine, la reine pour se venger se serait mise à comploter contre lui pour être exilée et isolée par la suite en punition. Tout ce nid de complot, d'intrigue et de malveillance déteint évidemment sur leurs enfants pour proposer finalement trois grands névrosés en souverain potentiels.

Le scénario est vraiment excellent, mariant parfaitement réelle émotion et éloquence du verbe les deux étant toujours sur la corde raide la suspicion régnant entre les personnages. Les alliances se font et se défont, les intrigues de palais alambiquées s'enchevêtrent dans un grand maelstrom qui déroutent constamment le spectateur à coup de manipulation et de faux semblants. La profonde douleur de chacun finit pourtant par transparaitre sous les mensonge, tel Richard (Anthony Hopkins magnifique de fragilité sous sa carrure imposante) brisé par une mère l'ayant couvé pour l'éloigner de son père en faisant des étrangers. La relation entre O Toole et Hepburn est passionnante également, révélant au final un couple toujours aimant qui s'est perdu au fil des années à coup d'infidélités et d'intrigues.

Peter O' Toole en souverain bourru et roublard est excellent et atteint des sommets lorsqu'il tombe le masque tel ce moment où Henri perd ses moyens lorsqu'il se rend compte qu'aucun de ses fils n'est digne de lui. Quant à Katharine Hepburn en Alienor D'Aquitaine, c'est tout simplement une des plus grandes interprétations de sa carrière pourtant déjà bien lotie. Manipulatrice, sournoise mais aussi vieille femme brisée n'acceptant pas son déclin après avoir été le centre du monde et surtout ne s'étant jamais remise de la perte de son seul vrai amour Henri. Timothy Dalton débutant en Roi de France est très convaincant et charismatique également.

Le film trahi ses origines théâtrales dans le bon sens du terme puisque bien reposant essentiellement sur les longues joutes verbales, ces dernières sont toujours mues par une mise en scène au diapason pour en distiller l'intensité. Les deux grands sommets du film en témoignent : la longues séquences dans la chambre du Roi de France où chacun vient plaider en sa faveur à tour de rôle tandis que les autres épient dans la pénombre et surtout le grand déballage final où chacun laisse éclater sa violence. Très grande réussite qui sait adapter ses quelques incohérences historiques (Noël pas encore fêté à ce stade du Moyen Age) à la force de son propos.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal


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