Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 16 novembre 2010

La Scandaleuse de Berlin - A Foreign Affair, Billy Wilder (1948)


La très austère Phoebe Frost (Jean Arthur) est envoyée à Berlin en 1946 pour enquêter sur la moralité des troupes américaines d'occupation. Elle ne découvre que marche noir et relations amoureuses entre soldats et jeunes Allemandes. Pis, une chanteuse de cabaret, au passé nazi, est protégée par un officier américain (John Lund), celui-là même qu'elle avait chargé de l'enquête de départ...

Après avoir pris ses marques de réalisateur avec de très bons films dont un classique du film noir (Assurance sur la mort) Wilder livre là son premier chef d'oeuvre dans un genre qu'il sublimera plus d'une fois par la suite, la comédie romantique (et un peu caustique). Le début semble sous haute influence de son mentor Lubitsch avec les bons mots qui fusent de toutes part (Comment se porte l'Iowa ? Très bien toujours républicain à 62% !), ou encore la grosse comédie de chambrée où les soldats américains oisif et draguent de la jeune allemande à tout les coins de rue. Mais le scénario s'avère bien plus fin que cela et comme nombres de ses films (on pense à Embrasse moi idiot dont le même début farceur emmène complètement ailleurs ensuite) bouscule totalement les idées reçues au fur et à mesure que l'intrigue avance.

Le personnage psychorigide et prétexte à raillerie incarné par Jean Arthur, à la manière d'une Ninotchka (dont il écrivit le scénario pour Lubitsch) dans le camp américain se dévoile de manière inattendue et est finalement le plus attachant du film. Ce qui commençait comme une grosse comédie de boulevard potache vire donc au triangle amoureux bien noir avec le soldat américain se découvrant à sa grande surprise des sentiments pour cette mégère coincée au détriment de Marlène Dietrich, vamp vénale au passé douteux. Le dernier quart d'heure bien sombre donne même dans le dans le drame poignant bien éloigné de légèreté de l'ouverture.

Le film est également une forme d'exorcisme pour Wilder qui revient pour la première fois en Europe (qu'il a fuit comme d'autres émigrants germanique à la montée du nazisme) où il a perdu toute sa famille dans les camps de la mort. Parallèlement à l'intrigue se dévoilent quelques séquences sur Berlin dévasté, filmé à l'origine pour un documentaire (dont le projet échoua) et que Wilder utilise finalement dans le film. La misère ordinaire (demeures en ruines, marchés noir) et les ravages du nazisme tel la lobotomie des jeunes (le gamin qui ne peut s'empêcher de dessiner des croix gammées partout) et les vieux réflexes des adultes (le claquement de talons gag réutilisés dans de manière burlesque bien plus tard dans son excellent Un deux trois !) ne nous sont pas épargnés même s'ils sont montrés sous l'angle de la comédie. Le sentiment d'isolement des soldats américains livrés à eux même est également très bien vu comme cette scène où Lund sort de ses gonds pour exprimer son mal être à une Jean Arthur insensible dans sa droiture morale.

Le script est comme souvent chez Wilder remarquable de construction et d'intelligence, porté par la magnifique prestation de Jean Arthur qui donne une profondeur une profondeur inouïe à un personnage pensé comme caricatural (on pense beaucoup à la future héroïne de son beau Avanti à venir bien plus tard) tout en mal être et charme retenu.

Disponible en dvd zone 2 français dans la collection Marlène Dietrich

Extrait de la scène d'ouverture

3 commentaires:

  1. J'ai dû passer complètement à côté de ce film quand je l'ai vu, car je ne l'ai pas du tout aimé... son seul intérêt pour moi résidant dans la peinture du Berlin d'après-guerre.

    Jean Arthur m'a agacée dans son rôle de nunuche, Marlène m'a fatiguée dans son éternel rôle de garce vénale, et le personnage de John Lund m'a inspiré pas mal de mépris : je n'ai pas réussi à croire un seul instant à son sursaut moral de dernière minute.

    Je devais être dans un mauvais jour, et pourtant, j'adore Billy Wilder, le successeur de Lubitsh et l'ancêtre de Woody Allen d'après moi (même si Woody Allen a commis beaucoup de films faiblards).

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  2. Moi j'adore le minaudage de Jean Arthur ^^ surtout dans "Seul les Anges ont des Ailes" de Hawks. C'est vrai que Allen assure une digne succession même s'il parait plus limité dans les différents styles abordés Wilder a vraiment tout fait Woody malgré plusieurs exception reste dans son pré.

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  3. Jean Arthur est très à l'aise et tout à fait appréciable dans 'mr smith au sénat' et 'une aventure de buffalo bill' où elle joue Calamity Jane. Elle joue également dans 'l'extravagant mr deeds" que je dois voir depuis plusieurs semaines. J'aime beaucoup cette actrice.

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