Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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samedi 9 juillet 2011

Vacances à Venise - Summertime, David Lean (1955)


Jane, alerte quadragénaire américaine, mais toujours célibataire, arrive à Venise pour y passer ses vacances. Le romantisme de la ville lui fait davantage ressentir le poids de sa solitude jusqu’à ce que l’amour mette sur son chemin un séduisant antiquaire vénitien.

Summertime est en tout point un vrai film de transition pour David Lean. La trame et la tonalité du récit ramènent aux plus grandes des réussites de sa période anglaise tandis que le dépaysement du cadre et l'apport de la couleur (qu'il n'avait utilisé que deux fois depuis ses débuts dans Heureux mortels et la comédie L'Esprit s'amuse déjà dix ans plus tôt) amènent une flamboyance qui annoncent les grandes épopées à venir dès le film suivant Le Pont de La Rivière Kwai.

La mise en scène de Lean trahit constamment ce sentiment d'entre deux, cet hésitation constante et volontaire de celui qui saura si bien manier l'imagerie spectaculaire et le parcours intime très bientôt. Adapté d'une pièce de Arthur Laurents, Summertime nous narre le séjour d'une quadragénaire jouée par Katharine Hepburn venue s'épanouir à Venise. Alerte vive et enjouée, elle est venue là pour combler un certain vide ressenti dans son quotidien qui se révèle très vite être sentimental. L'esthétique donne donc dans l'imagerie la plus éclatante possible dans une Venise filmée comme un rêve éveillé (la ville n'a sans doute jamais été plus belle au cinéma que dans ce film) où l'apparition de chaque monument, pont ou ruelle provoque un émerveillement constant (l'arrivée Place saint Marc !) accentué par l'atmosphère estivale.

Lean évite pourtant le piège du spectaculaire, cette magnificence se révélant constamment par le sentiment de découverte de Katharine Hepburn si le cinémascope deviendra la norme pour dès Le Pont de la Rivière Kwaï pour imposer au spectateur des espaces monumentaux, il en reste ici à son format carré 1.33 où la ville se révèle toujours progressivement par le regard de l'héroïne dans de délicat mouvement de caméra. C'est ce parti pris qui permet d'autant mieux de ressentir sa profonde solitude de manière purement visuelle, la beauté de la ville s'avérant au final oppressante car marquant l'ésseulement de Katharine Hepburn dont la frêle silhouette se perd constamment dans le gigantisme des décors traversés.

Le montage accentuant les visions de couple dans le regard mélancolique puis désespéré de d'Hepburn (autant dans les figurants que dans le choix des inserts de certaines statuettes souvent par deux) et la prestation poignante de cette dernière renforcent encore le malaise sous cette façade somptueuse.

Lean réussit ainsi le paradoxe de dissimuler sous son film le plus lumineux et radieux une de ses oeuvres les plus mélancoliques, et très différente du mètre étalon Brève Rencontre qui était lui oppressant de bout en bout. Cette sensation ne s'effacera pas même lorsque Jane vivra enfin une grande passion avec un antiquaire italien. L'attitude d'attirance/répulsion de Jane coupable face à son désir retardera l'union puis provoquera sa fin abrupte en conclusion. L'histoire d'amour tient finalement plus de l'attirance physique et de l'assouvissement du désir et jamais on ne ressent ce grand frisson que sait si bien créer Lean dans ses plus belles romances. Cette rencontre n'est, à l'image même de ses vacances et du clinquant visuel qui l'illustre qu'une forme de répit fantasmatique accordé à Jane avant de revenir à son existence morne. Le gardénia, symbolisant la réparation de frustrations passées qui lui échappe par deux fois semble d'ailleurs offrir une sorte de métaphore des attentes impossible à combler par ce périple à Venise.

Le choix du bellâtre insipide Rossano Brazzi (l'amoureux italien favori d'Hollywood dont seul Mankiewicz saura vraiment tirer quelque chose dans La Comtesse aux pieds nus car sinon il entache pas mal aussi Les Amants de Salzbourg de Sirk par sa platitude) est finalement logique puisqu'il véhicule sous une forme un peu terne certes (il n'est plus tout jeune comme il le souligne lui même dans un dialogue et sa situation personnelle s'avéra compliquée) l'idéal de l'italien élégant et romantique qu'une femme comme Hepburn peut espérer rencontrer à Venise.

Cela n'empêche pas Lean de leur réserver des séquences absolument magnifique tel l'entrevue dans la boutique où Katharine Hepburn troublée est touchante de désarroi, le baiser sous le pont où le retour au petit matin après leur première nuit.

Faux film sentimental et vrai portrait de femme émouvant, Summertime est un des films les plus subtils de son auteur qui le tenait pour son préféré dans une filmo pourtant garnie en chef d'oeuvre.


Sorti tout récemment en dvd zone 2 français chez Carlotta.


4 commentaires:

  1. J'ai vu ce film il y a quelques années à la télévision, et j'avais été surprise par le contraste entre l'éclat des images et la tristesse du thème traité, puisque le début du film laisse presque présager une comédie romantique (je me souviens d'ailleurs d'une scène assez drôle où le personnage joué par Katahrine Hepburn tombe à l'eau).

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  2. Excellente critique dont je partage l'essentiel.
    Pour Rossano Brazzi, j'applaudis : il ruine, à mon avis, le film de Sirk.
    Ce n'est pas le cas ici, heureusement, car comme vous l'écrivez, son personnage est en situation.
    N(hésitez-pas à parcourir les pages cinéma (voir les libellés) de mon blog "généraliste".
    Je reviendrai vous lire en tout cas et vous met en lien illico.

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  3. Merci ! Je vais de ce pas jeter un oeil sur votre blog !

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  4. revu hier sur Arte. Un régal même en VF

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